11/12/2009 à 17h45

Suppression de l'histoire- géo en terminale S : « J'accuse ! »

Hugues Serraf | Chroniqueur

Robert Solé, l’inégal billettiste du Monde, se moquait récemment de cette « armée d’oisifs qui, chaque jour sur Internet, s’empare d’une nouvelle affaire Dreyfus ». L’image est plaisante, mais elle est surtout incroyablement pertinente. Plus un jour ne se passe sans qu’un « J’accuse ! » tonitruant ne vienne en effet nous expliquer que telle mesurette sans conséquence ou, au mieux, tel dispositif sans doute discutable mais démocratiquement acceptable, est en réalité une nouvelle étape vers la dictature.

Dans ce contexte, l’affaire de l’histoire-géo en terminale S est une vraie pépite. Une réforme du lycée, qui n’est par ailleurs contestée par personne, suggère-t-elle de réaménager les horaires consacrés à l’étude des frontières et de ceux qui les tracent... Voici que c’est la fin du monde qui s’approche ! Oui, la fin du monde, puisque la France, qui est la conscience morale de la planète comme chacun sait, sera bientôt peuplée de crétins incultes n’ayant plus aucun sens de la chronologie des Capétiens ou du tracé de la Durance.

Car pour les promoteurs de « l’appel des vingt pour sauver l’histoire et la géographie », il s’agit bel et bien de « priver les élèves d’un enseignement indispensable » et d’une « volonté de rupture avec les humanités et avec des valeurs supposées être de gauche ».

Hum, « bullshit, bullshit, bullshit  », comme on dit chez les élèves de terminale S qui apprennent l’anglais dans le cadre d’un enseignement essentiellement « utilitariste », maintenant que Sarkozy est au pouvoir et qu’il s’attaque à toute formation qui « ne débouche pas sur un métier ».

Qu’il soit plus judicieux de continuer à faire de l’histoire en terminale scientifique, plutôt que de regrouper les heures en seconde à l’exemple de ce qui se fait depuis (presque) toujours avec le français en terminale littéraire, c’est possible... Mais personne ne s’était pourtant intéressé au fait que les terminales L ne fassent pas de sciences, et encore moins à l’absence d’histoire-géo dans les filières technologiques.

Et tiens, que l’on s’amuse un peu, justement, à réintroduire les maths obligatoires chez les littéraires pour fabriquer les honnêtes hommes du 21e siècle et l’on verra de quel bois les syndicats lycéens se chauffent !

Mais qu’importe : passant la semaine dernière devant le collège Maurice-Ravel, dans le XXe arrondissement de Paris, et avisant un groupe de gamins en train d’en bloquer consciencieusement l’accès avec des poubelles et des barrières de chantier, je leur ai demandé ce qu’ils faisaient, m’attendant à ce qu’ils m’expliquent qu’ils luttaient pour la survie de l’humanisme à l’école. « Euh, oui ça aussi... Mais en fait, c’est surtout qu’on veut pas aller en cours ! », m’a répondu un porte-parole de treize ans n’ayant pas d’opinion tranchée sur la question des coefficients attribués aux sciences humaines au bac S.

Petit saligaud ! On te parle de la fin du monde et tu ne penses qu’à sécher les cours (si ça trouve, il cherchait justement à échapper à une interro de géo) ! Ah, c’est bien la preuve de ce que le processus systématique de destruction de notre civilisation par ce gouvernement inique et illégitime a déjà perverti des ados qui ne jurent plus que par les maths et la physique — convaincus qu’ils sont de la seule finalité professionnelle de l’Education nationale… C’est terrible !

Mais bon, je vous laisse, j’ai une manif à rejoindre contre la sous-traitance à des entreprises privées de la numérisation des documents d’état-civil, préalable à la «  disparition d’une généalogie libre basée sur l’entraide ». Et ça, cette presse aux ordres ne vous en a certainement pas parlé ! Pas plus qu’elle n’ose évoquer ces 14 bourricots menacés d’expulsion, des bourricots pourtant reconnus comme espèce protégée et en défense desquels les signatures déferlent sur le Net

Zola, reviens ! Si tu savais à quel point on se marre !

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  • kevangel
    kevangel
    Chercheur
    • Posté à 17h58 le 11/12/2009
    • Expert 24356
      Chercheur

    Pour une fois, j’approuve en grande partie le propos d’Hugues Serraf. Et surtout c’est vrai que ca ne choque personne que les terminales L ne fassent pas de sciences mais c’est la fin du monde si les terminales S font (un peu) moins de matières littéraires.
    Pour etre encore plus poltiquement incorrect, je dirai que le niveau scientifique des bacheliers S est proche de zéro (on s’en apercoit quand on entre en prépa) et que leur niveau de culture générale est bien suffisant (pour ne pas dire que je trouve absurde qu’il y ait plus d’heures de philo que physique ou bio dans une filiére qui se dit scientifique).
    Pour conclure, je crois que ce sont les filières scientifiques qui sont en danger dans l’enseignement supérieur parce que la filière S du lycée n’est pas assez spécialisée. Meme si je ne suis pas d’accord en général avec ce gouvernement, je pense donc qu’il a raison sur ce point.

    Ou alors, l’autre solution c’est de supprimer totalement les filières. Puisque apparemment les gens veulent que S soit une filières générale, autant mettre tout le monde obligatoirement en S.

  • Suzanna
    Suzanna répond à Hugues Serraf
    • Posté à 19h08 le 11/12/2009
    • Internaute 17779

    Vous êtes sans doute trop jeune pour vous souvenir de la mobilisation qui a suivi la tentative de Joseph Fontanet (vers 1975) de supprimer l’histoire-géo. Elle fut totalement comparable, nul besoin d’en rendre Internet responsable, même si il a effectivement amplifié et généralisé la mobilisation.

    Plus gravement je ne puis en aucun cas partager votre désinvolture.
    Il est impossible de faire en 4 heures le travail qui deja en 5 heures est difficile à boucler (hélas, le niveau moyen des jeunes laisse bien souvent à désirer).

    Quand à la justification de M. Descoings, avec tout le respect que je lui dois (comme j’attends le même respect à mon égard et à celui des enseignants) j’affirme qu’il est illusoire de penser sauver la filière L en supprimant l’HG en TS. N’importe quel parent ou élève capable d’entrer à Sciences Po sait qu’il ne le pourra que dans une classe de bon niveau. Or, en dehors de Heuri IV et quelques autres de même acabit, la majorité des classes de L n’a pas un niveau exceptionnel (sans aucun mépris, c’est une constatation...). Ces jeunes continueront à aller vers les classes de niveau plus élevé, où on peut travailler dans le calme. Simplement pour le concours d’entrée, on ouvre un boulevard aux cours supplémentaires (payants...).

    Enfin, plutôt que de supprimer l’HG, il est possible d’éliminer le bachotage inutile pour les S. C’est très facile et cela ne coûte rien (tirage au sort pour les révisions du 1/4 du programme 3 à 4 semaines avant le Bac). Mais le but de cette « réforme » est de faciliter la suppression de postes, tout est dit.

  • Badgud
    Badgud
    Athée
    • Posté à 19h09 le 11/12/2009
    • Internaute 75022
      Athée

    Je viens de recevoir ce mail de « La gazette d’@rrêt sur images » :

    « Quel tumulte ! A propos de la suppression de l’Histoire obligatoire dans les Terminales scientifiques, on a vu s’enflammer les intellectuels, et une bonne partie de la presse. Avec d’excellents arguments : l’Histoire est indispensable à la formation des citoyens (tout comme la géographie, qu’il ne faudrait pas oublier). Mais à regarder de plus près ce débat explosif, certains détails sont troublants. Pourquoi s’émeut-on moins quand on supprime des heures de maths aux littéraires ? Et les pétitionnaires auraient-ils autant pétitionné, si des heures de matières littéraires avaient été supprimées dans l’enseignement technique ou professionnel ? Ces questions font surgir quelques hypothèses désagréables. Et si cette levée de boucliers exprimait une réaction à la fois corporatiste (les littéraires sont sur-représentés parmi les journalistes), et sociale (pas touche à ma Terminale S, celle de l’élite) ? »

    Et je dois dire qu’ils n’ont pas tort.
    Il y a de quoi être contre cette réforme, car le nombre d’heures est revu à la baisse (et pas qu’en histoire) et comme d’habitude dans ce genre de cas, le programme ne devrait pas beaucoup changer.

    L’histoire c’est important, mais la culture scientifique l’est tout autant. Surtout quand je vois la pauvreté des débats sur l’environnement et les OGMs, on a souvent droit au vide intersidéral.
    Et quand vous allez au supermarché, vous feriez bien de savoir lire les étiquettes, les industriels de l’agroalimentaire ne vous veulent pas que du bien.
    Je ne parle même pas de toutes les conneries que l’on peut entendre au sujet du sida.
    Le manque de culture littéraire vous choque, ben sachez que le peu de culture scientifique, dont certains font preuve, nous choque tout autant.

  • Ben85
    Ben85
    ramoneur
    • Posté à 19h42 le 11/12/2009
    • Internaute 75415
      ramoneur

    J’avoue que je ne sais plus trop quoi penser à propos de cette affaire d’histoire-géo en Terminale S...

    A priori, je serais contre sa suppression...

    Cependant, en y réfléchissant à deux fois, je me dis que, par exemple, les élèves de Première L passent bien les maths, la physique ou les SVT en même temps que le bac de français et en sont « débarrassés » par la suite...

    Alors pourquoi ce ramdam pour les scientifiques ? Parce que c’est proposé dans un moment de tension sociale ? Parce que la France vire anti-Sarko ? Parce que les médias ont créé un « effet-loupe » sur cette réforme ?

    Je ne sais pas. Et j’avoue être beaucoup moins tranché sur la question qu’il y a quelques jours encore...

  • Pseudo
    Pseudo
    Enfin libre : -)
    • Posté à 20h21 le 11/12/2009
    • Internaute 25947
      Enfin libre : -)

    A mon avis, ce n’est pas si simple que ça.

    Pourquoi choisit-on de préparer un bac S ? Pour quelques-uns, par goût des matières scientifiques. Pour d’autres, parce qu’ils ont des bons résultats dans les matières scientifiques et des mauvais dans les matières littéraires.

    Et pour d’autres enfin, parce que c’est considéré comme la filière d’excellence, celle qui vous permettra de choisir n’importe quelle voie par la suite. Parce que quand vos résultats vous permettent de choisir entre L, ES et S, vos parents vous poussent à choisir S : « quand tu auras ton Bac, tu feras ce que tu voudras, mais pour l’instant.... »

    Bref, on se retrouve parfois en S, non par goût personnel, mais par décision parentale. Ce n’est déjà pas drôle, alors si en plus on vous supprimer vos matières préférées : philo, histoire...

    Pour conclure, je dirais qu’à mon avis, un peu de culture littéraire dans des têtes scientifiques ne peut pas nuire et que d’avantage de culture scientifique dans les têtes littéraires ne serait pas dommageable non plus.

  • Hutchinson
    Hutchinson
    Etudiant
    • Posté à 20h29 le 11/12/2009
    • Internaute 87820
      Etudiant

    Bonsoir, au risque de me répéter, je vais redire ce que j’ai dis dans un autre commentaire d’un des autres articles sur cette nouvelle réforme Chatel.
    Contrairement (je pense) à une partie de ceux qui parlent de cette réforme et du lycée, qui d’ailleurs l’avouent eux même, je suis bien « concerné » par cette histoire :

    J’étais en Terminale S l’an dernier, j’y ai passé 3 ans, ayant redoublé (raisons personnelles), je commence à connaître...

    Je suis cette année dans une Licence d’Histoire - Géographie...
    J’ai suivi de près et participé au mouvement contre la réforme de Darcos (tracts, AG, articles, blog etc...)

    J’étais invité par le proviseur à la réunion de consultation des élèves lors du passage de se cher Descoings dans notre lycée, dont l’auteur de l’article parle (travail faramineux faut pas exagérer d’ailleurs)

    Et je m’insurge donc contre cet article !
    Cette idée de supprimer l’histoire géo est stupide, notamment avec ce contexte d’Identité nationale, mais aussi car 4h par semaine en première de remplaceront pas 2h et demi en première et 2h et demi en Term comme maintenant, on y perd donc effectivement.
    Soit disant l’histoire géo qui n’est pas scientifique, excusez moi mais la géographie est aussi scientifique qu’économique et littéraire (voire plus)
    Soit disant les élèves ont autre chose à réviser (sciences) pour le bac, alors que fait-on avec ces 2h de LV2, Italien ou Espagnol ou Allemand etc... en terminale ? Ce sont elles qui auraient du passer en première !
    Bref c’est stupide, les arguments ne tiennent pas.
    Quand au débat sur la culture générale et le niveau des bacheliers, je suis d’accord, il n’est pas excellent, mais croyez vous qu’autant de jeunes l’auraient s’il valait vraiment quelque chose ? Et dans ce cas il faut une véritable réforme, sur le fond.
    Les idées elles sont là, on les a données à se cher Descoings en même temps que nos revendications, mais elles n’ont pas du être comprises ou sont restées dans un placard.
    Bon evidemment je suis jeune, étudiant, et je n’ai pas encore trop de recul mais comme certains le disaient à propos de la science, j’en avais un peu marre de voir écrites un tas de conneries sur un sujet dont la plupart ont oublié les détails depuis qu’ils sont partis du lycée.

    Et analyse personnelle, je ne sais pas si cela date des dernières semaines et ça m’étonnerait, mais il y a une volonté chez les journalistes et rédacteurs d’articles de toujours vouloir aller dans l’autre sens d’opinions « générales » (ici les « cerveaux » qui se sont levés contre cette réforme), qui parfois je trouve est abusive et devient lourde... On voit sa avec le sommet de Copen et les Climato-sceptiques... Sa fait 15 ans (et plus) qu’on entend toute « l’intelligensia » raler contre le manque de conscience de l’état de la planète, et maintenant que sa a l’air de bouger et que tout le monde commence à aller dans se sens, il devient donc « a la mode » d’aller à l’encontre... et sa donne des articles comme on en a un sur la Rue, qui dénonce les journaux qui unissent leur propos, ou comme celui-ci avec la réforme... bref coup de gueule passager !

  • La prof
    • Posté à 21h38 le 11/12/2009
    • Internaute 15940

    « Une réforme du lycée, qui n’est par ailleurs contestée par personne »

    Tenez-vous au courant, M. Serraf, plusieurs syndicats, dont le Snes et la CGT éduc’action, sont en lutte contre plusieurs points fâcheux de cette réforme.

    Notamment : les heures de cours considérés comme « tronc commun, » dont l’histoire-géographie fait partie, seraient alignées en première, ce qui fait que la même salle de classe serait pleine à craquer d’élèves de L, S, et ES confondus. Donc, qui dit alignement des cours, dit alignement des programmes...sur les S. Tout le monde termine ainsi le programme plus tôt, un programme tronqué, où ce qui dégage, c’est l’histoire contemporaine, Vème République, etc. Inutile, pas vrai ?

    Résultat, en terminale L et ES, l’enseignement d’H-G sera centré sur les méthodes (carte, chronologie, etc). Bon, les méthodes, c’est bien, mais on les étudie depuis le collège, et c’est un peu crétin de les re-greffer à la fin du cycle, sans contenu précisé (jusqu’à présent).

    Le problème, il nous semble, c’est que cette mesure prive l’ensemble des élèves d’une année significative, et d’un contenu qui contribue à faire réfléchir nos futurs citoyens...histoire qu’ils ne votent pas sans savoir, pour le dernier qui a parlé.

    En conclusion, laissez Zola tranquille, et informez-vous mieux (auprès de lycéens, par exemple, pas de collégiens de 13 ans...).

  • Compte supprimé le 4 janvier 3
    • Posté à 01h16 le 12/12/2009
    • Internaute 41144

    Bravo, M. Serraf. Comme d’habitude, je me suis régalée à vous lire.

    J’aimerais ajouter qu’il faut regarder un peu autour de nous et constater que les lycéens français sont ceux qui croulent sous le plus grand nombre d’heures de cours par semaine, à qui on impose le plus grand nombre de matières différentes jusqu’au bac, ceci pour un résultat très peu probant.

    Alors que l’on se pâme devant le « modèle finlandais », voici comment se passe le bac en Finlande :

    « Le candidat doit participer à au moins QUATRE épreuves, celle de la langue maternelle étant obligatoire pour tous les candidats. Pour les trois autres épreuves, le candidat aura le choix entre les quatre épreuves suivantes : seconde langue nationale, une langue étrangère, mathématiques, une épreuve pluridisciplinaire. De plus, le candidat peut participer à une ou à plusieurs épreuves facultatives. »

    (Lien)

    Pour rappel, les lycéens français, dans les lycées généraux, ont au moins DIX matières différentes, ce qui se traduit au total par un horaire écrasant mais avec peu d’heures par matière, ce qui fait qu’on n’approfondit rien, qu’on survole tout dans une course permanente pour « finir le programme ». Avec plus de 30 heures de cours hebdomadaires - le travail personnel en plus - les jeunes Français sont très très loin des 35 heures auxquelles leurs parents sont si attachés et n’ont pas droit au repos dominical qui est pourtant inscrit dans la constitution.

    Je suis donc tout à fait favorable à ce qu’on supprime des heures de cours et qu’on réduise le nombre de matières. Le problème est que chacun est très attaché à son pré carré, que chacun est persuadé que SA matière est la plus indispensable de toutes (moi la première), et que donc personne n’acceptera de réduction d’horaire. Il est vrai aussi que c’est très important, l’enseignement de l’histoire (pour la géographie, tout le monde semble plus ou moins s’en foutre, les géographes les premiers...), que c’est très important, la culture générale, et j’en suis une ardente défenseuse.

    Cependant, les cours d’histoire sont dispensés sous forme de cours magistraux où le professeur parle et où les élèves copient à toute allure - ce qui n’est pas très favorable à l’appropriation. Le cours est ensuite appris par coeur et récité tel quel - bachotage intense pour le bac - pas très pédagogique, tout ça.

    Deuxième cependant : tout le monde ici semble voir l’enseignement de l’histoire (et de la philo) comme un rempart au totalitarisme : ce serait bien si c’était si simple, mais je rappelle que l’Allemagne qui a voté pour les nazis était le pays le plus instruit et le plus cultivé du MONDE. Que l’enseignement des humanités n’a pas empêché Pétain. Que les pays les plus démocratiques (et les plus anciennement démocratiques) ne sont pas ceux où on inflige le plus de matières différentes aux élèves (voir la Finlande ou le Royaume-Uni : TROIS matières au bac anglais !)

    Troisième cependant : on parle non pas de la suppression de l’enseignement de l’histoire-géo en terminale S mais de la suppression de son enseignement obligatoire : la matière est maintenue en option. Les élèves qui choisissent S non pas pour faire des sciences mais parce qu’il s’agit d’une filière d’excellence auront tout à fait la possibilité de choisir cette option.

    En fait, c’est là que le bât blesse, et c’est ce qui me choque le plus dans toute cette histoire (si je puis dire) : certains rappellent que les maths sont optionnelles en L, c’est un vrai argument, mais personne (à ma connaissance) ne soulève le fait que l’histoire-géo n’est PAS enseignée dans les filières technologiques et professionnelles. Curieusement, tout le monde s’enfiche : serait-ce parce qu’il ne s’agit pas de l’élite, mais du « tout-venant » de la population scolaire ?

    Sur les 600 000 candidats annuels au bac (tous bacs confondus), seuls 300 000 (la moitié, donc) passent un bac général. Sur ceux-là, la moitié environ passe un bac S. Sur les 150 000 élèves de terminale S, on peut largement imaginer qu’au moins la moitié choisira l’option histoire-géo : on se bat pourquoi, exactement ?

    La vraie question, à mon avis, c’est que le système scolaire français, qui est sur le papier le plus « égalitaire » du monde, est en réalité extrêmement inégalitaire... Seule l’élite de la jeunesse arrive au bac général - et sur cette élite, seule la crème va en terminale S - non pas pour étudier les sciences mais pour rester entre soi. Le choix ne se fait donc pas entre S (scientifique), ES (économique) et L (littéraire), mais entre la filière d’excellence et les autres. Il n’est pas normal que les meilleurs élèves des prépas littéraires ou des facs littéraires ou de sciences humaines viennent de S, c’est du gâchis.

    Je trouve courageux de s’attaquer à cette forteresse, et j’admire Richard Descoings pour son travail à Sciences Po en particulier et pour l’Education Nationale en général.

  • -Candide-
    -Candide- répond à Suzanna
    Jardinateur
    • Posté à 15h56 le 13/12/2009
    • Internaute 40778
      Jardinateur

    Alt-Z et Suzann, merci de vos témoignages.

    Je confesse que j’ai passé le BAC en 82, et que mon point de vue reflète plus la situation à cette époque et dans le contexte particulier des profs que j’avais.
    Donc comme pour vous, une situation personnelle qui en vaut une autre, mais probablement moins d’actualité.
    Cette vision était à l’époque largement partagée par les autres élèves, y compris parmi les passionnés de ces matières.

    Je ne peux que me réjouir que la situation ait évoluée.
    Comme quoi, les réformes éducatives successives (systématiquement décriées mais ça c’est pas un scoop) ont peut-être eu quelques effets bénéfiques.

    Alt-Z, je suis très content pour votre 19/20
    Sans doute un signe que les mentalités ont évolué.
    A l’image d’un devoir de math intégralement complété, le 19 ou 20 ne devant pas à mon sens refléter que le niveau est parfait, mais que le niveau correspond entièrement à l’attendu, ce qui est foncièrement différent.
    A mon époque, aux dires même de mon prof d’histoire-géo (lui-même correcteur au BAC), les correcteurs se devaient de respecter une moyenne et un écart type donnés, rendant de facto la quasi impossibilité des notes extrêmes.

    Sur le fond du sujet,
    La réforme de Luc Chatel, avait été globalement entériné par l’ensemble des acteurs. Ses détracteurs argumentant pour certains de « reformette » pas assez ambitieuse, quand d’autres criaient à la révolution - Sans-doute là les signes extérieurs d’un bon compromis ; -)

    Quand à la légère diminution des heures cumulées obligatoires d’histoire géo en filière S, elle sont largement compensées par ceux qui choisiront cette option en Terminale.
    Mon Dieu, si on laisse choisir les élèves, où va t-on !
    Je vous laisse lire quelques avis sur la question :
    Lien
    Ainsi des fédérations de parents d’élèves (plutôt classées à gauche) ont rejoint d’autres fédérations (plutôt classés à droite) soutenant le projet de réforme.

    Comme quoi, tous le monde ne partage pas l’avis de nos intellectuels élitistes.