Election chez les socialistes : tentons un pronostic
Enseignant à l'EHESS, Michel Wieviorka est également conseiller de Martine Aubry.
Le 75e congrès du PS est derrière nous, et les commentaires de la presse et des observateurs ne sont pas tendres : ils soulignent le désarroi de bien des militants, qui auraient voulu un autre dénouement, ils parlent d'un désastre, d'un grave échec, d'une crise profonde, totale -intellectuelle, organisationnelle et surtout de leadership. L'opposition est ainsi perçue comme incapable de proposer, même à terme, une alternative au pouvoir en place, et du côté de l'UMP, on ne se prive pas d'ironiser.
Il faut partir de ce diagnostic : le PS, pour redevenir un acteur crédible sur la scène nationale, a fort à faire. Mais il serait injuste de lui demander de tout entreprendre et réussir d'un coup, et absurde de s'attendre à ce qu'il mette la charrue avant les bœufs. Avant d'élaborer des projets, des propositions constructives, des réponses précises aux défis du temps présent, à commencer par la crise économique, sociale et financière actuelle, il lui faut se doter d'une organisation nouvelle, rajeunie, davantage ouverte aux femmes et à la diversité. Et avant de pouvoir procéder à de tels changements, il lui faut y voir clair dans son leadership.
De ce point de vue, le Congrès de Reims n'est pas une catastrophe pour le PS, il n'a fait que différer le moment de la clarté. Le vote de jeudi et vendredi prochains, en effet, viendra compléter celui du 6 novembre qui indiquait le poids relatif des six motions alors en compétition, et on connaîtra alors le nom du premier secrétaire. Mais on connaît déjà la composition du Conseil national, qui est à l'image des résultats du vote du 6 novembre.
Avec Royal, on risque une cohabitation orageuse
Dès la semaine prochaine, le PS pourra s'organiser et se mettre au travail, bâtir des idées, des propositions adaptées aux exigences politiques actuelles. Dans cette perspective, les candidatures n'apportent pas les mêmes chances de réussite. Celle de Ségolène Royal, en effet, porte en elle le risque d'une cohabitation orageuse. Car si une leçon se dégage des débats du Congrès de Reims, c'est bien celle d'une différence tranchée entre les porteurs de sa motion, et ceux des trois autres grandes motions (Aubry, Delanoë, Hamon). Le Conseil National du PS est composé à près de 70% de partisans de Bertrand Delanoë, Martine Aubry et Benoît Hamon, et de quelque 30% de signataires de la motion de Ségolène Royal, qui y est donc très minoritaire. Certains électeurs voudront certainement éviter une cohabitation désastreuse.
Pour se projeter vers l'avenir, le PS doit se renouveler et en particulier s'ouvrir à la jeunesse, aux femmes et à la diversité. Il y a là à première vue un point favorable à Ségolène Royal, qui souhaite transformer le PS en parti de masse, avec une adhésion très peu coûteuse, et à Benoit Hamon, qui a axé sa campagne, entre autres arguments, sur sa jeunesse et ce thème du renouvellement.
Mais si, comme il est vraisemblable, il y a deux tours pour l'élection du premier secrétaire, et si, comme on peut le penser, ce deuxième tour met face à face Ségolène Royal et Martine Aubry, alors l'avantage de Ségolène Royal se défait. En effet, les électeurs de Benoit Hamon, soucieux d'un fort ancrage à gauche, devraient aller alors massivement à Martine Aubry –et apporter à son action les éléments de la jeunesse et de l'exigence du renouvellement.
Ainsi, si l'on centre l'analyse sur le PS lui-même et son fonctionnement, un réel avantage devrait aller à Martine Aubry. En est-il de même si l'on examine la question du point de vue de la relation directe qui s'opère nécessairement entre les trois candidats, et les électeurs, qui ne sont pas seulement des militants ou des cadres du PS ?
Le pari de Ségolène Royal est clair : elle joue précisément la carte des simples adhérents, ceux qui avaient assuré sa victoire face à Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn pour la désignation du candidat du PS à la présidentielle. Mais pour que ce pari soit gagnant, il faudrait qu'elle mobilise en masse les abstentionnistes du scrutin du 6 novembre d'ici jeudi (près de 45%), ce qui semble difficile, faute de temps.
Vers qui vont se reporter les partisans de la motion Delanoë ?
Une autre façon de réfléchir consiste à s'intéresser aux électeurs de la motion de Bertrand Delanoë, qui ne présente aucun candidat mais vient d'appeler à voter pour Martine Aubry. On peut penser que les membres de cette coalition plutôt hétéroclite se disperseront, y compris sous la forme de l'abstention. Compte tenu de sa composition, incluant notamment des ex « jospinistes », des ex « rocardiens » et des « strausskahniens », tous plutôt éloignés de Ségolène Royal, on peut envisager qu'environ deux tiers de ses voix se retrouvent pour Martine Aubry.
La prévision électorale est un exercice délicat, surtout lorsqu'elle ne peut pas s'appuyer sur des sondages d'opinion. Mais ces éléments d'analyse nous conduisent à risquer un pronostic : celui d'une victoire, au deuxième tour, de Martine Aubry. Ce sera à elle, ensuite, de mettre le PS en ordre de marche, pour qu'il élabore sa vision de la société, et sa stratégie politique face à la droite.
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De el Chiquito
en promenade | 17H22 | 17/11/2008 |
Très bonne analyse. Le PS est à la croisée des chemins, la rénovation nécessaire ou l'imobilisme qui conduira à un nouvel échec. Il est vrai que Ségolène Royale si elle est élue aura des difficultés pour rassembler, mais elle a exprimer la volonté de réformer le PS en profondeur. Martine Aubry a annoncé qu'elle se présentait à la dernière minute, poussée par les éléphants qui ne voulaient pas que Ségolène Royale se trouve seul face à Hamon, ce qui lui aurait assuré ube victoire certaine. Maintenant, il y aura probablement beaucoup d'abstentions, des démissions aussi (il y en a déja eu depuis le vote des motions).
Le 20 novembre c'est la survie du PS qui est en jeux. Soit il peut être rénové, soit il devient un fossile.
De Servais-Jean 4591
HS | 17H24 | 17/11/2008 |
Delanoë est pas fou, en poussant la candidature d'Aubry il se garde une chance pour les prochaines élections présidentielles alors que si le prochain secrétaire est Ségolène Royal il perd tout espoir.
C'est ce qu'il justifie en disant que ce sont ses convictions politiques alors que ce ne sont que de basses manoeuvres pour arriver à ses fins : Etre le candidat du PS en 2012.
De William Tel
à Lille | 18H32 | 17/11/2008 |
Ce pronostic est sensé mais il apparaît comme le plus désastreux pour le P.S. En effet, Aubry premier secrétaire c'est la victoire du conservatisme et d'une arrière-garde qui appartient au passé du parti (sans parler de l'héritage des 35h qu'elle n'assume même pas elle-même ! ) Quel électeur a envie de se mettre dans la peau d'un éléphant ? Les militants, vraiment ?
Si Ségolène Royal réussit son coup de force une fois de plus, on peut au moins lui faire confiance pour mettre en avant une nouvelle génération de cadres qui évincera enfin l'ancienne (dont l'hostilité tenace ne s'explique peut-être que par le pressentiment qu'elle opérera ce renouvellement nécessaire, à défaut de l'incarner elle-même…)
Evidemment, celui qui l'incarne, cette nouvelle génération, c'est le dernier, Benoit Hamon, qui incarne aussi le réel renouveau du discours (plus offensif et plus ancré à gauche) Or, tactiquement, c'est ce courant-là qui a le plus de chance d'être porteur dans les années à venir, car la crise va profondément ébranler le corps social. Il est donc temps, historiquement, pour ce parti de rendre un sens à son nom.