
Crise phase IV : la révocation programmée du roi dollar
Robert Fisk, le grand journaliste spécialiste du Proche-Orient pour le journal britannique The Independent, vient de lever un sacré lièvre : « Les pays arabes du Golfe Persique planifient -avec la Chine, la Russie, le Japon et la France- de mettre fin à la facturation du pétrole en dollars. »
Après l'ébranlement durable de l'organisation financière mondiale, la défaillance généralisée des économies réelles, la mise en péril des puissances publiques (nationales, régionales, locales), voici en gestation la quatrième phase de la crise systémique en cours : un complot contre le roi-dollar.
Un complot aux multiples ramifications
A la place du dollar, les comploteurs proposent d'utiliser « un panier de monnaies, dont le yen japonais et le yuan chinois, l'euro, l'or et la nouvelle devise commune que doivent adopter les nations appartenant au Conseil de Coopération du Golfe, incluant l'Arabie Saoudite, Abu Dhabi, le Koweït et le Qatar ».
Pour appuyer ses affirmations, Robert Fisk s'appuie sur des « réunions secrètes », mollement démenties par les intéressés, et confirmés par des sources bancaires du Golfe et de Hong Kong.
L'échéance entendue peut paraître lointaine (2018), mais les hostilités n'attendront évidemment pas pour éclater. Et cette nouvelle est un coin meurtrier d'ores et déjà enfoncé dans les flancs du vacillant maître de l'Empire : les Etats-Unis d'Amérique.
D'autant que d'autres pays dits émergents (le Brésil, l'Inde) ont déjà manifesté leur intérêt pour participer à des règlements de pétrole hors dollar.
L'Iran elle-même s'est fait un plaisir de rajouter de l'huile sur le feu en annonçant que « ses réserves de devises étrangères seraient désormais conservées en euros plutôt qu'en dollars ».
Pire, note Robert Fisk, « certains financiers israéliens ont témoigné au cours des deux dernières années leur intérêt pour des investissements non libellés en dollars dans des banques arabes ».
Pour faire beaucoup, ça fait beaucoup ! « Des sources chinoises du secteur bancaire indiquent que les discussions sont allées trop loin pour être désormais bloquées », assène Robert Fisk.
Un bouleversement des données géopolitiques mondiales
Nul doute que l'oncle Sam mettra tout en œuvre pour défendre bec et ongle ses prérogatives établies à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Mais la logique infernale de déstabilisation est enclenchée. Favorisée principalement par la montée en puissance de la Chine et la dilution intrinsèque de l'appareil économico-financier américain.
Les conséquences en sont évidentes : une exacerbation des tensions internationales. Et un bouleversement des données géopolitiques mondiales.
En réalité, ces bouleversements en cours ne surprennent guère les initiés. Robert Zoellick, président de la Banque mondiale :
« L'un des héritages de cette crise pourrait être la prise de conscience que les relations de pouvoir économique ont changé. »
Les conséquences de cette si importante mutation ne toucheront pas seulement à l'équilibre géopolitique de la planète. Mais à la survie même du système imposé au monde par la puissance américaine. N'est-ce pas l'« exorbitant privilège » mondial du dollar qui permettait au maître de l'Empire de régler ses déficits abyssaux sans souci et sans autre contrepartie ?
Les motifs en sont-ils uniquement économiques ou politiques ? Non, répond Robert Fisk. Même s'ils s'en défendent devant la galerie, l'Arabie saoudite et ses pays satellites reflètent « le ressentiment croissant au Proche-Orient, en Europe et en Chine envers des décennies de domination politique et économique américaine ».
Ressentiment ! Ce qui est ainsi remis en cause, c'est ni plus ni moins la suprématie américaine sur les affaires du monde. On sait la férocité sans pitié du commun pour les rois déchus.
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De padiran
Chroniqueur mondain | 11H35 | 10/10/2009 |
Bien vu le Yeti. La valeur des bons du Trésor américains détenus par Pékin s'élève à 585 milliards de dollars et est maintenant le premier créancier des Etats Unis. L'horloge de la dette publique Américaine affichait en mars 2009 le chiffre suivant :
11.038..009.867.151.79 $ soit 11 trillards de dollards soit environ 87.000$ par foyer fiscal
Les USA grâce au dollard vivent à crédit vis à vis de l'extérieur. Si des puissances comme les BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine), aidés par l'Europe et les puissances pétrolières décident que le dollard n'est plus une monaie représentative de leurs échanges, la désillusion sera grande pour le peuple américain.
L'or est actuellement en hausse importante, montrant ainsi les signes de fébrilité des marchés internationnaux.
De Pas lolo
fasciné | 17H45 | 10/10/2009 |
Pas sur que cela soit à moi que vous vous adressiez.
Par ailleurs, on ne discute pas de l'éffondrement du dollar mais de son remplacement en tant que devise pour la fixation du prix du pétrole.
Niveau scoop, ça fait au moins deux ou trois ans qu'on en cause.
Pour ce qui est de son effondrement, c'est un sujet de discussion qui ne concerne pas que le dollar.
En cherchant bien vous trouverez d'interessantes discussions sur la fragilité de l'euro ou du Yuan.
De Blaise11
I'm hard, but I'm fair. | 02H05 | 11/10/2009 |
@ Pas lolo
Il ne dit pas tout à fait ça l'article du Yéti. Vous allez un peu vite dans votre besogne.
Ce n'est pas une question de scoop, d'effondrement ou de remplacement, mais plutôt de savoir quelles seront les réactions des belligérants face à ce scoop, cet effondrement ou ce remplacement, appelez-le comme vous voulez.
Je les vois mal aller au charbon avec le petit doigt sur la braguette, qu'ils soient « rosbifs », teuton, jap, ou yankee.
Donc avant de savoir quelle sera la lointaine démarche policée des instances mondiales concernées par ce prédictible changement de monnaie, il serait bon de s'intéresser dès aujourd'hui aux petites phrases anodines (et assassines) qui sellent bien souvent à l'avance le sort de ces futurs rapports de force encadrés…
Première chose.
Ensuite, cette histoire de « fixation du prix du pétrole » ne découle-t'elle pas plus simplement d'une vieille fixation sur le pétrole, comme un camé de longue date pour qui les fixs commencent à manquer ? …
C'est « qui qui » qu'aura la longueur d'avance car il aura su anticiper autre chose que le résultat d'une guéguerre pour une ressource qui se tarit ? …
De zorbek
08H35 | 11/10/2009 |
@ Pas lolo
Désolé, mais comme « démontage en règle » de l'article de Fisk, je m'attendais à qc d'un peu plus étoffé : tout ce qu'il dit est de contester qu'un accord se profile, et n'apporte rien sur le fond du problème, à savoir que de plus en plus de pays en ont marre de financer le déficit de l'état US qui est de facto subsidié par l'épargne mondiale.
Bien sur que les Chinois sont dépendants de leurs exportations vers l'Amérique. Et bien sur aussi que personne n'a intérêt à une chute accélérée du dollar. De plus, si les pays producteurs de pétrole ne voient pas - ou n'osent pas voir - leur intérêt à ne plus se faire payer en $, nous européens, grâce à l'euro, n'avons pas à en subir les conséquences, tant mieux pour nous et tant pis pour eux. N'empêche que ce qui est nouveau est que de plus en plus de pays commencent à se poser la question plus ou moins ouvertement, pour preuve la proposition sino-russe de mettre à l'ordre du jour le remplacement du dollar comme monnaie de réserve lors de l'avant-dernier sommet du G20.
Je trouve plutôt rassurant de voir qu'une solution de rechange est envisagée sur le long terme. Ce qui l'est moins, c'est qu'au cours de l'histoire, aucun empire n'a accepté sa chute sans réagir de manière violente. Quand on voit qu'un crétin absolu comme Bush a été élu deux fois de suite, il y a de quoi se faire du soucis à propos du déclin de l'empire américain, car Obama n'est pas éternel…