
De l'IRA à l'Irak : l'étonnante médiation de McGuinness
Le modèle nord-irlandais pourrait servir d'exemple pour initier un dialogue entre chiites et sunnites.
C'était le 6 septembre, à la Une du journal An Phoblacht, » La République » en gaélique irlandais. Un portrait pleine page représentant Martin McGuinness, ancien responsable de l'IRA, l »Armée républicaine irlandaise, et aujourd'hui vice-Premier ministre d'Irlande du Nord. Rien d'étonnant pour les lecteurs de l'hebodmadaire du Sinn Féin, le parti nationaliste irlandais, qui ont l'habitude de suivre les péripéties de leurs dirigeants. Sauf que ce titre-là avait de quoi surprendre : » McGuinness préside les pourparlers de paix sur l'Irak » .
Représentants chiites et sunnites
De quoi s'agit-il ? En principe d'une rencontre discrète qui a eu lieu la première semaine de septembre en Finlande. La rencontre de seize représentants de plusieurs organisations aussi bien chiites que sunnites, qui voulaient discuter, sur un terrain neutre, de l'Irak, après le départ des Américains… Et d'un protocole de cohabitation intitulé » Paix et démocratie » .
Parmi les délégués, des représentants du chiite Mooqtada Al-Sadr, le dirigeant de l'important groupe sunnite Adnan al-Dulaimi, ainsi que le président chiite du comité des affaires étrangères du parlement irakien, Humam Hammoudi. Quatre jours de discussions intenses, selon McGuinness, entre ces délégués qui se seraient inspiré du processus irlandais et du système sud-africain » Paix et réconciliation » .
Pour encadrer ces pourparlers, on retrouve des figures connues, comme l'ancien président finlandais Martti Ahtisaari -dont l'organisation » Crisis Management Initiative » a organisé la logistique de cette rencontre-, le même qui a parrainné des discussions sur le Kosovo et surtout la réconciliation entre le gouvernement indonésien et la guérilla musulmane d'Aceh, au lendemain du tsunami de 2004.
On comptait également des dirigeants de l'ANC (African National Congress), dont Cyril Ramaphosa qui, outre qu'il a dirigé l'ANC et entretenu des liens avec Sinn Féin dans les années 80, a négocié avec l'ancien gouvernement de l'Apartheid, puis a été chargé, avec d'autres diplomates, de superviser le désarmement de l'IRA en Irlande du Nord.
Un juriste protestant d'Irlande du Nord, Jeffrey Donaldson, député du Parti unioniste démocratique de Ian Paisley, qui, il y a dix ans, n'aurait pas adressé la parole à McGuinness, faisait partie du voyage ainsi que d'autres protestants.
Point essentiel, enfin : les Irakiens ont accepté de se rendre à ce conclave dès lors qu'aucun des invitants n'avait de liens avec les occupants dans leur pays, Américains et Britanniques. D'où le choix de McGuinness comme président de séance (même si Sinn Féin a été soutenu par les administrations américaines –plus par Clinton que par Bush- lors des négociations anglo-irlandaises).
Les » principes d'Helsinki »
Au cours des discussions, a été évoquée une feuille de route concernant la mise en forme de négociations incluant tous les partis politiques en présence en Irak, y compris les milices et les insurgés de différentes obédiences. Il a aussi été question de la création d'une armée nationale, d'une police et d'un système politique unifié (sous-entendu, face à une politique de partition que pourraient promouvoir les Américains dans le cadre d'un retrait).
Des mécanismes de protection pour les minorités ont été discutés, comme l'impossibilité de favoriser la résurrection du parti Baas, que redoute les Chiites. Tous ces sujets, et bien d'autres, auraient fait l'objet d'un accord en 12 points (pas encore rendus publics) mais qui seront connus ultérieurement comme » principes d'Helsinki » .
Utopique, me dira-t-on… Mais comme l'étaient sans doute les premières rencontres, dans les années 80, entre McGuinness et un représentant des services secrets britanniques, le MI 6, à Derry, pour envisager d'enterrer la hache de guerre en Ulster. Même si, comparée à la tragédie irakienne, la guerre qui a sévi en Irlande du Nord pendant trente ans était de » faible intensité » .
Les critiques de McGuinness, eux, ne désarmement pas, estimant que les anciens dirigeants de Sinn Féin, comme Gerry Adams, se sont transformés en politiciens qui cherchent surtout à redorer leur blason. À se donner une stature médiatique valorisante dans leur pays et à l'étranger.
Ceux qui ont suivi de près l'étonnante trajectoire de ces Irlandais savent qu'ils sont manifestement appréciés dans de nombreux pays, où on leur demande d'intercéder. À l'heure actuelle, en dépit de la rupture de la trêve de l'ETA, ils continuent à faire pression sur l'organisation basque pour qu'elle renoue le dialogue avec le gouvernement de Zapatero. De même, les gens du Sinn Féin ont récemment été sollicités par le Fatah et le Hamas pour établir des passerelles entre les frères ennemis suite à la crise de Gaza.
Des précédents dans l'histoire
Plus spectaculaire, l'année dernière, Martin McGuinness a été invité par le gouvernement de Colombo, au Sri Lanka, pour tenter de relancer le processus de paix, de concert avec les intermédiaires norvégiens. Et l'on a pu voir cette scène étonnante : le négociateur nord-irlandais s'envoler à bord d'un hélicoptère de l'armée cinghalaise pour rejoindre les zones tenues par les Tigres tamouls au nord du Sri Lanka, et reçu triomphalement par Prabhakaran Vellupilai, le chef habituellement invisible du LTTE (Liberation Tigers for Tamil Eelam) qui le considère comme un alter ego. A ceci près, bien sûr, que dans le processus de paix irlandais, les anciens de l'IRA ont totalement opté pour le désarmement et l'option démocratique. On n'en n'est pas là dans l'ancienne Ceylan.
Ceux qui s'intéressent à l'histoire noteront que la trajectoire de McGuinness n'est pas inédite en Irlande. Au milieu des années 20, le chef d'Etat-major de l'IRA s'appellait Seán McBride. Trente ans plus tard, McBride était co-fondateur d'Amnesty International, représentant de l'ONU pour l'indépendance de la Namibie, prix Nobel de la Paix, intervenant dans moult négociations pour engager des processus de paix à travers le monde, dont certaines ont débouché favorablement au lendemain de la guerre froide.
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De Julien Dodeler
01H29 | 17/09/2007 |
Bel exemple de reconversion démocratique.
Le combat de Sinn Fein était légitime, les méthodes de l'IRA discutables, l'intransigeance britannique et « protestante » intenable. Ils ont fini par déposer les armes et trouver la solution du juste milieu.
Force du dialogue et de l'ouverture intrinsèques, même si parfois malmenés, aux démocraties.
En Irak, cela risque d'être plus difficile, tant la violence est permanente, les institutions instables, les bonnes volontés absentes…
à Julien Dodeler
De
09H31 | 17/09/2007 |
« les méthodes de l'IRA discutables »
vous préférez peut-être celles des parachutistes anglais lors du Bloody Sunday ?
petit rappel : IRA n'a pas déposé les armes
De Julien Dodeler
18H56 | 17/09/2007 |
Si vous aviez lu la suite de ma remarque sans grande portée, vous auriez évité, cher Courageux Anonyme, d'écrire des âneries.
Sur l'IRA : http://news.bbc.co.uk/1/hi/northern_ireland/4720863.stm
A moins que l'anglais de vous ne soit pas compris.
De Le Moscovite
03H41 | 17/09/2007 |
On ne peut que saluer une telle initiative de la part de McGuinness. Faire sortir les protagonistes du cadre irakien, ou plutot americain, pourrait appaiser les esprits et permettre de trouver le chemin de la raison. Cependant, comme nous le montre l`exemple irlandais, bien que sans commune mesure avec l`Irak, il ne faut pas esperer de rapide reconciliation dans une region ou des tensions entre communautes subsistent depuis des decennies. La diplomatie est souvent affaire de temps, ce que, par ailleurs, semble oublier notre cher ministre des affaires etrangeres, deja en train d`elaborer les plans d`une guerre avec l`Iran.
De Ramasse
08H40 | 17/09/2007 |
Je salue l'action de ces hommes de paix, ça fait plaisir de voir qu'il y en a qui SE BOUGENT pour faire avancer la paix partout dans le monde.
Au fait ce serait pas le rôle de l'ONU ça à l'origine ? Ben non, à New York ils sont trop occupés à faire le beau en attendant que Bush leur donne un susucre…
Depuis l'ère Clinton (drolissime) la paix ne peut avancer que sans les Américains (qui ne sont jamais très loin de toute façon, façon vautour).
Je remarque également que la paix n'avance jamais aussi bien que lorsque des gens qui ont vraiment connus la guerre s'en occupent.
Sur terre on a besoin de + de paix et - de fric. C'est pourtant pas compliqué.
De
09H49 | 17/09/2007 |
« Ian Paisly » dites vous… non PAISLEY.
les journalistes ont toujours confondu Ulster et Irlande du Nord…
vérifiez vos cartes vous verrez que l'Ulster ne s'arrête pas aux frontières de Northern Ireland.
PIRA serait plus exact que IRA.
« Les critiques de McGuinness, eux, ne désarmement pas » --> ? ?
« Ceux qui sont suivi de près l'étonnante trajectoire “ --> ? ? ont suivi ? ?
De
11H58 | 17/09/2007 |
« les lecteurs de l'hebodmadaire “
‘Mooqtada Al-Sadr’
‘ces délégués qui se seraient inspiré
l'organisation Crisis Management Initiative’ a organisé ‘
-------------
lassant ! fautes répetitions, phrases bancales…
journaliste et écrivain ! ! !
De
14H17 | 17/09/2007 |
Carnet du jour :
« Paix » habite en Irlande. « Paix » est la synthèse d'une réconciliation promise. « Paix » est un exemple à suivre et à appliquer dans tous ces pays moyennageux, englués dans des luttes fraticides.
« Paix » est un phoetus visqueux, accouché par de moyens journalistes, lassés de luttes qui ne finissaient pas à 20 heures pile.
Revue nécrologique :
« Paix » est un mensonge. Un mur de barbelés immense, de check point et de drapeaux à la croix rouge, scinde son corps en deux. « Paix » vit dans un mouroir entre le Bogside de ceux qui combattent et le Shankill Road des colons. « Paix » est l'enfant décadent d'un ventre rouillé (Tatcher) et d'un autre (Paisley).
« Paix » est une image, un mirage, une illusion pour tourner la page. Parce que « Paix » n'existe pas ! . Il a avorté et avortera tant que les bruits de bottes de la reine, martelleront de marques orange, un pays vert.
La question de la semaine :
En 2007 existe t'il encore des colons ?
Courrier des lecteurs :
Comment un exemple inappliqué (parce qu'inacceptable) comme celui de l'Irlande, pourrait t'il être transposé aux 4 coins du globe. En Irak par exemple ?
Météo :
Vent sec et froid à Derry et dans les quartiers de boue de Belfast. Nuages en provenance de l'est.
De
15H38 | 17/09/2007 |
je crois que vous résumez une situation que personne ne veut plus voir.
les journalistes feraient bien d'aller se promener de part et d'autre des « peace walls » qui séparent les communautés… ils ne parleraient plus de paix mais d'armistice, de trève.
Ils y verraient les « Red hand flags », les tags (UVF, UDA…), les murs peints des quartiers, les « parades » célébrant la bataille de la Boyne existent toujours…
qu'ils se rendent à Portadown aux alentours du 12 juillet, entre Drumcree et Garvaghy Road … ils écriront peut-être différemment.
mais pour ça l faut aller au charbon !
Ireland is our land !
De Adelyne sur le sable
Si je savais | 17H20 | 17/09/2007 |
Si j'ai tout compris, ce monsieur McGuinnes, après un tel parcours serait un homme de bien et de paix, alors que notre Kouchner, après Medecins sans Frontières, et autres actions hummanitaires serait lui devenu un homme de guerre !
Kouchner, Guinnes !
On est bon pour une grande mise en bierre.
à Adelyne sur le sable
De
18H39 | 17/09/2007 |
Eh oui, chère Adelyne, c'est le propre de l'humain de (parfois) changer… Un McGuinness qui laisse tomber les armes pour tenir un discours de paix, voilà qui mérite le respect, je trouve.
En tous cas plus qu'un ancien porteur télévisé de sacs de riz, retourneur de veste et va-t'en-guerre.
Quant à ceux qui parlent d'une Irlande du Nord toujours coupée en deux (protestants d'un côté, cathos de l'autre), je leur dirai simplement que les choses évoluent, mais qu'il faut être patient. Regardez, Paisley et McGuinness se sont retrouvés à la même table. Qui l'aurait dit 10 ans auparavant ? Mais il faut savoir passer outre ses haines recuites et ne pas éternellement les ressasser.
Ma sensibilité a toujours été du côté républicain mais je me réjouis de ce début de paix en Irlande du Nord. Tout n'y est pas rose, c'est sûr, mais les communautés vont se rapprocher au fur et à mesure. Aux Irlandais, après, de faire en sorte que tout se passe pour le mieux. On ne peut pas vivre éternellement dans la haine et la recherche du conflit. C'est ce que Sinn Fein et l'IRA ont compris, tous les partisans républicains devraient s'en féliciter…
Otto Naumme
De
19H59 | 17/09/2007 |
le fait que les RUC aient été sommés d'embaucher des républicains devrait réjouir tout le monde ? Que l'armée anglaise retire une partie des troupes (eh oui on en manque pour renouvelr le stock iraquien ! ) est-ce cela la finalité ?
la ségrégation continue, la pauvreté persiste chez les « papistes », malgré le formidable élan en République d'Irlande. Les Prods sont toujours les colons.
L'Irlande doit être réunifiée.
rien n'est fini.
De ThomasLefebvre
Rapatrié | 20H33 | 17/09/2007 |
Le RUC n'existe plus, depuis longtemps. L'armée anglaise peut partir ? Hmmm, et les Ecossais ? Reste plus grand monde de toutes les manieres.
La pauvreté recule surtout chez les catholiques, toutes études le prouve.
» Les Prods sont toujours les colons. »
C'est une reference instestinale ? Ce genre de sectarisme, c'est vraiment le moyen-age. J'habite a Belfast, on n'entend plus personne parler comme cela. Pareille sur les aneries « rien n'est fini. » Et si c'est fini, plus personne ne veut la guerre a part une minorité de zozos.
à ThomasLefebvre
De
22H30 | 17/09/2007 |
vous devriez sortir un peu alors sivous n'entendez pas cela.
les RUC ont disparu ! ? ils ont changé de nom c'est tout ! Sir Ronnie Flanagan ne dirige plus rien ? et le Special Branch envolé ? les UUP, UDR etc… disparus ?
alors embrassons-nous et oublions tout, c'est ça ?
De ThomasLefebvre
Rapatrié | 22H49 | 17/09/2007 |
Halala, Ronnie Flanagan est loin, tres loin, en Irak. Pas pres de revenir en Irlande du Nord. RUC a juste changé de nom ? Ben voyons, c'est pour cela que les habitants de Belfast ouest cooperent avec la PSNI.
Special Branch existe, en accord avec tous les partis politiques. Ou est le probleme ?
UUP ? Euh, c'est une blague ? C'est illegal d'avoir un parti politique (modéré de surcroit) ? C'est quoi le probleme avec le UUP ? Ils ont été laminés aux dernieres élections par le DUP + SF, aucun pouvoir.
UDR n'existe plus depuis 1992 (allo ? ), maintenant RIR, et pour ce qu'il en reste…
De ThomasLefebvre
Rapatrié | 00H26 | 18/09/2007 |
Sans rire qui lit encore An-Phoblacht ? Surtout depuis la veste magistrale que Adams s'est prise apres les elections dans la République (AP avait prevu une victoire magistrale) ?
Enfin bref, que McGuinness s'achete une conscience en « allant faire la paix » en Irak, pourquoi pas. Faudrait quand meme que Martin nous explique pourquoi son parti soutient toujours les FARC et que l'on trouve toujours de la quincaillerie militaro-nationaliste a acheter sur le site de Sinn-Fein :
http://www.sinnfeinbookshop.com/catalog/product_info.php ? cPath=35_36&pro…
De
21H08 | 17/09/2007 |
Bobby Sands dit,
« Paix » est un animal brave. Il a couté cher. Des milliers de croix laissées au vent. « Paix » est un animal rare. Alors on le caresse, on le chérie et on l'engraisse. « Paix » est un peu comme « capitalisme » (une hyène avec les yeux de Jordy). Lorsque l'animal a finie de se frotter partout et qu'il a répandu sa bonne humeur autant que son miasme, beaucoup l'adopte. Même avec une jambe boiteuse et un virus lent.
Mais « Paix » est un animal mort. Mort comme Carlo Giuliani, sous les roues d'un tanker. Et celui-ci est un tanker anglais.
Sure que quelque soit leur croix, beaucoup d'irlandais se sont lassés des attentats et des balles pour l'exemple. Qu'il ne feront plus rien contre le statu quo (toi là bas et moi ici).
Sure que d'ici, cette révolte frôle la romance et qu'il vaut mieux, autour d'une table, poser les jalons d'une trêve, qu'actionner le mécanisme d'une bombe.
Mais votre paix est un mur. Votre paix n'est que l'arrogance d'un tiers contre le reste. Votre paix ce est une méprise de l'histoire. Et l'histoire n'a pas oubliée le bruit des paras en Algérie, comme elle n'oubliera jamais, le bruit des douilles anglaises sur le sol irlandais. Votre paix c'est Paisley et sa maîtresse rouillée. Votre paix n'est plus qu'un défilé commémoratif, orange et sang. Votre paix est un con, autant que le capitalisme sonne comme l'aboutissement absolue, des âmes qui ont renoncés. Autant que le capitalisme est un con.
Je connais le verbe satisfaire, parce que je le tiens du même enseignement que vous. Je connais l'histoire de l'Irlande, parce que je revois les Black Tans tirer dans la foule.
Et de la « paix » en Irlande je ne me satisfais pas.