25/01/2011 à 10h19

Aux apôtres d'un interventionnisme français au Maghreb, ma réponse

Hugues Serraf | Chroniqueur

J’ai bien compris, à la lecture des nombreuses réactions outrées à mes chroniques de la semaine dernière, que j’étais totalement à côté de la plaque dans ma perception du rôle de la France dans la situation tunisienne.

Pour mémoire, je développais l’idée que la Tunisie était un pays souverain, responsable de son sort pour le meilleur comme pour le pire et que la France, pour toutes ses crapuleries et sa légendaire duplicité, n’était pas plus responsable de l’arrivée au pouvoir de Ben Ali que de son départ précipité pour la riante Arabie Saoudite.

J’ajoutais par ailleurs, emporté par mon élan, que l’indéniable complaisance de tous nos gouvernements depuis 1987 à l’égard de la dictature tunisienne avait surtout à voir avec l’impossibilité, pour l’ancienne puissance coloniale, de se mêler trop ostensiblement des affaires de son protectorat passé…

Tss... Ridicule, n’est-ce pas ?

Faisant par ailleurs preuve d’une incroyable naïveté, je suggérais que la présence en France de l’équivalent de 10% de la population tunisienne expliquait peut-être la différence entre la prudence initiale de Paris et l’enthousiasme pro-révolutionnaire immédiat de Washington -une capitale dont il est bon de rappeler, on ne sait jamais, maintenant qu’on ne fait plus d’histoire-géo en terminale S, qu’elle n’est pas située sur les bords de la Méditerranée mais sur les berges du Potomac.

OK, la France est donc responsable du malheur tunisien

Mais bon, tout ça, c’était la semaine dernière et les choses ont énormément évolué depuis. J’ai lu Libé avec un immense intérêt, j’ai accordé la plus grande attention à ce qu’écrivaient mes confrères et néanmoins amis de Rue89, j’ai littéralement bu les paroles vengeresses de Daniel Schneidermann et, « last but not least », j’ai parcouru les milliers de commentaires de « riverains » indignés par l’écrasante culpabilité de la France dans toute cette affaire. Et, puisque seuls les imbéciles ne changent pas d’avis, je me suis dit qu’il fallait que la Tunisie nous serve enfin de leçon.

OK, la France est donc responsable, pour d’inavouables raisons économiques, de l’absence de démocratie en Afrique en général et dans le Maghreb en particulier. Et la fiction du danger islamiste étant évidemment levée, maintenant que chacun sait que Ben Laden n’existe pas et que l’Aqmi est une invention de Sarkozy pour faire passer la réforme des retraites, il est temps de revenir aux fondamentaux de la patrie des droits de l’homme.

Les régimes algériens et marocains, avec lesquels il n’est plus question de composer pitoyablement comme nous l’avons fait si longtemps avec la Tunisie, doivent donc être rapidement déposés.

La question de la méthode se pose, bien entendu, dans la mesure où nous ne saurions imiter les Américains en Irak (c’est compliqué, hein, d’avoir à se féliciter la réaction américaine au départ de Ben Ali tout en se plaignant de la présence des GIs à Bagdad…).

Vers une intervention militaire au Maroc et en Algérie ?

L’idéal serait donc, on l’imagine, de commencer par une rupture pure et simple des relations diplomatiques et commerciales avec Alger et Rabat et l’exigence d’élections libres et démocratiques organisées sous notre contrôle. Bien entendu, dans l’intervalle, Paris accueillerait les différents partis d’opposition des deux pays et assurerait, au plan logistique et financier, leur capacité à mobiliser l’opinion -éventuellement par la mise en place de médias spécifiques émettant depuis la France.

Dans le meilleur des cas, et la fragilité du régime tunisien semble l’avoir prouvé, Bouteflika et Mohammed VI abandonneraient rapidement la place à d’authentiques démocrates. Il faudrait néanmoins se préparer -oh, évidemment pas à la yankee mais avec tout le doigté d’une Michelle Alliot-Marie, ça va sans dire- à une éventuelle intervention militaire si la négociation et le seul soutien aux forces de progrès se révélaient insuffisants...

La France susciterait alors l’émergence de nations modernes et humanistes, modelées sur son propre idéal de liberté et de fraternité et assurant à des millions d’Algériens et de Marocains la jouissance des droits fondamentaux auxquels tout un chacun aspire : de l’instauration des 35 heures au maintien de bureaux de poste dans les villages les plus reculés.

La rupture avec ce néocolonialisme qui n’ose pas dire son nom au Maghreb serait alors enfin consommée et la France, forte de cette expérience, pourrait s’attaquer à la libération du reste du monde.

Eh oui, on n’arrête pas le Progrès.

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  • -Candide-
    -Candide- répond à Silver974
    Jardinateur
    • Posté à 13h43 le 25/01/2011
    • Internaute 40778
      Jardinateur

    Je crois au contraire que Serraf à un malin plaisir à exciter la binarité des gens en feignant des avis tranchés opposés à la pensée unique pour mieux provoquer la réflexion de ceux qui en sont encore capables.
    Dommage qu’il ne fasse pas de piges dans le Figaro.fr car je suis persuadé que vous seriez étonnamment surpris de ses prises de positions.

  • Holocrate
    Holocrate
    Douteur plus que douteux
    • Posté à 16h22 le 25/01/2011
    • Internaute 97427
      Douteur plus que douteux

    Eh bé, si ça, ce n’est pas se faire incendier... même Dieudo, dans ses rêves les plus fous, n’avait osé espérer un tel consensus contre lui ! : -)))
    Bon, d’accord, la plupart des intervenants ont répliqué comme s’ils avaient lu au premier degré... tout en lui reprochant (souvent assez durement) son ironie et ses sarcasmes ! Mais bon, nous ne sommes pas sensés être cohérents, non plus, hein... sans même parler du fait qu’un petit sophisme au passage, ça n’a jamais tué personne, hein ! : -)))

    Quoi qu’il en soit, je suis loin d’être toujours d’accord avec les propos du mécréant, mais du coup, ce tollé en forme de chasse à courre me le rend plutôt sympathique ! : -)
    De fait, j’ai toujours trouvé assez suspect le « bon droit » autoproclamé des doigts accusateurs, dès lors que ceux-ci sont largement majoritaires dans une communauté... comme c’est le cas ici.
    Assez intéressante, d’ailleurs, sur le plan de nos mécanismes grégaires, cette cristallisation d’un mouvement de foule hostile, dirigé contre un individu unanimement décrété va-nu-pied, voire barbare, dans le sens grec du terme. Mais bon, ce n’est pas le sujet.

    Quant au fond, je n’ai pas tout suivi, mais comme la mauvaise foi tant reprochée au chenapan me semble assez largement partagée ici, je ne vois pas trop l’utilité de répondre à l’un ou l’autre argument en particulier.

    Cela dit, je partage la vision du renégat au moins sur un point :

    D’accord, depuis que les Africains ont accédé à l’indépendance, nous en avons profité un max, sans trop regarder, ni surtout les regarder. Il n’empêche :
    Depuis tout ce temps, il serait assez étonnant que tout ce qui leur est arrivé - et leur arrive encore - soit entièrement de notre faute, à nous Occidentaux.
    S’ils veulent avancer un jour, il faudra bien que eux aussi s’arrêtent quelques instants pour se regarder dans une glace. Tous autant qu’ils sont.

    PS : n’oubliez pas de me nazer tout aussi copieusement que votre sale type favori ! : -)))

  • Hulk
    Hulk
    Gros con de droite
    • Posté à 21h36 le 25/01/2011
    • Internaute 108405
      Gros con de droite

    C’est pas beau de se moquer du gauchiste hébété et hagard en collants...

  • Firmin
    Firmin répond à Hugues Serraf
    employé du mois
    • Posté à 21h57 le 25/01/2011
    • Internaute 54542
      employé du mois

    Oh, quel merveilleux billet ! (y a pas de raison, je veux être sélectionné aussi)