27/12/2010 à 16h28

Du FMI aux primaires socialistes, DSK, le passant sans souci

Hugues Serraf | Chroniqueur


DSK lors d’une conférence de presse conjointe du FMI et de la Banque mondiale, à Washington, le 24 avril (Yuri Gripas/Reuters).

Les spéculations sur une éventuelle candidature de DSK aux primaires du PS me rappellent un sketch de Guy Bedos. Un vieux sketch. Vous savez bien, de l’époque où il était encore rigolo…

C’est l’histoire d’un type qui repère une fille marchant en sens inverse dans la rue et qui, sur les deux ou trois minutes qu’ils mettent à se croiser, se raconte l’intégralité de l’histoire d’amour qu’ils auraient pu vivre ensemble.

Evidemment, j’imagine que le directeur général du Fonds monétaire international (FMI) est un poil plus au courant de ce qui se dit en France à son sujet que la dulcinée imaginaire de Bedos ne l’est de sa liaison express : il y a les journaux, le Web, Cambadélis…

Mais pas tellement plus, au final.

Pour autant, et quel que soit son niveau d’information sur les aventures pré-électorales de l’ectoplasme qui porte le même nom que lui dans nos sondages et nos dîners en ville, ses préoccupations quotidiennes sont probablement ailleurs.

Une crise financière mondiale, des dettes souveraines à restructurer, des milliards de brouzoufs à prêter, ce n’est pas comme Bordeaux ou le ministère de la Défense, ça se gère à plein temps.

Mais qu’importe : le microcosme n’a pas plus besoin de son attention pour se créer des émotions que le personnage de Bedos de celle de sa fiancée péripatéticienne. Et si DSK n’a jamais exprimé quoi que ce soit de concret sur sa possible entrée en lice -son job le lui interdit formellement-, le sketch continue de se dérouler en dehors de lui.

Roi fainéant plutôt qu’hyperprésident

Dernier épisode en date : il serait terrorisé par une confrontation avec Nicolas Sarkozy ! Il aurait même pris conscience d’être le maillon faible du triangle qu’il forme avec Ségolène Royal et Martine Aubry ! Enfin, ça c’est Christian Jacob, l’apparatchik de l’UMP qui ressemble à Raymond Domenech, qui le dit même si ça pourrait devenir le « point de vue consensuel » du moment dans les médias.

D’accord, ça change de la vulgate précédente, selon laquelle DSK est en réalité en train de négocier son second mandat au FMI et cherche surtout à rester en bons termes avec tout le monde afin de bénéficier du soutien du prochain Président, quel qu’il soit.

Ça clashe aussi légèrement avec l’idée que tout le timing des primaires est suspendu au bon vouloir du grand absent, Aubry ayant elle même entériné, et sa venue, et sa victoire…

Bah, comme dans le sketch de Bedos, le piéton de Washington n’a pas vraiment besoin de dire ou de faire quelque chose pour influer sur les courbes des sondages et faire couler l’encre des journaux. On se dit d’ailleurs qu’il lui suffirait d’ouvrir la bouche, de cligner de l’œil ou de soupirer pour déclencher davantage de réactions en chaîne qu’un battement d’ailes de papillon japonais.

Mais ce serait contre-productif dans un pays où l’on préfère les présidents « rois fainéants » aux présidents multitâches.

Candidature virtuelle et vrai massacre

Dominique Strauss-Kahn est pourtant bien le plus qualifié et le plus désirable des dizaines de « wannabes » qui rêvent de se retrouver sur la ligne de départ :

  • il est de gauche, au sens où il est animé par un désir de justice sociale que la droite française ne possède pas ;
  • il est pragmatique, au sens où il accepte le réel que la gauche française a décidé d’ignorer ;
  • il est compétent, la preuve en ayant été faite sous Jospin ;
  • il sait -merci le stage au FMI-, qu’il existe un vaste monde qui n’est pas la France, où des idées s’expriment qui ne sont pas françaises sans être nécessairement stupides ;
  • il est capable de rassembler une majorité d’électeurs « hors-usinage », agacés par l’engourdissement idéologique du débat français et épuisés par l’expérience Sarkozy…

Las, il en va des atouts d’un candidat qui n’existe que dans la tête des commentateurs comme des appas des fiancées imaginaires : ils aident à passer le temps, mais ne font pas vraiment avancer le schmilblick.

Ce qui est ironique puisque rester virtuel jusqu’au bout n’empêchera pas DSK d’être massacré par ceux qui l’adorent aujourd’hui : dans le sketch, la fille a beau n’avoir rien remarqué, son « petit ami » ne se prive pas de l’insulter copieusement au moment de leur rupture virtuelle, lorsqu’elle parvient enfin à son niveau et le dépasse.

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  • Marcantoines
    Marcantoines
    trouveur
    • Posté à 17h44 le 27/12/2010
    • Internaute 55044
      trouveur

    Excellent et plein d’humour.
    Sur le fond.
    De toute façon, un président sauveur providentiel, de gauche, de droite ou du milieu, cela ne sert strictement à rien.
    Soit il essaie de redresser la situation et...comme c’est très difficile et de longue haleine...il sera désavoué par tous ceux qui espèrent une réussite rapide.
    Soit il nous raconte des histoires- du social en veux-tu, t’en auras- et...rapidement on s’apercevra que la réussite ne sera pas au rendez vous.
    Il n’y a pas de recettes miracles. Le seul truc, c’est celui qui existe dans les pays qui se dévellopent harmonieusement. Dynamisme et Rigueur. Un budget dirigé vers la production, la création d’entreprises, les emplois... Une rigueur en concordance avec la justice sociale.
    Essentiellement, je crois qu’il serait bien de voter pour un président ayant une expérience dans le monde de l’entreprise mais pas en tant que : avocats d’affaires, financiers ou commerciaux, mais en tant que : innovateurs ou ingénieurs.

  • Gaspard.L-J
    Gaspard.L-J
    « jeune »
    • Posté à 17h45 le 27/12/2010
    • Internaute 52554
      « jeune »

    Ce qui est frappant dans les « qualités » que M. Serraf attribue à DSK, c’est qu’elles rendent notre cher directeur du FMI encore plus immatériel :
    - « il est de gauche » : tout ce qu’on peut dire sur l’engagement de DSK « à gauche », c’est qu’il est encarté au PS. On n’en sait ni plus, ni moins. Il serait « pour la justice sociale » ? Mais (presque) tout le monde se dit « pour la justice sociale » ! Encore faut-il se donner les moyens pour la mettre en pratique.
    - « il est compétent » : compétent en quoi ? C’est un économiste, mais, l’économie est une discipline, pas une science dure. DSK est auréolé de son diplôme de « crédibilité » auprès des élites de ce monde, mais on se demande parfois qui a bien plus lui valoir ce titre - et on trouve la réponse quand on pense à son talent indiscutable pour se faire des amis bien placés.
    - « il n’est pas franco-français » : certes, mais le président le plus « ouvert sur le monde » qu’ait produit la 5ème République, c’est l’atlantiste N. Sarkozy. Or, d’une part, les Français n’ont pas le monopole de la connerie aujourd’hui (sauf à se prosterner devant Berlusconi, Aznar, Cameron & Cie) ; et d’autre part, tant qu’ils ne sont pas capables de se comprendre entre eux, ils auront bien du mal à se faire comprendre à l’étranger.
    - « il est capable de rassembler les électeurs » : qu’en savez-vous ? Vous vous appuyez ici sur des sondages électoraux qui comparent des choses non comparables, à savoir les « intentions de vote » (pour 2012 !) obtenues par un responsable politique usé par un pouvoir bien réel (NS) et celles glanées par un Sauveur de pacotille fantasmé, muet et distant (DSK).

    A l’heure actuelle, Dominique Strauss-Kahn n’a pas d’autres atouts que son propre silence (et ses quelques lieutenants socialistes). S’il sort de son silence, il cessera d’apparaître comme ce héros mystérieux quasi-christique, pour se présenter sous son vrai visage : un candidat de l’aile droite du Parti Socialiste, qui fera fuir une partie de l’électorat PS vers Mélenchon ou autre, et qui perdra définitivement les classes populaires contestataires.

    Le fait que DSK soit un candidat « virtuel » (à tous points de vue) joue donc en sa faveur dans les médias - et non l’inverse, comme le suggère l’article.

  • jean-claude touvois
    • Posté à 17h59 le 27/12/2010
    • Internaute 27256
      oh

    « DSK, jamais je ne voterai pour lui »... « On ne peut pas se dire de gauche et voter DSK »,« DSK candidat de la droite »
    Si DSK est le candidat de la droite, Sarkosy doit être le candidat de l’extrême droite et Marine Le Pen d’une autre planète.
    Ah... Tous ces indestructibles de gauche, la vraie, la pure et dure, celle qui ne fait pas de compromis et qui reste jours après jours droit dans ses bottes.
    Qu’il est facile de prendre des postures de révolutionnaire devant son écran d’ordinateur à l’abri d’un pseudo anonyme. Alors, oui DSK est loin, et même trés loin d’être de gauche. Il est juste social-démocrate, et même sans se faire d’illusions plus démocrate que social. Mais même si rêver l’impossible est salutaire, accepter de mettre en place un président dont on peut espérer que la première mesure ne sera pas de promulguer un bouclier fiscal qui ne protége que les copains me semble un petit progrés. Je sais un tout, tout petit progrés... Mais on part de si loin ! ! !

  • Numerosix
    Numerosix
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 18h37 le 27/12/2010
    • Internaute 14499
      Prisonnier dans le village (...)

    Ce qui est ennuyeux , pour Sarko, avec ce DSK virtuel, comme vous écrivez assez justement m’sieur Serraf, c’est ce sondage effectué par deux officines d’opinion ayant pignon concernant un deuxième tour virtuel en 2012 il y a une quinzaine de jours , ou ils ont obtenu 70 % des voix pour le spectre de DSK contre le vrai Sarko.
    Car certes, nous ne croyons pas à ce genre de sondage, et les sondeurs non plus, ils ont d’ailleurs corrigé le résultat à 60 % , mais la grande droite de gouvernement coupé depuis longtemps de l’électorat des vrais gens n’ a que ça à se mettre sous la dent. Et il est facile ( et amusant) d’imaginer qu’elles commencent à grincer, leurs dents..