
Meurtre de Valentin : quel suivi psychiatrique pour les SDF ?
Avec le meurtre effroyable du petit Valentin, la question de la dangerosité des malades mentaux resurgit de façon d'autant plus inquiétante qu'elle est à présent associée à celle de l'errance et de la désinsertion sociale.
Le drame de l'hôpital psychiatrique de Pau en 2005 avait brutalement éclairé une réalité connue de tous les soignants : le délitement progressif de la psychiatrie publique, faute de moyens institutionnels et financiers adaptés.
Les projecteurs se sont ensuite éteints, tandis que les logiques administratives et gestionnaires de restrictions budgétaires, de fermetures de lits, de réduction d'effectifs, de démantèlement et de cloisonnement s'aggravaient, détruisant progressivement les capacités d'accueil et de soins aux malades.
Toutes les études, et tous ceux qui travaillent auprès des publics très précaires, le confirment : l'incidence des troubles psychiatriques y est nettement plus élevée que dans la population générale.
Faut-il s'étonner que la disqualification sociale (qui tend à rendre celui qui la subit responsable de son sort) entraine des effondrements psychiques d'autant plus délétères qu'ils entretiennent la spirale de l'exclusion ? Etre surpris de voir se développer une culture de l'errance chez des jeunes aux enfances dévastées, souvent exclus socialement de façon transgénérationnelle ? La bascule vers la rue, souvent rapide et inéluctable
De plus, alors que les troubles psychiatriques graves (en particulier les psychoses) ne sont pas directement liés aux conditions socio-économiques, elles en déterminent cependant souvent le pronostic. Sans soutien et solidarité familiale, malgré les difficultés relationnelles rencontrées, la bascule vers la rue peut être rapide et inéluctable, souvent faute de moyens soignants adaptés à des situations qui mêlent maladie et absence de recours sociaux suffisants.
Les logiques d'exclusion sociale sont de nature politique, mais elles touchent les plus fragiles, et parmi eux les personnes que leurs troubles rendent transitoirement, et souvent durablement, inaptes à la productivité tant vantée par les temps qui courent.
Mais les réponses politiques se sont focalisées sur d'autres priorités. La question du dépistage (si possible précoce) des troubles mentaux a fait polémique, celle du développement des réponses sécuritaires beaucoup moins, alors que le nombre des malades mentaux emprisonnés augmente de façon vertigineuse.
Dépister et soigner, plutôt qu'interner
Des voix s'élèvent à présent pour faire appliquer « les propositions de la mission sur la pauvreté et l'exclusion, qui visent à développer pour les SDF les centres itinérants, les permanences d'accès aux soins psychiatriques, le dépistage et les soins des troubles psychiques par un personnel qualifié ».
Mais ces mesures sont illusoires si elles ne s'inscrivent pas dans une détermination politique globale, portant sur la lutte contre la précarité et sur l'urgence à résoudre le gravissime déficit de logements, dont des logements diversifiés et adaptés à celles et ceux qui ont connu durablement l'errance.
Ce qui est à craindre, c'est que ce drame ne conduise qu'à une seule réponse, telle que formulée par Christian Demuynck, sénateur (UMP) de Seine-Saint-Denis :
« Ces mesures doivent, par ailleurs, être accompagnées d'une politique vigoureuse de placement en institution spécialisée afin d'éloigner durablement les sujets les plus perturbés. »
C'est-à-dire une amplification de la tendance actuelle : l'éloignement des indésirables dans des lieux de réclusion, et la stigmatisation redoublée des marginaux comme fous et meurtriers potentiels. La question complexe du soin à des populations que tout contribue à déstructurer sera une nouvelle fois escamotée.
- 10228 visites
- Version imprimable
Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89
Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)
Envoyez « RUE » par SMS au 81027 (1,5 € / SMS)
En savoir plusAccrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.
123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque





















4
De Thorgal46
Informaticien dans le Lot | 13H28 | 07/08/2008 |
@ Frédérique Drogoul
Je suis désolé d'être hors sujet, mais j'aimerais beaucoup avoir votre point de vue de psychiatre sur notre Omni-Président.
(Tout ceci restera entre nous, je sais être discret)
De Alexad
14H53 | 07/08/2008 |
Enfin, une analyse intelligente est exprimée, depuis le début de cet abominable fait divers.
Pourtant, les psychiatres alertent depuis de nombreuses années sur les pathologies graves qu'engendre notre société et qui sont en errance. La dangerosité des malades en question ne fait qu'empirer avec les fermetures de lits dans les hôpitaux psychiatriques et la diminution des prises en charge de ces malades par une collectivité responsable.
Le gouvernement et les média tout venant préfèrent exploiter le sensationnel pour faire peur et surtout se gardent bien d'en développer les causes et une réflexion qui impliqueraient des moyens de prévention, de surveillance et de soins appropriés.
De existe
15H10 | 07/08/2008 |
Je trouve moi aussi très ennuyeux de trouver accolés et liés par le sens dans un même mouvement littéral les mots SDF, marginal, errance, exclusion, précarité, désinsertion et disqualification sociales, difficultés relationnelles, dangerosité, malades mentaux, graves troubles psychiatriques, inaptitude à l'emploi, etc, etc…
On voudrait produire de l'amalgame que l'on ne s'y prendrait peut-être pas autrement.
De très nombreux problèmes sont abordés dans ce texte et qui mériteraient d'être traités, développés, discutés séparément, afin d'éviter de tout mélanger.
Me gêne encore profondément d'y trouver quelques contre-vérités et non-dits susceptibles d'induire gravement le lecteur en erreur.
Sur la fermeture de lits, par exemple.
Il serait utile de préciser qu'elle est justifiée par une diminution considérable du temps de séjour hospitalier moyen qu'a permis durant ces quarante dernières années l'apparition de nouveaux traitements, toujours plus efficaces : de 250 jours en 1970, elle est ainsi tombée à 34,2 jours en 2001.
Le nombre de lits n'ayant pas chuté de manière aussi drastique dans le même temps, le nombre des « patients » « pris en charge » sur une année n'a en fait cessé de progresser, pour atteindre 1,2 millions d'adultes au début des années 2000, alors qu'il était de 708000 en 1989.
Une étude de la DREES de 2004 montre que le taux de recours dans les secteurs de psychiatrie générale (nombre des patients vus au moins une fois dans l'année rapporté à la population âgée de plus de 20 ans du secteur) est ainsi passé de 17 patients pour 1000 habitants de plus de vingt ans en 1989, à 21 pour 1000 en 1995, et à 26 pour 1000 en 2000.
Voilà brièvement quelques unes des critiques que m'inspire ce texte. J'en aurais bien d'autres à formuler mais souhaiterais déjà voir ce que répond l'auteur à cette interpellation.
De ART MONIKA
15H12 | 07/08/2008 |
Bien d'accord avec vous, A.Nonyme. Il est certain que la non-politique de santé de notre pays, qui va en s'aggravant, produira des catastrophes.
Plus largement, le meurtre de Valentin pose-t-il la question de la maladie mentale en général ? L'assimilation me semble dangereuse. J'ai ouï dire, durant mes études, que les malades mentaux (officiellement répertoriés en tant que tels) ne sont pas statistiquement plus « dangereux à l'égard d'autrui » que les (présumés) sains. Si c'est bien le cas, il ne faudrait pas que cette terrible affaire se retourne contre les « fous ». De même, comme le signalent plusieurs riverains, il ne faudrait pas qu'elle se retourne contre les SDF (qui doivent probablement subir plus de violences qu'ils n'en infligent)
Apparemment, les meurtriers de Valentin ont agi sous l'emprise d'une croyance délirante. Mais dans d'autres cas, les meurtriers tuent « gratuitement », pour leur plaisir, sans cette « justification » imaginaire.
La question est, une fois de plus, qu'en France, on enferme et on punit : on ne soigne ni ne rééduque. Surveiller et punir avait écrit Michel Foucault. La prise en charge de la criminalité exige infiniment plus de choses que cela, en amont, pendant et en aval de l'acte. Et, ce n'est pas avec les moyens matériels et idéologiques mis à disposition par le gouvernement actuel qu'on va avancer sur ce problème.