Julien Coupat ou le camouflet fait aux princes

La pire rebuffade que puissent essuyer les dominants de tout poil, c'est lorsque leurs proies, qu'ils croyaient à leur merci, se rebiffent et les éclaboussent de leur mépris. La récente interview de Julien Coupat publiée dans Le Monde du 26 mai est un modèle de claque dans la figure.On savait bien qu'aucune charge sérieuse ne pesait véritablement contre lui. On se demandait juste s'il tiendrait, s'il saurait prendre son mal en patience. Vu sa périlleuse situation, on n'imaginait pas de lui qu'il leur vole dans les plumes à la première occasion. Et c'est ce que le bougre a fait ! Sans même attendre d'être libéré.

La gauche « compromise » et l'extrême gauche sans « perspective »

L'oligarchie aux manettes dérouille sacrément, à commencer par la ministre de l'Intérieur Alliot-Marie et ses sbires des ombres obscures : le criminologue Bauer, le directeur central du renseignement intérieur Squarcini, plus cette « bande de jeunes cagoulés et armés jusqu'aux dents » qui « nous ont menacés, menottés, et emmenés non sans avoir préalablement tout fracassé », et qui « continuent de sévir en toute impunité » [Coupat décrit ainsi les policiers qui l'ont arrêté, ndlr].

Mais Coupat sait bien qu'une institution ne se limite pas aux tenants momentanés du pouvoir. C'est un ensemble composite qui englobe indissociablement jusqu'à ceux qui s'en prétendent officiellement les opposants ou les contre-pouvoirs.

Ceux-là, fossilisés dans leurs postures, en prennent aussi pour leur grade : la gauche « tétanisée [….], trop lâche, trop compromise » ; « l'extrême gauche à-la-Besancenot [qui] n'a pas de perspective plus désirable à offrir que la grisaille soviétique à peine retouchée sur Photoshop » ; « les bureaucraties syndicales, plus vendues que jamais […] qui depuis deux ans dansent avec le gouvernement un ballet si obscène… »

Selon Julien Coupat, lorsqu'il se retrouve en déroute, ce microcosme transi n'a plus pour exister que de s'inventer l'ennemi qui polarisera autour de lui les ouailles effarées : le terrorisme.

« Individuer l'ennemi afin de le couper du peuple »

La désignation de « terroriste » ne peut être le fait que de celui qui a la souveraineté, partagée avec ceux qui rêvent de s'y associer. Le terroriste, réel ou imaginaire, est précisément celui qui « refuse d'avoir part à cette souveraineté ».

Ne reste à l'Autorité qu'à essayer d'isoler le manant :

« Individuer l'ennemi afin de le couper du peuple et de la raison commune, l'exposer sous les atours du monstre, le diffamer, l'humilier publiquement, inciter les plus vils à l'accabler de leurs crachats, les encourager à la haine. »

En un sens, Alliot-Marie a parfaitement raison de considérer Julien Coupat comme un terroriste. C'est aussi ainsi qu'on qualifie l'intellectuel quand il ne se dissout pas dans le sirop médiatique courtisan, complaisant et onctueux à l'excès.

On comprend le peu d'empressement de la presse officielle à rapporter la teneur de l'interview du Monde. Tout juste eut-on droit à quelques considérations secondaires : « Julien Coupat “lecteur” mais pas “auteur” de “L'Insurrection qui vient” » (Liberation.fr du 26 mai 2009).

La poudre et le détonateur

Qu'est-ce qui distingue un Julien Coupat et ses amis de la masse des jeunes qui, comme eux, sont tenus en marge des arcanes d'une société civile délétère ?

Lui et ses amis ont non seulement compris qu'ils n'obtiendraient rien de cette société en perdition, mais ils en ont intellectualisé les raisons et en ont tiré immédiatement la conclusion qu'il leur fallait absolument envisager d'autres oppositions (la rue, « seule force qui soit à même de faire pièce au gang sarkozyste »), trouver des chemins parallèles (l'épicerie de Tarnac).

Ils ont compris que la moindre compromission avec une quelconque de nos autorités officielles corrompues se retournerait inévitablement contre eux. D'où le ton offensif et sans concession de leurs interventions.

La masse des jeunes, dont on aurait tort de considérer l'absence de réaction comme de l'indifférence ou de la passivité, sent bien elle aussi l'impasse dans laquelle elle se trouve.

Mais faute d'en pouvoir comprendre et maitriser les raisons, elle se paralyse et se recroqueville, incapable d'exprimer son indignation et sa frustration autrement que par des éclats de colère sporadiques sans avenir.

Un Julien Coupat pourrait-il être le détonateur de cette poudrière en puissance ? Le fait de presque appartenir à la même génération pourrait favoriser ce rapprochement explosif.

Un fossé entre Coupat et la jeunesse qu'il pourrait incarner

Mais on mesure, à la complexité des propos de Julien Coupat dans l'entretien publié par Le Monde, le fossé qui sépare encore ces deux camps pourtant si proches.

Comme beaucoup d'intellectuels, Julien Coupat n'imagine pas traduire la complexité de sa pensée, autrement que par la complexité de son langage. De fait, il tient à distance la masse des jeunes en plein désarroi.

Que lui et ses amis viennent à simplifier leurs propos, mieux, à l'enrober d'un zeste d'humour, et toutes nos Alliot-Marie auront un max de soucis à se faire.

C'est ce qui pourrait bien advenir, d'autant que nos princes aux abois, en mettant le groupe de Tarnac aussi stupidement sur le devant de la scène par leur acharnement maladif, font vraiment tout pour allumer eux-mêmes la mèche de la bombe sur laquelle ils sont assis.

(Dernière minute : le parquet ne s'y opposant plus, Julien Coupat devrait être libéré ce jeudi 28 mai. Ce n'est plus une claque, c'est un uppercut.)

74 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Portrait de sûrderien

à Jy-38 Portrait de Jy-38 De sûrderien

paresseux | 17H05 | 28/05/2009 | Permalien

c'est impossible ! Celui qui sait , qui possède un gros savoir , ou une intelligence aigüe , celui-la regadera toujours avec condes-
cendence celui qui ne sait pas , ou peu .

L'égalité entre les gens est un mythe . C'est pourquoi toutes les sociétés ont toujours fonctionné avec des hiérarchies

Portrait de Jy-38

à sûrderien Portrait de sûrderien De Jy-38

Spéculateur | 17H18 | 28/05/2009 | Permalien

D'ou l'importance de « l'enseignement ».

Il n'y a pas de déterminisme, l'homme est seulement déterminé à être libre de ses choix.

Portrait de Bee

De Bee

11H07 | 28/05/2009 | Permalien

« On comprend le peu d'empressement de la presse officielle à rapporter la teneur de l'interview du Monde. Tout juste eut-on droit à quelques considérations secondaires : “ Julien Coupat ‘lecteur’ mais pas ‘auteur’ de ‘L'Insurrection qui vient’ ” (Liberation.fr du 26 mai 2009). »
Oui j'ai lu cet article aussi qui ne reprend que les parties les plus « politiquement correcte » et enlève tout le sens de l'entretien pour n'en garder que des bribes.
En fait l'article de Libération est intéressant car on voit à quel point le procédé est utilisé est celui du journalisme moderne, enlever toute discussion sur la pensée pour ne s'attacher qu'aux faits.

Les faits, JC n'est pas l'auteur du brulot, JC fait des tractions et du foot en prison, et quelques anecdotes sur l'opération policière et sa description qu'il en fait.

De toute l'expression de sa pensée, qui est tout de même infiniment plus intéressante, qu'on la partage ou non, nulle mention.

Portrait de Montoison

De Montoison

Commercial | 11H13 | 28/05/2009 | Permalien

N'y aurait-il pas une relation de cause à effets …
Avec son interview publié le 25/05/2009 dans « Le Monde » ?

http://www.lemonde.fr/archives/article/2009/05/25/julien-coupat-la-prolo…

Il a encore peut-être des choses à dire …
Du boulot pour Rue89 …

Portrait de survivant

De survivant

11H24 | 28/05/2009 | Permalien

@ le Yéti,

Pour revenir sur ta fin de paragraphe « Un fossé entre Coupat et la jeunesse qu'il pourrait incarner »

La jeunesse n'est pas dans le même idéal que julien Coupat. Lui se revendique d'un système autogéré alors que la jeunesse elle, cherche une reconnaissance identitaire pour pouvoir survivre dans un système qui ne veut pas d'elle. C'est un leader qui incarnerait cette figure et serait capable de porter ce flambeau que recherche la jeunesse. Il n'y a juste qu'à les écouter pour connaître leur malaise. La jeunesse ne demande qu'à s'insérer dans ce système. Les gouvernements successifs le savent et si la gauche a toujours échoué ou pour être plus honnête a essayé de remédier aux problèmes au travers les associations, la police de proximité ect. Malheureusement la droite a tellement enfoncé cette jeunesse pour s'en servir notamment en tant qu'épouvantail en les provoquant au plus profond de leur âme les traitant de racailles et autres joyeusetés racistes que les patrons ne veulent plus embaucher dès l'instant qu'une personne arrive de ces banlieues dites « malfamées » et de surcroît si elle porte le prénom ou le nom à consonance étrangère ce n'est même pas la peine qu'elle se présente à un poste. Julien coupat représenter la jeunesse sûrement pas ! En revanche un Obama à la Française certain.

Portrait de antonvoyl

à survivant Portrait de survivant De antonvoyl

gestionnaire administratif | 14H45 | 28/05/2009 | Permalien

C'est curieux au début j'ai l'impression de vous entendre nous conter la mort de Prométhée…

L'opinion déteste Coupat car à travers le visage des prisonniers politiques ou des déportés, Dieu change de visage…

Portrait de survivant

à antonvoyl Portrait de antonvoyl De survivant

17H48 | 28/05/2009 | Permalien

L'opinion publique déteste julien Coupat, les prisonniers politiques et les déportés parce que dieu change de visage dites vous ? . Off, l'opinion publique a pris pour argent comptant ce que le gouvernement a bien voulu lui faire croire. De là à ce que l'opinion se regarde dans une glace pour se remettre en question sur l'existence humaine. 2009 de christianisme ne se serait pas écoulé en attendant qu'un nouveau messie vienne nous conter la bonne parole. La mayonnaise médiatique va retomber et Julien Coupat va retourner dans l'anonymat là où il n'aurait jamais dû sortir sans cette histoire sordide. Arrêtons le bal des faux culs svp.

Portrait de zénon denon 84

De zénon denon 84

Bonne | 11H49 | 28/05/2009 | Permalien

Il est vrai que la libération de Julien Coupat …tombe à pic !
j'exagère à peine .Je suis certain que le trés beau texte réponse
du « monde“de lundi y est pour qq chose .
Tu parles not bon maitre sait jusqu'ou il peut pas aller . ! ! !
Et puis des éléctions approchent …c'est demain .
Faut faire vite ,maintenant …Si jamais ,comme
en 2005 ,le petit peuple ,tout con qu'il est ,(moi compris)
se reveillait subitement .Justement vla des …des élections ?

Allons-y MAIS PAS à LA PECHE S V P
Peuple tu as bcp à gagner .Même si le Pérou est loin ?

En attendant ça bouillonne sec…dans les réunions publiques.
Quant au ‘front de gauche ça monte ,ça monte …

L'espoir ,voilà de quoi souffre le citoyen
L'espoir en un monde autre que régulé par le profit rapique
Le reste viendra tout seul .

Et Madoff ?

Portrait de franc parleur

De franc parleur

anarchieevangelique.wordpress.com | 12H57 | 28/05/2009 | Permalien

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Julien peut comme tout un chacun en effet progresser en simplicité, mais je le trouve parfaitement clair et audible :
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« La prison est bien le sale petit secret de la société française, la clé, et non la marge des rapports sociaux les plus présentables. Ce qui se concentre ici en un tout compact, ce n'est pas un tas de barbares ensauvagés comme on se plaît à le faire croire, mais bien l'ensemble des disciplines qui trament, au-dehors, l'existence dite “normale”. Surveillants, cantine, parties de foot dans la cour, emploi du temps, divisions, camaraderie, baston, laideur des architectures : il faut avoir séjourné en prison pour prendre la pleine mesure de ce que l'école, l'innocente école de la République, contient, par exemple, de carcéral.

Envisagée sous cet angle imprenable, ce n'est pas la prison qui serait un repaire pour les ratés de la société, mais la société présente qui fait l'effet d'une prison ratée.

La même organisation de la séparation, la même administration de la misère par le shit, la télé, le sport, et le porno règne partout ailleurs avec certes moins de méthode. Pour finir, ces hauts murs ne dérobent aux regards que cette vérité d'une banalité explosive : ce sont des vies et des âmes en tout point semblables qui se traînent de part et d'autre des barbelés et à cause d'eux. »

____________________________________________________
Et de fait, le voici à présent doté d'un magnifique Porte Voix :
____________________________________________________
« Ce n'est pas en nous transperçant de peines de prison, de surveillance tatillonne, de contrôles judiciaires, et d'interdictions de communiquer au motif que nous serions les auteurs de ce constat lucide, que l'on fera s'évanouir ce qui est constaté. Le propre des vérités est d'échapper, à peine énoncées, à ceux qui les formulent. Gouvernants, il ne vous aura servi de rien de nous assigner en justice, tout au contraire.“

____________________________________________________
Maintenant, tout l'intérêt de la démarche de Julien et de ses amis est de faire voler en éclat les catégories parcellaires de la contestation, ainsi que d'élever un nouvel horizon :
____________________________________________________
” Une contestation strictement sociale, qui refuse de voir que ce qui nous fait face n'est pas la crise d'une société mais l'extinction d'une civilisation, se rend par là complice de sa perpétuation. »

« Une vérité n'est pas quelque chose que l'on détient mais quelque chose qui nous porte. »

____________________________________________________
Non seulement les pouvoirs en place ou aspirants ont donc du souci à se faire, mais aussi le mécanisme intime de la domination - qui commence toujours chez soi.
Ce n'est pas un mérite de Julien, mais la vertu secrète de l'époque. ____________________________________________________
« La sensibilité n'a que trop longtemps été une
disposition passive à la souffrance, elle doit devenir le moyen
même du combat. Art de retourner la souffrance en force. »

La complaisance engendre haine et ressentiment, la vérité
rassemble les frères.

« Nous », c'est nous et nos frères. »

**********************************************************
L'insurrection qui vient est L'amour Libérateur
http://anarchieevangelique.wordpress.com/2009/03/13/

Portrait de René Alavi

De René Alavi

Parti de rien, revenu de tout | 13H46 | 28/05/2009 | Permalien

Comme le dit le livre-dont-il-n'est-pas-l'auteur, « une fois entré dans la visibilité, notre temps est compté ».

En s'extirpant du Village du Prisonnier, Coupat doit maintenant se préparer à la Vie de Brian… Je ne sais pas si son temps est compté, mais la visibilité l'aura-t-elle trouvé plus fort ?

Portrait de vinczec

De vinczec

Plus grand chose | 14H49 | 28/05/2009 | Permalien

Je vous propose un petit jeu :
Voici 3 événements :
- Une personne soupçonnée (sans éléments précis) d'avoir « saboté » un caténaire vient de passer 6 mois en prison.
- Une autre personne, pour avoir répondu à une question (parmi bien d'autres) d'un journaliste voit sa semi-liberté supprimée et retourne en prison.
- Une autre personne, assignée en résidence, voit sa peine prolongée car un américain est arrivé à entrer dans sa maison.

Voilà 2 pays :
- La France
- La Birmanie

Et enfin 3 personnes :
- Aung San Suu Kyi
- Jean-Marc Rouillan
- Julien Coupat

Une fois que vous avez associé les événements au pays et à la personne concernée, vous ne pensez pas qu'il y a comme un petit bug dans le pays des droits de l'homme ?

Portrait de colyz

De colyz

psy | 16H26 | 28/05/2009 | Permalien

« Comme beaucoup d'intellectuels, Julien Coupat n'imagine pas traduire la complexité de sa pensée, autrement que par la complexité de son langage. De fait, il tient à distance la masse des jeunes en plein désarroi »

En quoi est-il un intellectuel autrement que par la complexité de son langage ?

En quoi la complexité de sa pensée tient à distance la masse des jeunes en plein désarroi ?

C'est quoi cette salade ?

Il s'agit du comportement bobo extrême d'un nanti déguisé en faux hippy vivant de ses rentes actuelles et futures.

Portrait de dulconte

De dulconte

Mordu par un fachogarou | 17H03 | 28/05/2009 | Permalien

plop il est dehors

Portrait de LeCoin

De LeCoin

Travailleur social au chômage... | 18H06 | 28/05/2009 | Permalien

« Comme beaucoup d'intellectuels, Julien Coupat n'imagine pas traduire la complexité de sa pensée, autrement que par la complexité de son langage. De fait, il tient à distance la masse des jeunes en plein désarroi. »

ça fait deux fois aujourd'hui que je relève sur ce site ce sous-entendu pénible qui revient à dire que la jeunesse française est une jeunesse illétrée et incapable de s'exprimer hors langage sms. veuillez m'excuser mais « la masse des jeunes en plein désarrois » n'est pas plus conne que la masse des vieux en pleine branlette sécuritaire, et si elle n'intellectualise pas son propos à outrance comme semblent le faire les épiciers de Tarnac elle comprends le sens de leur lutte, ses moyens et ses fins. sortez des clichés sur la jeunesse, s'il vous plait, à moins que vous ne préfériez qu'elle se détourne de ce genre de lecture et reste sagement enfermée dans cette image de décérébrée qu'on lui renvoie… à bon entendeur.

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