Retraites: 41 ans de cotisation, la seule solution?
Xavier Bertrand jure qu’il ne fléchira pas sur ce point de la réforme des retraites, mais opposition et syndicats n’ont pas désarmé.

Xavier Bertrand le clame depuis des semaines: oui il va négocier avec les syndicats la réforme des retraites en préparation, mais non il ne cèdera pas sur le point principal qu’est l’allongement progressif de 40 à 41 ans d’ici 2012 de la durée de cotisation pour une retraite à taux plein. Une mesure inévitable, selon le ministre du Travail:
« Si nous ne faisons rien, une retraite sur dix ne sera pas financée et le déficit des retraites atteindra 11 milliards d’euros pour la seule année 2012. »
Le texte en est encore au stade des pourparlers, mais déjà il agite la sphère politique et sociale, notamment dans les couloirs de l’Assemblée nationale. Une occasion en or pour l’opposition de montrer les dents et de faire des contre-propositions. Mais les députés UMP demeurent sûrs du bien-fondé de la réforme:
Au premier rang de la majorité, le député Benoist Apparu estime que « c’est indispensable parce qu’on n’a pas cinquante leviers d’action » et « dès lors que les Français vivent plus longtemps, qu’ils travaillent un peu plus longtemps, c’est cohérent ». D’autant que le gouvernement accompagne la mesure de revalorisations:
► Augmentées de seulement 1,1% le 1er janvier, les pensions de retraite bénéficieront d’une nouvelle hausse -non encore fixée- au 1er septembre.
► La pension de réversion pour les veufs et veuves augmentera par étapes d’actuellement 54% de la retraite du conjoint disparu à 60% début 2011.
► Le minimum vieillesse sera revalorisé de 5% par an d’ici 2012.
Pour le PS, l’urgence du moment n’est pas d’augmenter la durée de cotisation. « Le problème [du financement des retraites, ndlr] ne se posera vraiment qu’à partir de 2015/2020 », selon le député socialiste André Vallini. « D’ici là, il y a d’autres urgences » et particulièrement « le problème de l’emploi des séniors ».
L’échec de la réforme Fillon de 2003?
Seuls 38,1% des 55-64 ans travaillent en effet en France, selon les derniers chiffres de 2006, contre 43,5% dans l’ensemble de l’Union européenne, et « 6 millions de personnes âgées vivent avec des pensions largement inférieures au Smic ». Dès lors, a conclu le bureau national du Parti socialiste dans un communiqué:
« Nous récusons, en l’état actuel, tout allongement de la durée de cotisations qui réduirait encore davantage la proportion des salariés parvenant dans l’avenir à une retraite à taux plein. »
Et aux syndicats d’emboîter le pas au PS en dénonçant l’échec de la loi Fillon sur les retraites adoptée en 2003 et qui devait remédier au sous-emploi des séniors. Une loi sur laquelle ils se basent également pour contester l’allongement à 41 annuités. La réforme Fillon prévoyait cet allongement, sauf si le taux d’activité des personnes de plus de 50 ans n’évoluait pas. Ce qui est le cas. D’où la promesse des syndicats d’émailler le mois de mai de « mobilisations d’ampleur ».
Et le système de retraite par points?
Si un mouvement majeur venait à bloquer l’action gouvernementale, plusieurs personnalités du centre et de la droite proposent de réfléchir à une troisième voie. Le député UMP François Goulard est de ceux-là:
« L’allongement de la durée de cotisation n’est pas le système idéal. Le système idéal est celui de la retraite par points qui est le seul à assurer durablement l’équilibre des retraites. Mais au sein de la majorité, au sein du gouvernement, les esprits ne sont pas mûrs pour adopter ce système intelligent. »
Un système déjà défendu par François Bayrou durant la campagne présidentielle. Le président du MoDem proposait de « remettre à plat tout le système des retraites » et expliquait la réforme qu’il voulait mettre en oeuvre:
« Dans ce système de retraite par points, où le montant augmente avec le temps de cotisation, les salariés conserveront le droit de partir à la retraite à 55 ans, mais leur retraite sera plus importante s’ils partent plus tard. Cette retraite à la carte aura pour principe le droit pour chacun de définir son temps de travail et son niveau de retraite. »
Une réforme « fondée sur l’égalité », argumente François Bayrou, mais aussi plus « libérale », précise François Goulard. Pas de quoi, certainement, rassurer les syndicats.
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Ce que je ne comprends pas dans toutes ces annonces de mesures et toutes les analyses qui tournent autour, c’est pourquoi tout le monde accepte de s’enfermer dans une logique perdante.
Je m’explique: jusqu’à aujourd’hui, le système de pensions se base sur les cotisations payées par les travailleurs actuels pour payer les retraites des personnes qui ont atteint l’âge. Ce système se base sur un fait qui était vrai quand il a été instauré, mais qui n’est plus vrai du tout maintenant: que la richesse provient en grande majorité du travail.
On le voit bien quand on analyse la structure des PIBs des pays européens: la part des salaires dans le PIB européen a régressé de quasi 20% en 30 ans.
Tant les gouvernements (de droite en particulier) s’obstineront (comme par hasard) à travailler dans un environnement faussement fermé, où seuls les revenus du travail sont utilisés pour payer les retraites, on n’en sortira jamais. La tendance est claire et ne s’inversera plus, à moins d’une révolution mondiale qui démolisse ce cancer galopant qu’est la finance.
Continuer à vouloir financer les retraites par les seuls revenus du travail, c’est simplement se condamner à revoir l’âge de la retraite, ou la durée de cotisations, à la hausse tous les deux ou trois ans, pour finir avec une super situation à l’américaine, où les seniors de 70-80 ans « travaillent plus pour gagner » plus en étant exploités comme des esclaves, traités comme des chiens parce que sinon ils ne peuvent plus se payer leurs médicaments, ni vivre…
La seule solution c’est d’ouvrir le jeu, de regarder la réalité en face, d’observer le glissement des richesses, et d’admettre que ce qui ne vient plus du travail vient d’ailleurs. Il est grand temps de mettre le gentil monde de la finance à contribution.
C’est ça, ou crever à l’américaine à brève échéance. Mais la droite aurait-elle le courage de s’attaquer à ses amis, ou préfère-t-elle la gloriole de diviser les travailleurs entre eux, de leur faire miroiter des jours meilleurs qui ne viendront pas (qui ne viennent pas depuis combien d’années maintenant?), et de faire ses réformes qui visent à laisser les pauvres se partager leur pauvreté?
A ciao bon premier mai!
Amusant.
Lionel Jospin a créé un fonds de prévoyance qui doit permettre de faire face aux évolutions démographiques en matière de retraite.
Ce fonds était abondé à hauteur de 30 milliards d’euros. Il aurait du en comporter 300 en 2007 mais…aucun des gouvernements UMPs successifs n’a effectué l’abondement prévu.
Encore plus fort, la CDC a réussi a dévaloriser le fonds de 10%…et a dilapider ainsi 3 milliards (certe virtuellement, la perte ne deviendra effective que lors de la réalisation des arbitrages, et le fonds peut d’ici là se revaloriser).
Le gouvernement actuel n’envisage nullement d’abonder.
Au contraire, il cherche le moyen de récupérer les 27 milliards en question pour combler les trous budgétaires actuels.
Vous parliez d’imprévoyance?
Vous devriez mieux vous renseigner…
Quant à l’allongement des durées de cotisations, il est tout à fait souhaitable…à la condition express que le taux d’emploi des séniors augmente considérablement. La France présente toujours à cet égard l’un des taux les plus faibles d’Europe (35 à 38% selon les sources). Allonger la durée de cotisation préalablement au redressement de l’emploi des séniors est simplement une stupidité : réduction du pouvoir d’achat d’une part croissante de la population, et partant de notre croissance. Sans même évoquer l’injustice sociale criante de cette façon de procéder, qui va une fois encore peser sur les plus modestes, l’orientation choisie est économiquement contreproductive.
A l’heure actuelle, il ne s’agit pas de réforme : le but (tout comme l’augmentation des départs en préretraites avec la loi Fillon 2003, en apparence contradictoire avec la volonté de la réforme Fillon 2008 de « mettre les séniors au travail ») exclusif de ces textes est d’augmenter le nombre des retraites avec décote.
1° Autant de gagné pour l’état jusqu’au décés du salarié concerné.
2° Incitation forte des salariés actuels à se tourner vers la retraite par capitalisation pour compenser la perte prévisible de revenus.
Cette « évolution » qui ne tient pas compte de plus de l’allongement actuel de la durée des études, n’aura qu’une seule conséquence : limiter les déficits publics au détriment des revenus modestes et moyens, ceux qui - sauf exception (PERCO par exemple) n’ont pas les ressources d’une retraite complémentaire.
La cohérence et le sens de la justice de l’UMP en pleine action…
L’un des principaux problémes actuels de la France ressort par ailleurs de la pénurie de main d’oeuvre pour les hauts dîplomés.
Dans le systéme actuel (où dîplome n’est pas synonyme de rémunération élevée), cette « réforme » constitue également une forte pénalisation pour les entrées tardives sur le marché du travail.
Un post-doctorant qui rentre dans un laboratoire de recherche à 28 ans sera, en France, trés mal payé et devra travailler jusqu’à 69 ans pour toucher une (maigre) retraite à taux plein.
Parrallément, l’UMP hurle depuis dix ans sur la fuite des cerveaux (trés relative) et la nécessité de préserver notre compétititivité.
Tout cela est géré avec beaucoup d’intelligence et de compétence…
Rapellons enfin que les déficits publics ne sont pas liés à l’augmentation des dépenses (stable en % du PIB depuis 1974) mais à la réduction constante des recettes, liées à la politique d’exonération fiscale clientéliste de l’UMP (Les seules entreprises coûtent désormais 60 à 65 milliards par an de pertes de recettes ou de subventions directes…pour 55 milliards de recettes de l’IS !!!).
Il est effarant de constater que l’augmentation prévisible des retraites à l’horizon 2012, telle que présentée par le ministre, est d’un coût trés inférieur au paquet fiscal (dont 70%, selon l’OCDE, profite à moins de 20% de la population française).
Effarant également de constater que la pression continue s’exerce systématiquement sur les mêmes catégories socioprofessionnelles.
Une contribution des grandes entreprises (100 milliards de bénéfice pour les entreprises du CAC 40, dont le taux d’imposition est trés inférieur aux 33,33% de principe, 85% des entreprises françaises imposées à 15%, ce qui place le taux réel au plus bas niveau d’europe, niches fiscales diverses, etc..) ou encore des 10% des foyers fiscaux les plus riches dont les revenus ont augmenté sur la période 1998/2007 2 à 10 fois plus vite que ceux de 90% de la population, alors même que les cadeaux fiscaux se multiplient(exonérations fiscales mutipliées en matière de donations, de successions, boucleir fiscal, etc..) pourrait être envisagée.
Lentement mais sûrement, la France se transforme en paradis fiscal pour hauts revenus. A la même vitesse, à vrai dire, que s’accélére la paupérisation de la population et la pression fiscale exercée sur l’essentiel de la population.
Si l’ambition de l’UMP était de transformer notre pays en un Lichtenstein de 64 millions d’habitants, qu’il se félicite, on en approche rapidement…
Les voies alternatives (abondement du fonds « Jospin », taxation des plus value de la rente et de la spéculation, systéme d’incitation par majoration des années supplémentaires, etc…) sont nombreuses.
Aucune n’a l’avantage (apparent) de permettre une présentation simplificatrice et démagogique de la situation des retraites.
L’argument même de l’évolution de l’espérance de vie est une vaste fumisterie : à se fonder sur cet aspect, la durée de cotisation devrait être indexée, ou à tout le moins augmenter de manière beaucoup plus importante. Avec un gain d’espérance de vie de 1 mois tous les 3 mois, la durée de cotisation devrait augmenter de 1 ans tous les 3 ans. De 3 ans au moins par décade.
Nous en sommes trés loin.
Une réforme aberrante sur le fonds, stupide sur la forme, et qui ne résoud rien : la même problématique se reposera selon les mêmes termes dans cinq ans.
Et c’est peut-être sur cela que l’UMP table : à terme, avec une préparation adéquate, il est tout à fait probable que la retraite par répartition soit au moins partiellement abandonnée, au « profit » d’une retraite par capitalisation sur le modéle anglosaxon.
Avec les résultats que l’on sait…
Il y a aussi un petit détail dont on ne parle jamais. C’est que le problème des retraites n’est pas un problème éternel mais un problème passager comme la vie. On nous affole avec les chiffres de 2020, les déficits éternels qui vont peser sur toutes les générations qui vont suivre, sans préciser que les comptes s’amélioreront mécaniquement à partir de 2030 parce que les babyboomers (moi) commenceront à mourir en masse, et que ceux qui partiront à la retraite (leurs enfants) ont fait assez d’enfants pour rééquilibrer la pyramide.
Il y a donc peut-être à trouver des solutions transitoires, mais en insistant sur leur côté transitoire. Une manière volontariste de passer le cap en maintenant fermement l’idée de la retraite par solidarité, plutôt que de se lancer dans une solution libérale de non retour.