
Crise, phase III : la défaillance des puissances publiques
Après une première phase marquée par l'effondrement du système financier international en 2008, une seconde entamée début 2009 qui voit l'économie réelle péricliter à grand train avec la mise en faillite de mastodontes comme General Motors ou Chrysler (pour commencer), voilà que se dessine une nouvelle et troisième phase critique (second semestre 2009) : la déroute des puissances publiques, nationales ou locales.
Un point sur les deux premières phases
Essayons tout d'abord de faire un point tout simple de la situation pour comprendre la mécanique de la débandade en cours.
Le système bancaire sous perfusion d'aides publiques ne parvient pas à se redresser. Et n'est plus de la moindre utilité à l'économie réelle. Tout juste a-t-il vu l'échéance repoussée par quelques colmatages au forceps de ses brèches les plus béantes. Seuls quelques tours de passe-passe comptables lui permettent encore de présenter des comptes potables et de survivre sous perfusion.
La vérité est que les coffres des banques sont bourrés d'actifs toxiques dont elles ne parviennent plus à se débarrasser. C'est quoi, des actifs toxiques ? Eh bien comme un bas de laine rempli de dizaines et de dizaines de vieux billets de 100 francs. Il y a bien écrit dessus « 100 francs ». Sauf que pas un commerçant, ni aucune banque ne veut plus vous les prendre !
La seule chance du système bancaire serait une reprise miraculeuse de l'économie réelle. Mais justement, entièrement basée sur un crédit que le système bancaire n'est plus en mesure de lui apporter, cette économie réelle bat salement de l'aile. Et de plus en plus dramatiquement. Malgré là encore, l'aide massive en liquidités des Etats.
Nous avons annoncé à maintes reprises que l'effondrement de l'économie réelle mondiale serait patent à la fin du premier semestre 2009 et illustré par de retentissantes faillites emblématiques : Chrysler, General Motors, bientôt Opel, Thomson, plus le secteur immobilier toujours en pleine décrépitude… Nous y sommes. On parle même de quelques autres cas encore plus spectaculaires.
La phase 3 : la défaillance des puissances publiques
Devant cette Bérésina financière et économique, les Etats se sont carrément ruinés pour essayer de sauver ce qui pouvait encore l'être. En pure perte comme nous l'avons vu.
Endettés jusqu'au cou par leurs mirifiques mais inutiles « plans de relance », privés des rentrées fiscales pour combler les trous de plus en plus béantissimes, les gouvernements et les collectivités locales de tous les pays sont pris à la gorge.
Eh oui, ce n'est pas compliqué, l'économie. Entièrement basée sur la circulation de l'argent : pour que l'argent sorte, il faut aussi qu'il rentre ! Par l'impôt ou les taxes, par exemple. Sauf qu'avec l'explosion du chômage et les défaillances accélérées d'entreprises, tous les robinets sont grippés. C'est le cul-de sac fatal.
Les premiers signaux d'alertes sont lancés. La Californie, cinquième puissance économique du monde, est en quasi état de cessation de paiement. Au point que son gouverneur aux abois envisage purement et simplement de « supprimer l'assurance-maladie d'un million d'enfants et de rogner sur la protection sociale » (Libération du 29 mai 2009). Point n'y fera, on attend les premiers craquements dès juillet 2009.
Bien d'autres Etats américains sont dans la même méchante mouise. Quarante-quatre selon des informations livrées par un riverain familier de la Rue, nemo3637, et détaillées en anglais ici.
Des pays voisins ou plus lointains tutoient également la banqueroute : le Mexique, l'Espagne, la Grande-Bretagne, en passe de perdre, comme les USA, sa note maximum de crédit (AAA).
Certains pays s'avouent déjà au stade de la déflation, stade ultime avant la dépression (le Japon). D'autres peinent à le démentir (l'Union européenne).
Enfin ne parlons pas de l'état délicat d'un grand nombre de collectivités locales, en France notamment, de plus en plus incapables de faire face à leurs charges. Ainsi de ce document émanant des Chambres de Commerce de la région Champagne-Ardenne, faisant état de suspensions alarmantes d'investissements, particulièrement dans le domaine public.
Cette défaillance des puissances publiques, nationales, régionales ou locales, ultimes pompes à oxygène pour alimenter un système privé moribond, risque fort de porter le coup de grâce à l'ensemble de l'organisation et précipiter un peu plus le monde dans le chaos. La rentrée de septembre pourrait être cruciale sur le sujet.
D'autant que ceux qui tiennent les manettes de ces puissances publiques ne trouvent toujours rien d'autres à opposer à cette déconfiture que de dérisoires poudres de perlimpinpin médiatiques.
Le sociologue-anthropologue Paul Jorion, sur son blog, les compare à un groupe de parachutistes en chute libre. Ils sont là, à sept, à huit, à vingt. Se tiennent en rond par la main, affichent un sourire de circonstance un brin crispé. On a l'impression qu'ils flottent dans l'air. Mais qu'un seul ouvre son parachute et la brutalité de sa remontée affiche la vitesse foudroyante de la descente des autres.
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De Guy Valte
17H31 | 31/05/2009 |
On dit : « Scier la branche sur laquelle on est assis. » C'est fait et la branche est tombée. Et ils nous disent : « Ça va remonter en 2009. » Dans vos rêves ! Je pense que si on ne change pas de système de société, si on continue dans le capitalisme, la crise de 29 sera une blague en comparaison de ce vers quoi on va.
De alberte
Sage-femme retraitée | 18H49 | 31/05/2009 |
Comme toujours article très intéressant du Yéti. Mais que cela fait froid dans le dos ! Nos « parachutistes » nous disent à longueur de médias que nous avons passé le plus gros et que la croissance repartira fin 2009 ! ! Quelle croissance ? C'est ce qu'ils oublient de nous préciser. Bien sûr, ils mentent.
De DBL8
Retraité | 11H49 | 01/06/2009 |
« Les journaleux ne veulent pas en parler, pourquoi ? »
Tout simplement pour ne pas créer d'anxiété !
Il faut que le populo ait confiance envers les politiques, sans ça… que pourrait-il se passer ? Tout peut s'imaginer.
Ce sera comme en Écosse il y a quelques années avec une banque qui ne faisait pas faillite mais simplement avait des difficultés de fonds. Elle a fait réellement faillite car les clients n'avaient plus confiance et retiraient leurs maigres fonds !
ILS NE SAVENT PAS QUOI FAIRE ! !
Alors ils nous bourrent le mou !
Et le citoyen comme un oisillon dans son nid ouvre le bec en piaillant pour avoir sa béquée d'infos le rassurant.
Combien sont lucides ? !
De Counch
Citoyen en résistance en Sarkozye !... | 17H33 | 01/06/2009 |
Le YETI,
Vous avez une cote incroyable, vous devriez vous présenter à une élection, vous feriez un malheur….
Et moi je m'abstiendrai ! ! ! !
D'ailleurs, je m'abstiens d'analyser vos propositions…Vous ne m'entendrez pas, même si j'ai plein de choses à dire sur le sujet….
Je garde cela pour moi…
Et puis tiens, j'annonce ce jour que je ne réagirai plus à vos posts et à vos articles tant que vous soutiendrez l'abstention… Je sais, ça vous fait une belle jambe… la même que celle de nos députés qui seront élus le 7 juin.
Une petite dernière… avant de me taire : savez-vous que l'Allemagne, aux dernières élections européennes, a élu le plus grand nombre de députés au PE (99 députés) avec un taux de participation de 13% ! ! !
Oui, vous avez bien lu 87% D'ABSTENTION ! ! ! ! Une bien belle révolution… n'est-ce pas ? ? ?
Malheureusement les abstentionnistes n'ont pas été assez nombreux pour être entendus…Le libéralisme court toujours…Encore un petit effort…
De Oeillet rouge
rêve générale | 19H27 | 01/06/2009 |
D'accord avec Counch. Le Yéti regarde en spectateur le monde courir à sa perte et ne veut pas se prononcer pour l'élection de députés antilibéraux au parlement européen.
« Cette défaillance des puissances publiques, nationales, régionales ou locales, ultimes pompes à oxygène pour alimenter un système privé moribond, risque fort de porter le coup de grâce à l'ensemble de l'organisation et précipiter un peu plus le monde dans le chaos. La rentrée de septembre pourrait être cruciale sur le sujet. »
Les antilibéraux du Front de gauche se prononcent pourtant pour :
Un SMIC européen égal à 60 % du salaire moyen dans chaque pays, soit 1600 € par mois en France pour tirer tous les salaires vers le haut.
Interdire les licenciements des entreprises qui font des profits, et pour tous les travailleurs sécuriser l'emploi et la formation.
Développer les services publics, arrêter les libéralisations des services publics et revenir sur leurs privatisations.
La création d'un pôle public bancaire et financier : mettre fin à l'indépendance de la BCE afin que ses missions soient orientées vers le soutien à l'emploi, aux salaries-es et à l'investissement utile aux besoins sociaux.
Affronter l'urgence écologique, rompre avec le productivisme, priorité aux transports en commun et au fret ferroviaire et fluvial, développer des énergies nouvelles non polluantes.
Des droits nouveaux pour les salariés pour orienter les choix des entreprises par exemple : un droit de véto sur les plans de licenciement.
Et le scrutin européen de dimanche prochain 7 juin ? Le Yéti, il ne pourrait pas aussi jouer un rôle contre ce qui nous attend ?