
La Constitution doit-elle interdire les déficits publics ?
A l'examen depuis mardi dernier à l'Assemblée nationale, la réforme des institutions n'en finit plus de faire débat. L'opposition menace de ne pas la voter, hypothéquant ainsi les chances du texte d'être adopté lors du prochain Congrès. Un débat qui ne devrait pas faiblir ce lundi avec la discussion de l'amendement prévoyant l'obligation d'équilibre budgétaire.
N'ayant pas obtenu satisfaction sur l'introduction d'une dose de proportionnelle aux législatives, le parti des ex-UDF ralliés à Nicolas Sarkozy a posé une condition sine qua non au vote du projet de loi constitutionnelle de modernisation des institutions de la Ve République : faire inscrire dans la Constitution son autre revendication majeure qu'est cette obligation d'équilibre budgétaire.
Requête reçus par le gouvernement, à la chasse aux voix pour obtenir les 3/5e nécessaires au Congrès. La Commission des lois de l'Assemblée nationale a adopté ledit amendement, quelques heures avant que la chambre basse ne se saisisse du texte, permettant aux députés de débattre de la disposition.
« Obliger tous les gouvernements à être responsables »
Un amendement qui viendrait modifier l'article 34 de la Constitution de 1958 en ces termes :
Les orientations pluriannuelles des finances publiques sont fixées par des lois de programmation qui « s'inscrivent dans l'objectif d'équilibre des comptes des administrations publiques ».
Auteur de la disposition, le député du Nouveau Centre Jean-Christophe Lagarde entend ainsi « obliger tous les gouvernements à être responsables » et mettre fin à une situation qu'il juge ubuesque : « Nous dépensons aujourd'hui ce que nos gosses vont devoir payer à notre place. » (Voir la vidéo)
Le même Jean-Christophe Lagarde qui s'est en revanche vu refuser le soutien du gouvernement sur l'inscription dans la Constitution d'un autre amendement prévoyant que les Projets de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) soient également présentés et votés en équilibre. Ce qui a conduit à son rejet par la Commission des lois. Alors, pour l'amendement adopté, il prévient :
« Très franchement, si le gouvernement revenait sur sa parole [lors de l'examen à l'Assemblée nationale, ndlr] ça nous conduirait à voter contre la réforme constitutionnelle. »
« Mettre cette notion dans la Constitution, c'est stupide »
C'est pourtant bien ce qu'espèrent les députés socialistes. Depuis le début de l'examen, ils n'ont de cesse de tenter de faire entendre leur voix. Souvent en vain. La proposition des élus PS modifiant les conditions d'élection des sénateurs, dont ils avaient pourtant fait une condition non négociable en vue du vote de l'ensemble de la réforme, a même été rejetée mardi, dès le début des débats.
Ils tenteront cette fois d'obtenir gain de cause, face à des députés UMP qui entendent toutefois faire respecter cette parole gouvernementale. (Voir la vidéo)
« Mettre cette notion dans la Constitution, c'est stupide », tonne le député PS Jean-Louis Bianco. « Ca n'a strictement aucun sens », poursuit-il. Avant d'expliquer que « cette doctrine de l'équilibre budgétaire à tout prix est contraire à la réalité » :
« Une entreprise, quand elle a besoin de se développer, elle investit, éventuellement elle emprunte. Un ménage, quand il veut faire construire sa maison, il emprunte. Quand l'économie va mal, il peut être utile d'utiliser, pour préparer les dépenses d'avenir, les ressources budgétaires. »
Son collègue socialiste Gaëtan Gorce ne dit pas autre chose. Il « pense qu'il est dommage d'être vertueux par procuration, c'est-à-dire que ce qu'il faudrait surtout c'est le faire ». Et il soulève une autre difficulté que pourrait entraîner une telle disposition dans le futur :
« Imaginons que nous ayons accumulé des réserves et que nous ayons besoin de les dépenser pour soutenir l'activité, il faudrait que la Constitution nous en empêche parce qu'on aurait une obligation d'équilibre… C'est absurde ! “
Vers des recours devant le Conseil constitutionnel
Pour justifier leur soutien à la mesure, les députés UMP préfèrent, eux, en atténuer la portée. Ce n'est qu'un moyen, selon Georges Tron, de faire respecter ‘les obligations du Traité de Maastricht’ déjà existantes. Et pour Jérôme Chartier, ‘c'est un bon objectif’ qui correspond à une promesse électorale du candidat Sarkozy prise au cours de la campagne présidentielle.
Sauf qu'inscrire l'obligation d'équilibre budgétaire deviendrait plus qu'un objectif, ce serait une obligation constitutionnelle. De sorte que si des déficits budgétaires continuaient à être observés plusieurs années durant, cette disposition ouvrirait la voie à des recours devant le Conseil constitutionnel.
C'est toute la question qui devrait donc être abordée ce lundi dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale. Avant le vote prévu mardi après-midi sur tout le projet de loi constitutionnelle. A moins que les débats ne durent et retardent d'autant ce vote.
► Addendum le 28/05/2008 à 13h05 : les députés ont approuvé dans la nuit de mardi à mercredi cet amendement du Nouveau Centre destiné à garantir le retour à l'équilibre des comptes publics et obligeant le Parlement à voter des lois de programmation budgétaire qui ‘s'inscrivent dans l'objectif d'équilibre des comptes des administrations publiques’. En revanche, le gouvernement et l'UMP ont jugé inapplicable la proposition du Nouveau Centre interdisant la présentation de budgets en déficit de fonctionnement.
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De comptecourant
19H17 | 25/05/2008 |
Gaétan a tout dit. L'UMP et son allié le NC s'en tiennent à des effets de manche, ils ont l'opportunité pendant encore 4 ans de se fixer des objectifs de rigueur budgétaire, pourquoi leur faut-il inscrire cet amendement qui peut être totalement hors sujet en période d'investissement futur et donc dangereux ?
Pourquoi remettre à plus tard ce qu'on peut faire dès aujourd'hui ?
Mais les socialistes se montrent bien hypocrites. Si on les écoute, tout est motif à rejet de la réforme, or tous les amendements proposés par la gauche ont été rejetés par l'UMP. Alors, pourquoi devraient-ils à leur tour être les alliés objectifs de Sarkozy dans ces conditions ?
Quant aux 17 bredins socialos qui ont décidé de voter pour, ils s'étaient déjà distingués dans la ratification du traité de Lisbonne avec le même argument « c'est pas terrible mais c'est mieux que rien ».
Pour moi, ça ou rien c'est pareil, encore rien du tout qu'on va appeler réforme parce que Sarkozy voudrait bien qu'on le crédite de quelque chose en bout de mandature.
N'empêche, ils sont prévenus les radis roses, si jamais ils votent cette réforme en acceptant la présence d'un président à l'assemblée ou au congrès, il y aura du rififi en 2012.
De Jaycib
Désagrégé de l'Université | 18H55 | 25/05/2008 |
Le principe d'une absence constitionnelle de « droit au déficit » est un non-sens qu'on soit de droite ou de gauche. Chaque fois que l'Etat doit faire un investissement de taille, il fait un pari sur l'avenir, et cela a toujours été vrai. Il emprunte aux banques pour le faire !
L'exigence européenne n'est pas celle d'un non-déficit, mais d'une limitation du déficit. Nuance importante.
Quant au vote des 17 bredins (ou gredins ? ou fait-on allusion à Jean-Denis Bredin, l'historien, ou à sa fille désormais retraitée de la politique, ex-élue PS de Fécamp, Seine-Maritime) socialistes, on verra bien s'il résiste à l'épreuve de propositions de révision constitutionnelle comme celle-ci.
Toute l'« habileté » de Sarkozy consiste à vouloir faire des « réformes » à plusieurs tiroirs, mais à l'emporte-pièce, afin de pouvoir réduire le rôle de l'Etat dans la vie publique. Ca m'étonnerait que, même à l'UMP, on accepte cette notion comme un seul homme. Il y a là un pari risqué de la part du « zident.
Cela dit, que la France (au sens global du terme ; je ne parle pas des économiquement faibles) vive au dessus de ses moyens ne fait guère de doute… Toute la question est : dans quel budget taille-t-on ?
De kestiontoi
travailleur forcé | 19H37 | 25/05/2008 |
« Une entreprise, quand elle a besoin de se développer, elle investit, éventuellement elle emprunte. Un ménage, quand il veut faire construire sa maison, il emprunte. »
Attention au surendettement.
La question n'est-elle pas là ?
L'Etat ne devrait-il pas avoir l'obligation de ne pas s'endetter de plus de 30% de ses recettes minimum ?
De papy55
prof. en province | 19H53 | 25/05/2008 |
L'interdiction constitutionnelle des déficits publics reviendrait à priver les autorités publiques de toute action ne recevant pas l'aval de contribuables potentiels (les plus influents) qui ne manqueraient pas d'opposer la constitution à tout projet social qui ne serviraient pas leurs intérêts !
Cette interdiction reviendrait à inscrire dans la constitution que le pouvoir appartient aux plus fortunés !
Les déficits publics sont parfois nécessaires à l'intérêt général quand ils restent raisonnables et ponctuels.