13/01/2011 à 16h27

« Harry Brown » : face à des brutes à capuche... de souche

Hugues Serraf | Chroniqueur

Drôle de film que ce « Harry Brown », l’aventure sordide d’un retraité de l’armée (Michael Caine) qui entreprend de massacrer les caïds contrôlant la cité pourrie dans laquelle il est bien forcé d’habiter.

Ça se passe quelque part dans le sud de Londres, mais ça pourrait aussi bien être le nord de Paris ― dans l’une de ces horreurs architecturales de béton lézardé, avec ses coursives taguées, ses poubelles explosées et ses boîtes aux lettres éventrées. Jusqu’à ces brutes à capuche qui nous sont familières, avec leurs codes, leurs attitudes, leur certitude absolue d’être les patrons de leur pâté de HLM.

Les vieux baissent les yeux lorsqu’ils croisent un mini-loubard arrogant, les mères de famille à poussettes changent de trottoir pour céder le passage aux « joy riders » à moto, les gosses évitent le coin des balançoires transformé en drugstore par des pharmaciens autodidactes… Même notre retraité en colère a appris à allonger grotesquement ses trajets quotidiens pour éviter les « no go areas ». (Voir la vidéo)

« Les voyous sont particulièrement chargés et stupides »

De fait, ce décor nous est à ce point connu qu’on en resterait presque fasciné par les scènes d’émeutes que génèrent chaque incursion de la police dans le quartier. Ces bataillons de robocops indispensables à toute intervention en territoire ennemi, ces types masqués qui leur jettent des pavés et des cocktails Molotov, on ne les a pas déjà vus au JT de France 3 Ile-de-France ?


L’affiche d’« Harry Brown ».

Voyons voir, c’est Clichy-sous-Bois ? C’est Bondy ? Mais non voyons, c’est Bromley, Hackney, Upton Park…

Dans sa critique du film, Le Monde ne s’y est d’ailleurs pas trompé. C’est tellement comme à la maison, qu’il ne peut s’empêcher de condamner réflexivement « cette épaisse fiction sécuritaire » où « les voyous sont particulièrement chargés et stupides ».

Bon, il est vrai que la sympathie qu’inspire un « old timer » se prenant pour Charles Bronson dans « Un justicier dans la ville » est forcément limitée, même si le critique de Télérama se montre moins politiquement correct et plus cinéphile en reconnaissant que ce « polar sec comme un coup de trique », quasi melvillien, « n’est rance qu’en apparence ».

Racailles « de souche » : même causes, même effets

On ne tentera pas de les départager, même s’il est clair que le grand quotidien du soir est passé totalement à côté de la maîtrise formelle du réalisateur (Daniel Barber) et du talent sobre de son interprète principal.

Là où on tentera d’apporter un éclairage différent de l’un comme de l’autre, en revanche, c’est dans l’inévitable parallèle avec la situation française : dans la cité pourrie de « Harry Brown », les caïds sont des Anglais pure laine (j’hésitais à écrire pur porc, on aurait pu l’interpréter de travers).

Ils agressent, intimident, vandalisent, violent, dealent, volent, tuent à l’occasion tout comme leurs homologues des cités du 9-3, mais personne ne peut venir affirmer, à la Zemmour, que leur background ethnique ou religieux les y prédisposait.

Oui, une poignée de sales types « de souche » terrorise tout un quartier également « de souche » avec la même compétence et le même professionnalisme que leurs homologues franciliens soi-disant exogènes…

C’est peut-être que les mêmes causes produisent les mêmes effets. C’est peut-être qu’une cité pourrie est le terreau idéal pour l’épanouissement des brutes à capuche sous toutes les latitudes. C’est peut-être qu’il est temps de cesser de présenter les caïds des HLM comme de braves garçons désœuvrés quand on est affilié au camp du bien, ou comme des méchants ataviques et génétiques quand on préfère le camp du mal.

On n’est pas forcé d’en venir à ces conclusions, évidemment. On peut parfaitement s’en tenir à l’explication en kit de son idéologie de prédilection, histoire de ne pas se coltiner un réel trop perturbant. On peut, mais il y a tout de même un gros risque : dans le film, le personnage que joue Michael Caine et qui trucide méthodiquement les méchants parce que la police ne le défend pas est un ancien « marine ».

Et Marine, ça ne vous fiche pas les jetons ? A moi oui.

Harry Brown de Daniel Barber - avec Michael Caine - 1h43 - sortie le 12 janvier 2011.

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  • Dadourunrun-
    Dadourunrun- répond à a déménagé le 02 avril 2012
    mange son bao ze
    • Posté à 18h03 le 13/01/2011
    • Internaute 124435
      mange son bao ze

    C’est forcément plus facile que de parler des pakistanais sordidement racistes qui mettent des filles blanches de 12 ans sur le trottoir.

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    Coté, « racaille », à londre 70% des habitants sont blancs, contre 10,7% de noirs.
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    Les noirs représent 9.5% des victimes de meurtres au couteau et 55% des coupables.

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    Montrer une ’’image négative » des blancs ne dérange jamais grand monde. Et ne me dérange pas plus que ça (en passant) ; Mais je sens comme une arrière pensée... (évidemment pas nauséabonde)

  • Hugues Serraf
    Hugues Serraf répond à Dadourunrun-
    Auteur(e) de l'article Chroniqueur
    • Posté à 18h17 le 13/01/2011
    • Internaute 26641
      Chroniqueur

    Personne – ou du moins ni moi ni ce film – ne dit que la délinquance est l’apanage des blancs en Grande-Bretagne.

    Ce que je dis (et sans doute aussi le film mais ne je ne peux parler que pour moi sur ce point), c’est que ce type d’environnement donne naissance à ce type de comportement quelle que soit l’origine ethnique ou religieuse des gens du coin.

    Mais ce n’est pas parce que ce phénomène est une constante qu’il est une excuse pour les caïds. Je suis un libéral, ce qui signifie que je crois qu’il existe une responsabilité individuelle. Dans le cas contraire, tous les jeunes qui grandissent dans ces cités, en France ou en Grande-Bretagne, deviendraient des délinquants et ce n’est évidemment pas le cas.

    Dans mon esprit, les commentaires lénifiants qui excusent les caïds en en faisant des victimes sont aussi délirants et dangereux que les propos racistes transformant noirs et arabes en délinquants par nature.

    Je ne cherche d’ailleurs pas une voie moyenne entre ces deux discours. Je dis carrément autre chose. Et je trouve que le fameux « tough on crime, tough on the causes of crime » de Blair, repris par Jospin, est toujours aussi valide.