« L'offre raisonnable d'emploi » fera-t-elle baisser le chômage ?

Entre approximations du secrétaire d'Etat à l'Emploi et opacité du projet de loi, l'opposition au dispositif s'amplifie.


Jeune femme à la recherche d'un emploi à l'ANPE (Flore-Aël Surun)

C'est la nouvelle arme du gouvernement censée faire baisser le chômage : l'offre raisonnable d'emploi. Présenté mercredi en Conseil des ministres, le dispositif est attaqué depuis par l'opposition et les syndicats qui crient à la « stigmatisation » des chômeurs.

Pour défendre le texte et son objectif -« ne pas basculer dans le chômage longue durée“-, le jeune secrétaire d'Etat à l'Emploi Laurent Wauquiez court alors les médias. Notamment pour tenter d'en définir des contours encore très flous et expliquer que la lutte contre le chômage doit rester une priorité.

Des chiffres que Laurent Wauquiez semble avoir des difficultés à cerner

Mais, à la vue des chiffres, ‘traquer’ -selon l'expression du socialiste Pierre Moscovici‘- les chômeurs qui fraudent les Assedic n'apparaît pas forcément comme le moyen le plus efficace de faire diminuer le nombres de sans-emploi en France, qui s'élève encore à deux millions. Des chiffres que Laurent Wauquiez semble avoir des difficultés à cerner.

Invité mercredi sur France Inter, le secrétaire d'Etat à l'Emploi rechigne à expliquer combien de personnes seront concernées. Avant de finir par lâcher : Grosso modo, la fourchette est aux alentours de 5%.’ (Ecouter le son)

L'étude publiée pas plus tard que le 2 juin par la Dares (Direction de l'animation et de la recherche des études et des statistiques), l'organe chargé des statistiques au sein du propre ministère de Laurent Wauquiez, donne pourtant un chiffre bien moins élevé. Elle révèle que ‘seules 2% des personnes se déclarant au chômage ne souhaitent pas travailler à l'avenir, essentiellement pour des raisons de santé’.

Le texte ne donne pas la définition de ce qui est ‘raisonnable’ ou pas

Une seule chose est claire pour l'instant : le moyen pour contraindre ces chômeurs récalcitrants à retrouver tout de même un emploi. Le projet de loi prévoit en effet une diminution des allocations des chômeurs ayant refusé deux offres d'emploi dites raisonnables.

Que faut-il cependant entendre par ‘raisonnable’ ? C'est là que la controverse se situe, c'est ce point qui est taxé de ‘malsain et injuste’ par la CFDT. Le texte n'en donne pas la définition. Ce n'est qu'en rassemblant les interventions médiatiques de Laurent Wauquiez, que l'on parvient à dégager trois critères :

► Une offre ‘qui correspond grosso modo à la qualification’ du chômeur.
► Une offre qui se situe ‘dans un périmètre de 30 km’ ou d'‘une heure de transport en commun’ autour du domicile du chômeur.
► Une offre dont la rémunération est inférieure de 5% maximum par rapport au dernier salaire durant la première année de chômage, ou est simplement supérieure à l'indemnisation des Assedic à partir de la seconde année de chômage.

Une offre, en tout cas, qui ne laisse pas indifférents les parlementaires, qui auront à examiner le projet de loi à partir du 23 juin. Depuis mercredi, dans les couloirs de l'Assemblée nationale, arguments de la majorité et de l'opposition s'opposent. (Voir la vidéo)



‘On finit par jeter la suspicion sur ces millions de gens qui sont soit au chômage soit au RMI’, s'insurge le député PS André Vallini, pour qui il faut d'abord ‘s'occuper sérieusement’ de ‘l'immense majorité des chômeurs qui sont des gens qui cherchent vraiment du boulot’.

Les députés UMP font eux une analyse évidemment différente du dispositif. Selon Hervé Mariton, c'est ‘un encouragement de la rencontre entre l'offre et la demande’, et ‘la lutte contre la fraude là-dedans a sa place’. L'offre raisonnable d'emploi serait avant tout ‘l'encouragement d'un état d'esprit où il faut se bouger’.

Le PS veut plutôt ‘personnaliser l'accompagnement du demandeur d'emploi’

Idem pour le président UMP de la commission des affaires sociales de l'Assemblée nationale, Pierre Méhaignerie : ‘C'est un débat qui mérite d'être posé.’ Il estime que cette mesure va dans ‘l'intérêt’ des ‘salariés qui restent trop longtemps au chômage’. D'autant que ‘les entreprises, depuis un ou deux ans, ont du mal à trouver de la main-d'œuvre dans les secteurs de l'industrie, du bâtiment et du transport’.

Pourtant, là encore, la Dares affirme l'inverse. C'est même précisément un des points majeurs développés par l'étude, qui souligne que ‘le manque d'offres d'emploi ou l'inadéquation de la formation ou de l'expérience des personnes concernées sont perçus comme les principaux freins au retour à l'emploi’.

D'où la proposition du président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, Jean-Marc Ayrault, de ‘personnaliser l'accompagnement du demandeur d'emploi’ au lieu de multiplier ces mesures ‘humiliantes’, de parvenir enfin à la ‘mobilisation du demandeur d'emploi lui-même, mais aussi à la mobilisation de tout l'outil de formation et à la mobilisation des entreprises’.

7 commentaires sélectionnés

Portrait de PhiPoePsy

De PhiPoePsy

Etudiant à Strasbourg | 17H25 | 15/06/2008 | Permalien

Evidemment, le mot qui fâche, c'est « raisonnable »… Pour le chômeur-type, il y a déjà les achats qui doivent être raisonnables (il a à peine de quoi survivre), les relations sociales qui doivent être raisonnables (déjà qu'il a moins de contacts avec le monde, si en plus il est déraisonnable, il perdra encore des soutiens…), les rythmes de vie qui doivent être raisonnables (il y a un temps pour se nourrir, un temps pour dormir, un temps pour chercher, un temps pour… Sinon, il a vite fait de se perdre, sans repères, sans dénomination fixe, à la rue, « déchet » que l'on refuse de regarder…), etc. Le plus grave, c'est que, sans ces choix raisonnables, le chômeur est perdu, dans notre société !
Alors, si en plus, il est obligé d'accepter une offre d'emploi qu'on appelle pour lui « raisonnable » bien qu'il n'y comprenne rien, bien qu'il n'y voie qu'un danger où se perdre (parfois à « raison »), bien que cela lui apparaîsse comme une imposition de plus… la goutte raisonnable fait déborder le vase de la raison ! Trop, c'est trop !
La moindre des choses, ce serait de lui apprendre qu'il est possible d'être déraisonnable sans risquer de s'y perdre… La politique de l'offre d'emploi « raisonnable » a l'effet inverse : on lui apprend qu'il n'est jamais assez raisonnable et qu'il est TOUJOURS DEJA perdu !

Portrait de jide

De jide

jide.romandie.com | 17H29 | 15/06/2008 | Permalien

La mise dos à dos de catégories de citoyens bas son plein. Les chômeurs contre les travailleurs pauvres, la middle classe contre les travailleurs pauvres, les routiers contre les paysans, les profs contre les élevés, les conducteurs de trains contre les « usagers »…

Diviser pour mieux régner. Cette mesurette en est un exemple parfais. En plus, c'est bon pour les statistiques, peut importe si les radiés en crèvent…

http://jide.romandie.com

Portrait de bloozmarch

De bloozmarch

17H32 | 15/06/2008 | Permalien

En fait, petit à petit, les employeurs n » auront qu » à attendre et pourront proposer des emplois payés à moindre tarif, à ceux qui sont menacés d » être exclus des systèmes de remboursement, et qui ont le couteau sous la gorge, mais à un tarif « raisonnable » bien sûr ! , reste à savoir si le mot raisonnable a le même sens pour un employeur et pour un travailleur.
P.S. Dans les feuilletons policier, est-ce qu » on ne dit pas : « Je vais vous faire une offre que vous ne pourrez pas refuser » ? Et effectivement, dans la plupart des cas il vaut mieux ne pas refuser !

Portrait de papy55

De papy55

prof. en province | 17H59 | 15/06/2008 | Permalien

Bien évidemment que « l'offre raisonnable d'emploi » fera « baisser » le chômage, elle aura un effet « stimulant » limité mais ponctuel (sur quelques chômeurs désespérés ! ) et sera aussi un effet d'aubaine pour quelques patrons opportunistes qui en profiteront pour recruter à meilleur compte, mais ce sera en fait un pétard mouillé et non l'effet « dynamite » attendu.
De plus si l'on en croit Monsieur Wauquiez qui dit que 5% des chômeurs seraient concernés, ce qui veut dire que dans une hypothèse optimiste (effet pour 1 cas sur 2), il restera 97,5% des chômeurs encore concernés par le chômage !
Il me semble qu'il y a une loi statistique qui indique qu'il faut agir sur 80% d'une population (au sens statistique) pour espérer avoir un « effet global » de 20% !
En fait l'effet majeur à court terme sera l'effet « radiation » qui fera baisser le taux officiel du chômage sans augmenter le taux d'emploi !

Ce qu'il y a de plus grave, c'est qu'en fait, le gouvernement prenne des mesures en totale contradiction avec les constats de ses propres services (DARES organisme on ne plus officiel) comme souligné dans l'aticle !

Portrait de jacline

De jacline

18H10 | 15/06/2008 | Permalien

je suis formatrice en insertion et je reçois des demandeurs d'emploi sur prescription de l'ANPE. je connais donc bien cet univers. on se marche sur la tete ! sachant que les offres de l'anpe ne representent que 20 à 25 % de l'ensemble des contrats de travail signés en france et sachant que l'anpe n'A PAS LE POUVOIR DE RECRUTER, je ne vois pas ou est le probleme…Pour ma part, je conseille à tous les chomeurs que je recois de TOUT ACCEPTER ! c'est ensuite qu'ils leur aient possible de « fusiller » leurs candidatures, lettres bourrées de fautes pour une secretaire, tenue inadéquate à l'entretien d'embauche etc… et même sans cela, une entreprise qui a le choix (aujourd'hui, les entreprises de ma région (la loire 42) recoivent pres de 40 réponses pour une OFFRE RAISONNABLE, la plupart ne vont pas s'embêter avec un salarié qui habite à trente kilomètres…. 95% des gens que je reçois pleurent de ne pas trouver d'emploi et me demandent régulièrement si c'est vrai que des gens refusent des offres ! … ETRE CHOMEUR ? CE N'EST UN lUXE ! c'est ne pas faire de projets, no vacances, ni achats importants, c'est compter tous les jours, en espérant ! alors reflechissez ! si ça parait si confortable d'etre au chomage, pourquoi n'incite-t-on pas nos enfants à le devenir ?

Portrait de Albufera

De Albufera

Observateur. | 19H45 | 15/06/2008 | Permalien

Oui à « l » offre raisonnable d » emploi » ? Alors pour les deux parties : pas seulement du côté du demandeur d » emploi mais aussi -pour être équitable- du côté de l » employeur qui n » aurait plus le droit -par exemple- de proposer des offres d » emplois déraisonnables (voire indignes) : 20 heures hebdomadaires payés à raz les paquerettes, ce qui est le lot du pas mal de travailleurs pauvres (notamment des femmes dans la grande distribution).

Portrait de billybudd

De billybudd

employé telecom (bientôt chômeur) | 20H15 | 15/06/2008 | Permalien

Aidez moi en calcul ! ! !
5% de baisse de salaire induite par l'offre d'emploi « raisonnable » alors que part ailleurs certains ne cessent de venter la flexibilité, la fin de l'emploi à vie de papy (excusez moi les papis ! ).
Alors je me dis que si je change de boulot et qu'une période de chômage s'ensuit, après combien de changements de boulot je me retrouverais avec un salaire à 0€ ?
Merci ; -)

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