Pakistan: les dessous de l'assaut de la Mosquée rouge

Les services secrets pakistanais, l’ISI, seraient derrière les islamistes dont le soulèvement a été réprimé en juillet.

Arrestation d'un des dirigeants de la mosquée, Abdul Aziz, le 12 juillet (Asim Tanveer/Reutes)

Selon des informations émanant des services de renseignement occidentaux, leurs homologues pakistanais, l’ISI (Inter-Service Intelligence), étaient derrière l’affaire de la Mosquée rouge d’Islamabad, à laquelle l’armée a donné l’assaut en juillet dernier, causant une centaine de morts.

Il est de notoriété publique que les frères dirigeant la Mosquée –les fils de son fondateur Maulana Abdullah- avaient des relations de proximité avec l’ISI. Mais se seraient-il prêtés à une manipulation ? Ou auraient-ils été manipulés en partie à leur insu ? Des informations inédites, glanées par les services de renseignement occidentaux, présentent l’affaire sous un jour beaucoup plus complexe que ce qui en avait été dit jusque-là. Elles donnent en effet à penser que des secteurs de l’ISI ont utilisé la mosquée à des fins de renseignement et de pression politique contre Pervez Musharraf.

Les informations que Rue89 a pu obtenir, encore parcellaires mais instructives, sont les suivantes : ► Compte-tenu du peu de confiance que Musharraf avait en l’ISI –et notamment en la section antiterroriste-, elle a été écartée de l’opération de reconquête finale de la mosquée au profit d’autres unités de la sécurité et du renseignement militaires (Military intelligence, un organisme différent de l’ISI et spécialiste des opérations de contre-insurrection).

► Sous la mosquée, un centre de transmission secret a été découvert, avec des fils tirés directement du quartier général de l’ISI voisin (dont des membres venaient fréquemment faire leurs dévotions dans cette mosquée).

Des communications ont eu lieu, avant et pendant le siège, en direction de divers pays du Maghreb (dont le Maroc) et de l’Indonésie.

► La CIA, intervenue pour le "screening" des morts aux côtés du renseignement militaire, a identifié une soixantaine d’islamistes qui figuraient dans ses bases de données.

Si ces faits se vérifient, ils jettent une lumière crue sur les relations, souvent citées, entre les islamistes les plus radicaux et les services de renseignement pakistanais. Ils expliquent aussi comment les islamistes ont pu constituer, en plein coeur de la capitale, un véritable arsenal sans attirer l’attention de quiconque. Ils éclairent enfin les rapports difficiles entre l’ISI et le président Pervez Musharraf.

Musharraf a laissé entendre que s’il était réélu président ce week-end, il laisserait la direction de l’armée (qu’il assure jusque-là) précisément à l’ex-chef de l’ISI, le général Ashfaq Kiyani. Ce dernier vient d’être remplacé, le 21 septembre, à la tête des services secrets par un chef plus fiable, à savoir le général Nadeem Taj, ancien secrétaire de Musharraf et apparenté à la femme de ce dernier. Autre élément de contexte intéressant : l’ISI a connu une purge dans son secteur "antiterroriste" (jugé compromis du fait de ses liens avec certains membres des groupes pro-Talibans) ces dernières semaines.

Dernier élément, selon une autre source, l’attaque, en juin, d’un salon de massage chinois par les islamistes de la Mosquée rouge, au cours de laquelle des masseuses chinoises auraient été torturées et tuées, ne seraient pas seulement une question de "morale islamique", ni de racisme antichinois. L’ISI aurait acquis la certitude que cet établissement servait de couverture à une opération de renseignement chinois. D’où le feu vert donné aux tueurs de la Mosquée rouge ?


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manu2005
16H16 04/10/2007

C’est compliqué les manipulations des services secrets, hein Rue89 ?
Restons simples pour les lecteurs :
Islamistes = pas bien
CIA = Bien
Sinon, alors, ça complique et on va pu s’y retrouver quand on bombardera l’Iran…
Déjà que Koushner il a bien du mal…

 
Infovite | Plébéien.
18H08 04/10/2007

Pourquoi,c’est mal de suivre le « fil » de l’info?

http://info-espress.over-blog.com/

 
Grégory
11H54 05/10/2007

Alors là, je suis épaté. A ma connaissance c’est une première. Rue89 poste un article qui rejoins (sur le « la Mosquée Rouge, c’est un peu plus compliqué que ça ») ce que disait le réseau Voltaire il y a deux mois. Voilà qui fait plaisir ! Et directement de la plume de Meyssan en plus…

http://www.voltairenet.org/article150249.html?var_recherche=Mosqu%C3%A9e…

« Ainsi les responsables de l’Intelligence Bureau pakistanais, qui sont en charge depuis longtemps de la formation idéologique et des publications des Talibans, a empiété sur le rôle de l’Inter Services Intelligence (ISI), chargé de la formation militaire des mercenaires d’Al-Qaïda, toujours avec des financements anglo-saxons gérés par le prince Bandar. En outre, l’Intelligence Bureau a apporté son soutien aux séparatistes ouighours du Xingkiang chinois, alors que pour des raisons politiques évidentes, dans ce dispositif, seul le MI6 britannique est habilité à traiter Al-Qaïda-Chine. Du coup Pékin a exigé une clarification immédiate. Pour éviter la guerre, le président Pervez Musharraf a été obligé d’éliminer tous les cadres de sa police impliqués en ordonnant à ses rangers de donner l’assaut de leurs bureaux de la Mosquée rouge.  »

Il reste donc une nuance de taille, donc, qui est l’implication de l’ISI dans le fonctionnement d’Al Qaeda, et alignement de l’ISI sur le MI5 et la CIA. Evidement, aller là dedans c’est commencer à envisager la thèse d’un terrorisme d’état, qui pour être historiquement de loin la plus fréquente reste un tabou quand on parle du 9/11…

Encore un petit effort, Rue 89 ?