11/08/2009 à 12h36

Festival interceltique : Lorient, c'est pas si moche


Il faut sans doute pas mal d'imagination (ou de mauvaise foi) pour suggérer que Lorient est une belle ville. Rasée à plus de 80% en 1943 et reconstruite n'importe comment par la suite, elle offre le même panorama sans grâce de barres et de tours que Calais ou Dunkerque, autres grands ports français presque intégralement privés de leur patrimoine architectural par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale.

Mais bon, ça n'est pas un scoop : de l'imagination et de la mauvaise foi, j'en ai à revendre ! Alors, oui, je prétends que Lorient est une ville magnifique, et que le méchant béton qui fait tenir debout l'église Saint-Louis vaut largement le granit de la cathédrale Saint-Pierre de Vannes !

D'autant plus que j'ai fait partie des rares privilégiés autorisés, cet été, à grimper jusqu'au clocher du surprenant édifice, histoire d'admirer la rade depuis les nuages.

C'est sûr, vues d'en haut, les barres et les tours restent des barres et des tours et ne se mettent pas à ressembler aux hôtels à colombages de l'autre grande cité morbihannaise ; encadrées par la citadelle de Port-Louis et les portiques de déchargement des quais de Kergroise, elles finissent pourtant par avoir une certaine allure…

Un mélange de Woodstock druidique et de foire-expo

Paradoxalement, le meilleur moment pour prendre la température de Lorient, c'est celui pendant lequel les autochtones sont minoritaires et doivent faire de la place aux 650 000 visiteurs du Festival interceltique, ce mix de Woodstock druidique et de foire-expo pour fabricants de triskells en clous de maréchal-ferrant.

Cette année, on pouvait y voir en concert notamment la Galicienne Susana Seivane. (Voir la vidéo, en anglais)

Ecossais en kilt, Irlandais à chapeaux de lutins, Corniques mangeurs de pasties, Mannois, Galiciens, Asturiens et Australiens écluseurs de bière… Tout ce que la planète compte d'amateurs de celtitude se retrouve quai des Indes à écouter de la cornemuse ou à danser la gigue.

C'est que la culture celte est un peu le pendant nord-européen de la culture andalouse, seul autre folklore passé de l'ombre de la ringardise aux lumières de la branchitude.

On imagine mal, ainsi, qu'une manifestation internationale puisse réunir autant de monde pour danser la bourrée quelque part dans le Haut-Berry. La gavotte, elle, a inspiré jusqu'à la chanteuse Carly Simon. (Voir la vidéo)

Carly Simon - Meaning of Gavotte - The best video clips are here

Donc oui, c'est comme ça, la culture celte attire les foules et Lorient en profite pour proposer, chaque année et depuis des décennies, sa propre version d'un grand ragoût syncrétique où se retrouvent, sans conflits apparents, Pierre-Jakez Elias et les Dubliners, la geste arthurienne et « Le Seigneur des Anneaux », les fans de solstices et ceux de Benoît XVI, le Sinn Fein et les écoles Diwan

On pourra trouver ça un poil artificiel, un chouia marketing, un rien démago parfois, mais que celui qui n'a jamais repris « lan dibidan », en écoutant Tri Yann se lamenter sur le sort des taulards nantais, se saisisse de la première pierre…

Moi-même, Breton d'occasion puisque je n'ai vu le jour à Larmor-Plage que par le plus grand des hasards, je suis contaminé. Et si je ne fréquente pas souvent les crêperies (c'est vrai, quoi, on a toujours un peu faim après une complète, même avec un supplément champignon), tomber sur un micro-récital de la harpiste Gwenael Kerleo en passant devant la Coop Breizh de la rue du Port me donne l'impression d'avoir rencontré une fée en forêt de Brocéliande.

A Vannes la bourgeoise, le festival n'aurait pas la même saveur

Je ne suis pas certain que la magie du Festival, son ambiance particulière, à la fois populaire et savante, ait pu prendre ailleurs qu'à Lorient l'ouvrière. A Vannes, les petites rues bordées de boutiques d'antiquaires ou de fringues haut de gamme lui auraient donné un côté bourgeois et compassé. A Saint-Malo, on se serait vraisemblablement concentré sur les chants de marins.

A Quimper, il aurait fallu tout fermer à 21h00, rapport aux riverains qui n'aiment pas le bruit… A Brest, l'autre grande cité prolote d'Armorique, elle aussi hantée par ses histoires d'arsenaux et de bars à putes, pourquoi pas (tiens, c'est même là qu'il a commencé, le Festival) ? Mais bon, Brest, ça fait tout de même un peu loin pour venir de Paris ou de Sydney tant que la ligne TGV n'est pas construite...

Pour autant, loin ou pas, vous l'avez loupé, le Festival interceltique, puisqu'il s'est terminé hier et que vous avez préféré passer toute la semaine sur la côte d'Azur, à manger des salades niçoises fades et hors de prix. Vous n'avez pas entendu Carlos Nunez souffler dans sa gaïta, vous n'avez pas vibré avec le bagad de Lann-Bihoué.

Vous n'avez pas non plus déambulé de tente blanche en tente blanche, un gobelet de Guinness à la pogne, en écoutant les flûtistes, sonneurs, guitaristes, fiddlers et autres musicos venus assurer le off en marge des grandes scènes. D'accord, vous êtes rentrés bronzés, mais vous aurez l'air fin, dans dix ans, avec vos mélanomes malins…

Une suggestion, l'année prochaine à la même époque, préférez Lorient. Pour la 40e édition, ils devraient faire les choses bien. Ce qui ne vous empêche pas d'aller visiter le coin hors festival : vous verrez, c'est vraiment splendide, ces barres, ces tours, ce béton…

  • 17208 visites
  • 317 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • tofph
    • Posté à 12h52 le 11/08/2009

    ...

    et vive la Bretagne

    ... (non non je n'ai pas dit « libre » ! ! ! )

    C'est quand même une fête sensationnelle où tous les genres celtes se croisent. Quatre cornemuses et imédiatement vous assistez à un spectacle dans un coin de rue. Les diverses salles proposent des festou-noz pour que tout le monde danse (il faut oser au debut mais comme partout apres c'est celui qui ne danse pas qui à l'air d'un con ! ! ). Les groupes rock ou purement lyriques passent de bar en bar sur la durée du festival.

    A faire et à refaire... Le bronzage intérieur est bien plus profitable et ne part pas sous la douche .. lui ! !

  • bleuet1
    bleuet1
    espère malgré tout
    • Posté à 14h58 le 11/08/2009
    • Internaute
      espère malgré tout

    La raison pour laquelle la culture bretonne (et les cultures celtiques plus largement) perdure et est à la mode aujourd'hui, c'est qu'elle a su se moderniser, contrairement à d'autres cultures régionales qui sont restées tournées vers le passé.
    Ca peut paraître un peu rude comme commentaire, mais mine de rien les bagad aujourd'hui sont champions pour inventer de nouvelles sonorités au goût du jour, tout en célébrant quelques vieilleries qui ont malgré tout beaucoup de valeur. C'est ce mélange de tradition et de modernité qui en fait la saveur et l'éclat.

    ... Je pense que je n'ai pas besoin de préciser que je suis bretonne (d'origine, de racines et de coeur) ? 8^D
    Mais de nombreux spécialistes sont d'accord avec cette analyse, ce n'est pas moi qui l'invente.

    Non seulement la musique vit toujours, mais elle est dansée un peu partout en Bretagne chaque week-end ! Il y a des écumeurs de fest noz (je l'ai été), et à peu près où qu'on se trouve, il y a toujours de quoi danser à proximité.

  • Hugues Serraf
    Hugues Serraf répond à toto56
    Auteur(e) de l'article
    • Posté à 15h02 le 11/08/2009

    La reconstruction fut effectivement très lente et les Lorientais ont dû apprendre à vivre dans des baraques préfabriquées pendant pas mal d'années. Je suis tombé sur ces deux livres sur le sujet et je les recommande :

    Lien

    Lien

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 15h40 le 11/08/2009
    • Internaute
      Now future & karpe diem

    En fait, Lorient c'est comme Aurillac (dans le Cantal, dans le sud de l'Auvergne, au milieu de la France, pour ceux qui aurait du mal avec l'histoire des DOM-TOM de France : D).
    En effet, toute l'année ça craint, on s'y fait chier, c'est moche, c'est nul, y'a que des vieux, bref une ville de petite taille en France.

    Mais une fois par an... le Théatre de Rue ! Une fois par an, on range les mamies à caniches et on sort les punkachiens ! On troque le ballon de rouge au comptoir pour le cubi de rouge dans le caniveau ! Fini les spécialités locales comme l'aligot et le parapluie (il parait que le parapluie est cantalou...mega lol) et on sort les étals de kebab (dégueulasses) et de banghs (gurère mieux).
    Fini les quadres sous Prozac, voilà les tox sous LSD. Plus de ménagères qui descendent en ville faire les courses, seulement des djeunz qui viennent acheter de la drogue.

    Ha oui, il n'y a pas que la Rue, il y a aussi le Théatre. Forcément, j'ai passé les quatre premières sessions à plus apprécier le second mot que le premier : D
    Donc tout plein de musique, de pièces de théâtre (de tous genres), de numéros de clowns et de cirque (je compte pas ceux qui apprennent à jongler : D), et de mec qui font des trucs chelous comme danser sur de la musique soporifique.

    En tout cas, pour répondre à la morale de l'artiste, ce week-end seul les vieux en famille était à Lorient pour un festival plan plan. Quitte à aller en Bretagne, autant aller dans l'autre ville rasée reconstruite moche pour les prolos : à Brest il y avait Astropolis, festival de techno.
    J'aime bien la cornemuse surtout dans un bon groupe, mais mon père m'a définitivement dégouté de mes racines bretonnes avec sa musique folklorique à la mort moi le bigouden.

  • GWERN
    GWERN
    Ex militant du vaste mouvement (...)
    • Posté à 19h24 le 11/08/2009
    • Internaute
      Ex militant du vaste mouvement (...)

    Le plus fou étant quand même le Concours International de Grande Cornemuse, surtout les minutes de réglage des instruments !
    Là, celui qui « survit » à cela à mérité de poursuivre le Festival !
    Ne parlons pas (en 1988) du juré Gallois qui avait du mal à se remettre soit de ses Guiness soit de son chouchen koz !
    Pour le reste c'est un peu fourre tout c'est vrai ! Mais voilà moi ce sont mes racines fussent elles peu anciennes puisque les bagadou par exemple datent d'après guerre ! Et les célèbres costumes de la fin du 19 ème siècle !
    Avec une mère née dans le Bro Kerne et un père du Tréguor !
    on ne renie pas ses ancêtres et quels que soient leurs défauts on fait avec !
    D'ailleurs si ce soir il n'y a rien de bien je m'en vais m'écouter un petit Denez PRIGENT !
    Allez Kenavo ! Et qui sait un jour futur à Lorient !