Tour de France : la fierté du coureur dopé

Dessin de Na

Et c'est reparti pour un Tour ! Comme si de rien n'était, la caravane fourbit ses slogans publicitaires ; les radios et les télévisions salivent d'avance sur les audiences ; les journalistes font mine de s'enthousiasmer, glosent sur la « légende » ; les coureurs et leurs staffs parlent stratégie, osent quelques pronostics ; le grand public s'arrache les journaux, la carte des étapes, la liste des équipes… Le dopage ? Plus tard.

Je me rappelle. Mai 2007. Le coureur Bjarne Riis, vainqueur du Tour de France 1996, venait de reconnaître qu'il se dopait à l'EPO. Il n'était pas le premier à se répandre ainsi en confidences. Ni le dernier. C'était déjà alors une véritable hémorragie. En vérité, ces révélations n'apprenaient pas grand chose tant on savait depuis longtemps.

Justement, ce qui retenait l'attention, c'est la réaction de tous ceux qui savaient, la réaction du grand public devant ces aveux. Ou plutôt l'absence totale de réactions.

Entendit-on la moindre indignation, la moindre protestation, la moindre déploration devant cette tache à la « morale » sportive ?

Non, silence de plomb, comme si un épais brouillard avait anesthésié les consciences. Ce n'était ni réaction d'indifférence, ni impossibilité de comprendre. C'était plus simplement un refus acharné d'admettre une réalité insupportable.

Nous nous accrochons comme des forcenés à nos rêves

D'ailleurs, comme si de rien n'était, depuis, à chaque Tour de France, sur les pentes des Alpes et des Pyrénées, il y a toujours autant de foules surexaltées pour encourager les coureurs drogués.

Ce phénomène n'est pas propre au seul cyclisme, ni à l'univers du sport. Il touche bien d'autres domaines de notre existence : vie quotidienne, professionnelle, politique… Il illustre la totale incapacité des êtres humains à admettre qu'ils ne maîtrisent pas le monde dans lequel ils vivent. Et qu'ils ne maîtriseront bien sûr jamais.

Nous préférons travestir l'insupportable réalité au prix de quelques petites supercheries et tricheries. Nous nous accrochons comme des forcenés à nos rêves comme l'enfant se refusant à croire, contre toute évidence, que le père Noël n'existe pas.

Le mirage de l'écrasante suprématie de l'espèce humaine sur son environnement est à ce pauvre prix. Et tant pis si tout là-haut, les oiseaux doivent en rigoler.

Au Danemark, la statue de Bjarne Riis ne sera pas déboulonnée

Ils nous faut des héros ? Qu'à cela ne tienne, nous allons nous les fabriquer nous-mêmes. Et le maire de la petite bourgade danoise d'où était originaire Bjarne Riis, put déclarer sans souci que la statue à la gloire du champion déchu ne serait pas déboulonnée du centre ville.

C'est à peine si la révélation de quelques vérités crues nous laisse un instant désemparés et hébétés. Nous replongeons illico dans la quête de nos illusions impossibles. Nous finissons par croire nous-mêmes aux petits mensonges que nous nous inventons pour enjoliver notre théâtre quotidien.

C'est ainsi que nous nous esbaudissons sans trop sourciller aux exploits de nos footballeurs qui multiplient les matchs forcenés sans jamais défaillir, aux courses interminables de nos inépuisables tennismen, aux records insensés de nos nageurs dont la morphologie fait passer les bonnes vieilles nageuses est-allemandes pour des rachos étiques…

Elus « repris de justice » et « tricheurs à la chaussette »

C'est ainsi qu'une majorité de nos concitoyens en vint à porter aux nues électorales, en 2007, pour des raisons plus ou moins avouables, un président bonimenteur sans envergure ni scrupules, un malade.

C'est ainsi que nous renouvelons notre confiance, parfois, en toute connaissance de cause et sans la moindre vergogne, à des élus locaux « repris de justice » ou à des « tricheurs à la chaussette ».

C'est ainsi que des parents s'acharnent à vouloir placer dans des établissements prestigieux leurs rejetons en parfait état d'échec scolaire et n'en ayant strictement rien à faire.

Oui, c'est ainsi que notre torpeur nous fit accepter sans trop rechigner les propos dont le coureur Bjarne Riis accompagna alors ses aveux :

« Je suis fier de mes résultats même s'ils n'ont pas été acquis en toute honnêteté. »

(Texte adapté d'un commentaire publié en juillet 2008)

36 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Portrait de Phil2922

De Phil2922

Retraite invalidité | 07H21 | 05/07/2009 | Permalien

Richard Gasquet est en pétard depuis qu'il sait que Boonen (contrôlé aussi à la cocaïne…) a pu prendre le départ du Tour de France, alors que lui n'a pas le droit de jouer… !
Fignon a le même cancer qu'Anquetil, mort depuis un moment, alors que Poulidor (n'ayant pas le même palmarès que le Normand..) est toujours en vie et en bonne santé.
Merckx a aussi un sacré palmarès, mais qu'est ce qu'il est gros, mais gros… !
Ce matin, j'ai entendu que Cancellara avait gagné le contre le montre avec une moyenne de plus de 47km/h alors que le circuit était très technique et moins roulant qu'à certains prologues. C'est certain qu'une immense chappe de plomb entoure toute question de dopage, d'autant plus qu'il y a toujours autant de monde au bord des routes.
Le dopage ne touche pas que le cyclisme et est présent dans un maximum de sports où l'omerta sur le sujet est de mise également. Le journaliste qui veut faire une enquête sur le dossier est rapidement mis au vert et on lui dit qu'il ne comprend rien au sport. N'importe comment, les Français sont plus vindicatifs contre les journalistes d'investigation que contre les « dopés à l'insu de leur plein gré » à qui ils sont prêts à pardonner pourvu qu'ils leur donnent du spectacle…. ! !

http://phil195829.overblog.com

Portrait de Artichaud

De Artichaud

Etudiant | 08H39 | 05/07/2009 | Permalien

Bonjour,
qu'est-ce que c'est que ce torchon ?
Le but ? ! Casser du sucre sur le cyclisme en parlant de sujet abrutissant, en plus, en plein tour de france : noté l'originalité du débat. De toute manière il n'y a même pas de débat car, l'auteur n'y connait rien. Ne connais aucune des « politiques » menées dans le but d'éradiquer le dopage et dont les coûts sont astronomiques.
Si ce n'est pas pour faire de « l'audimat », je ne vois pas le but de cette lecture. Cette « nouvelle » est seulement publiée dans l'espoir de créer de la distraction pour quelques lecteurs qui aiment avoir des semblants d'avis lorsque le sujet abordé chez eux est le cyclisme. Monsieur, les cyclistes courent toute l'année, ne le savez-vous pas ? Vous êtes vous intéressé une seule fois à un autre évènement que le Tour ?
Il serait préférable que vous alliez jubiler et frotter vos mains en allant voir un match de foot ou de la natation qui vous permettrai d'avoir enfin des « vrais héros » digne de vos jugement.

Portrait de Liger

De Liger

liger.amsud.net | 10H26 | 05/07/2009 | Permalien

Les tout-débuts du tour, c'était des cyclistes qui se débrouillaient seuls, emportant leur matériel de réparation sur leur vélo, et couchant au bord des routes.
Le jour ou on réorganisera une épreuve de cette nature, en parallèle peut-être avec la caravane de pub qu'est devenu le tour, on pourra à nouveau se réjouir des bienfaits du sport et des vertus du sens de l'effort.

Portrait de C. Creseveur

De C. Creseveur

Ca pourrait bien être ça! | 10H34 | 05/07/2009 | Permalien

Pour ma part je suis ahuri de voir comment la caravane médiatique du tour vient de balayer d'un revers de main le problème du dopage et comment elle s'asseoit confortablement sur toute forme d'éthique et de déontologie en nous faisant sans vergogne la promotion du revenant Armstrong, dont on a pourtant la confirmation qu'il se dopait (déjà / encore) durant le tour 99, et dont chacun a dit pis que pendre.
Le groupe Amaury est hallucinant qui à travers l'Equipe et le Parisien nous feraient à nouveau verser des larmes d'émotion pour ce sportif incomparable qui su vaincre la maladie en remontant sur la selle.
Sur ce plan on peut même donner une palme spéciale à Michel Drucker, égal à lui-même : un journaliste accueillant, et pas contrariant pour un sou. Merci de nous recevoir Lance ! Vous êtes chez vous !
Et nous voilà parti pour une boucle commentée par Fignon, qui lutte à son tour contre le cancer, après nous avoir avoué qu'il était blindé. Ce même Fignon qui se permettait de menacer les journalistes trop curieux, sur le sujet !

Portrait de rotre

à C. Creseveur Portrait de C. Creseveur De rotre

Commercial | 06H11 | 07/07/2009 | Permalien

Ce sport a des dérives mais on ne peut l excuser de laxisme.Il y a des lois , des organismes au dessus du Tour .En 2006 , des stars comme Ulrich, Basso ont ete priés de rentrer chez eux alors qu'ils etaient physiquement sir les lieux du départ.Imagine t'on des controles poussés dans d'autres sports et demander a Nadal en plein Roland Garros de decamper ou a unb Deschamp ou Zidane de renoncer a la coupe du monde 2002 apres que l'on ait appris qu'ils etaient dopés dans leur club italien ?
Le velo trouve des dopés , jetés en pature au public, parce qu'il les cherche.
Ricco, Rasmussen, Vinokourov exclus du tour pendant l'epreuve , avec tous les projecteurs sur eux , ne dites pas que le groupe Amaury n assure pas .
Pour Armstrong, le pouvoir sportif n a rien touvé ou prouvé contre lui, pourquoi voullez vous que Amaury lui interdise de participer, si il le faisait Armstrong gagnerait sa place devant les tribunaux.

Portrait de La corneille

De La corneille

17H09 | 06/07/2009 | Permalien

Les coureurs se bousillent l'organisme, et s'ils sont pris, ils encourent des suspensions qui les empêchent de faire leur métier.

Les sponsors pètent de santé et de pognon, et en cas de sanction contre un de leur coureur, ils peuvent se permettre de hurler d'indignation plus fort que tout le monde.

Le public veut juste rêver, mais il sait qu'il rêverait tout autant s'il ne voyait pas des coureurs se ruiner la santé pour des profiteurs.

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