06/09/2010 à 16h19

Si la Belgique éclate, il arrive quoi à sa culture et son humour ?


La disparition de la Belgique, au sens de la désintégration d'un royaume aux frontières aussi artificielles que celles de ses anciennes colonies d'Afrique, ne serait peut-être pas un tel drame.

Après tout, Wallons et Flamands se détestent cordialement, sont convaincus de n'avoir rien à faire ensemble et, s'ils sont désormais trop remontés les uns contre les autres pour contribuer au même système de sécurité sociale -degré zéro de la solidarité nationale-, sans doute est-il temps d'en tirer des conclusions définitives…

C'est sûr, le processus euthanasique d'un membre fondateur de l'Union européenne, siège de la plupart des institutions communautaires, pourrait se révéler délicat dans ses détails mais, dans les grandes lignes, la « feuille de route » est connue.

Les Wallons se rapprochent des Français, les germanophones de l'Allemagne, les Flamands, qui ne s'entendent pas beaucoup avec les Néerlandais, restent dans leur coin et Bruxelles devient le Washington DC du Vieux-Continent.

Tiens, avec un peu de chance, tout ça peut même finir par donner des idées aux Israéliens et aux Palestiniens, puisqu'à quelque chose malheur est toujours bon.

Les Belges et leur humour risqueraient de disparaître

Le problème, pour autant, c'est que la disparition de la Belgique porte en germe la disparition des Belges, une perspective infiniment plus préoccupante.

Un bon exemple de ce qui nous manquerait si Liège n'était plus que la capitale de la 23e région française : les faux documentaires à la « C'est arrivé près de chez vous », chef d'œuvre d'humour cynique et dont le « Vampires » de Vincent Lannoo est le dernier avatar -si j'ose dire en matière de cinéma fantastique chichement bricolé en 2D...

OK, OK, j'exagère : nous pourrions évidemment survivre sans l'apport des Belges au surréalisme dans le monde des arts, comme le prouve l'absence de succès de ce film en France (à Paris, il ne passe que dans une seule salle), mais seulement au sens où l'on survit sans que les foules ne se pressent devant l'œuvre de tel ou tel romancier insuffisamment mainstream.

Centré sur la vie quotidienne d'une famille ordinaire de vampires bruxellois, ce pseudo-reportage réalisé au péril de la vie d'une équipe de tournage humaine (deux premières tentatives s'étaient soldées par la transformation du cadreur et du preneur de son en carbonnade flamande) est essentiellement un voyage au sein de ce qui pourrait être une quatrième communauté belge.

Une communauté sans antagonisme linguistique (les vampires sont indifféremment francophones, néerlandophones ou germanophones), mais focalisant son agressivité sur les non-vampires. (Voir la bande-annonce)

Plus de dérision dans « Dikkenek » que chez Guillon

Qu'on le sache, un décryptage trop politico-cérébral (à la française ? ) de ce film hilarant et déjanté serait mal venu. Le surréalisme, et singulièrement le surréalisme belge, ce n'est pas une représentation vaguement décalée de la réalité.

Dans le film, il y a bien de la politique (les vampires sont tolérés par les pouvoirs publics qui les approvisionnent en immigrés sans-papiers et organisent administrativement leur coexistence avec les humains, à l'instar de ce qui se passe entre Wallons et Flamands), mais il y a surtout de la folie pure, de l'humour noir, de l'horreur absolue, du n'importe quoi sanglant que nos humoristes à nous seraient bien en peine de produire -empêtrés qu'ils sont dans la paraphrase littérale du débat partisan.

De fait, il y a cent fois plus de dérision, de subversion ou de mordant (sic) dans cinq minutes de « Vampires » ou de « Dikkenek »que dans cinq heures de chroniques de Stéphane Guillon. Et le plus fou, c'est que c'est juste un effet secondaire…

Alors la Belgique peut bien s'effondrer, se dissoudre, s'évanouir… Liège et Namur peuvent bien devenir des patelins de province, Eupen peut bien se transformer en banlieue d'Aix-la-Chapelle et Bruxelles en Jérusalem-sur-Senne... Ça n'a pas beaucoup d'importance, mais la communauté vampire de Belgique, les Magritte, les Bucquoy, les Fabre, les Franquin, les Geluck, ils deviendront quoi ? Les Belges, ils iront où ?

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  • OsirisBernard
    OsirisBernard
    Juriste
    • Posté à 16h58 le 06/09/2010
    • Expert
      Juriste

    C'est gentil de discerner une « culture belge », mais je suis belge et je peux vous assurer que ma seule culture est française.
    Pour les flamands, je ne sais pas, mais je m'en fiche un peu....

    Quant à Bruxelles (où j'habite) à force de se réjouir de son ouverture, de son multiculturalisme, de la présence de cadres internationaux, de son statut de capitale de l'Europe... on finit par avoir l'impression de vivre dans un hall d'aéroport, avec des boutiques chics, des allées désertées et un centre « historique » que ne fréquentent que les touristes.

    Quant aux rapports francophones-flamands, je ne vous raconte pas, ce serait trop long ... et il faudrait le concours de psychiatres..

    Alors, j'attends avec une calme impatience la dissolution de ce petit pays..

  • pablico
    pablico
    Sudoku et Nord de face
    • Posté à 17h00 le 06/09/2010
    • Internaute
      Sudoku et Nord de face

    Jeanneke-Pis et Manneken Pis... pisseront toujours... en se faisant la gueule...

    la question est de savoir qui des deux est Flamant et qui est Wallon ? ?

    (ironie)

  • Gibert Because-Youno
    • Posté à 17h22 le 06/09/2010

    Cet « humour » acide est directement lié à l'étrangeté constitutive de la Belgique en tant que pays. Attachée au fait que les belges (tout au moins les wallons) ne se sentent belges que comme une sorte de qualité par défaut.

    Pas du tout un sentiment d'appartenance ou de fierté nationale (visiblement, chez les flamands, si), mais la conscience que la Belgique, en tant qu'entité et qu'identité, n'existe pas.

    C'est aussi une des raisons pour lesquelles la disparition de la Belgique serait tragique. Voilà un pays qui a une identité, mais en creux. Ce qui fait qu'un belge se sent belge, c'est le sentiment d'appartenir à un pays qui n'existe pas. Et ça le fait bien marrer. Beau paradoxe logique qui défait les vieux machins patriotiques.

  • gsig
    gsig
    Informaticien
    • Posté à 18h01 le 06/09/2010
    • Internaute
      Informaticien

    Hugues, je vous trouve bien sur de vous pour affirmer de tels propos.

    J'ai vécu 2 ans à Liège et la mère de mes enfants est Eupenoise (germanophone, donc), je certifie que ce que vous dîtes n'est absolument pas vrai. Vous faîtes une généralité.

    Oui, c'est vrai que certains se crachent dessus et se font des coups bas à la moindre occasion. Mais des Marseillais caillassent des bus parisiens et inversement sans que ces 2 villes réclament la division de la France (bon d'accord, si, certains le souhaitent ..., mais passons sur ceux là).
    Les guerres de cloché, ça existe partout.
    Le problème de cette guerre de cloché, c'est que les Média belges en font leur choux gras quotidien.
    Tous les jours, ou presque, un reportage pour montrer que dans telle ville flamande, l'administration envoie des papiers en français, tel couple wallon ne peut mettre son enfant dans une école flamande.
    Alors que la quasi totalité des belges que je connaisse ne veut pas d'une division de leur pays, de leur identité, de leur culture.

    De même, les germanophones n'ont pas du tout, mais alors pas du tout envie d'intégrer l'Allemagne. Pas ceux que je connais en tout cas. Au contraire, ils en ont marre d'être pris pour des allemands partout où ils vont (mais bon, ça, faut bien qu'ils l'acceptent, qui sait que 70.000 belges sont germanophones ? ), ne supporte que difficilement l'afflux d'allemands chez eux, ce qui fait grimper les prix immobiliers, ...

    Cette hypothétique division (et j'espère sincèrement qu'elle n'aura pas lieu, ce serait regrettable et aurait des conséquences difficilement quantifiables) n'est, de mon point de vue, qu'un combat de politiques.

    Je pense que si la question était démocratiquement posée aux belges, la réponse serait très majoritairement négative.

  • Hugues Serraf
    Hugues Serraf répond à E Dandoy
    Auteur(e) de l'article
    • Posté à 19h07 le 06/09/2010

     »« Après tout, Wallons et Flamands se détestent cordialement » (sic)...je ne vois vraiment pas ce qui vous permet de l'affirmer »

    Non, vraiment, on se demande où je suis allé chercher une idée aussi saugrenue.

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  • macjack
    macjack
    bûcheron
    • Posté à 19h26 le 06/09/2010
    • Internaute
      bûcheron

    En cas de divorce, culture et humour évolueront sans doute, mais ne seront probablement pas en danger.

    Et puis regardons le divorce récent Tchéquie/ Slovaquie : ce qui aurait été autrefois des cas d'indépendance, se traduit simplement en fait par des autonomies renforcées dans le cadre de l'Union Européenne.

    C'est plutôt la royauté qui va se trouver au chômage !
    Un RMI royal à prévoir ? Payé moitié-moitié (mais bien sûr séparément ! ) par Flamands et Wallons ?

    A part cela, pour le cas toujours possible où la Wallonie voudrait rejoindre la France, j'espère qu'elle se bétonnera un beau contrat fédéraliste face au grand voisin centralisé !

    Si du moins elle veut éviter que, dès le lendemain de la signature, ce soit Sarko (ou son successeur) qui décide du changement des lampadaires à Dinant ou de l'implantation de nouvelles toilettes publiques à Namur...

    Et ce, il va de soi : sous le contrôle strict de préfets zélés nouvellement nommés et typiquement de chez nous !

    Finies la rigolade et les décisions de terrain !
    Ah, mes gaillards !

  • hillel2000
    • Posté à 22h29 le 06/09/2010
    • Internaute

    Si la Belgique éclate, il arrive quoi à sa culture et son humour ?
    Réponse ce matin sur la RTBF :
    « Si la Belgique éclate, la Flandre se déclarera indépendante, les francophones déclareront la constitution de la République de Wallonie-Bruxelles. Pas question pour les Wallons et Bruxellois d'être annexés par la France, par contre ce serait beaucoup plus facile si c'était leur nouvel état qui annexait la France ».

  • Hugues Serraf
    Hugues Serraf répond à philippe__
    Auteur(e) de l'article
    • Posté à 10h40 le 07/09/2010

    Je crois que vous confondez une chronique dans un journal en ligne indépendant et un communiqué d'ambassade ou de ministère. Lorsque j'écris sur la Belgique, je ne me fais pas le champion de l'État providence français vs les systèmes sociaux du voisin et je ne donne évidemment de leçon à personne.

    Je crois aussi que vous êtes un peu passé à côté de ce que ce dit ce papier, qui ne se félicite pas du tout du délitement de la Belgique, au contraire. J'aime ce pays (que je connais bien pour avoir été frontalier quelques années), j'aime les Belges, je trouve triste qu'ils en soient là et je martèle qu'il serait tragique que la « belgitude » disparaisse avec le pays – qui est bien plus que la somme de ses communautés même s'il s'agit d'une construction politique purement artificielle.

    J'espère qu'en étant aussi littéral, le message passera mieux. Parfois, au moment d'écrire une chronique, j'ai tendance à croire que tous les lecteurs sont belges et donc dotés d'un sens de l'humour. Ce n'est qu'en lisant certains commentaires que je me frappe le front en disant « Bon sang mais c'est bien sûr ! »

    Incidemment, je ne vous recommande pas « Vampires ». J'ai le sentiment que ça ne va pas vous faire rigoler.

  • JeanCardinal
    • Posté à 11h10 le 07/09/2010

    C'est dommage que Flamands et Wallons aient oublié à ce point tout ce qu'ils partagent. L'humour, l'amour de la bonne chair. D'ailleurs sur ces deux points les Flamands, comme le souligne justement cet article n'ont rien à partager avec les Hollandais.

    C'est dommage pour l'Europe. La Belgique n'était-elle pas la preuve vivante que l'Europe communautaire était possible, en tant qu'Europe miniature ?

    La Belgique est peut-être une erreur de l'histoire, c'est peut-être un petit pays, mais j'ai toujours considéré le peuple belge comme un grand peuple, grand par ce que ses citoyens avaient réussi à construire, justement en partant de rien.

    Quant à la feuille de route sur l'avenir de ce pays dissous, il est moins clair que vous ne le dites. Tous les Wallons, loin de là, ne se voient pas français dans l'avenir et dans l'est du pays on regarde plutôt vers le Luxembourg que vers la France.

  • Vinss
    • Posté à 14h31 le 07/09/2010

    Belge (Wallon, Borain), résidant en France depuis mes 9 ans (je suis retourné trois ans en Belgique pour mes études). Très attaché à la culture de mon pays, mais in intéressé par sa politique (je préfère suivre la politique du pays dans lequel je vis,).

    Je ne sais trop quoi penser de cet article.

    De ce que j'en ressens . Je pense que c'est plus une affaire d'impression qu'autre chose pour essayer de définir ma Belgique. L » esprit de ce petit pays est en effet très particulier. L'article s'attarde sur la filmographie, mais l'esprit belge c'est bien plus que ça :
    -l'auto dérision permanente (pourquoi je ne sais pas exactement),
    - une culture musicale très intéressante et souvent hors des sentiers battus,
    - des concerts avec un public souvent très remuant
    - des cafés souvent plus remplis qu'en France (ce qui pour moi est significatif d'une vie très sociale)
    -un esprit en soirée unique (et des ambiances de soirées hallucinantes, notamment les soirées étudiantes)
    - Un folklore toujours très présent (pour ma part le Doudou à Mons, le carnaval de Binche, le crossage de Chièvre...)
    - les baraques à frites, dont les consommations sont loin d'être une légende
    - un temps gris mais des coeurs joyeux
    - un quart monde qui détonne avec le reste, surtout qu'il est souvent confondu.
    - des pintes bues, souvent régulièrement, et avec une grande dignité
    - des gens souvent chaleureux, aimable, près à s'entraider
    - une fraude fiscale permanente à tout échelle.
    - des drogues qui circulent beaucoup et souvent de bonne qualité avec une police plus ou moins bienveillante (mes amis de là-bas achètent leur herbe dans une épicerie...)
    -des accents si vivant, qui me mettent le sourire même le jour le plus gris de l'année.
    -....

    C'est dur à exprimer mais c'est un esprit de vie qui me prend aux tripes. Je dirais que les Belges ne se prennent pas trop la tête, vivent leur vie sans grands mots, ni grandes idées, laissant cela aux voisins Français.

    Et je me demande en supposant qu'un jour la Wallonie se rattache à la France, si tout cela disparaitra.

    En fait je ne pense pas, je pense que cette culture est avant tout affaire de terre, et que tous ne changera pas du jour au lendemain car nos frontières auront changés. Nous garderons toujours, cet esprit qui je crois est fort apprécié en Europe (enfin de ce que j'ai pu en voir lors de mes voyages).
    De toute façon si l'on regardes en France certaines régions ont tout de même des identités propres, (notamment en Languedoc Roussillon, avec les catalans) si la Wallonie devient une région elle aura une culture propre, comme plein d'autre région.

    Là ou il risque d'y avoir problème, c'est sur certains médias, notamment les journaux télévisés où les présentateurs sont en général un peu plus portés sur l'humour qu'en france (cf notamment l'interview de N. Sarkozy post apéro avec Poutine... et les excuses de la RTBF peu après à l'ambassade Française).
    En fait il ne faudra pas qu'une part de notre dérision disparaisse, en se faisant absorber par la culture Française.
    On pourrait avoir d'autres problèmes sur le bizutage, tradition quasi séculaire en Belgique, et encore fort apprécié (je l'ai fait c'était terrible, mais dans la limite du raisonnable, question intégrité physique, respect religion, respect sexualité...).

    Sinon je serais extrêmement triste de perdre ma nationalité Belge (la nationalité étant avant tout pour moi une appartenance à une culture, ah l'identité nationale une belle prise de tête pour quelque chose que chacun vis à sa façon), mais je pourrais voter en France (enfin je crois que je peux car les deux pays ont récemment acceptés l'existence de la double nationalité).
    J'espère que sur ma possible C.I. Française, sera mis en parenthèse Belge.

    Et bon cela me fera rire le jour ou le standard sera Champion de Ligue 1 Orange (tiens d'ailleurs va se poser le problème des sponsors d'alcool, le championnat belge se nommant la Jupiler League...)