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Médecin psychiatre

Liberia : plaidoyer pour les enfants soldats

Pendant trois ans (2005-2007), l'équipe que je coordonnais a accompagné plus de 250 jeunes. C'est une action tout à fait dérisoire, lorsque l'on songe aux 106 000 combattants démobilisés, et aux 12 000 mineurs qui se trouvaient parmi eux. Et pourtant…

A Gbanga (Frédérique Drogoul).

Le travail de soins, surtout dans le champ de la santé mentale humanitaire, force à la modestie, mais aussi à la détermination : accepter de faire peu, mais essayer de faire au mieux. En rupture avec les programmes qui pensent gérer la santé mentale « des populations » par des sensibilisations larges et grâce à des formations standardisées (en particulier autour du très à la mode « counceling en psychotrauma »), nous défendions une approche soignante singulière, modeste, forcément réduite puisque portée par une petite équipe, qui se formait chemin faisant, et qui gardait son enthousiasme en découvrant à quel point les jeunes progressaient et avaient besoin de cet espace de rencontre hebdomadaire, et de ce lien fiable, solide, durable, qu'ils mettaient à l'épreuve pour peu à peu sortir de leur confusion.

Former les travailleurs sociaux au soutien psychologique

Lorsque par la suite nous avons décidé d'élargir le travail en santé mentale pour répondre aux nombreux besoins repérés dans la communauté (femmes victimes de violences, personnes sévèrement traumatisées, malades mentaux) la formation et les compétences acquises par l'équipe avec les jeunes ont été très utiles.

Puisqu'il n'était pas possible de démultiplier les interventions de cette petite équipe, nous avons décidé fin 2006 de publier un manuel simple, destiné aux travailleurs sociaux du Liberia en charge de ces jeunes. En effet, nous étions la seule équipe dans le pays à avoir proposé un soutien psychologique à des mineurs démobilisés ; les enseignements tirés de ce travail avec eux étaient précieux et ils ont été très utiles aux autres acteurs professionnels du DDRR, programme de désarmement, démobilisation, réintégration et réinsertion.

C'est ainsi que le manuel « They grew up in the fighter's world » a été distribué à plus de 600 exemplaires en mai 2007, comme support d'échanges et d'aide aux professionnels. Dans le Bong County, l'équipe anime à présent régulièrement des groupes de travail avec des instituteurs, des intervenants sociaux, des formateurs.

A Gbanga (Frédérique Drogoul).

Au Liberia, le processus de paix ne comporte pas encore la mise en examen des principaux chefs de guerre. Pourtant, cette étape de justice, et de mémoire, s'il elle n'absout pas les combattants de leurs crimes, est indispensable pour l'avenir, et tout particulièrement celui des enfants soldats qu'ils ont entraînés dans leurs macabres aventures.

Les autres limites à la réinsertion des jeunes démobilisés sont celles auxquelles sont confrontés tous les Libériens : le chômage massif, une grande misère, un pays détruit, sur fond de deuils et de souvenirs terribles. Mais la paix est là, avec ce qu'elle véhicule de soulagement et d'espoirs, de reconstruction et de rêves. Et la plus part d'entre eux ont appris à le reconnaître et à le partager.

Le travail avec les enfants soldats oblige à penser le monde autrement

L'expérience professionnelle racontée au cours de cette série d'articles, a été passionnante, quoique difficile, et c'est aux Libériens, en particulier ceux de l'équipe santé mentale, que va toute ma reconnaissance. Elle m'a conduite à aborder la question des enfants soldats de façon concrète, avec son lot de doutes et d'interrogations, mais avec son potentiel de découvertes et de recherches.

Elle m'a surtout donné la chance de faire ces rencontres qui dérangent, parce qu'elles obligent à regarder autrement le travail soignant, à en interroger le sens et la légitimité (« qu'est-ce que je fous là ? “). Mais qui poussent à continuer : partout dans le monde, la détresse psychique, tout comme la maladie mentale, déterminent des douleurs morales et des difficultés relationnelles et sociales qui doivent être entendues et prises en compte, avec des réponses pensées localement. Surtout dans les périodes d'après-guerre, quand les régulations culturelles traditionnelles et les systèmes de soins sont détruits ou débordés, et qu'émergent des situations particulières.

A cet égard, le travail avec les enfants soldats est emblématique. Il oblige à penser la guerre et le monde des hommes autrement, car on ne sort pas indemne d'une rencontre avec eux. C'est d'ailleurs ce qui fait toute sa richesse…

Le soutien psychologique, parent pauvre des programmes de démobilisation

Tandis que le monde occidental s'effraie de l'émergence des enfants comme acteurs dans les conflits armés, tandis que se multiplient colloques ‘entre soi’ et déclarations politiques solennelles, la situation ne cesse de se dégrader : on compte actuellement par le monde un demi million de mineurs enrôlés dans les forces armées gouvernementales, comme dans les forces para militaires, milices ou autres factions. 85 pays sont concernés. On estime que 300 000 d'entre eux ont un rôle de combattants actifs, mais leur nombre exact est très difficile à déterminer.

A Gbanga (Frédérique Drogoul).

De vastes programmes de démobilisation et de réinsertion se mettent en place dans les zones de postconflit, souvent avec l'aide des Nations unies. Mais même pour ces mineurs, la prise en compte spécifique de la santé mentale est chose rare. Des raisons à cela : en phase d'après-guerre, les besoins vitaux sont massifs et les moyens affectés à la reconstruction toujours insuffisants.

Les DDRR sont des programmes couteux, utiles mais mis en place dans l'urgence, et qui supposent des moyens logistiques et administratifs si énormes qu'ils empêchent de penser la singularité des personnes et du soin. Et cela se produit d'ailleurs aussi avec les ONG internationales. L'aide psychologique est considérée dans sa conception occidentale comme inadaptée aux contextes culturels différents, et surtout, les enfants soldats sont regardés de loin, et de façon tristement binaire : ils sont considérés comme spontanément résilients, ou tout à fait incurables. Les yeux se détournent et les ONG locales en charge de la réinsertion se débrouillent comme elles peuvent…

Pourtant, et nous en avons fait l'expérience, si les acteurs de terrain se heurtent à des difficultés aux quelles ils ne sont pas préparés, tous s'accordent à penser que leur travail est utile, mais que les programmes de qualification professionnelle sont beaucoup trop brefs pour laisser aux jeunes le temps qui est nécessaire à leur reconstruction psychique. Des sessions de formation et d'échanges sur leurs pratiques sont accueillies par ces intervenants avec grand intérêt, et s'avèrent très utiles.

Accueillir les enfants soldats et leur redonner confiance

Ces jeunes sont souvent réduits à leur étiquette d'enfant soldats, avec tout ce que cela véhicule de peur et de méfiance. La démarche essentielle consiste à considérer chacun d'entre eux comme une personne en devenir, porteuse d'une histoire personnelle singulière. Sans complaisance mais sans jugement, il s'agit de les accueillir et de leur redonner confiance. Tous savent que la paix est à ce prix.

Les enfants soldats ne sont pas des enfants comme les autres, mais ils ne sont pas non plus des enfants perdus. Les législations internationales visant à interdire leur enrôlement existent mais ne sont pas appliquées. Comment pourrait-il en être autrement, dans ces guerres sales, aux marges du monde, qui prennent les civils pour cibles ? Quel que soit leur nombre, quelle que soit l'ampleur de la tâche, reste une priorité : celle d'accueillir ces jeunes dans un monde qu'ils n'auraient jamais dû quitter. Le travail que nous avons conduit au Liberia montre à quel point c'est nécessaire, et surtout possible.

A Gbanga (Frédérique Drogoul).

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Portrait de Phil2922

De Phil2922

Retraite invalidité | 17H15 | 04/05/2008 | Permalien

Il me semble avoir déjà vu votre excellent papier Frédérique Drogoul et cette fois-ci, il est daté du 29 mai… ? Une coquille sûrement…

Sinon, sur le fond on peut se demander que deviendrons ces « enfants soldats » quand ils seront plus grands… Et c'est valable pour beaucoup de pays en Afrique…

Dire que ce continent africain était souvent montré en exemple pour la force de leur famille qui les aidait souvent à surmonter la misère. Avec les « enfants soldats » le clan familial explose et avec lui tout un continent… ! !

http://phil195829.overblog.com

Portrait de Tinhinane

De Tinhinane

Médiatrice scientifique | 19H12 | 04/05/2008 | Permalien

Merci Frédérique Drogoul, je vous lis avec le même intérêt et une grande attention. J'avoue ne pas avoir chercher sur le Net d'autres productions de vous, si vous en avez pourriez-vous nous indiquer quelques titres ou alors en attendant votre essai quelles recommandations bibliographiques feriez-vous sur des approches, des analyses et discours proches des vôtres ?

Portrait de Lamoureux

à Tinhinane Portrait de Tinhinane De Lamoureux

Coordinateur de programme ONG | 11H26 | 05/05/2008 | Permalien

Tinhinane, vous trouverez des essais d'Olivier Douville sur la prise en charge des enfants des rues(victimes de guerre ou de pauvreté), qui proposent également des méthodes de prise en charge intéressantes. Vous devez, si vous ne l'avez pas, vous procurer « les naufragés » de Patrick Declerck, un livre traitant de la problématique des SDF.
Vous ne trouverez pas dans les auteurs dont je parle, de sujet sur les enfants soldats (en tout cas pas à ma connaissance), mais il s'agit là de découvrir d'autres méthodes de prise en charge qui peuvent amener à réfléchir, quelle que soient les problématiques rencontrées.

Portrait de dalun

De dalun

23H09 | 04/05/2008 | Permalien

madame . merci pour ces articles , ils m'ont touchés . Ils expriment et définissent des façons de raisonner , de penser l » acte de soin en situation extrème .Effectivement , ce travail exige un engagement personnel , professionnel ,et un travail d'équipe ..De ces endroits du monde ( en france aussi ), là ou l'enfance est manipulée , empéchée , abimée , inhumaine , lorsque la folie rode (…) le travail de réflexion prend une place nécessaire . Par ces temps qui courent , vos écrits sont importants .merci .pensez vous faire paraitre un livre ou autre ? .

Portrait de MèreEvé

De MèreEvé

témoin | 00H28 | 05/05/2008 | Permalien

Merci infiniment pour votre combat et votre témoignage. Est-il possible de se procurer le manuel « They grew up in the fighter's world » ? Y a-t-il à votre connaissance des outils du même type adaptés à chaque zone où se trouvent des enfants-soldats ?

Portrait de patrick du 14

De patrick du 14

toujours naze et qui cotises pas | 08H24 | 05/05/2008 | Permalien

des psychiatres se sont occupées de mon k toutes ma vie , résultat des courses je n'ais pas d'enfants o k ou je remettes le couvert ausquels j'avais u droit, aujourdhui on sait que c'est faux mais pour moi trops tard et je suis passés par toutes les maladies mentals possible , donc j'ais bouffé a peux près tous les traitements possible , ya qu'a médecin du monde que j'ais croisé un psy un peu humain , mais il allait souvent en tchétchénie peu être que ça rends plus lucide et plus gentil , aujourdhui j'ais un psy une fois par mois au cmp rue d'alésia 2mn montre en mains le temps de renouveler l'ordo , il ne sais même pas comment je vie , il est limite sénile et quand on sait le pouvoir d'un psy je m'abstiends de lui dire ,ça pourrais être pire
sur ce je suis sure que vos petits stage dans un coin du monde ou les gens sont légèrement destroye ne peux que vous enrichir pour votre travail ici, surtout que doit pas y avoir de cachtons comme ici et aux moins vous vous faites plein de vrais amis ,quelque chose me dit que c'est vous qui emmeniez des malades de laborde a men en cote d'ivoire , j'en ais croisé un , ça lui avait fait beaucoup de bien
voilu , bonne continuation et bon courage

Portrait de amilcar

De amilcar

peureux célèbre | 11H24 | 05/05/2008 | Permalien

l'article me laisse un peu sur ma faim mais ça doit être l'afrique qui veut ça ou la hausse des prix ou les deux, j'attends la suite. effectivement entre résilience et irrécupérabilité il y a une place pour agir. les qualificatifs ajoutés au mot enfant me gênent toujours un peu, enfants soldats et l'article suivant enfants sans papier, il me semble qu'on perd de vue le problème quand on s'éloigne du fait qu'un enfant n'est qu'un enfant, un cas particulier, comme tous les autres, avec un vécu plus ou moins difficile mais toujours unique, ce vécu, et qu'il n'en reste pas moins que quel que soit le pays pourri où on se retrouve lâché, la seule solution pour avoir une vie digne c'est d'étudier, et la seule façon d'étudier, c'est dans les livres, alors j'attends toujours des photos de la bibliothèque des gosses au libéria ; il me semble en outre que pour comprendre les problèmes spécifiques de ces enfants il faut étudier la culture dans laquelle ils ont grandi et qui ne peut se résumer à guerre et violence.

Pour patrick du 14, tu me sembles guéri si tu ne dis pas ce que tu penses de lui au psychiatre et si je peux me permettre un conseil, vas y voir avec tes propres yeux à Man en côte d'ivoire, c'est à l'ouest du pays, pas très loin de la guinée conakry et du libéria justement, tu seras étonné d'y trouver des gens gentils et humains qui auront toujours le temps de te parler, et nul besoin d'associations ou d'encadrements pour y aller, ils te porteront et ça te fera beaucoup de bien, faire le premier pas c'est déjà partir. et avec tes allocs tu feras vivre tout un village.

Portrait de patrick du 14

De patrick du 14

toujours naze et qui cotises pas | 11H42 | 05/05/2008 | Permalien

je connais un peu l'afriques de l'ouest pour l'avoir vue de mes yeux

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