Israël-Palestine : « l'Etat unique », nouveau credo des extrémistes
Discuter des conditions de la paix au Proche-Orient semble parfois un peu vain. Surtout lorsque l’on écoute en hochant la tête, les uns après les autres, les animateurs de JCall marteler à quel point il s’agit d’un chemin bien balisé.
« L’affectation de chaque pouce de terrain a déjà été discutée et entérinée par les uns et par les autres au cours des négociations successives, rappelle ainsi Daniel Cohn-Bendit.
Et l’on n’a plus vraiment besoin de revenir là-dessus. Juste d’en arriver enfin à la phase pratique ».
Mais le député écologiste, dont l’optimisme est un peu la marque de fabrique depuis le temps qu’il promène sa tignasse rousse (ou plutôt grise, désormais…) et son visage rigolard entre Paris et Francfort, reste convaincu que la situation peut évoluer favorablement.
D’où sa présence, ce mercredi 6 octobre dans la grande salle de la mairie du IXe arrondissement de Paris, à l’occasion de la seconde conférence organisée par les initiateurs de cet « appel à la raison des juifs d’Europe ».
Le Crif ne serait pas « hostile » au JCall
L’autre paix de la LDJ
Avec ma tronche de skinhead sur le retour et ma dégaine d’amateur de krav-maga, j’ai bien failli me faire sortir de la mairie du IXe arrondissement par la police…
Appelés à la rescousse par les organisateurs de JCall, les pandores devaient en effet s’occuper d’une poignée d’agitateurs de la LDJ aussi remontés que des horloges suisses et ne faisaient guère dans le détail.
Cette fameuse Ligue de défense juive (LDJ), depuis le temps qu’on m’en parle, c’est bien la première fois que je la rencontre.
Ce groupe de jeunes gens au look patibulaire, émanation d’un mouvement d’extrême droite israélien volontiers violent, s’est pourtant à peu près maîtrisé, se contentant de déverser une pluie de tracts sur l’assistance avant d’être « raccompagné » jusqu’à la rue.
« JCall est un montage de toutes pièces par des Américains qui manipulent la communauté juive, assure d’ailleurs Simon Lévy, le quadra en veston qui semble être le chef. Ils cherchent à transformer le Crif en cinquième colonne et se font finalement les alliés des ennemis d’Israël ».
Que l’on ne s’y trompe pas, pour autant, la LDJ est au moins sussi favorable à « la paix » que les gens de JCall.
Juste « une autre paix » : « Nous sommes pour la possibilité de tous les Arabes qui vivent en Israël, ce qui inclut la Judée et la Samarie [la Cisjordanie, ndlr], de devenir des Israéliens s’ils le souhaitent. Mais si les Palestiniens veulent un Etat à eux, il y a déjà la Jordanie… ».
Lancé il y a quelques mois à Bruxelles, en miroir de l’opération américaine JStreet, JCall veut peser sur l’opinion juive du Vieux-Continent, trop souvent « légitimiste » au sens où elle se croit « forcée » de soutenir à peu près n’importe quel gouvernement israélien quelle que soit sa couleur politique au nom de son attachement à la survie de l’Etat hébreu.
« Ce légitimisme est parfaitement compréhensible, estime d’ailleurs Patrick Klugman, avocat et ancien vice-président de SOS-Racisme. Mais les gens en ont tout de même assez de ne pas pouvoir contribuer au débat autrement que par les canaux classiques, sur ce sujet comme sur d’autres, et de ne pas pouvoir faire entendre une autre voix ».
Membre du comité directeur du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), Klugman réfute vigoureusement l’idée selon laquelle cette structure communautaire souvent présentée comme, disons, assez peu critique d’Israël serait elle-même hostile à JCall :
« Notre position n’est certainement pas majoritaire au sein du Crif, mais je pense que nous y sommes regardés à la fois avec bienveillance et inquiétude. Avec hostilité, en aucun cas… »
Mais la « position » de JCall, celle qui est capable de rassembler plusieurs centaines de personnes dans un amphi un soir de semaine, de réunir quelque 7 000 signatures sur son site web et d’agréger des personnalités juives aussi diverses qu’Alain Finkielkraut, Jean Daniel, Daniel Cohn-Bendit ou Bernard-Henri Lévy, quelle est-elle exactement ?
« C’est celle des fameux paramètres de Clinton, résume Henri Weber, le sénateur PS également investi dans l’initiative, c’est-à-dire les éléments sur lesquels tout le monde s’est mis d’accord à l’exception des gens qui ne veulent absolument pas la paix, juifs ou arabes.
Fin de la colonisation ; création d’un Etat palestinien sur 97% de la Palestine d’avant 1967, le reste étant échangé de manière à pouvoir créer une continuité territoriale entre Gaza et la Cisjordanie ; retour des réfugiés en Palestine souveraine, mais indemnisation des autres ; Jérusalem comme capitale binationale… »
Finkielkraut : « Je reste perplexe et sceptique »
Oui, c’est vrai, on a déjà entendu ça quelque part... Et si l’on entendait dire d’Arafat, dans le temps, qu’il ne manquait jamais une opportunité de manquer une opportunité de faire la paix sur ces bases, la balle serait plutôt dans le camp israélien ces jours-ci.
« C’est ce qui me désole, lâche Cohn-Bendit en évoquant la stratégie du Premier ministre Netanyahou, mais également la fragmentation extrême du paysage politique israélien.
Cela fait des années qu’on nous explique que 60% des Israéliens sont pour cette option, mais on ne voit pas ce sentiment sortir des urnes.
Quant à Netanyahou, il a choisi de former sa coalition avec l’extrême droite de Lieberman quand il pourrait faire alliance avec les partis qui veulent avancer ».
Bigre, pour un peu, on en viendrait à confondre le jovial Dany avec le lugubre Finkielkraut, qui semble surtout être là pour dire qu’il « faudrait faire quelque chose » en direction du meilleur même si c’est le pire qui est certain :
« Je pense aussi qu’il faut conforter ceux des Israéliens qui tentent d’obtenir un changement de coalition gouvernementale.
Mais je reste perplexe et sceptique, surtout lorsque je constate que le principal mouvement pour la paix s’appelle La Paix Maintenant. “ Maintenant ” depuis trente ans, c’est long... »
La grande crainte commune à tous les intellectuels engagés dans JCall, pour autant, c’est bien le remplacement du consensus sur les deux Etats par la vision d’un « Etat unique », nouveau credo des extrémistes juifs, qui y voient la possibilité d’un grand Israël à l’intérieur duquel les Palestiniens seraient une espèce de minorité massive dans un Etat officiellement « juif », mais également d’extrémistes palestiniens tablant sur les différentiels démographiques pour éliminer, à terme, la dimension juive du pays.
Reste, bien entendu, ce désir angélique d’un Etat ou juifs et Arabes coexisteraient comme autant de frères de lait dans une grande harmonie démocratique et laïque, ce qui serait faire fi des réalités historiques et politiques rappelées par Finkielkraut avec cette énergie molle dont il a le secret :
« Tout le monde ne peut pas cohabiter avec tout le monde. Il ne faut pas seulement des règles, il faut aussi une assise, une profondeur de temps, un destin commun, bref ce que Renan appelle un “héritage de gloire et de regrets à partager”.
Un peuple, c’est plus qu’un agrégat ou une simple addition d’individus. L’humanité a besoin de frontières même si, de chaque côté, il peut y avoir une minorité de la nation d’en face. »
Regard déprimant sur la nature humaine ? Peut-être. Ou peut-être pas.
Mais vu d’un continent où l’on assiste avec effroi au délitement de la Belgique, Flamands et Wallons, qui n’en sont pourtant pas à s’entretuer, refusant de vivre ensemble dans une Europe libre et démocratique, on imagine en effet les drames que cette notion d’Etat unique porte en germe.
Pour l’appel à la raison, effectivement, il est plus que temps.
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Baroudeur
Baroudeur
« d’extrémistes palestiniens tablant sur les différentiels démographiques pour éliminer, à terme, la dimension juive du pays. »
Demander à ce qu’Israël ne soit plus un Etat ethnique, mais un Etat de tous ses citoyens, je ne vois pas en quoi cela serait extrémiste. C’est plutôt le contraire, le sionisme, l’affirmation selon laquelle la priorité en Israël doit être portée sur les citoyens d’origine juive, qui est extrémiste.
Azmi Bishara, par exemple, demande à ce qu’Israël ne soit plus l’Etat des Juifs mais l’Etat des Israéliens. Il demande aussi l’abrogation des lois de discrimination raciale, comme la loi du retour, la loi des propriétaires absents, la refonte des statuts du KKL ou de l’Agence juive, organismes gouvernementaux professant la discrimination sur des bases ethniques.
Nos philosophes locaux qui rigolent des Noirs comme Finkielkraut seraient bien avisés de soutenir le combat politique de Bishara. C’est quand même déprimant qu’un type aussi loin à droite que Finkelkraut soit celui que vous citiez sur le sujet. Ce type n’a jamais accepté la différence, le nombre de Noirs dans l’équipe de France, n’a jamais accepté les Juifs qui n’étaient pas sionistes. Alors, ses considérations sur la tolérance, c’est comme demander à Bruno Mégret ce qu’il pense de l’intégration des différentes cultures.
Ce propos est d’autant plus puant que DES ARABES vivent en ce moment avec des Juifs en Israël, et que si l’on vous écoute vous et Fink., il faudrait les dégager tout de suite puisque la cohabitation est « impossible ».
« Tout le monde ne peut pas cohabiter avec tout le monde. »
dit Fink.
Il donne donc raison à ces Israéliens juifs qui ne veulent pas d’Arabes dans leur immeuble. Il donne raison à ceux qui disent en Israël, sur des graffitis jamais effacés, et qui sont encouragés par les politiques : « le transfert, la solution ». Le fameux transfert étant l’expulsion des Arabes d’Israël, ceux avec qui « on ne peut pas cohabiter », dira Finkelkraut.
Rappelons qu’en Israël, le crédo « un Arabe ca va, c’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes », c’est dans la bouche de 95 % de la classe politique qu’on l’entend. Il faut arrêter d’être tolérant avec la discrimination raciale au seul prétexte qu’il s’agit d’Israël. Elle n’est pas plus respectable que dans les autres Etats qui se sont voulus ethniques, comme la Serbie sous Milosevic.
Je suis sidéré de voir sur Rue89 une tribune dont les propos s’appuie sur des gens qui prônent la ségrégation raciale.
Ni plus, ni moins.
Edit : je ne suis pas spécialement un pro-Etat unique. Israël, la Palestine, un Etat unique, ou x Etats, devront bannir la discrimination raciale. C’est ça le plus important. Mais puisque le gouvernement israélien semble avoir réussi à empêcher la possibilité d’un Etat palestinien viable et entièrement souverain par la colonisation, alors c’est pas idiot pour les Palestiniens de songer à changer de fusil d’épaule et de demander simplement le droit de vote à la Knesset, puisque la Knesset décide de leur avenir.
D’ailleurs, des Palestiniens « extrémistes » comme Marwan Barghouti, et même, comble de l’extrémisme, Mahmoud Abbas, y songent si rien ne change.




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