Pourquoi est-il plus facile de financer Dexia que le RSA ?

Martin Hirsch réclame depuis plus d'un an trois milliards d'euros pour financer le RSA, il n'a obtenu qu'un milliard et demi. La banque Dexia est au bord de la faillite, l'Etat décide en une nuit d'injecter un milliard d'euros pour la sauver.

Nombre de riverains se sont alors demandés « pourquoi il est plus facile de financer Dexia que le RSA », voté ce mercredi à l'Assemblée nationale. Question que Rue89 a posée aux députés. Des députés divisés sur la réponse à apporter. (Voir la vidéo)



Socialistes et communistes s'accordent pour dénoncer le paradoxe. Ils fustigent un gouvernement qui, selon eux, continuerait d'agir contre l'intérêt social, qui délaisserait « tout ce qui constitue aujourd'hui le socle de l'économie, non pas virtuelle, mais réelle », déplore Patrick Braouezec (PCF). Un constat que partage Claude Bartolone (PS) :

« C'est toujours plus facile de trouver pour le bouclier fiscal, c'est toujours plus facile de trouver pour les établissements bancaires… que de trouver des crédits pour faire reculer les inégalités et redonner une chance à la croissance par la demande. »

« Pas du tout les mêmes filières de financement »

Du côté de l'UMP, on s'insurge contre cette dénonciation. Pour le député de la majorité Jacques Myard, « ceux qui font l'amalgame (…) n'ont rien compris au fonctionnement de l'économie ». L'élu UMP fait en effet la distinction entre les « dépenses d'investissement » (Dexia) et les « dépenses de fonctionnement » (RSA), « ce n'est pas du tout les mêmes filières de financement ».

La position exprimée par le gouvernement est plus pragmatique encore. Roger Karoutchi, secrétaire d'Etat aux Relations avec le Parlement, a expliqué lundi sur Canal + que la raison était que le RSA ne laissait pas espérer de retour sur investissement :

« Si je donne un milliard à Dexia et que, dans un an, dans deux ans, dans trois ans, je revends, je récupère mon milliard. Ce que je vous donne par le RSA, par définition, il y a assez peu de chances que vous me le rendiez. » (Voir la vidéo)



6 commentaires sélectionnés

Portrait de Tyb

De Tyb

(par ici, par là) | 09H30 | 09/10/2008 | Permalien

C'est marrant parce que toute l'argumentation soutenant le bouclier fiscal c'est que l'argent ainsi rendu sera réinjecté dans l'économie et donc les rentrées fiscales par les gentils riches, qui du coup en profiteront pour arrêter les évasions fiscales et autres combines pour échapper à l'impot.

Par contre ces salopards de pauvre, ça marche pas pareil, ils vont le garder leur RSA et s'en faire un matelas en fraudant au passage l'anpe, la retraite et la sécu.

Bref, toujours autant de cohérence intellectuelle à l'UMP.

Portrait de Seccotine

De Seccotine

09H45 | 09/10/2008 | Permalien

Bon admettons : dépenses d'investissement pour Dexia mais le bouclier fiscal, ça rentre bien dans les dépenses de fonctionnement, comme le RSA. Alors M. Hirsch, vous n'avez pas encore compris la leçon ? Vous n'aviez pas dit à un moment que faute d'être satisfait, vous vous retireriez ? Vous allez leur donner une crédibilité à bon compte encore combien de temps ?

Portrait de Albufera

De Albufera

Observateur. | 09H48 | 09/10/2008 | Permalien

Cette question et sa résolution illustrent les conséquences pratiques et politiques de la déconnexion des sphères financières et réelles jusqu » ici abstraites (ainsi que l » opacité du fonctionnement de l » économie pour la majorité de ses acteurs) : il est plus facile de trouver de l » argent pour Dexia que pour le RSA tout simplement parce que sans Dexia tout le monde va se trouver au RSA. Que ce soit moral ou non.

Portrait de Mr_Quiconque

De Mr_Quiconque

09H48 | 09/10/2008 | Permalien

« Roger Karoutchi, secrétaire d'Etat aux Relations avec le Parlement, a expliqué lundi sur Canal + que la raison était que le RSA ne laissait pas espérer de retour sur investissement ».

Ah ah ah ! ! !

Correction : « La raison était que le RSA ne laissait pas espérer de retour sur investissement aussi rapide et juteux que l'argent investit dans les banques ».

Ce n'est qu'une question de politique : batir sur le long terme (social) ou sur le court terme (finance).

Portrait de Numerosix

De Numerosix

Prisonnier dans le village global | 10H05 | 09/10/2008 | Permalien

..L'élu UMP fait en effet la distinction entre les « dépenses d'investissement » (Dexia) et les « dépenses de fonctionnement » (RSA), « ce n'est pas du tout les mêmes filières de financement ».

Trop fort , pour les plans comptables hyper liberaux , et leurs creatures politiques de droite , l » etre humain ( pauvre , salarié , nouveau né , ennuyeuse classe moyenne ..) n'est en aucun cas un investissement , il est un COUT , une DEPENSE et une CHARGE !

Combien de temps allons nous encore pouvoir supporter ce style de raisonnement ?

Portrait de Cinsault

De Cinsault

Graine de rosé | 14H45 | 09/10/2008 | Permalien

Et si c'était le contraire :
* on rachete DEXIA parce qu'il a des créances pourries qui ne valent rien. Je doute que le contribuable en récupère quoi que ce soit et qu'on n'a pas fini d'y trouver des cadavres. Je pense même que ça va devenir une pompe à fric pour les petits malins de la politique et de la finance.
Non seulement ça coûte un milliard aujourd'hui,mais je parie que ça va en coûter encore d'autres dans les années à venir.
* tout le raisonnement sur le RSA est que ça doit ramener des RMIstes à l'emploi et qu'à terme c'est rentable : alors c'est un investissement , ou on nous ment ?

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