30/12/2009 à 15h26

Twitter : penser en 140 signes, c'est peut-être ne plus penser du tout


Je ne sais pas encore ce que l'année nouvelle nous réserve en matière de « réseaux sociaux », mais je serais surpris si quelque start-up californienne ne lançait pas, dans les mois qui viennent, une énième « killer app » ringardisant instantanément les Facebook et autres Twitter.

De tous ces moyens de rester en contact permanent avec un tas de gens dont vous n'avez finalement rien à faire, Twitter est d'ailleurs le plus intrigant.

Car avouez-le, l'idée d'émettre, à intervalles réguliers, des messages de 140 signes sur tout et n'importe quoi à l'intention d'inconnus n'ayant apparemment pas d'autre ambition dans la vie que de s'informer des horaires de votre prochain passage sous la douche vous aurait semblé totalement grotesque au siècle dernier -lorsque MySpace et les textos suffisaient à votre bonheur.

Twitter, « un incroyable changement de paradigme », vraiment ?

Bon, il est toujours un peu risqué de s'en prendre à un phénomène de ce genre lorsqu'il a encore le vent en poupe : on passe facilement pour un luddite borné, incapable de saisir à quel point ce que l'on prend pour un gadget sans conséquence reflète en réalité « un incroyable changement de paradigme dans la circulation horizontale de l'information », pour parler comme un consultant à 250 euros de l'heure.

Mais je veux bien prendre ce risque, même si l'on m'assure que c'est par Twitter que l'on s'informe désormais de ce qui se passe dans les rues de Téhéran et que c'est à coups de mini-messages que l'on fait vaciller les dictateurs.

De fait, la possibilité d'envoyer et de recevoir des « tweets » d'à peu près n'importe où est certainement une bonne chose au plan théorique. Mais quel est le sens du bombardement d'information auquel se soumettent volontairement les « twitterers » les plus assidus, pour la plupart déjà actifs sur Facebook et dont les « agrégateurs RSS » débordent des « flux » de centaines de médias et de blogs ?

J'ai testé Twitter, et ce dispositif est à la hauteur de sa caricature

Parce que je n'aime pas commenter ce que je connais mal (non, ce n'est pas complètement vrai, mais cette assertion totalement gratuite renforcera vraisemblablement mon propos), j'ai fini, en dépit de toutes mes promesses du contraire, par ouvrir un compte Twitter, histoire de vérifier si mon intuition était ou non la bonne.

Verdict : ce dispositif est à la hauteur de sa caricature et les conversations qui s'y tiennent, pour amusantes qu'elles puissent souvent être, ont toute la profondeur et l'intérêt de, comment dire, fulgurances expédiées d'un téléphone portable en attendant le métro, si vous voyez où je veux en venir.

Il faut dire que je m'étais déjà forcé, comme journaliste Web et blogueur, à ne plus abuser des liens hypertextes dans mes papiers [les liens ci-dessus ont été ajoutés par la rédaction, ndlr], considérant qu'ils incitaient à une certaine paresse intellectuelle lorsqu'il n'est plus besoin d'exprimer quelque chose et qu'il suffit de pointer le lecteur vers un second texte plus précis -lequel renverra à son tour vers un troisième document dans une sorte de mise en abyme de plus en plus absurde.

Je m'étais même refusé à suivre les conseils de brièveté que je prodigue pourtant dans le cadre strictement professionnel, partant du principe que si l'on ne peut plus se permettre d'écrire long et de digresser dans un papier, autant se contenter de Yahoo Infos...

Comparés à Twitter, même le zapping de lien en lien et la lecture de dépêches d'agences deviennent de l'examen attentif et posé. Et l'on se demande comment l'on pourra encore pester contre une vie politique et intellectuelle court-termiste et réduite aux « petites phrases » par ce média pour dinosaures qu'est aujourd'hui la télévision tout en s'échangeant des haïkus ineptes du mati au soir.

Mince, Versac est au ski et a oublié son ordinateur

Twitter n'est pas, loin s'en faut, cette espèce de paradis démocratique où s'invente une nouvelle manière de débattre et de participer à la vie de la cité. Il nous permet de savoir, à moi comme à ses 20 000 abonnés, que mon ami Versac a oublié d'emporter son ordinateur aux sports d'hiver, il me permet aussi d'apprendre que Frédéric Lefebvre (pas mon ami, celui-là) était sur France 24 ce matin, mais son impact concret sur le régime des mollahs ou les raouts internationaux sur le réchauffement climatique reste à démontrer...

Je parie donc, comme le premier Finkielkraut venu -et en parallèle de l'arrivée de la « killer app » mentionnée plus haut, celle qui permettra peut-être de réagir à la marche du monde par télépathie et en moins de vingt-cinq caractères- sur une désaffection imminente de ces outils à « penser bref » que nous nous sommes imposés au nom d'une modernité en carton-pâte.

Et tant pis si cette prise de position a déjà été préemptée par le manuel du parfait petit Twitterer, vers lequel je veux bien vous renvoyer puisque vous m'avez fait la grâce de m'accompagner jusqu'au bout de cette note avant d'aller prendre votre douche (dans le cas contraire, vous l'auriez certainement tweeté, non ? )...

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  • Yann Guégan
    Yann Guégan
    Rue89 avec les doigts est là (...) Rue89
    • Posté à 15h19 le 30/12/2009
      éditeur
    • Journaliste
      Rue89 avec les doigts est là (...)

    Signalons à notre ami Hugues une série de comptes qui pourraient (rêvons un peu) le réconcilier avec Twitter : -) :

    Parmi les riverains qui tweetent aussi (liste à compléter) :

    Sans oublier un petit nouveau qui a déjà convaincu 86 abonnés :

    Et pour ceux qui préfèrent Facebook :

  • Hugues Serraf
    Hugues Serraf répond à Yann Guégan
    Auteur(e) de l'article
    • Posté à 15h41 le 30/12/2009

    C'est peut-être que je suis déjà passé à Flutter (Twitter is so last year) :

  • Maxine
    • Posté à 15h56 le 30/12/2009

    « Twitter : penser en 140 signes, c'est peut-être ne plus penser du tout »

    Vu que Twitter n'est pas fait pour penser, où est le problème ? ? ?

    Vous mélangez tout :
    L'intérêt intrinsèque ce Twitter et les utilisations intéressantes/enrichissantes que l'on peut en faire (il doit bien y en avoir, je ne me suis pas penchée sur la question)
    Les envolées lyriques des promoteurs de Twitter et autres ravis du web 2.0 : « un incroyable changement de paradigme dans la circulation horizontale de l'information » ; -)
    Le fait que la plupart du temps on a rien d'intéressant à dire et qu'on se parle pour créer du lien, et donc que Twitter n'échappe pas à la règle.

    Bref faut pas ménager la technologie et l'usage qu'on en fait. A près tout Twitter n'est jamais qu'un tuyau, à nous d'y mettre des trucs valables. A ce compte la le livre, l'écrit n'ont pas d'intérêt, vu que la plupart des trucs imprimés sont vains et sans intérêt.

    On me signale que Twitter peut être utilisé de façon intéressante : mettons une personne pointue sur un sujet (environnement, arts...) peut très bien se servir de son Twitter pour agréger et partager infos et liens vers de sites, statistiques, articles, blogs... et ses followers sont organisés non sur un aspect je suis une personne mais par communautés d'intérêt.

  • Mlle Eddie
    Mlle Eddie
    Etudiante & Blogueuse musicale
    • Posté à 17h01 le 30/12/2009
    • Internaute
      Etudiante & Blogueuse musicale

    Combien de temps avez-vous testé Twitter ?

    Il y a plusieurs utilisations possibles de ce service, celle complètement inutile (la fameuse question « What're you doing ? », l'idée originelle), caricaturale, et celle qui permet de découvrir des choses en suivant des comptes intéressants.

    Tenez, j'ai découvert cet article sur Twitter en suivant @Vogelsong.

    Si j'ai envie de réfléchir, je vais ouvrir un journal, lire un livre ou discuter avec mon voisin. Si j'ai envie de découvrir des choses, d'être au courant de l'actualité, je vais sur Twitter.

    Tout dépend des comptes que vous suivez. Sachant que 90% (estimation personnelle complètement dénuée de preuve scientifique) des comptes sont inutiles, forcément, dur de voir l'intérêt de Twitter au premier abord.

    Aussi, mon frère est sur Twitter, et comme je suis du genre à toujours oublier de lui téléphoner pour savoir comme il va (on se voit très peu), ce service est tout simplement génial.

    (@lechoix_fr)

  • Maxine
    Maxine répond à Gaor
    • Posté à 18h49 le 30/12/2009

    Merci pour ce post... je suis toujours amusée de voir que dès qu'il y a une technologie nouvelle on a toujours un lot de gens pour la dénigrer en mélangeant allègrement enjeux de contenu et enjeux de contenant (cf mon post plus haut). Je suis sure que le jour où gutenberg a inventé le presse à imprimerie il y a eu tout un tas de nostalgique de la copie sur parchemin qui ont du vaticiner sur le fait que seule la lenteur de déchiffrage, la rareté du parchemin, la lenteur de la copie étaient un gage de déploiement de la pensée et qu'avec la rapidité de l'imprimerie on aurait plus le temps de penser et tout irait trop vite... ; -)

    En revanche je suis intéressée par par le seachtwitter, vous pourriez me dire en 2 mots coment ca marche ou alors ou un trouve des tuyaux. parce qu'effectivement trouver des twitter thématiques ou qqun agrège les infos qu'il trouve pertinentes sur un sujet, là ca m'intéresse. En revanche que Demi Moore se soit fait un oeuf au plat, n peu moins ; -)

    De toutes façons, quand on a rien à dire que ça soit sur 100 page, 140 signes, sur papier, SMS, internet, video, facebook, c'est pareil.

  • Mlle Eddie
    Mlle Eddie répond à Gaor
    Etudiante & Blogueuse musicale
    • Posté à 18h51 le 30/12/2009
    • Internaute
      Etudiante & Blogueuse musicale

    Tweetdeck est mon petit préféré : )

    Pour de la veille, c'est un outil indispensable : la possibilité de créer des listes de twitterien(ne)s spécialisés sur un sujet particulier dont on reçoit les tweets dans un espace à part des autres tweets est extrêmement pratique.

    Une chose qui m'interpelle toutefois : comment font certaines personnes pour « follower » plus de 300 personnes ? C'est inhumain.

  • Gaor
    Gaor répond à Mlle Eddie
    • Posté à 19h19 le 30/12/2009

    Je suis bien d'accord. Déjà que suivre une trentaine de twitterien(ne)s plutôt actifs est chronophage (après une journée d'absence, c'est une centaine de tweets à « remonter » — si on le souhaite ! ), plusieurs centaines doit être infernal. Mais je crois que la majorité des inscrits ne tweetent pas compulsivement...

    Ce qui est un peu pénible avec les comptes Twitter « corpo », c'est qu'ils font souvent doublon avec le flux RSS desdits sites, et sont donc assez inutiles. Celui de Rue89 m'a exaspéré certains jours, et j'ai failli arrêter de le suivre tellement ça n'était que de la notification de nouveaux articles en ligne.

  • FabiendeMénilmontant
    FabiendeMénilmontant répond à Gaor
    journaleux - blogueur
    • Posté à 03h00 le 31/12/2009
    • Internaute
      journaleux - blogueur

    Bien que je soie sur Twitter depuis mars, je ne suis pas un geek. Tout juste ai-je vaguement compris l'allusion à Seesmic et @loic parce qu'on m'en a récemment parlé.

    Néanmoins, je suis content de lire un commentaire parlant -entre autres- de veille, ce que l'auteur @huguesserraf n'explique aucunement. Et ce n'est pas avec un titre aussi réducteur -et/ou provocateur- que portant sur le fait de « penser » en 140 signes que l'on pourrait faire croire à une quelconque utilité de la chose.

    Beaucoup d'infos circulent, comme un message qui m'a indiqué ce sujet à lire (et bien d'autres).

    L'auteur de ce papier qu'il veut « critique », comme il le dit là :
    Lien
    (Je ne comprends pas pourquoi vous vous sentez obligés de faire les VRP du truc, comme si un regard critique était forcément non-pertinent)
    n'a débarqué sur Twitter que le 11 décembre et avaec un a priori :
    Lien
    (J'avais décidé de ne pas utiliser Twitter parce le concept est stupide. Maintenant, j'en ai un et je trouve ça toujours aussi crétin.)
    Un peu comme si on me refilait un PC et que dix jours plus tard je faisais un sujet pour dire le mal que j'en pense, étant au Mac depuis 1987 et ne me servant du PC que quand je ne peux pas faire autrement.

    Twitter est un mode de communication comme un autre. Je n'ai pas de téléphone portable, ne fais donc et ne reçois donc jamais de SMS. Je ne critique pas pour autant les échanges de SMS !

    @Menilmuche

  • Hugues Serraf
    Hugues Serraf répond à oomu
    Auteur(e) de l'article
    • Posté à 11h18 le 31/12/2009

    J'aime bien que l'on m'exhorte (que l'on m'ordonne » ? ) à ne plus « me prendre la tête » ou à ne plus « chercher de sens » aux choses... Surtout sous un papier posant la question d'une réflexion réduite à 140 signes ! Donc, oui, je pense que « se prendre la tête », si cette expression signifie bien, s'interroger, est quelque chose que je ne suis pas près d'arrêter.

    Avec ce papier, j'ai de toute façon l'impression, à lire certaines réactions, de m'en être pris à une secte dont les fidèles réagiraient avec furie. Mais je comprends mal pourquoi il n'est pas possible de prendre du recul par rapport à ces usages et ces outils, comme si tout ce qui débarquait de « nouveau » et permettait, à côté d'un appauvrissement manifeste du débat, un vague progrès dans la vitesse de transmission de l'info, devenait intouchable.

    Twitter, je veux bien en prendre le pari, c'est le Second Life du moment (remember Second Life, l'endroit où il fallait être parce que c'était la « nouvelle frontière » ? ). Ok pour l'outil d'alerte, qui sera d'ailleurs dépassé lorsque ce genre de fonctionnalité sera standard sur tous les systèmes d'exploitation en ligne type Google OS, mais assez de blabla béat (j'avais d'abord écrit bêta mais c'était une faute de frappe autant qu'un lapsus) sur le côté révolutionnaire de ce café du commerce plein de brouhaha où l'on essaie de briller à coups de one-liners de 140 signes et où l'on se bagarre à coups de liens comme si l'on ne savait pas, soi-même, développer un argument sans renvoyer à quelqu'un qui l'aurait déjà exprimé...