04/01/2011 à 11h45

Bonne année 2011 aux Français, peuple le plus flippé du monde

Hugues Serraf | Chroniqueur

Que la France soit un pays de flippés, ce n’est pas un scoop : chacun sait que nous sommes les premiers consommateurs d’antidépresseurs en Europe et ça n’est pas seulement parce que notre système de sécu rembourse n’importe quoi à n’importe qui.

Enfin, il doit y avoir un peu de ça tout de même puisque nous sommes aussi les premiers utilisateurs de médicaments homéopathiques, mais ça ne saurait être une explication suffisante…

Ce n’est donc pas un scoop mais ce qui est tout de même une information inédite, c’est que nous soyons désormais les plus flippés au monde. Oui, au monde ! Devant les pays en développement, les pays en guerre, les pays épuisés par la maladie ou les catastrophes naturelles…

C’est une enquête BVA-Gallup pour Le Parisien qui nous l’apprend : à l’heure d’envisager 2011, nous sommes plus inquiets que les Irakiens et les Afghans et sommes convaincus, à 61%, qu’il s’agira d’une année terrible pour l’économie (contre seulement 22% en Allemagne, 41% en Italie, 48% en Espagne et 52% au Royaume-Uni avec une moyenne planétaire à 28%).

Un sur deux se voit en SDF potentiel

En douze mois, notre indice de flippitude aurait d’ailleurs gagné dix points…

Mieux : nous ne sommes pas seulement angoissés collectivement mais personnellement, 37% d’entre nous assurant craindre une dégradation de sa propre situation (là encore, c’est « mieux » que le Pakistan).

Et cette étude, même si elle semble montrer que nous avons touché le fond, n’est jamais que la confirmation de dizaines de sondages similaires. Saviez-vous que 50% des Français pensent qu’ils risquent de devenir SDF alors qu’ils sont à peu près autant à être propriétaires de leur logement, et un gros tiers à vivre dans un appartement public ou semi-public ?

D’accord, il y a chez nous des situations difficiles, des problèmes qui ne sont pas que des soucis de ventres pleins. Il y des chômeurs, des RMIstes, des sans-abri, des allocataires du minimum vieillesse… Mais est-il vraiment illégitime de s’interroger sur les raisons d’une dépression aussi profonde que permanente, affectant la majorité des habitants de l’un des pays les plus riches qui soient ?

Un pays redistribuant 52% de son PIB, dont 25% des actifs travaillent pour l’Etat, dont les filets sociaux sont les plus généreux jamais mis en place ?

Un flip continu depuis la coupe du monde de 98

Est-il vraiment illégitime de se demander, alors que d’autres peuples ont au moins la chance de n’être que maniaco-dépressifs et traversent parfois des phases d’euphorie, pourquoi notre flip à nous n’a plus connu d’interruption depuis la coupe du monde de football de 1998 ? Et surtout ce qui fait qu’un Français est à la fois plus flippé qu’un Allemand et un Britannique, mais aussi qu’un Rwandais ou un Azerbaidjanais ?

En ces premiers jours de janvier, alors que nous apprêtons à passer tout un mois à nous souhaiter mutuellement une bonne année en restant persuadés qu’elle sera horrible et que nous la finirons plus misérables que nous la débutons, pourquoi ne pas, juste cette fois, faire semblant d’y croire  ?

Oui, pourquoi ne pas croire qu’il est possible, dans cette vallée de larmes qu’est la France, d’avoir quelques raisons de sourire, voire même de rigoler carrément. Qu’il est possible de ne pas constamment imaginer le pire. Qu’il est possible d’être un tout petit peu positif, histoire de faire un break.

Moi, je fais ça chaque année et, ma foi, ça ne me réussit pas si mal. Bien entendu, je suis un fumier de libéral soi-disant de gauche vivant grassement de la sueur du travailleur exploité et je n’ai pas la moindre idée de ce qu’est le monde réel.

C’est facile, hein, quand on est riche et en bonne santé…

Chiche, souhaitez moi une excellente année

Pourtant, lorsque vous déposerez votre commentaire pour reformuler la phrase précédente dans le langage fleuri qui est la marque de fabrique de mes riverains préférés, pourquoi ne pas prendre le risque, pour changer, soyons fou, de me souhaiter à votre tour une excellente année 2011 ?

Personnellement, c’est ce que je fais pour vous… Je vous souhaite à tous une excellente année durant laquelle j’espère sincèrement que vous réussirez à mener à bien vos projets personnels, à trouver l’âme sœur, à vous réconcilier avec votre belle-sœur… Car vous devez bien avoir des désirs terre-à-terre dans ce genre, non, tout comme la première crapule libérale de gauche venue ?

Vous n’êtes tout de même pas en mode ultra-gentil pourfendeurs de méchants 7 jours sur 7 et 24h sur 24 ? Si ?

Allez, bonne année à tous !

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  • Di
    Di répond à Hugues Serraf
    • Posté à 13h53 le 04/01/2011
    • Internaute 8231

    Je trouve tout à fait normal d’être anxieux devant un avenir très incertain. Être guilleret aujourd’hui relève de l’inconscience.

    « Devant les pays en développement, les pays en guerre, les pays épuisés par la maladie ou les catastrophes naturelles… »

    Pour tous ceux-là qui sont DÉJÀ au fond du trou , rien de pire ne peut donc leur arriver, d’où l’optimisme. Vrai que pour eux, ça ne peut qu’aller mieux. Je n’ai jamais sous-entendu qu’ils étaient « bêtes », Monsieur Serraff. Ça c’est vous qui le dites ! Loin de moi cette idée ! Gardez-là pour vous, je vous prie !

    Souvenez-vous qu’en France, pendant les périodes les plus sombres de l’histoire lorsque nous étions aussi « au fond du trou », il y avait très peu de suicidés. Ce n’est pas le « fond du trou » qui est angoissant, c’est la lente chute qui nous y emmène.

  • inspecteur crouton
    inspecteur crouton
    troll de tram
    • Posté à 14h08 le 04/01/2011
    • Internaute 118828
      troll de tram

    Vivement qu’ on soit au fond du trou pour pouvoir redevenir optimiste.

    Le problème c’ est que ça va quand même prendre un moment...

  • Gentil méchant
    Gentil méchant
    Désosseur
    • Posté à 14h28 le 04/01/2011
    • Internaute 100693
      Désosseur

    A mon avis, ce pays est flippé car les gens qui y habitent sont plus enclins à l’idéologie que les autres.

    Et comme les idéologies sont mortes...

  • nemo3637
    nemo3637
    Déchoukeur
    • Posté à 14h38 le 04/01/2011
    • Internaute 44521
      Déchoukeur

    « Bonne année 2011 aux Français, peuple le plus flippé du monde »
    Bonne année 2011 aux Français, peuple intelligent, qui sait souvent avoir un oeil critique, un esprit de révolte, à contrario des bovins anglo-saxons que venère Seraf

  • Hugues Serraf
    Hugues Serraf répond à Di
    Auteur(e) de l'article Chroniqueur
    • Posté à 14h40 le 04/01/2011
    • Internaute 26641
      Chroniqueur

    Je n’ai pas envie d’aller creuser dans vos archives, mais je suis convaincu de pouvoir y trouver au moins un ou deux commentaires affirmant pourtant que nous les traversons à nouveau, ces fameuses « zeures les plus sombres ».

    Je crois d’ailleurs que s’il fallait désigner le commentaire-type le plus populaire de ces trois dernières années sur Rue89, il se situerait sur ce terrain-là.

    Mais passons. Je prends donc acte de ce que vous pensez qu’il est normal d’avoir plus le moral en enfer que dans l’un des pays les plus riches et les plus confortables du monde (en dépit de carences évidentes, pas la peine de focaliser sur ce point).

    Moi, je ne pense pas que ce soit si logique.

    Et comment expliquez-vous que nous soyons également plus déprimés que les pays comparables économiquement, y compris lorsque nos conditions de vie sont objectivement meilleures ?

    Comment expliquez-vous que ces mêmes pays donnent l’impression d’avoir des hauts et des bas, quand nous n’avons que des bas ?

    La méthode Coué, j’en suis certain, ne rend pas la réalité plus rose. Mais le misérabilisme catastrophiste, le discours apocalyptique permanent, le baratin cynique et populiste des Melenchon et des Le Pen représentent une excellente recette pour la dépression. Et la preuve en est faite quotidiennement.

    Les autres pays ont également des problèmes économiques, des questionnements sur le fonctionnement de leur classe politique, de leurs médias, de leur démocratie... Mais cette défiance et cette méfiance qui est devenue notre seconde nature, ces nations ne semblent pas avoir envie de se vautrer dedans avec autant de complaisance.

    N’avez-vous pas eu l’occasion de voyager ? N’avez-vous pas des amis ailleurs qui puissent vous aider à faire des comparaisons ?

    La dépression, c’est un truc qui s’entretient et ça, nous savons manifestement le faire. Et ça n’a rien à voir avec la volonté de changer les choses pour le mieux. Au contraire, peut-être...