C’est « the » polémique du jour où tout le monde confond tout sur les Internets. Pierre Bergé, président du Sidaction et fondateur du magazine Têtu, aurait proféré des propos « misogynes » à propos de la Gestation pour autrui (GPA) lors de la manifestation de dimanche en faveur du « mariage pour tous ». Interrogé par un reporter du Figaro, il aurait dit :
« Nous ne pouvons pas faire de distinction dans les droits, que ce soit la PMA, la GPA ou l’adoption. Moi je suis pour toutes les libertés. Louer son ventre pour faire un enfant ou louer ses bras pour travailler à l’usine, quelle différence ? C’est faire un distinguo qui est choquant. »
Le raccourci a choqué, surtout ceux qui de toutes façons sont hostiles à la GPA. Pour élever le débat que Bergé n’a pas contribué, sur ce coup, à pacifier, voilà ce qu’une féministe favorable à la gestation pour autrui, Elisabeth Badinter, explique aux parlementaires.
C’est long, cinq minutes, et ça ne parle pas qu’aux tripes.
« Une exploitation des femmes pauvres »
Pour ceux qui voudraient creuser la question, et confronter les arguments de Badinter à la représentatrice du camp adverse, la philosophe Sylviane Agacinski, lisez cette tribune publiée sur Terra Nova, « Mères porteuses, extension du domaine de l’aliénation », rédigée par le professeur René Frydman. Ce dernier m’a expliqué il y a deux ans :
« Moi, mon métier, c’est de sortir un bébé du ventre de la mère pour lui poser sur son ventre. »
Pour les antis, la GPA « est absolument contraire à tout engagement de nature progressiste », elle entraîne « une marchandisation du corps féminin » et « une exploitation, radicale, des femmes pauvres ».
Une liberté individuelle et un projet
En 2010, 58 personnalités du PS ou proches du parti avaient demandé la « légalisation encadrée de la gestation pour autrui » dans une tribune publiée sur LeMonde.fr. Extraits :
« Il y a un demi-siècle, on imposait aux futurs parents la naissance d’enfants non désirés. Aujourd’hui, à travers les interdictions inscrites dans la loi de bioéthique, on interdit à des parents la naissance d’enfants désirés. La distance qui sépare notre droit ancestral des réalités de nos familles n’a cessé de s’étendre. [...]
Au XXIe siècle, la fondation d’une famille est l’expression d’une volonté, c’est à dire de la conjonction d’une liberté individuelle et d’un projet partagé. La venue au monde d’un enfant résulte de cette liberté et de ce projet. [...]
Encadrer la gestation pour autrui, c’est reconnaître que cette liberté et ce projet ne s’arrêtent pas aux frontières biologiques. »
Si vous n’avez rien compris à la guerre de la GPA
Pour résumer en caricaturant, deux camps s’affrontent dans le débat sur la gestation pour autrui (GPA) :
- il y a d’un côté les féministes d’obédience rationaliste (Badinter), qui pensent qu’une femme ressemble à un homme, et qui militent pour la désacralisation du ventre, de la maternité, de la procréation ;
- l’autre bord est « différentialiste » (Agacinski), à l’instar de la psychanalyste Caroline Eliacheff, qui pense que « le lien fœto-maternel n’est pas négociable ».
Dans les faits, c’est plus compliqué car les féministes qui défendent les droits des homosexuels peuvent déserter le camp différentialiste sur cette question, car la GPA permet aux couples gays de fonder une famille. Et des différentialistes peuvent passer à l’ennemi pour des raisons intimes - une sensibilité particulière à la stérilité par exemple.
« Le corps, c’est mal »
Plus largement, un « grand » débat traverse la gauche, depuis longtemps, qui oppose filiation sociale et filiation biologique. Dans un entretien, non publié avec la sociologue du droit et de la famille Irène Théry, voici ce qu’elle nous en disait :
« Dans cette conception là toute une partie de la gauche n’a pas compris les discussions sur PMA et GPA, l’accès aux origines. Ça a toujours été interprété par eux comme une tentative de retour vers le biologique. Comme si pour soutenir les filiations fondées sur l’engagement, il fallait être dans le déni du corps.
On avait beau leur dire les enfants nés de PMA, adoptés, nés sous X ou via GPA ne cherchent pas une filiation, ils ont déjà une filiation, ce que vous n’arrivez pas à comprendre, c’est que à côté de leurs parents, il y a d’autres personnages. Cette opposition biologique/social, a fait que dans le débat à gauche sur la procréation ou l’engendrement, la GPA est devenu un tabou, un impensé. Le corps c’est “mal”. »
Blandine Grosjean




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Militante débutante, (...)
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Je vais en rajouter : je suis d’accord avec Bergé. Il y a des métiers plus aliénants que de louer son utérus (ou le reste pour les prostituées, c’est un peu le même débat). Là encore, il s’agit d’un tabou. On a toujours loué son corps, son intelligence, son temps. Bon, depuis pas mal de siècles. Des gens sont tous les jours sous-payés, harcelés, rationalisés, et on ne s’indigne que lorsqu’il s’agit de parties génitales !
Entre parenthèses, il ne s’agit que du corps de la femme : celui de l’homme, gigolo ou aidant à la fertilisation d’une amie lesbienne ou non, n’est pas aliéné. Il s’est même fait plaisir, le chanceux ! Mais la femme ? Sacrilège ! La sexualité féminine continue d’être considérée comme intouchable, mystérieuse, divine et dégoutante à la fois (le sacré et le tabou ;)).
Laissez-donc les gens en paix, qu’illes aient ou non un utérus.




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