
Société Générale, Mittal : Sarkozy doit-il intervenir ?
Monté au front médiatique sur ces deux dossiers sensibles, le Président n'a pas beaucoup de marge de manoeuvre.

Interpellation du PDG d'Arcelor-Mittal en public à New Delhi, appel à peine voilé à la démission du PDG de la Société Générale… L'interventionnisme à la sauce Sarkozy est plus que jamais de mise depuis une semaine.
Pendant la campagne présidentielle, le candidat Sarkozy militait déjà pour la défense de l'emploi, teintant son projet libéral de protectionnisme pour lutter contre les délocalisations :
« Je mettrai en oeuvre une politique industrielle, en choisissant les secteurs stratégiques sur lesquels concentrer nos efforts. Notre pays doit garder des usines. (…) L'Europe ne doit pas se résigner aux délocalisations, mais au contraire tout faire pour que l'activité se localise en Europe. »
Une volonté de s'immiscer dans l'économie de marché reprise en coeur par tout le gouvernement. François Fillon n'a pas manqué d'y aller de son couplet, ne se résignant pas « à ces suppressions d'emplois » (Mittal) ni à laisser une entreprise française « être l'objet de raids hostiles » (Société Générale).
Flotte donc dans l'air comme un parfum de « patriotisme économique », expression popularisée par Dominique de Villepin après les rumeurs de rachat qui avaient plané sur Danone en 2005. Le Premier ministre d'alors plaidait lui aussi en faveur d'une meilleure protection des entreprises françaises « contre des actions hostiles ».
« Que nous pour donner l'illusion que nous pesons encore »
Le député villepiniste Hervé Mariton ne peut qu'approuver les déclarations des deux derniers chefs de gouvernement, mais « lorsque le président de la République donne à penser qu'il faut faire tel choix à la présidence de la Société Générale, là on n'est dans un interventionnisme » que l'élu UMP n'approuve pas.
L'interventionnisme politique ambiant n'est pas sans rappeler non plus l'action de Jean Lassalle. Le député centriste avait observé plus d'un mois de grève de la faim en 2006, jusqu'à une hospitalisation d'urgence, et avait finalement réussi à sauver l'entreprise menacée de délocalisation sur un autre site de la région.
Obligé d'en arriver à cette extrémité pour parvenir à ses fins, Jean Lassalle ne se berce plus d'illusions sur le pouvoir politique : « Il n'y a plus que nous pour donner l'illusion à nos concitoyens que nous pesons encore quelque chose dans le domaine de l'économie. »
Souvent jugé excessif, le pessimisme de Jean Lassalle ne se traduit pas moins dans la réalité. Concernant la Société Générale d'abord. Soutenu par une grande partie des salariés de la banque, le PDG Daniel Bouton a été confirmé dans ses fonctions par un conseil d'administration unanime.
Concernant Mittal-Arcelor ensuite. Après l'épisode indien, Nicolas Sarkozy a longuement reçu à l'Elysée Lakshmi Mittal pour lui demander de prendre en compte les solutions alternatives des syndicats, à la suite de l'annonce de la suppression de 595 emplois dans l'usine de Gandrange (Moselle). Une rencontre qui n'a pas convaincu le numéro un de la CGT, Bernard Thibault, à en juger les propos rapportés par Associatied Press :
« Nous n'avons absolument pas eu d'éléments nouveaux à la sortie de l'entretien du président avec le PDG de Mittal. »
Les socialistes aussi se sont engouffrés dans la brèche, multipliant les attaques contre le Président. Solidarité gouvernementale oblige, leur ex-camarade Eric Besson, secrétaire d'Etat à la Prospective et à l'Evaluation des politiques publiques, s'oppose par voie de presse à son successeur au poste de secrétaire national à l'Economie et à la Fiscalité du Parti socialiste, Michel Sapin.
Eric Woerth : des caisses « plus que vides »
Alors que le second voit dans la crise de la Société Générale « le symbole de l'argent fou », le premier a répondu dans une interview à Rue89 que « le libéralisme n'est pas en cause sur cette question ». Eric Besson entend également voir la banque rester française. Et nul besoin pour cela d'un scénario à la Alstom, nul besoin d'un investissement de l'Etat -dont les caisses sont « plus que vides » selon le ministre du Budget Eric Woerth- car « la Société Générale va finir son exercice en bénéfice et elle n'est pas menacée dans son exploitation ».
Mise en place d'un comité de crise aux contours flous pour sortir la Société Générale de ses marasmes, délai de deux mois donné à Lakshmi Mittal pour négocier le plan de restructuration… Avant de faire -ou pas- la preuve de son efficacité, Nicolas Sarkozy préfère laisser passer les délicates élections municipales des 9 et 16 mars.
- 11181 visites
Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89
Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)
Envoyez « RUE » par SMS au 82557 (1,5 € / SMS)
En savoir plusAccrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.
123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque






Chaque mardi et mercredi






















5
De fusius
23H35 | 31/01/2008 |
je suis encore dans cette sidérurgie.
Je dois recevoir les futurs mutés.
cette usine était présentée comme le fleuron de Mittal.
Elle était déjà moribonde. La mienne aussi car vouée à la fermeture en 2010. voilà que Gandrange ferme (ou fermera) et nous , on récupère des inverstissements pour aller au delà de 2015.
Ceux qui devaient vivre , arrêtent, ceux qui devaient fermer , durent.
Guy dollé croyait à une sidérurgie européenne avec le sacrifice de la lorraine, Mittal croit en la lorraine , tant qu'elle gagne de l'argent……
On ne sais plus à quel saints se vouer tand la mondialisation et tantôt génératrice de valeurs, et la semaine d'après on est dehors…….
De Numerosix 14499
Prisonnier dans le village global | 00H32 | 01/02/2008 |
Le président de l'Eurogroupe Jean-Claude Juncker a appelé jeudi la France à être ouverte à une offre étrangère de rachat de la Société générale, si elle est « amicale » et pas « hostile ».
« Je comprendrais tout à fait qu'on élimine du jeu tous ceux qui nourrissent à l'égard de la France et de la Société générale des sentiments hostiles », a-t-il dit sur Europe-1.
« Mais si quelqu'un vient d'amical, ayant un beau projet économique à proposer, pourquoi le refuser ? Seulement parce qu'il n'est pas français ? Ce n'est plus de notre temps », a prévenu le président de l'Eurogroupe et Premier ministre luxembourgeois.
Junker , on est d » accord ou pas d » accord avec lui , mais au moins il est LOGIQUE !
Si au moins on avait comme President, un President de droite , ou du centre , ou de gauche , ou liberal , ou interventionniste ou pro-Europeen , ou anti Europeen , mais LOGIQUE !
Sarkozy , c'est absolument N » IMPORTE QUOI !
De nipivime
;- | 01H40 | 01/02/2008 |
Cette affaire met elle vraiment en cause le « libéralisme » ? N'est-ce pas plutôt le « capitalisme » ? Le mot fleure bon le marxisme, mais il a un sens différent : le libéralisme signifie que la liberté (d'entreprendre) est maximale, le capitalisme est plutôt porteur des « valeurs » de pérennité et de croissance de l'entrepreneur privé.
Pourquoi cette question ? Parce que, dans un contexte libéral, l'autorité politique n'a pas (trop) à intervenir et les entreprises qui ratent meurent. Alors que dans un système capitaliste, rien n'empêche l'élu de faire en sorte que la vie des entreprises continue.
Et la droite « libérale » française n'a jamais rechigné à renoncer temporairement à ses principes (en cas de coup dur), ou, plus généralement, à habiller du vocable « libéralisme » des décisions bien peu libérales (les privatisations d'Edouard Balladur auraient été libérales… Sans la constitution des noyaux durs).
Les banques… on y parle beaucoup de libéralisme, devenu manta dans les banques d'affaires, mais on en est loin et le mot fleure bon la langue de bois. Des dizaines de milliers de personnes y travaillent pour contrôler les risques. Les établissements sont sous contrôle permanent des autorités. Quand le politique ne suffit pas (souvent parce qu'il est dépassé par l'aspect technique des choses), les banques se réunissent entre elles pour prendre des décisions règlementaires (la fameuse BRI, Banque des reglements internationaux, et ses textes dits de « Bâle2 »). Toute opération un tant soit peu ambitieuse est surveillée, souvent assurée, par l'administration. Aucune entreprise du CAC40 ne tient du libéralisme, mais plutôt du capitalisme, et c'est particulièrement vrai pour les banques : l'argent est une chose trop importante pour qu'il soit laissé sans surveillance (à lire pour le régal, les textes de l'économiste Michel Aglietta).
Là ou les banques prolifèrent, ce n'est pas dans le libéralisme, mais dans la libéralisation (fin des frontières pour les capitaux, mondialisation, désintermédiation des intervenants financiers, etc) et dans un monde capitaliste dur.
N : )
De DidierB63
Devant un écran | 08H19 | 01/02/2008 |
En fait, je vais vous dire la verité…
Nicolas Sarkozy se croit toujours en campagne. Il pense que ses copains lui font un blague en l'appelant « Mr le President ».
Alors, il fait comme si il était en campagne, il voyage beaucoup, il fait des meeting et enormement de promesses. Bien sur, c'est un homme politique, il sait qu'il ne les tiendra pas…
Mais il a bien le temps, les elections c'est pas tout de suite.
Et quand il sera président, il fera virer Bouton, il mettra un gros coup de boule à Mittal, il changera de femme, etc..
Vivement qu'il soit élu !
http://polemiquons.over-blog.com/
De chirouble
bordelique notoire | 11H01 | 01/02/2008 |
Monsieur Sarkozy a vanté la nouvelle constitution européenne….qui à priori est loin dê promouvoir le proctectionisme national, bien au contraire……
Monsieur Sarkozy ne s'offusque pas lorsqu'une entreprise française rachète une entreprise étrangère…….d'ailleurs la SG est propriétaire majoritaire dans plusieurs banques étrangères….
Monsieur Sarkozy s'apprête à prendre la présidence de l'Europe……..ça va être chaud ! Comment être crédible vis à vis des partenaires européens d'abord en continuant à creuser les différents trous (dettes de l'état….) puis en s'insurgeant du rachat de la Société Générale par un Groupe étranger.Monsieur Sarkozy Européen convaincu mais pour les autres ?
Si la BNP avale la SG, combien d'agences bancaires seront supprimées (pour cause de doublon) ? alors qu'un groupe étranger s'implantant en france ne ferait peut-être pas autant de dégâts…..
Monsieur Sarkozy fait bien souvent des déclarations hasardeuses loin de toute logique…..