Au programme du Yéti (7), recette express pour sauver le monde

Quoiqu'en proclame à tout va son carré d'officiers, immédiatement démentis par de nouveaux craquements sinistres, Le Titanic capitaliste néolibéral, que ses promoteurs nous présentaient comme définitivement insubmersible, s'enfonce inexorablement sous l'œil incrédule de son équipage et de ses passagers hébétés. Voilà pourquoi j'ai pensé qu'il était grand temps de proposer un modeste esquif de sauvetage, une embarcation bonhomme qui puisse affronter les grains les plus violents, et naviguer en père peinard une fois les eaux calmes regagnées.

Nul ne niera, je pense, la simplicité des mesures proposées dans les six volets qui constituent ce programme. Je doute que quiconque puisse remettre en cause sa « flottabilité » matérielle et financière. Pas de matériaux utopiques boursouflés genre « homme nouveau » ou « fin de l'histoire ». Pas de trucs tordus façon collectivisme névrotique ou dictature des uns sur les autres. Rien d'autre qu'un catalogue de petites recettes au service de tous pour empêcher les plus malotrus de balancer leurs congénères à la flotte et se faire plus de place au soleil.

Un chantier pour prendre date

Pourtant, il y a bien peu de chances que ma petite barcasse puisse être mise à flot dans un proche avenir. Car la nature humaine a ceci de particulier qu'elle se paralyse et se fige dès lors qu'une situation dépasse son entendement. Sortez, questionnez vos voisins, vos amis, et vous verrez que la plupart n'arrive toujours pas à envisager la fin du cycle actuel. Il faut trop souvent la déflagration d'une tragédie pour que nous sortions enfin de notre torpeur. Personne ou presque pour ne serait-ce que songer à monter dans les radeaux de survie.

Et aucun intermédiaire clairvoyant, aucune force politique alternative pour prendre les choses en main et y inciter. Ceux-là ont la tête dans le sac de la pensée unique, quoiqu'ils s'en défendent. Se contentent de demander encore et encore des suppléments de charbon pour des machines déjà surchauffées.

Mais alors, pourquoi mettre dès aujourd'hui un tel projet sur le chantier ?

  • Pour prendre date ;
  • parce que parfois, l'occasion fait le larron, et qu'il faut bien quelqu'un pour la créer ;
  • parce que le Titanic capitaliste occidental va VRAIMENT sombrer, et qu'on n'attend pas le dernier moment pour embarquer les chaloupes de sauvetage ;
  • parce que moi aussi j'ai des mômes d'une vingtaine de berges, plus une petite fille de dix mois et six dents, et que ça me tue de leur léguer ce vaisseau crapoteux sur lequel nous clapotons lamentablement, où plus personne ne prétend plus être heureux, même pas ses ultimes thuriféraires qui ne crachent plus, pour le défendre, que des slogans suintant de rage impuissante.

L'éveil des consciences

Il fut souvent fait allusion, tout au long de ces semaines, au fameux Conseil national de la résistance. Ses membres attendirent-ils la promulgation de leurs ordonnances de 1945 pour résister ? Et créer ?

On note aujourd'hui avec satisfaction quelques premières bribes de réactions ; des gens comme ceux de RESF, des Enfants de Don Quichotte, de la Cimade, du DAL ; comme ces enseignants désobéisseurs et ses étudiants frondeurs ; comme ces ouvriers spoliés qui commencent enfin à ruer dans les brancards de leurs naufrageurs. Des circuits économiques parallèles naissent, avec un succès inattendu et grandissant, comme celui des AMAP (Association pour le maintien d'une agriculture paysanne). Des initiatives originales voient le jour dans les domaines écologiques, culturels, intellectuels, sur le web.

C'est à tous ces pionniers que je dédie mon petit programme. Et à tous ceux qui par leurs commentaires et leurs critiques ont permis de l'enrichir. Mon projet vaut ce qu'il vaut. Il ne prétend pas à l'universalité et à la perfection. Je le laisse en pâture à tous ceux qui voudraient l'amender, le corriger. Je n'en revendique en aucun cas la paternité. Il est totalement libre de droit.

J'ai conscience qu'il reste encore bien du labeur dans bien des
domaines. Mon petit programme s'attache essentiellement au secteur
économique et social. Je laisse aux spécialistes, comme Étienne
Chouard, Paul Jorion…, le soin de combler les domaines politiques,
institutionnels, constitutionnels, juridiques…

Je vous remercie tous de votre patiente attention.

FIN (ouf, on va pouvoir souffler ! Ça ne vous dirait pas, maintenant, un petit verre pour trinquer ? )


Rappel des principales mesures proposées

Revenus et profits
- échelle des revenus de 1 à 20 (25 grand maximum)
- garantie à tout citoyen adulte(travaillant ou non) d'un revenu vital décent
- partage des profits à parts strictement égales entre travail et actionnariat

Système financier
- gestion et régulation monétaire confiées à la Banque de France
- création d'une banque d'Etat à côté du réseau bancaire privée
- assainissement de l'activité crédit et de l'utilisation de fonds par les banques et les compagnies d'assurance

Services publics
- restauration des services publics de base
- nationalisation des ressources énergétiques du territoire

Economie d'utilité publique
- démarchandisation des activités culturelles, artistiques et intellectuelles
- restauration de l'indépendance et de la pluralité de l'information
- création d'un statut d'éditeur Internet

Ethique de l'économie
- création d'une commission d'éthique économique (normes écologiques, rationalisation anti-gaspi de l'activité économique nationale, déontologie des échanges commerciaux…

Relations internationales
- des droits de compensation sociale à l'importation pour préserver notre « exception sociale »
- une Europe confédérale de pays souverains

5 commentaires sélectionnés

Portrait de bloqué le 24.09.09

De Soh

15H40 | 25/04/2009 | Permalien

Le Yeti, actuellement c'est la Banque Centrale Européenne qui gère la monnaie, pas la Banque de France.

Tu veux abandonner l'euro et revenir au franc ?

Pour ma part je pense que l'urgence est de faire émerger des éléments de régulation mondiale : réellement prendre en compte les intérêts des pays pauvres. Cela signifie de forcer nos multinationales à ne pas sous payer leurs matières premières, et sur certains produits à ne pas faire du dumping sur leurs marchés. Et réglementer étroitement le marché des armes.
Si les pays pauvres se développent, leur population s'enrichit et cela fait un plus grand marché solvable pour les entreprises de tous les pays.
C'est ce qui s'est passé à l'échelle de chaque pays développé : on a évité que des régions ne soient complètement délaissées, il y a des aides aux régions en difficultés, et cela favorise un développement plus harmonieux de l'ensemble du pays (je ne dis pas que ce soit parfait non plus, mais c'est ce qui permet tout de même aux économies développées de fonctionner).

Le commerce international peut être un bon moteur économique s'il est bien encadré et régulé.

Le repli protectionniste des pays chacun chez soi risque fort d'étendre la crise économique.

Portrait de jyeden

De jyeden

khmer vert ( age des caverne, bougi... | 15H48 | 25/04/2009 | Permalien

es tu sur que le système soit vraiment condamné ?
attention, la bête est resistante et trop d'intérêts sont là pour conserver ce système après qu'il ne soit plus viable
s'il le faut par la force (relit le Talon de Fer de jacques London)

mais je me demande
pourquoi une echelle des revenus jusqu'à 20 (ou 25) ?
de 20 à 25 ça fait une grosse différence, surtout pour celui qui est à 1.

pourquoi ne pas mettre dans les services publics, l'eau et le traitement des ordures ?

pense aussi à la rareté des ressources. On ne peut réflechir à aucun système si on ne part pas du fait que le monde est fini et tous les chinois et tous les indiens ne pourront pas rouler en voiture
ce sera eux ou nous (qui feront vroum vroum)
ni qu'il faudra assurer en 2050 de la nourriture à 9 milliards d'habitants sur une planète peut etre (tres )degradée

Portrait de Jonas2

De Jonas2

Les mouches ne me trouveront pas as... | 17H58 | 25/04/2009 | Permalien

Lettre froissée à mes petits enfants.

Quand je vous regarde, mes petits chéris, mon bonheur devrait être sans mélange, un peu comme ces heures à la fois douces et fébriles qui précèdent les départs en vacances. Mais ce n'est pas le cas. J'ai comme un malaise.

Je voudrais bien récapituler, vérifier les détails de la liste pour m'assurer que tout est en ordre et qu'il n'y aura pas de mauvaise surprise après mon départ. Mais il faut bien me rendre à l'évidence : quand, plus grands, vous exercerez votre droit d'inventaire le constat sera amer. L'actif successoral sera nettement insuffisant pour éponger les dettes que ma génération a contractées. Et malgré ce naufrage annoncé je ne fais rien de décisif. Je vote selon ma conscience, m'indigne, gueule. Essaye de ne pas trop composer avec une réalité correspondant si peu à mes idéaux.

Mais comment faire plus ou mieux ? Que dire ?

Je ne peux quand même pas me résoudre à vous dresser la chronique des catastrophes annoncées alors qu'elles ne sont peut-être pas certaines. Alors qu'on se bagarre. Il y a toujours eu des moments de doute dans l'histoire. Le pire n'est jamais certain. Il faut que je me raisonne, que j'arrête cette sinistrose, que je sois positif. La lutte va finir par payer.

Il faut vous épargner pour l'instant. Vous cacher ces réalités de grands. Vous êtes trop jeunes, trop purs, innocents.

Mais ce sont des petites lâchetés qui me perturbent malgré tout. Car je sais qu'à l'heure des comptes je ne serai probablement plus là, avec vous.

- Dis Papy, c'est vrai que dans le temps… ?
- Attends ! Tu vois bien que je suis occupé.
- Pourquoi tu n'as pas continué à être en colère contre… ?
- Rha ! Passe-moi le tournevis s'il te plait.

Je me sens fautif d'esquiver Qu'aurai-je contribué à vous laisser en héritage ? Une terre empruntée et vous revenant bien ravagée, une planète exsangue, des inégalités intolérables, l'avidité mortifère de l'idéologie du maximum tout de suite qui atomise nos plus chères valeurs, la compétition tous azimuts. Et vous, mes petits, qu'il faut préparer à la compétition pour vous armer, sans pour autant faire de vous des killers.

J'ai l'impression qu'on vous a donné la vie sans pouvoir véritablement entraver cette entreprise de confiscation sournoise des douceurs qui vont avec : l'amour, le rire, la fête, l'humour et la tendresse. L'amoncellement de menaces d'origine humaine prend des allures d'inéluctable. « Ni vous ni moi n'y pouvons rien » avait même fini par dire l'homme de Jarnac pour remettre 1981 à sa juste place.

Je pourrais pourtant bien m'arrêter quelques secondes pour répondre à vos questions. Mais je tente de me convaincre qu'il n'y a pas d'urgence. En y mettant les formes, j'en aurai des choses à dire pour tenter de vous faire comprendre. Mais en admettant qu'elles soient convaincantes suffiraient-elles à exonérer ma génération de ses écrasantes responsabilités.

J'ai beau essayer de me persuader que ce n'est pas de ma faute, que je ne suis ni complice, ni responsable ni coupable. Je n'en suis pas certain dans le fond.
Me voilà réduit comme tant d'autres à cette défense sans âme et sans gloire : je n'y pouvais rien, je ne l'ai pas voulu.

J'en viens à me demander s'il était bien prudent de vous faire, mes petits amours ? .
En attendant, je vous laisse vivre dans votre insouciance joyeuse, cet apanage de l'enfance, ce trésor qu'on ne pourra vous voler tant que je serai là.

Et puis nous les vieux battons-nous plus que jamais. Il nous reste si peu de temps pour que l'actif successoral soit acceptable.

Portrait de Avigdor

De Avigdor

homo sapiens | 11H47 | 26/04/2009 | Permalien

@ yeti…

Vous écrivez n'importe quoi …

Il n'y a nulle part de capitalisme néo libéral en Europe … ce sont toutes des social démocraties qui n'osent pas porter leurs noms …

Il y a déjà un partage des profits à cause d'une fiscalité confiscatoire notamment en France ….

Un bel exemple avec l'ISF…

Heureusement que le bouclier fiscal a amélioré la justice fiscale …

Prélever plus de 50 pour cent pour faire de l'assistanat et entretenir des fainéants de votre genre , vous trouvez ça juste ? ? ? ! ! !

moi pas , ainsi que la majorité des français …

Commencez à créer votre entreprise, embauchez des gens et là vous pourrez donner des leçons ….

Bref ; lire l'article d'un bon à rien comme vous … cela fait sourire …

Vous me comprenez quand même …

Portrait de Saheyus

De Saheyus

Rêveur invétéré | 12H28 | 26/04/2009 | Permalien

Ne manque-t-il pas une chose à cette liste ? Pour en assurer la viabilité, et surtout la pérennité, il conviendrait sans doute de modifier… le système politique lui-même. Car si c'est le système économique qui nous a mis dans cette merde, c'est le système politique qui a placé à la tête de l'Etat ses plus grands alliés.
Il y a de nombreuses questions à traiter autour de ce sujet. Notamment la valeur du vote blanc et de l'abstention, qui ne sont jamais pris en compte. En outre, on peut parler de modes de scrutin alternatif, comme la possibilité de noter, ou de lier à son vote des conditions ou remarques, ceci afin de mieux rendre compte de la subtilité des idées de chacun. Il y a également la question de savoir si une *personne* peut être élue, et s'il ne serait pas plus sage de voter uniquement pour des idées. Après, je ne parle de l'idée selon laquelle 51% peut l'emporter sur 49% sans autre forme de procès (à tel point qu'on considère 53% comme une « grande victoire », quelle dérision…).

Autre grosse question de gestion politique : celle des institutions internationales. Une réponse nationale à un problème mondial n'est pas suffisante en soit. Je réalise bien que l'application du programme du Yéti en France relevant déjà de l'utopie, imaginer qu'on l'accepte (je parle juste d'acceptation, pas d'application) au niveau mondial relève de l'hérésie.
Mais quoi qu'il en soit, il faudrait sérieusement songé à faire de l'ONU l'unique instance intercontinentale valable, à étendre ses pouvoirs et à limiter les dérogations possibles (y compris pour les Etats les plus puissants). Dans l'idéal il faudrait même que l'ONU soit plus proche des populations que de leurs dirigeants, car des gens comme Poutine ou Hu Jintao ne représentent à l'évidence qu'eux-mêmes. Question la plus délicate entre toutes, cela ne fait aucun doute, et je n'ai pas moi-même d'amorce de réponse à ce problème.

Mais il me semble que si de tels changements économiques et sociaux devaient avoir lieu, il faudrait que la politique suive, sans quoi il n'en résulterait que du chaos.

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