23/05/2010 à 10h19

Anonymat des blogueurs : saint Internet, comédien et martyr


Un obscur sénateur de la droite mosellane - dont Wikipedia nous apprend que l'unique titre de gloire est de ne pas avoir voté la réforme constitutionnelle en 2008 - suggère que l'anonymat des blogueurs est susceptible d'être un problème, et c'est la levée de boucliers. Enfin, « levée de boucliers » n'est peut-être pas le cliché qui convient : pas assez agressif. Disons plutôt que c'est une haie de hallebardes qui se dresse, en résistance immédiate à la terrible attaque dont saint Internet vient d'être victime.

C'est que forcer un type qui distribue publiquement bons et mauvais points au gré de ses humeurs, encourage celui-ci et insulte celui-là, à assumer ses propos est désormais une authentique atteinte à sa « liberté » ! Une inconcevable tentative de brider sa parole qui ne peut mener qu'à l'autocensure - à moins que ce ne soit carrément au totalitarisme orwellien, va jusqu'à affirmer un blogueur, hum, anonyme sur Le Post.

Sans aucun doute, la proposition du sénateur restera lettre morte. Et, toujours sans aucun doute, le sénateur lui-même retournera s'installer dans l'obscurité mosellane qui lui va si bien au teint puisque, même lorsqu'il s'attaque au bouclier fiscal, personne n'y prête attention.

Je ne le défends d'ailleurs pas : je suis moi-même assez opposé à sa proposition d'obligation de levée de l'anonymat des blogueurs. Mais je m'agace de plus en plus de l'interdiction qui est faite, sous peine de ringardisation terminale, de ne pas foncer tête baissée dans tous les panneaux du Web, de ne pas en adopter toutes les modes et de ne pas en sanctifier tous les usages.

Si Internet permet de faire n'importe quoi, il faut le faire !

S'exprimer anonymement, jusqu'à l'arrivée d'Internet, n'était pas exactement bien vu. Prendre la plume sous pseudo pour dénoncer tel ou tel, que ce soit aux autorités ou aux voisins, était même carrément perçu comme une terrible faute de goût pour quiconque n'appartenait pas à la catégorie des Beurre-Œufs-Fromages immortalisée par Jean Dutourd.

Mais tout est changé, aujourd'hui, et la lettre anonyme pleine de fiel qu'est souvent un billet de blog ou un commentaire d'article passera bientôt pour l'équivalent de la feuille clandestine que Jean Moulin appréciait avec son bol de chicorée, le matin dans son maquis. Un poil paradoxal, le retournement.

Un peu comme ces adeptes d'une économie sur-encadrée, défenseurs acharnés des « zacquisociaux », pourfendeurs des spéculateurs luxembourgeois, qui se transforment en ultralibéraux dès qu'il est question de faire circuler de la musique ou du cinéma sur le Web et expédient les droits d'auteur aux oubliettes de la culture... Car si le Web permet, techniquement s'entend, de faire quelque chose, n'importe quoi, il faut le faire ! Si un start-upper californien, dans son garage ou dans sa cité U de Stanford, invente un réseau social permettant d'optimiser son binge drinking, il faut en être !

Je viens d'ailleurs de découvrir qu'il existait une sorte de Twitter branché sur votre carte Visa permettant à vos « amis » d'être mis au courant, dans l'instant, de tous vos achats pour mieux les commenter et, pourquoi pas, c'est certainement l'idée des promoteurs de ce « service », de passer à la caisse à leur tour. Mais si ce machin devient vraiment populaire (et nul doute qu'il le deviendra maintenant qu'il possède ses « applis » iPhone et Android), le critiquer sera-t-il ringard ?

Le Web est une chose formidable et le formuler ainsi tient presque de la tautologie. Mais certains de ses pratiquants, souvent les plus bruyants, semblent avoir décidé une fois pour toute que ce qui en sortait était bon par nature, même lorsque nos principes, notre histoire et notre culture nous avertissent du contraire.

Une pratique fondamentaliste du réseau, qui transforme Mark Zuckerberg ou Larry Page en prophètes, l'iPhone en veau d'or et les conditions générales d'utilisation de Twitter en évangiles, est la nouvelle orthodoxie.

L'anonymat est devenu une norme de fait

Le blogueur anonyme, pour autant, a fréquemment l'excuse (ou le simple sentiment) de ne pas pouvoir s'exprimer sous son vrai nom pour des raisons professionnelles. C'est parfois aussi le cas du simple commentateur et c'est la raison pour laquelle je ne peux pas m'associer aux amateurs de coming-out obligatoire.

Mais force est de constater que l'anonymat est devenu, plutôt qu'une simple précaution, une norme de fait. Et que le refus d'assumer ses propos, mêmes les plus outranciers, est devenu systématique.

N'empêche, l'anonyme derrière son clavier, qu'il soit un trader spéculant sur une monnaie ou un boucher-charcutier spéculant sur la réputation d'une personne publique, tiendra toujours davantage du corbeau que de l'aigle vengeur. Demandez donc à Jean Moulin ce qu'il en pense, à l'occasion.

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  • fantome de la nuit
    • Posté à 12h12 le 23/05/2010

    Je trouve réducteur d'assimiler ces combats du web 2.0 (téléchargement, anonymat) à l'attitude panurgesque de ceux qui suivent des modes. C'est comme assimiler l'âge légal de la retraite à un « dogme », ou parler de « crispations », voire de « grogne », lorsqu'un mouvement revendicatif pointe le bout de son nez.

    Dans tous ces cas, s'est s'arroger le monopole de la rationalité, les attitudes visées étant assimilées à de la déraison. C'est censurer le débat par intimidation. Stratégie de base de tous les Alain Minc de l'ère néolibérale.

    Eh bien soit. Puisque nous sommes, paraît-il, déraisonnables, suivons le vent de la déraison. Faisons circuler la folie et , en l'occurrence ici, les propos les plus outranciers sur le web, que nous n'oserions même pas proférer au comptoir du café du commerce. Evitons par-dessus tout d'être policés, et faisons de ces forums de discussions autant d'apéros géants de la vindicte populaire.

    Bien sûr, l'on trouvera surtout le pire : des crachats virtuels même pas constructifs, de la diffamation à foison, des appels au meurtre, et un grand nombre de talonnettes. Mais si d'aventure quelque décideur en vient à renifler une telle odeur de merde, peut-être en viendra-t-il à ressentir un peu de cette angoisse salvatrice qui le fera, espérons-le, réfléchir un peu, aussi.

    « Sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur », dit-on. Sans la liberté de cracher, il n'est point non plus de contradiction possible, c'est malheureux à dire, mais c'est comme ça. Le névrosé de la bien-pensance budgétaire n'entend pas les cris des peuples qui crèvent de ses austérités perpétuellement renouvelées ? Publions-les, portons le fer sur le web, et nous nous hisserons peut-être au niveau de ses augustes oreilles...

  • Pi.K
    Pi.K
    Vilain Parisien
    • Posté à 12h24 le 23/05/2010
    • Internaute
      Vilain Parisien

    On retrouve votre vocabulaire habituel, et ça fait du bien de ne pas être d'accord avec vous, Serraf. La dernière fois que j'étais passé ici, j'avais été déçu par le peu de haine que m'inspirait le billet lu, me voilà rassuré !

    Mais ce billet contient, pour commencer, une erreur technique : la majorité des blogueurs sont, in fine, identifiables. Pas directement — sinon l'anonymat n'aurait aucun sens —, mais en combinant différentes méthodes, dont l'IP (du moins tant que l'adresse n'est pas masquée), et, tout bêtement, le recoupement d'informations. « Qui peut savoir cela ? Qui a accès à cette information ? », et l'on peut, dans les cas où c'est nécessaire, retrouver l'auteur du billet diffamatoire, de la plâtrée d'injures ou de l'appel au meurtre, d'autant plus que, dans les cas les plus extrêmes, aux recherches purement techniques s'ajoute le classique renseignement.

    L'anonymat ne concerne donc, en dernier ressort, que les lecteurs « de base » (vous pourriez très bien ne vous appeler ni Hugues, ni Serraf, je n'ai pas les moyens de le savoir). Si les propos tenus sont susceptibles de porter atteinte à quoi que ce soit et doivent, de fait, conduire à la sanction de leur auteur, la chose est parfaitement possible dans la plupart des cas.

    La possibilité de rester anonyme est fondamentale — et il ne s'agit pas là d'un « dogme » ou d'une « orthodoxie » : si je suis amené à écrire en mon nom propre, par exemple en tant que journaliste ou dans une revue en ligne, je le ferai sans problème (et cela ne sera relié ni à mon compte Facebook, ni à mon adresse mail habituelle, qui sont enregistrés sous un faux nom). L'anonymat permet alors de dissocier les activités, sans forcément les hiérarchiser, et, le cas échéant, de se protéger de l'usage qui pourrait être fait de données « sensibles » et strictement personnelles (c'est pour cela que j'utilise un pseudonyme sur Facebook : mon compte me sert principalement pour déconner, et si mon futur employeur me demandait mon FB, je lui présenterais un autre compte, sous mon vrai nom, et sans déconnades ni photos peu glorieuses).

    Quant au risque orwellien, le seul fait qu'il soit envisageable — et il l'est — suffit pour affirmer qu'il faut s'en prémunir. Aussi bien, soit dit en passant, contre Facebook et ses pratiques commerciales douteuses que contre ceux qui feraient un usage abusif des données fournies (employeur curieux, etc.).

    Enfin, dernier point : si l'anonymat peut être protecteur, il joue aussi contre l'anonyme. Lorsqu'on fait une remarque tout à fait pertinente sous pseudonyme, il est impossible de se l'approprier sous son vrai nom, alors qu'elle pourrait peser sur un CV (de même que les livres écrits par un universitaire sont inscrits sur son CV, les articles d'un blogueur ne peuvent l'être que s'ils ont été écrits sous son vrai nom).

  • Hugues Serraf
    Hugues Serraf répond à Pi.K
    Auteur(e) de l'article
    • Posté à 12h45 le 23/05/2010

    L'adresse IP est effectivement utilisable en cas de poursuites mais, en tant que partisan d'une liberté d'expression pleine et entière, je ne suis pas favorable à cette manière de lever l'anonymat sur le Net (sauf dans les cas de diffamation).

    Il s'agit seulement d'exposer un principe, selon lequel quelqu'un qui s'exprime publiquement, attaque parfois, agresse souvent, doit assumer ses propos. S'il ne le fait pas, il rédige effectivement des lettres anonymes. Ceci dit, et pour vous suivre dans votre raisonnement, on pourrait tout aussi bien défendre le droit des corbeaux à écrire des lettres anonymes au motif qu'ils prendraient un risque en les signant de leur nom.

    Mais au-delà de ce point, j'insiste surtout sur le fait qu'il soit presque impossible d'émettre des doutes sur ce qui nous vient du Web sans être renvoyé à sa ringardise.

    Je suis sur le Web depuis plus de dix ans professionnellement et je blogue depuis six ans. J'ai donc eu le temps de réfléchir, d'écouter, de lire, de pratiquer des tas de choses sur Internet et je ne suis pas son ennemi, au contraire. Mais rien n'est plus indisposant que ces levées de boucliers immédiates.

    Le Web ne suspend pas tout ce que nous savons des comportements humains.

  • Waldeck
    Waldeck
    Vivement dimanche 20 mai 2012 ! (...)
    • Posté à 15h48 le 23/05/2010
    • Internaute
      Vivement dimanche 20 mai 2012 ! (...)

    En résiliant votre compte Facebook, la semaine passée, c'est un peu de votre personnalité « à découvert » que vous avez mise en pause.

    Sur Facebook, les adhérents se montrent nus, sans cache-sexe, sans pseudo, sans avatar, cela change quoi ?

    Sur la rue, par exemple, le fait d'être anonymes nous évite le piège du narcissisme , et quand je répond à Yvon le Zébulon, je ne sais pas si c'est un homme, une femme, un Troll, et je m'en moque, comme il se moque de savoir si je suis Waldeck, un homme, une femme, un Flic, un ancien du Gaz, un hooligan, un hacker ou un tradder ...

    C'est comme ça !

    ( Mais vous avez raison, l'anonymat de donne pas tous les droits, la preuve : les Riverains se modèrent d'eux-même, des fois c'est trop, ça a un gout d'auto-censure ... )

  • Hulk
    • Posté à 03h39 le 24/05/2010

    C'est quand même un peu fort de café ce que vous nous expliquez là.

    D'une part, je n'ai jamais lu sous votre plume sur ce blog un billet qui mette en cause un peu sérieusement qui que ce soit, personne morale ou personne physique, ce qui fait qu'au moins sur ce plan là, on comprend que vous n'ayez pas besoin d'anonymat.

    Il y a bien certaines chroniques de peu de hauteur de vue voire assez ridicules qui en toute logique devraient nuire à votre réputation si vous aviez un métier où vous occupiez des responsabilités pour lesquelles un jugement sûr et une solide appréciation des faits et situations complexes étaient essentielles. Ce n'est pas non plus le cas, et comme par ailleurs vous ne pratiquez pas non plus la bonne grosse déconnade ponctuelle (vous semblez préférer les affres du cancer du cul, c'est un choix tout à fait respectable), il est bien naturel que vous ne ressentiez pas le besoin d'un pseudonyme.

    D'autant plus qu'un pseudo vous priverait de la satisfaction narcissique qui transparaît de vos billets et encore plus de vos commentaires.

    D'autre part, bien que vous vous prétendiez (à tort) libéral, vous aimez que le monde soit bien rangé, et que chaque chose soit à sa place, comme tous les conservateurs de droite, du centre et de gauche. De ce fait, vous réprouvez le fait que tout un chacun puisse s'improviser blogueur ou apprenti journaliste sans être obligé de présenter préalablement ses lettres de créances et sa patente l'autorisant à pérorer sur l'espace public de ceux qui ont le droit de pérorer en public.
    Vous souhaitez réduire au silence 90% des gens qui s'expriment sur internet, parce que ce désordre vous incommode, et qu'il échappe au contrôle traditionnel de la sphère publique par les journalistes et les politiques (dont vous vous faites sur ce coup un laquais zélé). Et vous avez trouvé comme eux que la plus simple manière de les réduire au silence pour reprendre ce contrôle qui vous échappe peu à peu, c'est d'interdire l'anonymat.

    En obligeant à la levée de l'anonymat, vous allez réduire au silence :
    . tous ceux qui ne peuvent pas se permettre d'être reconnus comme tenant les propos qu'ils tiennent pour raisons professionnelles ou privées, quelles que soient ces raisons,
    . tous ceux qui ne sont pas assez sûrs d'eux pour se lancer et qui ont besoin de la protection de l'anonymat pour apprendre et se perfectionner dans l'art du débat,
    . tous ceux qui veulent segmenter les débats auxquels ils participent, afin par exemple qu'on ne vienne pas polluer leurs interventions sur un forum de sport avec ce qu'ils disent sur un forum politique,
    . et tous ceux qui ne veulent pas que le moindre de leurs propos reste gravé dans le marbre et accessible par tous toute leur vie et utilisé de manière incontrôlée à des fins obscures par quiconque (particuliers, administrations, entreprises...), y compris trente ans après avoir été tenu.

    D'une certaine manière, votre exigence telle que vous la formulez revient à dénier la part de vie privée qu'a chacun y compris lorsqu'il est dans l'espace public. Cette exigence d'hyper-transparence n'est rien d'autre qu'une forme de totalitarisme, à la fois orwellien et kafkaien.
    Et la façon dont vous voudriez établir une hiérarchie de castes entre les blogueurs identifiés et les anonymes va dans ce même sens visant à établir une oligarchie dans le débat (et je dis bien oligarchie plutôt qu'aristocratie, car en effet vous ne proposez pas un critère de compétence ou de pertinence pour décider qui en est et qui n'en est pas, mais au contraire un critère d'acceptation de la règle fixée par ceux qui en sont déjà).

    Je ne peux que vous souhaiter une chose pour vous faire réfléchir : c'est que dans dix ans vous soyez retoqué à un poste important auquel votre CV et vos compétences vous permettraient légitimement de prétendre parce que le recruteur sera tombé sur l'intégrale de vos tribunes sur Rue89, et se sera dit que non, on ne peut quand même pas confier un job aussi important à une personne qui tient aussi régulièrement des propos aussi sommaires voire farfelus et qui est de plus totalement dépourvu de bienveillance vis à vis de ses semblables.

    J'ajoute que je ne vous connais ni d'Ève ni d'Adam, ce qui fait que ce message ne vise que l'entité virtuelle ayant pour pseudonyme Hugues Serraf dont la prose est le seul vecteur qui me permet de me faire un avis à son sujet, et que le fait qu'il y ait ou pas derrière ce pseudo une personne réelle du même nom n'a aucune espèce d'importance ni d'influence.

  • Hugues Serraf
    Hugues Serraf répond à Hulk
    Auteur(e) de l'article
    • Posté à 11h21 le 24/05/2010

    Il est logique qu'un fil de commentaires composé d'une majorité de contributeurs anonymes accueille aussi mal ce regard critique sur l'anonymat.

    On peut tout de même regretter qu'il se trouve aussi peu de monde pour remettre cet anonymat en perspective et pour accepter d'examiner ce qu'il peut avoir de négatif, voire de dangereux.

    Vous ne semblez pas l'avoir compris, avec vos histoires de « totalitarisme kafkaïen », mais je ne propose moi-même aucune interdiction de l'anonymat, aucune limitation de votre droit à vous exprimer sans assumer vos propos (je le dis clairement dans le texte, je le répète plusieurs fois dans les commentaires). Je me contente de réfléchir, avec mes microscopiques moyens, au sens d'une agora où chacun se promène une burqa virtuelle sur la figure au prétexte qu'il est trop dangereux de ne pas sortir couvert.

    J'ai d'ailleurs bien compris que vous occupiez « des responsabilités pour lesquelles un jugement sûr et une solide appréciation des faits et situations complexes étaient essentielles ». Ne pourrait-on déduire que les propos que vous tenez lorsque vous vous déguisez en chef de tribu sont difficiles à concilier avec ce profil respectable ? Allez savoir : je n'ai pas la moindre idée de ce que vous faites dans la vie au-delà de ce que vous écrivez ici mais, manifestement, vous ne pourriez pas assumer vos points de vue sans un masque (je m'en tiens à ce que vous dites, ni plus ni moins).

    Dans le même temps, vous considérez que mes propres responsabilités professionnelles sont trop insignifiantes pour justifier l'usage d'un pseudo. C'est donc que, même si vous les méprisez, vous avez une petite idée de ce qu'elles sont et le fait que je ne sois pas anonyme y est certainement pour quelque chose.

    Mais ce qui reste de votre commentaire, c'est essentiellement ce qui n'est ni dans mon papier, ni dans ma tête : toutes ces histoires d'oligarchie, de personnes autorisées, de désir d'empêcher quiconque ne dispose pas des bonnes lettres de créance de s'exprimer, d'exigence d'hyper-transparence, bla bla bla. Je ne pense rien de tel. Je pense même le contraire.

    Ce que je pense, en revanche, je le dis sans trembler à l'idée qu'un recruteur du futur, qui envisagerait de me confier un job aussi important que le vôtre, puisse consulter l'intégrale de mes tribunes sur Rue89, aussi ineptes soient-elles. Sur ce plan nous sommes effectivement très différents.

  • foule_steakhaché_raidi
    foule_steakhaché_raidi
    Concurrent de Full Hd Ready
    • Posté à 12h22 le 24/05/2010
    • Internaute
      Concurrent de Full Hd Ready

    Quand je discute avec des amis, ou sur Internet avec mon propre nom, il y a plusieurs peurs qui apparaissent :

    - La peur de choquer
    - La peur de paraitre imbécile
    - La peur de paraître rétrograde
    - La peur d'avoir un avis contraire à un supérieur pouvant me le faire payer

    Même si elles permettent le calme et l'ordre dans les discussions, ces peurs sont un frein au débat, et contraignent à accepter des opinions consensuelles, à adhérer à des préjugés, à ne PAS se servir de sa raison.

    Il y a un GIGANTESQUE avantage à l'anonymat sur Internet. La liberté de parole devient totale, les idées peuvent s'exprimer sans limite, le débat est vingt fois plus riche. Et même si les imbéciles s'expriment, si les insultes fusent, c'est un MOINDRE mal.

    Je débats sur Internet depuis 2004 - 2005 et, en prenant mes habitudes dans les bons endroits, avec les bons intervenants, j'ai acquis une conscience politique, une grande culture, une cohérence idéologique. En approfondissant les sujets, en voulant toujours avoir un argument d'avance, j'ai lu, j'ai appris, je me suis formé...

    Pourquoi j'ai fait tout ça ? Parce que la confrontation libre des opinions, garantie par l'anonymat, m'a permis de m'affranchir de tous les freins au débat constructif.

    Alors oui.
    Les racistes s'expriment sans gène
    La diffamation est partout
    Une grande partie des commentaires recycle des lieux communs et des préjugés

    Mais c'est un moindre mal pour moi. Je pense qu'Internet est une gigantesque machine à briser les consensus. Et c'est une très bonne chose !

  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon répond à Hugues Serraf
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 12h30 le 24/05/2010
    • Internaute
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

     » peu de monde pour remettre cet anonymat en perspective et pour accepter d'examiner ce qu'il peut avoir de négatif, voire de dangereux ».

    ¤ Je ne suis absolument pas d'accord avec vous sur la prétendue dangerosité d'utilisation d'un pseudo, car c'est le contraire !

    L'interdiction de l'anonymat sur les blogs ou les forums est autrement plus dangereuses (démocratiquement parlant) que l'envoi de quelques commentaires, même agressifs, sous pseudos !

    En effet :
    Une attaque sous pseudo, je ne la considère pas comme une attaque !
    Il ne s'agira jamais à mes yeux que d'un propos auquel je dois peut-être répondre, mais tout comme une lettre de corbeau, il n'apporte jamais la preuve de quoi que ce soit vous concernant.
    * Il est donc aisé de traiter ce genre de truc par le mépris !

    Ce qui bien sur, ne serait pas le cas si l'internaute s'identifiait sans complexe, car il s'agirait alors - seulement en cas de diffamation ou de divulgation de votre vie privée - d'une attaque en règle :
    - ce qui vous mettrait dans l'obligation d'apporter la preuve du contraire si vous voulez vous dégager réellement de l'agression...
    ...vu que ne pas le faire, serait interprété comme un acquiessement.

    Moi, si je me fais « violenter » ici par un pseudo, cela ne me fait ni chaud ni froid, puisque nos relations intimes ne sont pas établies.
    - Il n'en irait pas de même s'il s'agissait de M. Dugland, mon voisin !

    Comme on dit : Quand les yeux ne voient pas, le coeur ne souffre pas !

    Contre toute apparence, ce débat reste vraiment très intéressant !

  • Deamon7
    Deamon7 répond à Hugues Serraf
    Petit agité
    • Posté à 16h39 le 24/05/2010
    • Petit agité

    Le risque, c'est que quand vous vous éloignez de la ligne de pensée majoritaire des médias, on vous colle aisément une étiquette inconfortable, que le sujet porte sur l'immigration, l'avortement, l'Eglise, l'économie, le 11 septembre, l'Islam, etc... Si vous êtes journaliste, c'est sûrement encore plus dangereux dans la mesure où vous pouvez être ostracisé en un rien de temps, et perdre votre boulot.

    Vous pensez que les raisons professionnelles sont une excuse, pour ma part j'ai démarré sur ce site avec un pseudo très proche de mon prénom, peu commun. J'ai ouvert un nouveau compte lorsque j'ai voulu commenter un article portant sur l'entreprise qui m'emploie. (A la hâte donc, d'où ce pseudo à la con).

    Par ailleurs, je n'ai aucune envie que des collègues me lancent des regards noirs parce qu'un tel aurait estimé que j'étais un « petit con gauchiste » ou un « gros con de droite » pour reprendre l'expression consacrée suite à un commentaire lui ayant déplu. Il suffit de voir certaines virulentes, parfois ordurières, réactions à des commentaires pour constater qu'il est aisé de susciter une telle antipathie sans être un néo-nazi ou un marxiste-léniniste. Donc pas de grand risque en effet, mais la pression est déjà suffisante pour ne pas avoir envie de travailler dans une ambiance pourrie.

    Anonyme, on dit ce qu'on veut, en toute liberté, sans risque réel ou supposé d'un jugement moral ultérieur de la part de quiconque, ce qui ouvre un champ bien plus large au débat, et je ne parle pas des injures et provocations qu'il suffit d'ignorer, ou modérer.