Gauche libérale tient son congrès fondateur dans une caravane
Une poignée de transfuges d'Alternative libérale prépare le lancement d'un parti libéral de gauche. Vu le niveau d'atomisation de la gauche française, on n'est plus à ça près…
On ironisait, dans le temps, sur ces partis politiques dont l'effectif est si réduit qu'ils pourraient organiser leur congrès dans une cabine téléphonique. Mais avec l'arrivée des téléphones portables, l'image a vieilli et aux fabricants de métaphores en difficulté, je veux bien suggérer ce nouveau concept : le meeting qui se tient dans une caravane.
Convié, hier soir, à assister à la réunion fondatrice de Gauche libérale dans l'arrière-salle d'un bistrot du XIe arrondissement de Paris baptisé, on l'aura déjà deviné, La Caravane, et compte tenu de la faiblesse numérique des troupes en présence, l'expression me semble adaptée.
Adaptée, mais pas nécessairement péjorative : une caravane, c'est souvent une remorque de camping un peu ringarde, mais c'est parfois une longue file de chameaux porteurs de trucs nouveaux que l'on attend avec impatience d'une oasis à l'autre !
En avance sur des sujets comme la légalisation du cannabis
A ceux pour qui la notion même d'un « libéralisme de gauche » est une contradiction dans les termes, puisque la gauche est censée promouvoir l'Etat et le collectif quand le libéralisme ne reconnaît que la main invisible et l'individualisme, il sera difficile d'expliquer qu'ils se fourrent le doigt dans l'œil jusqu'au coude.
Mais qu'importe : pour la petite troupe installée dans la salle du fond, ce n'est pas eux qu'il faut convaincre, mais bien la myriade de progressistes écœurés par le conservatisme de l'offre politique française et en quête d'un parti pour lequel voter avec un poil d'enthousiasme.
Enfin, ça c'est la théorie de David Poryngier, initiateur du nouveau mouvement et en quasi-rupture de ban avec Alternative libérale, pour qui l'idée d'un libéralisme « grand angle » a vécu :
« Alternative Libérale reste le parti libéral de référence en France, mais il cherche à réunir des gens qui n'ont rien à voir les uns avec les autres, déplore-t-il.
Il n'y a pourtant pas grand-chose de commun entre des “contribuables en colère”, dont la seule préoccupation est de payer moins d'impôts, et d'authentiques progressistes attachés aux libertés individuelles, voire très en avance sur une grande partie de la gauche sur des thèmes comme la légalisation du cannabis, l'adoption par les couples homosexuels, l'immigration ou la mise en place d'un revenu universel… »
Ce mariage de la carpe et du lapin, qui fait de ce jeune professionnel du Web d'origine belge une sorte de miroir inversé de Jean-Marie Bockel à l'intérieur d'un mouvement libéral étouffé par sa droite (son courant pèse à peine plus lourd au sein d'AL que n'en pesait celui du maire de Mulhouse avant qu'il ne passe du côté sombre de la force) n'est donc plus tenable, même si les conjurés ont eux-mêmes du mal à fixer les éléments d'une doctrine acceptable par tous.
Il faut dire que les libéraux de gauche, c'est un peu comme les trotskistes et les Auvergnats : quand il y en a un, ça va, mais quand il y en plusieurs, ça fait autant de chapelles… Ça n'inquiète pourtant pas David Poryngier, qui ne voit pas cette diversité-là comme un obstacle :
« Autant le grand écart est devenu impossible à l'intérieur d'AL, dont certains membres votent pour Philippe de Villiers et nous traitent de gauchistes, autant les différences d'approche entre libéraux de gauche restent réconciliables.
Mais nous ne voulons surtout pas nous retrouver dans une posture caricaturalement libérale-libertaire, qui ferait de nous des gens de droite au plan économique et de gauche sur les questions sociétales. Nous avons au contraire des points de vue assez radicaux à exposer sur la crise financière, le système bancaire, les oligopoles industriels, les relations entre le pouvoir et certains grands groupes, voire les paradis fiscaux qui ne sont que rarement exposés. C'est peut-être le moment de le faire… »
Attirer une figure de proue connue du grand public
Radicaux, ils savent effectivement l'être, à l'instar de Christian Taro Toma, ingénieur dans le domaine énergétique, qui n'est pas encore totalement convaincu par le projet, se définit comme « libertarien », fait volontiers référence à D66, un parti social-libéral hollandais, et a surtout un problème avec la présence d'un Etat de plus en plus intrusif. Pierre angulaire des missions logistiques à Alternative libérale, sa défection se ferait certainement sentir à la maison-mère…
La question reste pourtant de savoir si les discours tenus par Gauche libérale peuvent séduire à l'extérieur de la caravane. Et surtout si le mouvement est capable de s'attirer la bienveillance d'une figure du proue connue du grand public.
« C'est certainement anecdotique, mais allez faire un tour sur Facebook et regardez le nombre de gens qui se déclarent spontanément libéraux de gauche et votent alternativement, et par défaut, pour le PS, les Verts ou même le MoDem. Il y a bien un tas de gens dont le souci est de conjuguer liberté économique, progrès et justice sociale, explique encore David Poryngier, et qui seraient très heureux de voir qu'un parti qui leur convient est en train d'émerger.
Maintenant, pour les personnalités proprement-dite, disons que nous sommes en phase d'observation. Cohn-Bendit nous plait bien, Jean-François Kahn dit des choses intéressantes depuis quelques temps et nous avons aussi regardé du côté de Manuel Valls mais il est un peu trop coincé du côté de la question des drogues, à l'inverse de Daniel Vaillant, d'ailleurs… »
La question de la libéralisation du cannabis, pas uniquement pour le plus grand plaisir des bobos fumeurs de joints (mais quand même un peu, évidemment), est en effet totalement éludée par le maire d'Evry qui refuse d'en saisir les enjeux sanitaires, économiques, politiques et même de co-développement international et préfère se cantonner à un conformisme prudent.
« Et Bockel ? » est-on tenté de demander à ces libéraux qui n'hésitent pas à citer Gramsci, fondateur du parti communiste italien. « Et son mouvement Gauche Moderne ? » :
« Nous sommes allés voir, bien sûr, mais outre qu'il s'est totalement ridiculisé dans l'histoire de sa mutation au ministère des Anciens-Combattants, reconstruire la gauche dans la droite, ça n'a aucun sens. »
En tout état de cause, le projet est d'être capable de présenter des candidats aux législatives de 2012 et, surtout, de donner une légitimité à des idées répandues, mais que personne n'ose ou ne sait formuler. Est-ce que ça peut marcher, dans un pays où « libéral » est à la limite de l'insulte que l'on se lance entre automobilistes avinés ?
On verra bien, se marrent ces fans de Frédéric Bastiat : « De toute manière, même quand les chiens aboient, la caravane passe »…
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De Altermedia
Citoyen français, webmaster | 18H30 | 25/11/2009 |
Malheureusement, votre bon article pointe du doigt le gros problème de notre système politique, c'est à dire la multiplication des différents partis politiques... Chacun y va de sa sauce et de ses opinions, pour créer un énième parti...
Pourquoi ?Très vague question, mais je pense que le manque flagrant de charisme dans les personnalités de gauche est un des arguments les plus pertinents... Tout comme la spécialisation et le manque d'ouvertures de ces partis !On se souviendra des remarques faites à Ségolène Royal qui faisait de l'épuration après les élections présidentielles...
En tout cas, bravo à votre article !
http://france-fidele.e-monsite.com
De I.P
Flat4 | 18H48 | 25/11/2009 |
Ce matin, au boulot, on a causé politique pendant la pause café. On peut avoir un article sur notre nouveau parti ?
De TH.
multicontractuel flexisécurisé | 18H53 | 25/11/2009 |
Je ne vois vraiment pas ce que vous lui trouvez de si foireux, à cet article... Pas de quoi s'offusquer, de mon point de vue.
Certes, on aurait aimé en savoir plus sur leur positionnement quant à d'autres partis, et notamment la Féd. Anarchiste, où encore le parti cannabique, bref il pourrait être reproché à l'auteur un manque de questionnements politiques aux initiateurs de ce truc... Mais exprimez-vous, bordel ! au lieu de "nazer" à bras raccourcis, bande d'évaluateurs à la petite semaine !
De numeroSeptduvillage
media-citoyenne et ecologeek | 19H09 | 25/11/2009 |
merci. grâce à vous je vais pouvoir mourir de rire tranquillement dans mon coin ce soir. voilà.
Aux USA qui se prétend démocratique avec 2 droites comme choix politique (tousse), cad droite libérale ou droite démocrate, on y arrive en France aussi.
Exit la gauche, voici la gauche libérale (une droite démocrate donc c'est ça?).
Alors, déjà que les gens ne comprennent pas la légitimité de l'espace public versus l'espace privée, du rôle d'une association et d'une entreprise, du rôle de l'ETAT garant des droits des personnes et des services... voilà la gauche libérale.
question en fait: elle était déjà là donc elle s'est juste décomplexée elle aussi?
Je suis assez inquiète de voir l'âge des dirigeants qui veulent sauver leur meuble. J'ai 35 ans et je n'ai jamais pu exercer ma citoyenneté dans cette fichue vie car il n'y a aucun représentant politique pour notre classe d'âge: 25-35 ans. Rien le néant. Des discours d'un autre monde et d'un autre âge. On est des surdiplomés trilingue, on a pas de logement ni d'avenir rien... qu'on doit déjà dire merci pour payer les taxes carbones de la génération d'avant (super merci le cadeau) par exemple.
DROITE ET GAUCHE = PLOUTOCRATIE voilà
je repars mourir dans mon coin merci.
De Dissonance
demandeur d'emploi ou pas | 22H00 | 25/11/2009 |
Article creux, mais alors creux...
"A ceux pour qui la notion même d'un « libéralisme de gauche » est une contradiction dans les termes, puisque la gauche est censée promouvoir l'Etat et le collectif quand le libéralisme ne reconnaît que la main invisible et l'individualisme, il sera difficile d'expliquer qu'ils se fourrent le doigt dans l'œil jusqu'au coude."
Bah justement, moi j'aurai bien voulu voir ne serait-ce que le début d'un argument, parce que là comme ça, cet énoncé (et pas que lui) donne l'impression d'un magnifique botté en touche.
Sur le reste... Que dire? Si ce n'est que la mesure phare au programme porte sur la "libéralisation du cannabis"(*) (4 occurrences dans l'article, tout de même) et que finalement c'est un peu maigre en terme de progrès social...
Ah ouais, j'aime bien aussi:
"Nous avons au contraire des points de vue assez radicaux à exposer sur la crise financière, le système bancaire, les oligopoles industriels, les relations entre le pouvoir et certains grands groupes, voire les paradis fiscaux qui ne sont que rarement exposés. C'est peut-être le moment de le faire..."
C'est pour ménager le suspens que cette citation s'arrête sans que rien n'ait été dit? Quand Coluche le faisait dans le sketch "le cancer du bras droit", au moins, c'était drôle, alors qu'ici, même pas.
Bref, un article qui vaut certainement pas le temps que j'ai passé à le commenter.
(*)novlangue pour dire déréglementation - le mot est devenu tabou depuis qu'on peut observer le résultat de la déréglementation financière aux États-Unis, elle aussi "l'œuvre" de libéraux.
De HadrienCB
étudiant | 01H17 | 26/11/2009 |
Gauche libérale mon oeil, c'est pas parce qu'on est bobo et qu'on se fume un joins de temps en temps et qu'on va à la marche des fiertés (gay pride) qu'on est de gauche mon pépère.
Être de gauche c'est croire d'abord dans l'unité de l'action politique sur la société, on baisse pas les impôts car c'est la guaranti de l'action de l'etat sur l'emploi et l'éducation, on agit sur l'éducation car sa ne peut qu'entrainer une dynamique pour l'enploi et la culture...
L'homoparentalité n'est pas un gadget et la légalisation du cannabis non plus ce sont des mesures à appliquer au coeur d'une politique de transformation radicale des structures de notre société.
Cette politique sera de gauche... Alors assez avec les hippocrites qui arrivent pas à s'avouer qu'ils sont paumer politiquement et des péte cul qui pense que créer un parti ces être un bon citoyen.
De Hugues Serraf (auteur)
Chroniqueur | 10H44 | 26/11/2009 |
Je me suis contenté de parler de l'initiative prise par les animateurs de Gauche libérale, c'est à dire d'une fracture à l'intérieur d'un mouvement libéral que l'on présente généralement (et faussement) comme une sorte d'annexe monolithique de la droite conservatrice. Mais si vous voulez en apprendre davantage sur les options politiques ou économiques de ces libéraux de gauche, il suffit de cliquer sur les liens proposés dans le papier :
Gauche libérale : http://www.gaucheliberale.org/
La motion présentée par ce courant aux élections internes d'Alternatives libérales : http://www.gaucheliberale.org/post/2007/10/16/La-motion-Gauche-Liberale-...
Il ne s'agissait donc pas de reproduire leurs tracts ou leurs documents de campagne mais bien d'évoquer l'existence d'un courant de pensée dont, c'est le moins que l'on puisse dire, on ne parle pas très souvent.
De Hugues Serraf (auteur)
Chroniqueur | 10H50 | 26/11/2009 |
Je ne sais pas qui sont ces "économistes qui prenaient Bastiat pour un clown" (il faudrait être plus disert), mais à ceux qui ne connaissent pas cette figure historique du libéralisme de gauche en France, voici un lien vers un extrait de la fameuse "pétition des marchands de chandelles" exigeant la fin de la concurrence déloyale du soleil :
http://fr.wikipedia.org/wiki/P%C3%A9tition_des_fabricants_de_chandelles