08/01/2011 à 12h59

Pas nostalgique de Mitterrand, l'homme qui s'est tant de fois trompé

Hugues Serraf | Chroniqueur


Couverutre d’« Une jeunesse française »

J’étais trop jeune pour voter en 1981, mais assez âgé pour faire la fiesta le soir du 10 mai. François Mitterrand président, pour un ado progressiste de l’époque, c’était un peu comme Nicolas Sarkozy à l’Elysée pour un vieux schnock en 2007 : ça donnait l’impression de tout rendre possible.

Je suis donc devenu membre du PS et mitterrandolâtre, jusqu’à ce que je réalise à quel point il y avait erreur sur la marchandise.

Pour les gens comme moi, au final, et même si je dis « pour les gens comme moi » sans savoir s’il y a des gens vraiment comme moi, Mitterrand a quelque chose de Sartre : un type qui s’est régulièrement gouré. A la décharge de Sartre, il était parfois sincère. Au passif de Mitterrand, il ne croyait sans doute à rien de précis.

  • Il s’est gouré en rejoignant Vichy quand d’autres partaient pour Londres.
  • Il s’est gouré sur l’indépendance de l’Algérie à l’heure de Frantz Fanon.
  • Il s’est gouré en cherchant à construire le socialisme dans un seul pays jusqu’au fameux « tournant de la rigueur ».
  • Il s’est gouré en berlusconisant la télé pour la libérer.
  • Il s’est gouré en croyant qu’il était possible de mettre tout Paris sur écoutes sans que ça ne fasse de vague.
  • Il s’est gouré en affirmant qu’il était de bonne guerre de stimuler la croissance du FN pour embarrasser la droite.
  • Il s’est gouré en pensant qu’il était raisonnable de régler la question Greenpeace à coups d’explosifs sous-marins.
  • Il s’est gouré en s’imaginant qu’il allait empêcher la réunification allemande.
  • Il s’est gouré en s’imaginant qu’il allait stopper l’éclatement de la Yougoslavie…

Le pire pourtant, c’est lorsqu’il ne s’est pas gouré. Je veux dire, lorsqu’il a fait des choix informés qu’il n’aurait pas lui-même qualifiés d’erreurs rétrospectivement. Les gerbes à Pétain, l’amitié avec Bousquet, il les a revendiquées jusqu’à la fin.

Avec Pierre Péan, avec Serge Moati, on peut sans doute attribuer son intérêt pour le Maréchal & consorts à une erreur de jeunesse, à une étape dans le parcours complexe d’un fils de bourgeois s’apprêtant à jeter son héritage ultra-droitier aux orties. Les gerbes à Pétain, l’amitié avec Bousquet, aujourd’hui, c’est pourtant tout ce qui reste vraiment du bonhomme.


Dessin de Chimulus

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  • Askidou
    Askidou
    Ingénieur
    • Posté à 13h18 le 08/01/2011
    • Internaute 65703
      Ingénieur

    Ok, la provoc, c’est un style qui fait rire, et qui remue les neurones. Pour certains, c’est même un art de vivre, et tant mieux, faut de tout.

    Mais le problème avec les bébés qui se baignent, c’est que si on jette le bébé avec l’eau du bain, on fait une connerie monumentale. Dommage, d’ailleurs, parce que j’aime bien les vaticinations, en général, et que je n’aime effectivement pas les aspects sombres du Tonton.

    N’oublions donc pas la peine de mort (ce qu’elle représente), les lois Auroux (débiles, OK, mais qui ont juste fait changer la culture des boites en essayant de donner des responsabilité aux salariés, les radios libres, le renouveau dans le personnel politique...

    C’est vrai, si on avait 12 ans en 1981, on doit avoir du mal à se souvenir qu’un ministre s’est suicidé en se tirant une balle dans le dos au milieu d’un marais, qu’il y avait un ministére de l’information, que ce que nous vivons aujourd’hui en matiére de mainmise de l’économique sur le politique n’est qu’un début de retour des choses...

    Alors OK, il n’était pas parfait, Tonton. Mais entre lui et Sarko, pour moi, il n’y a pas débat. Même pas question.

    Ce dont nous souffrons, en fait, ça me parait juste que nous n’avons plus de personnel politique avec des idéaux. Juste des gestionnaires de carrières qui ressemble aux trucs sensés dire s’il va pleuvoir : roses ou bleu en fonction de l’air du temps.

    Bien à vous

  • Hugues Serraf
    Hugues Serraf répond à Askidou
    Auteur(e) de l'article Chroniqueur
    • Posté à 13h36 le 08/01/2011
    • Internaute 26641
      Chroniqueur

    J’avais 17 ans en 81, pas 12 ans. Et de toute manière, de nos jours, 12 ans, c’est l’âge auquel on commence à manifester contre la réforme des retraites avec la bénédiction du PS. C’est donc quasiment la majorité politique.

    Mais je comprends mal que l’on puisse sans cesse tirer la sonnette d’alarme des zeureléplussombres sous Sarko et expliquer qu’on lui préfère un collabo authentique, ami fidèle des pires crapules de l’occupation.

    Ou que l’on puisse s’offusquer du rapport de l’omniprésident avec les médias et faire l’impasse sur les histoires de la 5 et de Canal +.

    Ou que l’on puisse parler des libertés publiques et oublier la fantastique affaire « des écoutes » et de ce QG de la Stasi dans les caves de l’Élysée.

    Et tiens, même les talonnettes, Mitterrand en portait...

    Mitterrand a permis, par son talent de manœuvrier, à la gauche de comprendre qu’elle pouvait arriver au pouvoir, mais c’était parce qu’elle attendait Rocard, pas lui. Je serais vraiment désolé si le cumul de l’anti-sarkozysme imbécile et du désir de remettre une icône fatiguée en selle dans la perspective de 2012 redorait le blason de ce type.

    Un blason qu’il a été si difficile de montrer tel qu’il était vraiment, y compris par les gens comme moi qui ont longtemps résisté à l’avalanche de révélations qu’ils prenaient pour de la propagande d’extrême-droite.

    Si les jeunes ont vraiment besoin d’un pépé historique à aduler pour mieux taper sur Sarko sans utiliser leur cerveau, ils ont de Gaulle. C’est déjà pas mal.

  • curieux000
    curieux000
    rien
    • Posté à 13h42 le 08/01/2011
    • Internaute 85577
      rien

    Mélenchon, sur son blog :

    « En ce moment il y a de nouveau foule autour du cercueil de François Mitterrand. Sous couvert de bilan et de droit d’inventaire, je prévois qu’il va beaucoup être question de la “part d’ombre”.

    Le but de l’opération est toujours le même. Effacer le souvenir de la victoire de 1981 et sa signification. Car pour les amis du fric ce souvenir est surplombé par la nationalisation des 36 principales banques de dépôt, et des grandes industries : Alcatel-Alstom, Saint Gobain, Péchiney, Thomson, Rhône-Poulenc….
    La manœuvre est banale autour de cette commémoration mal assumée : rendre suspect et ambivalent tout dirigeant de gauche qui affirme vouloir transformer le monde. Dénigrer l’actif au nom du négatif.
    Si vous ne savez que dire, alors un peu de mémoire pour ne pas limiter vos souvenirs à l’abolition de la peine de mort qui est le tarif minimum de la mémoire autorisée et politiquement correcte. Pensez à la 5ème semaine de congés payés, à la retraite à 60 ans, à la première réduction du temps de travail depuis 1936 avec le passage à la semaine de 39 heures, à la hausse du SMIC de 10 %, et du minimum vieillesse de 20 %, a l’abolition de la cour de sureté de l’Etat, à la création de l’impôt sur la fortune, créé en 1982, abrogé par la droite en 1986, rétabli en 1988 ! Et aussi à la création du bac pro en 1985, a celle du RMI, à la légalisation des radios libres locales, aux lois Auroux sur les droits des travailleurs : droit d’expression des travailleurs sur leurs conditions de travail, obligation de financement des comités d’entreprise, droit de retrait pour les salariés en cas de danger. Et aux avant-garde écologistes avec la protection des espaces naturels du pays : la loi littoral (janvier 1986) et la loi montagne (1985).
    Et aussi, pensez-y et réveillez vous : l’abolition du délit d’homosexualité.

    Pensez bien sûr ce que vous voulez et agissez comme vous l’entendez. Mais attention au danger de réduire tout succès extraordinaire à sa part d’échec ordinaire. »

  • STEFFEN Louis
    STEFFEN Louis
    ancien enseignant réformateur
    • Posté à 22h00 le 08/01/2011
    • Expert 25070
      ancien enseignant réformateur

    Il y a des gens qui doutent encore de l’existence des camps de concentration, du goulag... et du réchauffement climatique. Alors que d’aucuns puissent encore croire à la vertu socialiste et démocratique de Mitterrand, il n’y a pas lieu de s’en étonner. Surtout quand la flammme est entretenue par Aubry et consorts.
    Merci à Hugues Serraf de remettre la pendule à l’heure un jour où l’on célèbre avec « émotion » - ah la bonne blague ! - la mémoire de l’homme qui n’aimait que ses quelques amis ... et ses chiens.
    A liste de ses erreurs - le mot est un euphémisme - il faudrait ajouter ce méfait : Mitterrand est celui qui a fait perdre 30 ans à la gauche réelle, celle qui aurait pu commencer une vraie transformation progressiste de la société. En consacrant une grande partie de son énergie diminuée (cf. le llvre de Gubler) à réduire les espoirs de la deuxième gauche, à entretenir l’illusion d’une possible « rupture avec le capitalisme » à laquelle il ne croyait pas et que démentaient tous les actes de sa vie.
    Mitterrand ou la grande mystification qui perdure avec la complicité intéressée de ses sucesseurs potentiels, de ses admirateurs par mimétisme ou aveuglement et des historiens incapables d’entrependre un vrai travail d’investigation et d’analyse.
    Qui parle encore d’inventaire ?

  • Colas BREUGNON
    Colas BREUGNON
    Ébéniste bourguignon
    • Posté à 02h08 le 10/01/2011
    • Internaute 84507
      Ébéniste bourguignon

    Bravo Hugues !

    N’oublions pas :

    Après la victoire du Front républicain en 1956, Mitterrand soutient Guy Mollet contre Mendès-France.
    Ministre de la Justice dans ce nouveau gouvernement, couvre de son autorité la répression en Algérie, et il défend devant l’Assemblée la remise des pouvoirs de justice sous l’autorité de l’armée, dans les trois départements algériens. Contrairement à Mendès-France ou Alain Savary, qui démissionnent du gouvernement, François Mitterrand cautionne jusqu’au bout la politique de Guy Mollet, y compris dans l’affaire du détournement de l’avion de Ben Bella.

    Sans état d’âme, le ministre de la Justice du gouvernement « de gôche » de Guy Mollet, a fait guillotiner 45 condamnés sur l’échafaud de la prison Barberousse. Parmi eux, le matin du 11 février 1957 : Mohamed Ouenouri, Ahmed Lakhnache et Fernand Iveton

    Et d’autres « coups tordus » comme l’affaire des « Jardins de l’Observatoire » pour lequel Mitterrand fut condamné pour outrage à magistrat !

    Je croyais que le nom du village où il est né et enterré, s’orthographiait « JARNAQUE ».