
Coming out : je préfère qu'on roule pour moi
Oui, c'est vrai, je ne suis pas vraiment celui que je prétends être…
Lorsque j'étais petit -pas tout petit mais, disons, assez petit-, je ne savais pas me servir du téléphone… Dis comme ça, ça n'a l'air de rien, mais je me souviens que cette incapacité à comprendre le fonctionnement du gros appareil gris qui trônait sur le guéridon de l'entrée était la source d'immenses angoisses. Bon, ne pas savoir téléphoner à cinq ans, ça pouvait encore passer, je m'en rendais bien compte. Mais je me projetais dans l'avenir avec terreur, imaginant mille moyens d'éviter, une fois adulte, de me retrouver dans l'obligation de passer un coup de fil devant tout le monde…
A ma décharge, composer un numéro sur le cadran mécanique des bigophones de mon enfance n'avait pas grand-chose à voir avec la sélection d'un contact dans le répertoire d'un iPhone. Encore aujourd'hui, s'il m'arrive de tomber sur l'une de ces antiquités en bakélite à l'occasion d'un voyage dans une contrée moins en phase avec la révolution digitale, j'ai toujours un bref passage à vide au moment d'introduire mon index dans l'un de ces petits orifices (non, je ne vois vraiment pas ce qu'il y a de drôle, et vous avez certainement l'esprit mal tourné si l'évocation de doigts et de trous en présence d'un mioche de cinq ans vous fait penser à Roman Polanski).
Pour autant, j'ai fini par m'en tirer et je peux dire que le quadragénaire que je suis sait non seulement téléphoner, mais également attacher ses lacets, conduire une voiture, mettre une machine à laver en route et embrasser avec la langue ! Une chose que je ne sais toujours pas faire, toutefois, et je crois d'ailleurs qu'il est temps que je me fasse une raison à ce stade, c'est rouler un joint convenable.
Oh, ce n'est pas faute d'avoir essayé, tout seul dans ma chambre d'ado ou en duo sur la banquette arrière de ma première 4L : petites feuilles de Rizla Croix, grandes feuilles d'OCB, Zig-Zag à l'effigie du zouave du pont de l'Alma… Je les ai toutes testées sans succès. Je peux bien me débrouiller pour produire un stick honorable à usage individuel (et encore : il se décolle généralement après trois ou quatre bouffées), mais pour ce qui est d'un pétard véritable, de ceux que l'on admire sur les posters de Bob Marley et les pubs des coffee shops amstellodamois, bernique (ne faites pas attention, c'est une expression de l'époque des téléphones à cadran) !
Dans la vie de tous les jours, il ne s'agit pas d'une carence fondamentale : on peut exercer une profession, élever des enfants, s'impliquer politiquement, courir le marathon et faire Londres-Paris à vélo sans que quiconque ne songe à vous reprocher d'avoir deux mains gauches. Mais participez donc à une petite sauterie entre amis sans savoir rouler un pétard digne de ce nom !
Comme à l'époque de mes désarrois téléphoniques, et à ma grande honte, j'ai dû apprendre à camoufler soigneusement ce handicap social. Tiens, c'est même la première fois que j'ose en parler publiquement, de cette incompétence cannabique. Et je me suis toujours arrangé pour laisser rouler les autres même lorsque je régalais, prétextant un doigt foulé, une maladie de Parkinson, n'importe quoi qui puisse justifier qu'un grand garçon comme moi ne sache même pas fabriquer un cône, comment dire, conique…
Ayant fait l'acquisition de l'une de ces petites pipes métalliques vous dispensant de détruire les forêts scandinaves pour inhaler votre illicite mélange, je me suis rendu compte qu'elle ne réglait pas le problème en société : en ces temps hygiénistes, faire tourner un joint baveux est déjà assez inquiétant pour qu'il ne soit pas nécessaire d'en rajouter dans la transmission d'humeurs malsaines.
D'où la terrible décision de faire, enfin, mon coming out et de cesser de prétendre que je suis quelqu'un que je ne suis pas ! Non, je ne sais pas rouler un joint. Non, je ne me suis jamais luxé l'index de ma vie. Non, je ne souffrais pas d'une crise de tremblante du mouton lors de la dernière fiesta chez Michel B… C'est ainsi, mes pétards ne sont que des parodies de pétards, mes spliffs des ersatz de spliffs, mes bédos des caricatures de bédos, mes doobies des insultes au concept même de doobie…
Car j'ai décidé d'assumer. De ne plus me cacher et de me trémousser la tête haute dans les soirées enfumées, de m'incruster sans honte dans les petits groupes d'homo-sapiens sapiens à pouces réellement opposables. Bref, d'exiger que mon handicap soit reconnu, admis et respecté comme celui de n'importe quel dyslexique bègue et dyscalculique. Nous sommes tout de même en 2009, merde !
Hum, mais ce n'est pas tout. Il va falloir que j'en parle aussi à ma mère, maintenant… D'ailleurs, le mieux, c'est de le lui annoncer par téléphone. Enfin, si je réussis seulement à remettre la main sur ce fichu téléphone à cadran…
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De thierry reboud
Fan-club à kk, carte n° 1 | 14H46 | 25/10/2009 |
Ben quoi ? Il n'est pas mal, ce texte ! Tiens, 5 boules pour lui, merde alors !
D'accord, il ne sert à rien (même pas à insulter le vaticinateur), mais il est bien troussé, assez marrant, et il parle à l'expérience humaine, non ?
Franchement, je préfère largement Serraf quand il sort du placard que quand il vaticine. (Après, des goûts et des couleurs...)
De eXistenZ
Arracheur de dents | 15H38 | 25/10/2009 |
Il a manifestement réussi à en rouler un aujourd'hui ;)
De Enki 9562
Alchimiste | 17H00 | 25/10/2009 |
Rien de tel qu'un calumet pour réconcilier les hommes, vous me prenez par les sentiments.
(J'ai moi même de grosses difficultés avec la machine qui parle sans sourire)
Néanmoins, j'espère que Maitre AA vous a briefé parce que vous flirtez avec la loi:
Selon l'article L.630 de la loi du 31 décembre 1970 :
"Le fait de provoquer à l'usage de stupéfiants alors même que cette provocation n'a pas été suivie d'effet, ou de présenter ces infractions sous un jour favorable est puni de cinq ans d'emprisonnement et de 500 000 F d'amende.
Lorsque le délit prévu par le présent article est commis par la voie de la presse écrite ou audiovisuelle, les dispositions particulières des lois qui régissent ces matières sont applicables en ce qui concerne la détermination des personnes responsables."
Permettez moi donc de vous aider à comprendre comment une grosse partie de nos contemporains se font des fumigations illicites sans produits préfabriqués.
Une part de vos difficultés à reproduire ce processus, rituel pour beaucoup, provient probablement d'un classique empressement à conclure, et d'un usage excessif de la force.
Les étapes préliminaires sont en effet déterminantes.
D'abord, si vous tentez un filtre dit "marocain" formé du bout d'une cigarette, que d'aucuns préfèrent pour le shit, veillez préalablement à le tasser en tapotant la dite cigarette sur le coté opposé au filtre, vous aurez un matériel plus stable qui aura moins tendance à se déliter et échapper à votre prise.
Si vous utilisez un filtre carton, que les amateurs de weed préfèrent, veillez à son élasticité en le roulant deux fois. Une première fois plisse le carton et lui donne sa courbure, une deuxième, sans force, lui donne sa forme finale. Si le carton a une face lisse, comme ceux prélevés sur un paquet de cigarettes, présentez celle ci à l'extérieur, elle glissera mieux sur le papier. Laissez dépasser un tiers de ce filtre que vous rentrerez une fois le joint roulé, cela compense facilement une classique faiblesse de densité à la base de l'appareil.
Les grandes feuilles sont une fausse facilité, c'est beaucoup de papier. Dans le souci sanitaire de limiter la part de papier fumée, préferez un collage de deux feuilles, dont la deuxième sera coupée en biseau (pliez, lèchez le pli et déchirez), cela aide aussi la phase finale d'enroulement en créant une languette plus aisée à amener du bout de la langue qu'un fouilli de papier inutile. N'oubliez pas de prolonger le pli médian en repliant le collage, cela assure la cohésion des deux feuilles et vous permet de répartir le mélange au creux de ce pli.
Car la clé est dans la répartition et la mise en forme du mélange plus que dans son emballage. Répartissez également le mélange en veillant à son homogénéité, et préformez le en le roulant doucement dans sa feuille jusqu'à obtenir un tube ou un cône régulier. Le collage s'enroulera sans effort autour de son contenu si vous vous contentez de serrer le papier sur le filtre de la main droite (dans l'hypothèse où vous ne seriez pas gaucher, on ne sait pas trop, vous concernant), le pouce de la main gauche lissera sans presser le bord de la feuille sur le mélange en s'appuyant sur le majeur, tandis que l'index rabattra la feuille.
Alors, et alors seulement que le collage est presque entièrement roulé autour du mélange, il est temps d'humecter la bande collante de la feuille horizontale, qui viendra d'elle même se coller en partant du filtre, par un léger mouvement de rotation inversée de vos deux mains. L'index de la main gauche viendra caresser la bande collée afin d'en assurer la jonction.
Il est temps, à ce stade, de finaliser le collage en rabattant la bande collante perpendiculaire que vous enroulerez en tournant le joint sur son filtre, et non la feuille autour de lui.
Si vous avez respecté la tendance naturelle du mélange de tabac à s'entremeler pour former une matière souple et cohérente, si vous avez respecté la facilité du papier à s'enrouler de lui même sur une forme harmonieuse, vous pouvez maintenant brandir l'appareil érigé qu'il ne vous reste plus qu'à tasser.
La méthode de tassage devra être adaptée à vos défauts de roulage. Si la base du joint est lâche, usez de la force centrifuge en secouant le joint par son extrémité. Si vous n'avez plus qu'à en densifier l'extrémité avant de refermer l'appareil, utilisez un tasseur disponible: Le filtre de la cigarette que vous aurez éventrée, une autre cigarette, un stylo Mont Blanc ou un Bic.
La façon dont vous fermez l'appareil peut être simplement de tordre le papier excèdent en mèche, mais toutes les variantes possibles sont ici une affaire de style personnel.
Soyez doux, donc...
Sinon, un vrai shillum traditionnel, avec pierre amovible, que vous fumerez à travers un linge humide apporte toute satisfaction aux amateurs et permet de se passer de tabac.
Un bang est également facile à fabriquer et fort sympathique à personnaliser, il doit bien me rester quelques tronçons de chaumes de phyllostachys bambusoïdes du diamètre adapté pour vous dépanner.
Bien à vous...
De Lemmy_Nothor
En cavale | 18H58 | 25/10/2009 |
Tiens, c'est pas souvent que ça arrive.....je te file le lien de celle qui m'a apprit a rouler.....
Si ça marche pas du premier coup......tu regardes une autre fois.....
De Jambalaya
Le contenu de ce champ apparaît ent... | 23H43 | 25/10/2009 |
Qui roule bamboule, qui fournit suit, c'est l'avantage d'être adroit de ses mains quand on a des oursins dans les poches.
Et puis... peu importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse !
De Keldan
Polytoxicomane à temps partiel | 18H28 | 26/10/2009 |
Quitte à faire dans l'aveu, mes premiers joints dignes de ce nom j'ai du les faire à 22 ans.
La faute au bhang, fidèle compagnon des mes quatre premiers années de déchéance, que je trouvais bien plus efficace que ces cigarettes artisanales (en fait c'est surtout plus brutal), qui fait que je ne roulait jamais et donc que je n'ai jamais vraiment appris.
A cela il faut aussi ajouté le fait que je suis aussi habile de mes doigts qu'un dauphin est doué pour la course à pied.
Du coup, je ne pratiquait que la pipe à eau et celui qui refusait de prendre un coup de bambou se voyait chargé d'office de la confection (sinon celui qui fume des roulées).
Mais un jour j'ai trouvé le remède miracle : la feuille slim ! Finie la galère avec le collage en L, fini de se faire critiquer parce qu'on met trois feuilles et que c'est pas bon.
Bon au début on en chie quand même, on roule, reroule, rerererereroule et on se dit qu'on a bien fait de faire ça tout seul chez soi.
Mais après six mois, on choppe le coup facilement, et s'en est tellement facile que je peux rouler presque d'une main sans y prêter attention au beau milieu d'un partie de COD4, au milieu de la grosse foule houleuse d'un concert de rock, en cinq cinq dans le noir dans un coin de rue, ou ce que je considère comme un véritable défi, dans la voiture d'un indigène sur les routes d'Auvergne, donc dans une succession ininterrompue de virages à une vitesse de 70km/h.
Alors mille grâces de soi rendues, ô ma chère OCB Slim Prenium :D (et ainsi qu'à ma fidèle planche à rouler :D)