Si beaucoup d'écrivains parlent du passé, ce n'est pas uniquement pour jouer avec la censure. J'ai posé systematiquement la question dans les interviews que j'ai faits des Mo Yan, Yu Hua, Yan Lianke...Pour moi il est clair qu'ils ne sont pas à l'aise avec la jeune génération et la classe moyenne des villes, Mo Yan l'explique même de façon très précise.
Je crois aussi que les éditeurs en Europe, dont je salue par ailleurs le travail, ont une part de responsabilité: ils ont trop sélectionné d'ouvrages concernant le Maoïsme, la Chine rurale et la Révolution Culturelle en pensant que cela intéresserait le lecteur en le déroutant.
J'ai écrit un papier sur la jeune génération qui est très peu traduite (13/6/09) ; j'espère que les traductions vont se multiplier (le livre de Chen Xiwo "Irritations" vient d'ailleurs d'être publié).
De même, il faut lire Chi Li (5/10/2008) qui, certes manque parfois de souffle, mais qui donne une image assez juste de la classe moyenne urbaine.
A San De,
Un lecteur, bloggeur, l'avait recommandé. J'ai donc acheté le seul livre traduit "The straw house " que je n'ai pas encore lu et qui a obtenu le prix Song Qinling de littérature pour enfants .
D'après la même source, ce serait beaucoup moins intéressant que ses travaux de critique littéraire qui seraient de premier ordre (il est professeur de littérature chinoise à l'Université de Pékin) .
Les interviews de W. Kubin posent des problèmes intéressants mais son approche est assez déplaisante car très "politique" et semble liée au lobbying pour les prix littéraires.
1/ Certains peuvent penser que Bei Dao est un grand poète. Mais l'encenser à ce point quand c'était cette année un candidat au prix Nobel, c'est un peu suspect surtout quand on est son traducteur en Allemand!
Poursuivre en expliquant que Wan Meng et Tie Ning sont de grands écrivains, peut préter à sourire: Wan Meng a été Ministre de la Culture et a dirigé la délégation chinoise au Salon du Livre de Francfort, quant à Tie Ning, elle est Présidente de l'Union des Ecrivains Chinois !
2/ Expliquer que les écrivains chinois sont irresponsables et qu'ils pourraient comme Bei Dao (encore lui !) publier à l'étranger... Il semble qu'il n'ait jamais entendu parler de Yan Lianke par exemple qui était récemment à Paris !
3/ S'il est "très difficile de produire des textes de qualité dans une société où l'argent est le seul roi" ce n'est certainement pas une exclusivité de la société chinoise! Mais il est exact de dire qu'après la dictature du Parti, on risque d'avoir la dictature du marché.
4/ Dire que les textes sont médiocres et les techniques traditionnelles, c'est un peu court. Shi Tiesheng, Yan Lianke, Eileen Chang par exemple, nous ont donné des textes splendides. Quant à Mo Yan, il a su adopter des concepts modernes avec succès dans "Le pays de l'Alcool" et se réinvente à chaque roman.
5/ J'avoue néanmoins que je partage ses critiques sur "Le Totem du Loup" et que je trouve, comme lui, que "Brothers" de Yu Hua malgrè de grandes qualités reste "politiquement correct".
6/ Cette conception élitiste de la littérature est déplaisante et artificielle: les romans "wuxia" de Jin Yong sont certes du divertissement (et ne prétendent pas à autre chose) mais ont beaucoup de tenue tant romanesque qu'historique; des "polars" comme ceux de Qiu Xiaolong ou de He Jiahong sont de grande qualité.
7/ Enfin il est vrai que Lu Xun et Lao She parlaient des langues étrangères mais un écivain de la même époque et du même calibre, Shen Congwen, n'en parlait aucune. De plus je suis frappé par la connaissance de la littérature étrangère de nombreux écrivains chinois actuels.
Voila une bonne nouvelle. Espérons que Geneviève Imbot-Bichet pourra continuer à prendre des risques et à nous faire découvrir de nouveaux auteurs et surtout le génération des moins de quarante ans qui n'est pratiquement pas publiée ni en France ni aux Etats Unis malgré quelques réussites des Editions de l'Olivier.
La phrase sur la concentration du pouvoir est de Bi Feiyu, je me borne à le citer.
Vous me prétez des intentions qui ne sont certainement pas les miennes et je ne colle pas d'étiquettes, c'est à l'opposé de ce que j'essaye de faire.
Un écrivain ne doit pas être un opposant au régime chinois pour être un bon écrivain, cela n'a pas de sens. Je n'accepte pas la position d'éxilés comme Ma Jian qui semble considérer que tous les écrivains en Chine sont des « collabos “.
Ce qui me parait essentiel c'est qu'un écrivain garde une bonne indépendance d'esprit et la possibilité de s'exprimer. Les écrivains chinois ont un talent admirable pour jouer avec les limites posées par la censure ; mais celle - ci existe bel et bien même si elle est très différente de ce qu'elle était dans le passé .
De plus, la Chine n'a certes pas le monopole de la censure ; je me souviens d'un écrivain chinois stupéfait d'avoir été fermement incité par son éditeur américain à couper une scène d'avortement pour que le livre puisse sortir aux Etats Unis sans s'attirer les foudres de certains groupes de ‘fondamentalistes’ !
Un cousinage entre Mo Yan et Lao She au dela d'époques et de personnalités différentes, pourquoi pas !
Ils sont cousins par le talent, mais aussi par leur volonté de faire leur métier d'écrivain le mieux possible en se renouvelant et en respectant leur public. Dans ce qui est traduit (et c'est une part considérable), quels sont les livres dont on peut se dire « j'aurai du lire autre chose » ? Peut être « Les Treize Pas » pour Mo Yan et « La Cité des Chats “ pour Lao She et c'est tout !
De plus ces deux auteurs sont exigeants et honnêtes vis à vis de leur pays, de son évolution, de son image. Lao She a été plus ‘engagé’ politiquement, l'époque le voulait ; Mo Yan a une vision plus vaste, plus critique des problèmes sociaux et politiques de son époque. Enfin les deux ont le sens de l'Histoire, qu'il s'agisse des ‘Quatre Générations…’ du ‘ Clan du Sorgho’ ou du ‘Supplice du Santal’.
Mais s'ils sont tous deux des enfants qui ont beaucoup souffert, l'un est Pékinois, un urbain et l'autre un paysan du Shandong et cela est central dans leur oeuvre. De plus Lao She est plus ‘international’, ayant vécu assez longtemps à l'étranger.
L'un est Mandchou, très cultivé et vivant avec une femme écrivain puis peintre. L'autre se dépeint comme un bouffon un peu frustre, qu'il n'est de toute évidence pas ! L'un excelle dans l'humour, l'autre dans les épopées rabelaisiennes…
Tout cela est partiel et très schématique , mais l'un et l'autre sont des écrivains que l'on ‘fréquente’ avec bonheur.
D'accord avec vous, ma formulation n'est pas assez précise.
De plus,ce qui est un peu surprenant, c'est que la protection de Zhou Enlai lui ait manqué . Ils se connaissaient bien depuis leur sejour commun à Chongqing où Zhou Enlai était l'ambassadeur des Communistes auprès du gouvernement Nationaliste.
Zhou Enlai l'avait aidé à plusieurs reprises mais bien sur les capacités d'intervention de ce dernier au cours de cette période étaient plus limitées.
De Bertrand Mialaret (auteur)
Consultant à Paris | 12H10 | 19/11/2009 |
Petit problème technique sur la fin du poème:
"si l'on jure sur la terre explicitée dans le labour,
le galop fait le cheval, tout comme il le berne
tout cela me fut dévoilé
par les yeux d'un garçon de onze ans"
De Bertrand Mialaret (auteur)
Consultant à Paris | 12H03 | 19/11/2009 |
Un ami m'a suggéré de donner un extrait de "Poèmes de Saint Nazaire" de Duo Duo.
"par le trou de la serrure entrevoir le cheval le jour de la fête d'une reine
dans les intervalles de la forêt qui s'étirent, se rétractent
la tête du cheval adhère à la distance, la queue la chasse
devant, des fables pour unique fourrage
derrière, la liberté payée par l'attente, attachée
ensemble elles laissent l'ombre des arbres, celles du galop
venir combler l'ombre de la place, l'ombre du pouvoir
du point de vue de la brume èpaisse, rouillée, ainsi seul
existe le galop, ce n'est pas encore mouvement
si de la partie la plus hayte d'un arbre on statue
sur le galop, il est progression et recul à la fois
si l'on jure sur la terre explicitée dans le labour
le galop fait le cheval, yout comme il le berne
tout cela me fut dévoilé
à GanLanShu
De Bertrand Mialaret
Consultant à Paris | 14H59 | 07/11/2009 |
Si beaucoup d'écrivains parlent du passé, ce n'est pas uniquement pour jouer avec la censure. J'ai posé systematiquement la question dans les interviews que j'ai faits des Mo Yan, Yu Hua, Yan Lianke...Pour moi il est clair qu'ils ne sont pas à l'aise avec la jeune génération et la classe moyenne des villes, Mo Yan l'explique même de façon très précise.
Je crois aussi que les éditeurs en Europe, dont je salue par ailleurs le travail, ont une part de responsabilité: ils ont trop sélectionné d'ouvrages concernant le Maoïsme, la Chine rurale et la Révolution Culturelle en pensant que cela intéresserait le lecteur en le déroutant.
J'ai écrit un papier sur la jeune génération qui est très peu traduite (13/6/09) ; j'espère que les traductions vont se multiplier (le livre de Chen Xiwo "Irritations" vient d'ailleurs d'être publié).
De même, il faut lire Chi Li (5/10/2008) qui, certes manque parfois de souffle, mais qui donne une image assez juste de la classe moyenne urbaine.
De Bertrand Mialaret
Consultant à Paris | 23H02 | 06/11/2009 |
A San De,
Un lecteur, bloggeur, l'avait recommandé. J'ai donc acheté le seul livre traduit "The straw house " que je n'ai pas encore lu et qui a obtenu le prix Song Qinling de littérature pour enfants .
D'après la même source, ce serait beaucoup moins intéressant que ses travaux de critique littéraire qui seraient de premier ordre (il est professeur de littérature chinoise à l'Université de Pékin) .
De Bertrand Mialaret
Consultant à Paris | 22H42 | 06/11/2009 |
Les interviews de W. Kubin posent des problèmes intéressants mais son approche est assez déplaisante car très "politique" et semble liée au lobbying pour les prix littéraires.
1/ Certains peuvent penser que Bei Dao est un grand poète. Mais l'encenser à ce point quand c'était cette année un candidat au prix Nobel, c'est un peu suspect surtout quand on est son traducteur en Allemand!
Poursuivre en expliquant que Wan Meng et Tie Ning sont de grands écrivains, peut préter à sourire: Wan Meng a été Ministre de la Culture et a dirigé la délégation chinoise au Salon du Livre de Francfort, quant à Tie Ning, elle est Présidente de l'Union des Ecrivains Chinois !
2/ Expliquer que les écrivains chinois sont irresponsables et qu'ils pourraient comme Bei Dao (encore lui !) publier à l'étranger... Il semble qu'il n'ait jamais entendu parler de Yan Lianke par exemple qui était récemment à Paris !
3/ S'il est "très difficile de produire des textes de qualité dans une société où l'argent est le seul roi" ce n'est certainement pas une exclusivité de la société chinoise! Mais il est exact de dire qu'après la dictature du Parti, on risque d'avoir la dictature du marché.
4/ Dire que les textes sont médiocres et les techniques traditionnelles, c'est un peu court. Shi Tiesheng, Yan Lianke, Eileen Chang par exemple, nous ont donné des textes splendides. Quant à Mo Yan, il a su adopter des concepts modernes avec succès dans "Le pays de l'Alcool" et se réinvente à chaque roman.
5/ J'avoue néanmoins que je partage ses critiques sur "Le Totem du Loup" et que je trouve, comme lui, que "Brothers" de Yu Hua malgrè de grandes qualités reste "politiquement correct".
6/ Cette conception élitiste de la littérature est déplaisante et artificielle: les romans "wuxia" de Jin Yong sont certes du divertissement (et ne prétendent pas à autre chose) mais ont beaucoup de tenue tant romanesque qu'historique; des "polars" comme ceux de Qiu Xiaolong ou de He Jiahong sont de grande qualité.
7/ Enfin il est vrai que Lu Xun et Lao She parlaient des langues étrangères mais un écivain de la même époque et du même calibre, Shen Congwen, n'en parlait aucune. De plus je suis frappé par la connaissance de la littérature étrangère de nombreux écrivains chinois actuels.
De Bertrand Mialaret
Consultant à Paris | 19H06 | 25/10/2009 |
Voila une bonne nouvelle. Espérons que Geneviève Imbot-Bichet pourra continuer à prendre des risques et à nous faire découvrir de nouveaux auteurs et surtout le génération des moins de quarante ans qui n'est pratiquement pas publiée ni en France ni aux Etats Unis malgré quelques réussites des Editions de l'Olivier.
à chengyang
De Bertrand Mialaret
(auteur)
Consultant à Paris | 13H14 | 26/09/2009 |
La phrase sur la concentration du pouvoir est de Bi Feiyu, je me borne à le citer.
Vous me prétez des intentions qui ne sont certainement pas les miennes et je ne colle pas d'étiquettes, c'est à l'opposé de ce que j'essaye de faire.
Un écrivain ne doit pas être un opposant au régime chinois pour être un bon écrivain, cela n'a pas de sens. Je n'accepte pas la position d'éxilés comme Ma Jian qui semble considérer que tous les écrivains en Chine sont des « collabos “.
Ce qui me parait essentiel c'est qu'un écrivain garde une bonne indépendance d'esprit et la possibilité de s'exprimer. Les écrivains chinois ont un talent admirable pour jouer avec les limites posées par la censure ; mais celle - ci existe bel et bien même si elle est très différente de ce qu'elle était dans le passé .
De plus, la Chine n'a certes pas le monopole de la censure ; je me souviens d'un écrivain chinois stupéfait d'avoir été fermement incité par son éditeur américain à couper une scène d'avortement pour que le livre puisse sortir aux Etats Unis sans s'attirer les foudres de certains groupes de ‘fondamentalistes’ !
à mauser
De Bertrand Mialaret
(auteur)
Consultant à Paris | 19H20 | 19/09/2009 |
C'est très clairement expliqué, de plus c'est tellement beau qu'on n'a pas besoin de beaucoup de commentaires pour apprécier.
à chengyang
De Bertrand Mialaret
(auteur)
Consultant à Paris | 16H13 | 05/09/2009 |
Un cousinage entre Mo Yan et Lao She au dela d'époques et de personnalités différentes, pourquoi pas !
Ils sont cousins par le talent, mais aussi par leur volonté de faire leur métier d'écrivain le mieux possible en se renouvelant et en respectant leur public. Dans ce qui est traduit (et c'est une part considérable), quels sont les livres dont on peut se dire « j'aurai du lire autre chose » ? Peut être « Les Treize Pas » pour Mo Yan et « La Cité des Chats “ pour Lao She et c'est tout !
De plus ces deux auteurs sont exigeants et honnêtes vis à vis de leur pays, de son évolution, de son image. Lao She a été plus ‘engagé’ politiquement, l'époque le voulait ; Mo Yan a une vision plus vaste, plus critique des problèmes sociaux et politiques de son époque. Enfin les deux ont le sens de l'Histoire, qu'il s'agisse des ‘Quatre Générations…’ du ‘ Clan du Sorgho’ ou du ‘Supplice du Santal’.
Mais s'ils sont tous deux des enfants qui ont beaucoup souffert, l'un est Pékinois, un urbain et l'autre un paysan du Shandong et cela est central dans leur oeuvre. De plus Lao She est plus ‘international’, ayant vécu assez longtemps à l'étranger.
L'un est Mandchou, très cultivé et vivant avec une femme écrivain puis peintre. L'autre se dépeint comme un bouffon un peu frustre, qu'il n'est de toute évidence pas ! L'un excelle dans l'humour, l'autre dans les épopées rabelaisiennes…
Tout cela est partiel et très schématique , mais l'un et l'autre sont des écrivains que l'on ‘fréquente’ avec bonheur.
à chengyang
De Bertrand Mialaret
(auteur)
Consultant à Paris | 02H01 | 05/09/2009 |
D'accord avec vous, ma formulation n'est pas assez précise.
De plus,ce qui est un peu surprenant, c'est que la protection de Zhou Enlai lui ait manqué . Ils se connaissaient bien depuis leur sejour commun à Chongqing où Zhou Enlai était l'ambassadeur des Communistes auprès du gouvernement Nationaliste.
Zhou Enlai l'avait aidé à plusieurs reprises mais bien sur les capacités d'intervention de ce dernier au cours de cette période étaient plus limitées.