Crise : un grain de sable chinois dans la mécanique du monde

Dialogue américano-chinois stratégique et économique à Washington le 27 juillet 2009 (Jonathan Ernst/Reuters).

Pendant qu'on nous chante la venue de la reprise comme jadis celle du messie, qu'on nous annonce que la récession est (presque) « terminée »… tous les mois, pendant qu'on se vante d'une « baisse surprise » du chômage (alors qu'il a augmenté en France de 9200 personnes en juin toutes catégories confondues, plus 33 300 nouvelles personnes radiées par un Pôle emploi débordé), il y a quelques nouvelles comme ça, quelques dépêches qui passeraient presque inaperçues. Mais qui portent en elles tous les germes des drames à venir.

Ainsi celle-ci de l'Associated Press, datée du 28 juillet 2009. Extraits :

« Les responsables financiers américains tentent de rassurer la Chine »

« Le président américain Barack Obama a écarté les principaux responsables financiers de son administration pour dire directement à une délégation chinoise que les Etats-Unis ne laisseraient pas leur déficit géant ou une inflation mal contenue miner la valeur des investissements de la Chine dans le pays.

[…]

Les responsables américains ont souligné devant leurs interlocuteurs chinois, notamment un vice-Premier ministre et un conseiller d'Etat, que les Etats-Unis ont un plan pour ramener le déficit à un niveau plus bas une fois que la crise sera passée. »

Ce que ça veut dire ? Eh bien que la Chine, premier financeur et détenteur d'obligations américaines, commence à sérieusement s'inquiéter et à s'impatienter devant le trou grandissant de la dette de son débiteur et la dégradation continue de son économie.

Le fait que Barack Obama ait cru bon d'« écarter les principaux responsables de son administration » montre bien que l'affaire commence à sérieusement sentir le roussi. Façon de conjurer à la Coué les risques à venir, le président américain a d'ailleurs jugé utile de préciser à ses interlocuteurs chinois que les rapports de son pays avec la Chine entraient dans « une ère de coopération, non de confrontation ».

Barack Obama, comme vous face à votre banquier

Barack Obama, dans cette histoire, est comme vous devant votre banquier quand vous lui expliquez un brin piteux que votre découvert va être encore plus abyssal que prévu. Mais bien sûr momentanément, car tout va forcément s'arranger… une fois que vous aurez retrouvé du travail ! Comme les Etats-Unis qui ont évidemment « un plan », un de plus… UNE FOIS QUE la reprise sera revenue !

Jusqu'au jour où vos créanciers agacés vous coupent les vivres et prennent des mesures de rétorsions à votre encontre. C'est ainsi que l'histoire (la grande et la vôtre) peut basculer. Car s'ils coupaient soudainement les vivres aux Etats-Unis, c'est la tête d'un empire aux ramifications mondiales que les Chinois enverraient au tapis.

Photo : dialogue américano-chinois stratégique et économique à Washington le 27 juillet 2009 : Barack Obama rencontre le conseiller d'Etat Dai Bingguo et le vice-Premier ministre Wang Qishan (Jonathan Ernst/Reuters).

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6 commentaires sélectionnés

Portrait de Jaycib

De Jaycib

Désagrégé de l'Université | 10H02 | 28/07/2009 | Permalien

Tout cela est vrai, Yéti, mais il ne faut pas oublier que la Chine espère encore que les USA vont redevenir son premier marché d'exportation rentable à plus ou moins longue échéance, et qu'elle n'entend pas dynamiter le dollar ou réclamer son dû précipitamment de peur d'une chute drastique de sa propre production industrielle. C'est bien pourquoi la crise est mondiale : tout ce qui est bon pour les USA l'est également pour la planète entière (je paraphrase le dicton célèbre : « Tout ce qui est bon pour General Motors est bon pour les Etats-Unis »).

Les empires ont ceci de pervers d'entraîner leurs partenaires et même des comparses dans leur effondrement. Le pourvoyeur de drogues dépend pour sa prospérité de la consommation soutenue des drogués.

Portrait de padiran

De padiran

Chroniqueur mondain | 10H59 | 28/07/2009 | Permalien

La politique chinoise qui consiste à laisser la bride sur le cou à tous ses industriels, financiers et autres winners de la socièté libérale locale, tous formés dans les meilleurs écoles américaines et européennes à la seule condition de ne pas remettre en cause les dirigeants de la République Polulaire de Chine est en limite de rupture.
En progression constante depuis 15 ans , sa croissance est actuellement en forte diminution à cause de la recession dans les pays « clients » (USA essentiellement et Europe).
Ses investissement géants engagés à partir de 2 axiomes
- Sous évaluation volontaire du yuan
- Achat massif de bons du trésor Américain
a été une stratégie gagnante dans le cadre d'une croissance soutenue des économies « clientes ».
Cette stratégie se révèle désastreuse car l'arrêt des exportations ne peut être compensée par une consommation intérieure (classe moyenne encore embryonnaire)
Des ouvriers chinois sont licenciés et la révolte commence à gronder dans les campagnes
Le système libérale fondé sur l'offre et la demande commence à donner des signes de fatigue, car l'offre est pléthorique et le demande est anémiée
Salauds de « riches », ils ne peuvent ou ne veulent plus consommer
Qu'est ce que les délocalisateurs vont faire de leurs usines ?

Portrait de A.V.

De A.V.

tamagotchi89 | 11H04 | 28/07/2009 | Permalien

Le grain de sable est dans la mécanique chinoise aussi. Sur les 2000 milliards de dollars de réserves monétaires internationales de la Chine, 70% sont en devises américaines. La Chine détient pour 800 milliards de dollars d'obligations américaines, en augmentation de 5% par mois (un quart de la dette U.S.). Le problème est que l'économie américaine peine à redémarrer et que l'administration Obama cherche à emprunter toujours plus, avec une tendance certaine à faire marcher la planche à billets. La Chine est devant un dilemme : arrêter de stimuler l'économie américaine, au risque de voir la valeur du dollar s'effondrer, ou continuer à injecter 40 milliards par mois.

Portrait de PolluxPrinter

De PolluxPrinter

Artisan | 11H54 | 28/07/2009 | Permalien

Je ne suis pas d'accord sur cette vision du jeu. Si l'on additionne les prêts consentis par la Chine aux USA (5 à 600 milliards de dollars) et ses investissements directs dans les entreprises US, on arrive plutôt à 1500 milliards de dollars. Il existe un adage bancaire : quand tu as 100 euros de découvert, c'est ton problème. Quand tu as 15000 € de découvert c'est le problème de ton banquier. Dans le cas présent, les Chinois ont un problème : si le dollar baisse, leurs encourts et prêts ne valent plus rien. Sachant que les américains ont maintes fois prouvé que le dollar était pour eux une arme, ce qui m'inquiète dans cette affaire, c'est la similitude avec la situation qui prévalait dans les années 30, quand le chantage économique des USA a permis aux faucons d'arriver au pouvoir à Tokyo. On connaît la suite.

Portrait de jma14

De jma14

18H39 | 28/07/2009 | Permalien

L'article est bon, mais le dernier paragraphe est je pense simpliste.
Le problème de cette économie mondiale c'est que tout le monde se tient les uns les autres. Faire cela reviendrait à se couper les deux jambes, les deux bras et la tête.

Portrait de Le Yéti

De Le Yéti (auteur)

yetiblog.org | 19H32 | 28/07/2009 | Permalien

@ jma14

« … mais le dernier paragraphe est je pense simpliste. »

C'est vrai, vous avez raison. Si, fort de la richesse des commentaires qui ont suivi ma petite tribune, je devais refaire ce dernier paragraphe, j'écrirais :

« Cette inconfortable position de débiteur pas trop solvable fait courir deux risques majeurs aux États-Unis d'Amérique et à leurs alliés de l'Empire occidental en souffrance :

- soit, cela s'est vu dans l'histoire, le créancier chinois affolé finit par céder à la panique, se replie sur lui-même et brade, dans un sauve-qui-peut irrationnel, tout ou partie de ses obligations américaines, entraînant de fait la ruine de son débiteur ;

- soit, profitant de sa position dominante de créancier, la Chine impose des conditions si exorbitantes et draconiennes à son débiteur américain que ce dernier n'aurait d'autres possibilités que d'aller au clash pour ne pas se retrouver pieds et mains liés à une “puissance étrangère”.

Dans les deux cas, les conséquences sur le quotidien de l'humanité seraient terribles. »

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