
Avec la fin du manuel scolaire, l'édition va perdre sa vache à lait

Une récente déclaration de Luc Chatel, présentement ministre de l'Education nationale, est passée relativement inaperçue : la volonté manifestée par les pouvoirs publics de parvenir au tout-numérique en guise de manuels scolaires à l'horizon 2012.
Une révolution majeure, peut-être pas aussi rapide que ne le prétend le ministre en question, mais bel et bien déjà ouverte sur trois fronts :
- une révolution du monde de l'édition
- une révolution du monde de l'éducation
- un nouveau coin enfoncé dans les flancs de l'économie monétarisée
Une révolution du monde de l'édition
Quand on parle d'édition, le grand-public entend avant tout édition littéraire. Mais pour les grands groupes éditoriaux (Hachette, Editis-Planeta, Albin Michel…), la littérature est une danseuse qui n'existerait guère sans l'apport financier de trois vaches à lait séculaires : le livre pratique (cuisine, tourisme…), les ouvrages encyclopédiques et les manuels scolaires. (J'omets ici, c'est vrai, le domaine de l'édition jeunesse et celui, juteux, de la bande dessinée.)
Or les deux premiers sont déjà mis à mal par la concurrence « gratuite » d'Internet. Les livres de recette cèdent devant Marmiton.org. Et le glorieux Larousse est à l'agonie sous le rouleau compresseur des Wikipedia and co.
Seul le manuel scolaire s'accroche encore vaillamment. Mais voilà que les établissements scolaires sont aujourd'hui de mieux en mieux équipés d'une arme fatale : le vidéo-projecteur, relié qui plus est, dans chaque classe, à Internet.
Et le ministère d'en rajouter une couche avec son plan de numérisation des ressources éducatives.
Si, comme c'est plus que probable, dans les cinq années à venir, les outils pédagogiques mis gracieusement à disposition sur le web parviennent à tailler des croupières aux bons vieux manuels scolaires, cela risque de bouleverser très fort tout le paysage éditorial traditionnel qui en vivait, littérature comprise.
Une révolution du monde de l'éducation
Les enseignants ont découvert très vite les bienfaits presque mirifiques de l'outil numérique : il est plus facile de concentrer une bande de trente zozos excités sur un écran, que chacun sur un livre dont on ne sait jamais s'il est ouvert à la bonne page.
D'autant que fleurissent des dizaines de sites où les profs peuvent échanger leurs cours et se procurer des documents en ligne (Weblettres, E-Teach, CultureMATH…). Sans compter les innombrables pages-ressources fournies par les sites académiques officiels.
Un clic et le tour est joué. « Qu'est-ce que c'est, un “glaïeul”, Monsieur ? » Pouf, un clic sur Google et voilà la fleur inconnue projetée instantanément sur l'écran de la classe sans qu'il soit nécessaire d'aller débusquer au centre de documentation pédagogique (CDI), ou pire, d'acheter le bon vieux bouquin d'antan sur les « fleurs de nos jardins ».
Révolution que l'on peut aussi qualifier de « démocratique », sinon de « populaire » : si un manuel scolaire papier ne peut être conçu que par un éditeur chevronné, souvent sous l'impériale autorité d'un membre éminent de la hiérarchie inspectorale, la fabrication de documents pédagogiques numériques, elle, est à la portée de n'importe quel enseignant de base. Pourvu qu'il soit un tout petit peu familiarisé au traitement de texte. Et à celui des blogs sur Internet.
D'ici à ce que les « résistants pédagogiques » balancent des brûlots éducatifs en ligne, tremblez chaumières académiques !
Un nouveau coin enfoncé dans les flancs de l'économie monétarisée
Plus largement, cette nouvelle révolution numérique est un nouveau coup porté à la toute-puissance de l'argent-roi dans les échanges économiques.
Car les échanges sur Internet, c'est bien connu, sont gra-tuits (« libres », dit-on, dans un savoureux euphémisme). Et les quelques tentatives des grands groupes éditoriaux pour capter l'évolution technologique à leur profit ont fait long feu.
Le cartable électronique s'est révélé objet lourdingue à l'expérience. Et les versions numériques payantes, que les éditeurs scolaires croyaient pouvoir tirer de leurs manuels papier, sont devenues gratuites en moins de deux ans. Sous pression de la concurrence, d'une part ; et parce que personne n'était disposée à les acheter, d'autre part. Internet, puisqu'on vous le dit, c'est gra-tuit !
Après le domaine audiovisuel de la musique et du cinéma, ceux des ouvrages pratiques et des encyclopédies, celui des logiciels libres ou encore des médias d'information, c'est un nouveau territoire qui se prépare à échapper à la colonisation de l'argent. Avec la bénédiction des pouvoirs publics de plus en plus en mal de finances fraiches par ces temps de crise.
Nul doute que cette période de transition est encore bien bâtarde, incertaine. Nul doute que vont commencer les grandes manœuvres pour récupérer ces aguichants marchés à la valeur indubitable, mais « scandaleusement » démonétarisée.
Rien n'indique qu'ils tomberont entre les mêmes mains que celles d'avant.
Photo : dans une classe équipée d'un tableau électronique tactile expérimenté à l'école René-Cassin, près de Nice (Eric Gaillard/Reuters)
A lire aussi sur Rue89 et sur Eco89
- 24129 visites
- Version imprimable
Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89
Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)
Envoyez « RUE » par SMS au 81027 (1,5 € / SMS)
En savoir plusAccrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.
123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque






















196
(Pour réagir, connectez-vous)
à Béatrice1
De déluge
menuisier | 07H09 | 09/11/2009 |
Je réponds ici parcequ'il y a un peu de place.
Je suis complètement d'accord avec vous.
A la fois sur les progressions, et sur l'outil.
Les greniers des écoles primaires sont remplis à ras bord des cadavres produits par les différents plans de l'Ecole Numérique.
De plus, techniquement, un vidéo projecteur réclame le noir.
Il faut donc d'épais rideaux et écrire dans la pénombre.
Je vois des enseignants de primaire faire cours sans avoir préparer e progressions sur l'année et c'est une catastrophe.
Une année de scolarité demande une stratégie et s'y tenir.
Les apprentissages doivent se succéder selon un ordre que l'on a défini et non pas au petit bohneur.
Et puis les enfants passent déja 3h30 par jour devant un écran.
Je ne crois qu'il y ait besoin que l'école en génère une poignée de plus.
à déluge
De malatrie
14H35 | 09/11/2009 |
Bon, je reste sur le français. Les programmes de 6ème ont changé cette année. Une pseudo-concertation a soi-disant eu lieu les concernant.
Or, dans le même temps, paraissaient tous les nouveaux manuels papiers. Avant les programmes, donc.
Cette année, au collège, c'est Versailles (comme tous les ans): nous n'avons eu ni tableau numérique, ni manuels...
D'aucuns d'entre vous se méprennent: je n'ai jamais écrit que j'étais pour la suppression des livres. Disons que je me passe très aisément du manuel (indigent par exemple pour les 5ème dans mon collège), ce qui ne m'empêche pas de leur distribuer des oeuvres (intégrales ou non) à lire, à longueur d'année .
Par contre, j'aimerais bien pouvoir utiliser un tableau numérique pour tout ce qui concerne par exemple la lecture d'image, trop souvent négligée, faute de supports utilisables.
Le marché de l'édition scolaire est un marché énorme et trop souvent une histoire de gros sous. Les maisons d'édition font le forcing jusqu'en salle des profs, c'est exaspérant.
Et puis, je suis grognon et de mauvaise foi car mon fils a subi deux ans un enseignement en anglais uniquement à base de New Apple Pie et vous conviendrez, Béatrice1, que ce manuel n'est plus exactement à la pointe de l'enseignement des langues.
à malatrie
De Béatrice1
| 14H52 | 09/11/2009 |
Pas du tout, j'ai moi-même utilisé New Apple Pie et c'est très bien (ce n'était pas forcément le cas du précédent Apple Pie) ! Il est tout à fait à la pointe, au contraire - le problème c'est que certains enseignants, qui n'ont pas été formés à la philosophie de l'enseignement des langues par compétences, ne savent pas s'en servir et font n'importe quoi. J'en sais quelque chose : j'ai fait de la formation pendant des années (mes problèmes de dos m'ont forcée à cesser cette activité) tant auprès de jeunes stagiaires que pour la préparation des concours internes et en formation continue.
Personnellement j'avais convaincu mes collègues d'adopter English Live que je trouve supérieur. C'est une mine.
De flixp
13H52 | 08/11/2009 |
Ok pour le point de vue économique de l'histoire.
Je suis assez surpris d'une telle idée, et me demande comment cela peut-il être mis en application. Et surtout d'un point de vue pédagogique.
Je ne vois pas comment un enfant au fond de la classe puisse être attentif au vidéo projecteur situé à 30 mètres. Un écran par enfant? Je doute fortement que l'on souhaite que nos petits aient les yeux rivés sur un écran en permanence.
A la maison, l'élève n'a plus d'ouvrage à sa disposition ou bien est-ce sur support numérique de type cd-rom? En ce cas le problème économique est résolu. Par contre imaginer qu'internet puisse être le manuel scolaire du futur est une incroyable blague. Internet est truffé d'informations erronées, Quand à l'esprit d'analyse son apprentissage n'y est pas possible, nous savons combien il est indispensable de faire le tri des informations que l'on y lit. Il n'y a pas de révisionnistes sur les manuels scolaires, il y en a sur internet.
Utiliser internet cela s'apprend comme apprendre à chercher dans un dictionnaire.
Ensuite vient aussi la question du support papier qui est pour moi indétrônable, Il n'y a rien de pire que lire un livre sur un écran d'ordinateur, alors un vidéo projecteur je me marre. A moins que l'on ne replace le texte par des films d'animation...
à flixp
De gesualdo1
Zicos | 14H42 | 08/11/2009 |
30 mètres !
Les salles de classe sont de vrais cinémas ma parole !
à gesualdo1
De framboise92
Je refleurirai un jour ! | 22H45 | 08/11/2009 |
Dans un amphi, lors des assises de rep, (profs de zep) il faut vraiment être au premier rang pour visionner ce qui est sur le rétro-projecteur !
à flixp
De Le Yéti
(auteur)
yetiblog.org | 14H42 | 08/11/2009 |
"vidéo projecteur situé à 30 mètres"
En lisant l'ensemble des premiers commentaires qui précèdent, je suis estomaqué par le manque de connaissnce qu'ont les intervenants du monde éducatif.
Mais alors là, une classe longue de plus de "30 mètres" !!! Fichtre !
à Le Yéti
De nicogé
le colporteur | 14H46 | 08/11/2009 |
pardon, mais j'ai pensé la même chose en lisant votre article...
"30 mètres", enfin, tout le monde a compris l'idée... qui n'est pas sans fondement.
à nicogé
De gesualdo1
Zicos | 14H54 | 08/11/2009 |
Il faut surtout comprendre que les video-projecteurs ne sont pas systématiques. Je partage mon service sur 3 collèges. Dans un, il est fixé dans la salle, dans un autre je peux l'emprunter au collègue d'espagnol qui ne s'en sert pas tout le temps, dans le dernier collège il doit y en avoir 4 qui se battent en duel pour tout le monde. Dernier collège = classé RAR.
à Le Yéti
De flixp
14H54 | 08/11/2009 |
héhé,
on dirait du fred Lefebvre: pinailler sur une connerie (certes).
Que je vous dise 30 ou 15 mètres c'est un peu pareil non? On risque que ne soient écrites que 5 ou 6 phrases par "page" . Alors on passe continuellement d'une page à l'autre. Bonjour la continuité.
à flixp
De Le Yéti
(auteur)
yetiblog.org | 15H10 | 08/11/2009 |
30 ou 15 mètres, c'est différent. De plus la taille de l'écran de projection équivaut à peu près à celle du bon vieux tableau noir. Illisible ?
à Le Yéti
De flixp
15H17 | 08/11/2009 |
ok alors pour pinailler.
L'avantage de l'écran noir c'est bien son fond noir. Blanc sur noir est beaucoup plus lisible que l'inverse. le fond noir est plus reposant et le contraste plus fort.
D'ailleurs la photographie de votre article illustre assez bien mon propos. Elle est prise du second rang, qu'en est-il du dernier rang souvent plus dissipé.
à flixp
De E. GARNERET
Graphiste | 10H15 | 09/11/2009 |
Dans la pratique typographique, l'écriture blanche sur fond noire est à utiliser avec modération. Très contrastée, elle permet de mettre de la force sur des mots clés ou un titre mais elle a le défaut d'être moins reposante et moins lisible à distance que l'écriture noire sur fond blanc.
Je pense que la craie blanche sur tableau noir était le meilleur compromis pour avoir un système effaçable très économique, mais que ce choix n'est pas dicté par des règles de lisibilité.
à Le Yéti
De déluge
menuisier | 07H13 | 09/11/2009 |
Il semble pour votre part que vous ignoriez tout du vidéo projecteur.
Il faut du sombre pour que ça marche.
C'est un peu le principe du cinéma si vous voulez.
Vous avez vu? A la fin des pubs, la lumière baisse et on a du mal à lire la revue gratuite avec les sorties annoncées.
Pas pratique pratique de prendre des notes dans le noir.
à déluge
De Béatrice1
| 14H55 | 09/11/2009 |
A l'époque héroïque des premières méthodes audio-visuelles, on ne se déplaçait jamais sans notre magnétophone et notre projecteur de diapos, et j'en étais une utilisatrice enthousiaste. Au bout de deux ans, je ne supportais plus de travailler dans le noir.
à Béatrice1
De déluge
menuisier | 15H57 | 09/11/2009 |
Oui, je me suis servi d'un vidéo proj quand j'ai fait un peu de formation, et il n'est pas posssible de tenir une journée complète.
Et mettez une classe de trente gamins dans la pénombre à 14h et on compte les éveillés au bout d'une heure! :-)
à flixp
De claire_
Apprentie chômeuse | 14H51 | 08/11/2009 |
N'exagérons rien, une salle de classe ne fait pas 30m de long ! Quoi que... avec la diminution du nombre de profs on va peut-être bientôt casser les cloisons entre deux salles : 70 élèves pour un prof...
Enfin je suis bien d'accord avec vous, les yeux sur l'écran toute la journée c'est vraiment un calvaire et je trouve ça vraiment déraisonnable d'imposer ça aux enfants (et comment leur faire comprendre que la télé et l'ordi c'est pas bon pour leurs yeux après ça !). Sauf à vouloir faire la fortune des ophtalmos...
à claire_
De framboise92
Je refleurirai un jour ! | 22H48 | 08/11/2009 |
Exactement, sans parler des migraineuses comme moi !
à flixp
De Fald
Vieux (con)vaincu | 15H14 | 08/11/2009 |
Je vous dirais qu'en réalité, je fais souvent les deux, en particulier pour les documents dit "iconographiques". Chaque élève a le sien qu'il peut voir de près, et le rétroprojecteur sert à ce que tout le monde (si possible), regarde par exemple en bas à droite du document si le détail qu'on observe est en bas à droite.
J'ai bien dit rétroprojecteur, pas vidéo-projecteur, car une phrase de cet article (au demeurant très intéressant) consiste quand-même à prendre les désirs des profs pour la réalité: "Mais voilà que les établissements scolaires sont aujourd'hui de mieux en mieux équipés d'une arme fatale : le vidéo-projecteur, relié qui plus est, dans chaque classe, à Internet." Je suppose que le "de mieux en mieux" vous a échappé, Monsieur le Yéti, ainsi que le "dans chaque classe". Vous vouliez sans doute dire "au goutte à goutte" et "dans quelques classes". Le vidéo-projecteur, quand il existe, est souvent à brancher sur l'ordi personnel du prof, si celui-ci a investi dans le portable. Dans la majorité des salles, c'est la vidéo de Papa, souvent enrichie du lecteur DVD, certes, et l'espoir qu'un des 4 ou 5 rétroprojecteurs d'un étage de 20 salles sera libre quand on en a besoin. Et je pense que je finirai mon anti-carrière dans ces conditions, sauf si une nouvelle "réforme" des retraites m'impose de bosser au delà des 80 ans.
Vous aussi, Monsieur Flixp, vous prenez un désir pour une réalité, le désir de nos ministres et administrateurs. Car depuis 25 ans, toutes les mesures concrètes prises par eux ont consisté à tasser un maximum d’élèves avec un minimum de profs dans le minimum de locaux. Alors, la salle de classe de 30 mètres, si on serre suffisamment les chaises et les tables, c’est leur idéal. Car 30 ou 40 places, comme vous avez sans doute voulu le dire, c’est trop peu à leur goût.
PS : Je m’aperçois que beaucoup de gans ont déjà réagi le temps que je rédige mon commentaire. je l’envoie quand-même, et excusez les redites.
à Fald
De Le Yéti
(auteur)
yetiblog.org | 18H08 | 08/11/2009 |
"Je suppose que le "de mieux en mieux" vous a échappé, Monsieur le Yéti, ainsi que le "dans chaque classe"."
Non, non, pas du tout, j'ai bien dit "dans chaque classe" et "avec internet".
Mon travail consiste à rencontrer chaque jour des enseignants dans leurs établissements, leurs salles de prof. Et même à faire des enquêtes sur l'équippement informatique de ces établissements.
Donc vous avez raison de dire que tous les établissements sont loin d'être suffisamment équipés. Et irrégulièrement selon les régions.
Mais je peux vous assurer qu'ils sont de plus en plus nombreux à l'être. Et de plus en plus rapidement.
**********
Ceci dit, entièrement d'accord avec vous pour dire que le manuel papier n'est pas prêt de disparaître. D'abord parce qu'il est indispensable pour lire des textes longs, surtout littéraires (d'où l'échec prévisible à terme d'outils artificiels comme le Kindle ou l'E-book). Essayez donc de lire deux pages ou trois pages consécutives de Molière sur un écran !
Mais s'il ne disparaît pas, le manuel traditionnel est appelé à fortement régresser. Or la régression, dans la tête d'un contrôleur de gestion néolibéral comme ils en a aussi fleuri dans les grands groupes d'édition, c'est la mort !
à Le Yéti
De Laclairette
informaticienne | 18H49 | 08/11/2009 |
Le problème de votre vision est peut-être justement que ce sont les départements et les régions qui équipent les établissements : il y a donc de fortes disparités en fonction des politiques menées localement.
à Le Yéti
De egide
Littéral | 21H14 | 08/11/2009 |
l'échec prévisible à terme d'outils artificiels comme le Kindle ou l'E-book
Je viens de lire sur un écran sans rétro-éclairage, donc sur un liseur électronique un ouvrage de 220 pages sur la mythologie gauloise et le graal récupéré sur gallica.fr
Je me régale avec les éditions d'époque des Fleurs du mal et des Illuminations.
Je lis avec joies des romans touffus fin de siècle (l'antépénultième) d'auteurs brillants mais inconnus des éditeurs (300 pages) et je parcours ainsi le Paris vivant de Robert Caze, celui de 1885.
Et ça se lit comme un livre papier, je n'ai pourtant pas brûlé mes livres papier pour autant.
Grace à http://www.publie.net je peux acheter toute la littérature française actuelle et la lire sur le liseur.
Je vous conseille d'essayer en démonstration un de ces liseurs pour vous faire une idée que leur mode de lecture n'a rien à voir avec celui de l'écran d'ordinateur.
La BNF qui refuse à beaucoup de chercheurs l'accès à des documents originaux sous des prétextes fallacieux, en contradiction avec sa mission et son objet d'établissement public des archives, ne me permettra jamais d'y accéder autrement qu'en format numérique, s'il existe.
Et c'est cette perspective de la numérisation inéluctable des archives documentaires des bibliothèques nationales et universitaires qui lance d'ors et déjà le liseur électronique et le livrel au-delà du simple effet de mode.
C'est le liseur électronique qui va sauver la presse quotidienne de son marasme.
Et les gratuits qui ont tué la presse papier, sont des journaux imprimés sur du papier.
Et je ne parle pas de la joie ineffable des auteurs qui tiennent enfin le moyen de produire un objet d'art total en offrant au lecteur éventuel cet ouvrage :
What the authors wrote is what you read
à egide
De kebra
Bisounours killa | 22H27 | 08/11/2009 |
Merci Egide, vous m'enlevez un gros travail du clavier, je ne réagis pas aux tribune du Yéti, nous sommes trop en désaccord sur la question des drogues, je voulais pourtant le faire sur ce sujet précis du liseur électronique.
Pourquoi ? Son discours est le même que celui des libraires autour de moi, ils font dans l'incantatoire, comme les disquaires avant eux. Et retarde ainsi l'adaptation aux transformations de leur métier. Le papier ne va pas disparaitre, il existe encore un marché du vinyl et du CD, il ne sera plus hégémonique, les auteurs vont se passer d'éditeurs, les archives vont s'ouvrir, les titres ne seront plus épuisés. Je n'y vois là que des avantages mais je ne suis plus libraire.
à Le Yéti
De Fald
Vieux (con)vaincu | 23H07 | 08/11/2009 |
Entendons-nous bien, Monsieur le Yéti, je suis POUR le numérique, et je suis assez optimiste, peut-être plus que vous à ce que je crois comprendre, quant à l'avenir des livres électroniques. (Voir plus loin ce que j'ai répondu à "Appassionata".) Sans doute faut-il encore les mettre au point, mais les choses vont tellement vite....
Je ne m'offre encore qu'un ordi non-portable pas tout neuf et des livres en papier, (chacun son budget et ses besoins), mais je pense que, dans une génération, le papier sera minoritaire, et ce sera tant-mieux à mon avis.
Par contre, la situation que j'ai décrite est celle d'un lycée pas spécialement défavorisé.
J'aimerais assez faire cours en projetant les images au vidéo-projecteur et en écrivant sur l'écran avec un traitement de texte au lieu de bouffer de la craie ou, encore pire, de respirer du solvant de stylo-feutre.
Vous me dites que c'est pratiquement demain la veille, on verra. J'aime les bonnes surprises!!!!!!!!!!!!!!
à Fald
De Béatrice1
| 00H06 | 09/11/2009 |
"au lieu de bouffer de la craie ou, encore pire, de respirer du solvant de stylo-feutre."
Ah ça ce serait un réel progrès, c'est sûr. Quelle plaie !
à Béatrice1
De alaixih
21H21 | 10/11/2009 |
Ceci dit on respire aussi son ordinateur.
De yann@thil
Enseignant (français) | 14H00 | 08/11/2009 |
@ Béatrice1
Les enseignants devraient davantage travailler ensemble. Ils n'auraient pas besoin de fournir un travail titanesque. Et puis, les manuels coûtent chers. On le voit lors d'un conseil d'administration lorsque plusieurs matières doivent changer leurs manuels. Ce sont des milliers d'euros.
@ flixp
Les manuels ne sont pas exempts de tout reproche, et Internet offre le meilleur comme le pire, comme les manuels.
à yann@thil
De Béatrice1
| 19H46 | 08/11/2009 |
"Les enseignants devraient davantage travailler ensemble."
Yaka... Où ça ? Quand ils auront des bureaux on pourra en reparler... En langue vivante, seul ou à plusieurs, ce serait un travail titanesque, pour un résultat bien moins satisfaisant que le choix d'un bon manuel - qu'on reste libre d'utiliser à sa façon, bien entendu. C'est une offre très riche dans laquelle on pioche. Tout les cours auxquels j'ai assisté qui étaient hors manuel étaient d'une pauvreté affligeante.
De Apassionata
Mort latente | 14H13 | 08/11/2009 |
Cette évolution vers le tout numérique n'est pas souhaitable.
Avec la disparition des manuels scolaires l'enfant perd cette première relation tactile avec le livre-objet-de-connaissance/découverte qui est souvent déterminante dans le rapport affectif qu'entretient l'enfant avec le savoir. Ce rapport qui incite à la curiosité intellectuelle est a favorisé pour que les enfants ne considèrent plus l'éducation comme un long chemin de pénitence mais plutôt comme un besoin et une source de réjouissance.
D'autant plus dans cette époque où le déclin de la vrai culture ce fait de plus en plus ressentir au profit d'une certaine culture d'apparat détachée du texte, de la réelle connaissance qui elle demande du temps, de l'énergie, de la rigueur.
à Apassionata
De Fald
Vieux (con)vaincu | 16H16 | 08/11/2009 |
Aves le mur de plâtre, on a perdu la paroi de la caverne, avec le papier, on a perdu le parchemin, avec l'imprimerie, on a perdu l'art du copiste, et avec les chiffrers arabes, on a perdu l'art de calculer en chiffres romains, etc., etc.
Si vous avez lu Virgile ou Homère, c'était sur du papier et vous auriez été bien embêtée de falloir vous colleter avec des tablettes de cire ou des rouleaux de papyrus.
Ceux de nos descendants qui s'intéresseront à cette littérature la liront sur écran, et ils ne regrettront pas plus le papier que nous ne regrettons les supports qui l'ont précédé.