29/07/2009 à 19h42

Comment j'ai survécu à la grippe H1N1 (ou à une vulgaire angine)


Lorsque j'étais gosse, j'adorais être malade ! Pas par masochisme (je ne parle évidemment pas d'une hospitalisation pour l'extraction d'une tumeur au cerveau ou pour un double pontage coronarien), mais plutôt par goût de ces journées hors du temps, journées pendant lesquelles on oublie un peu l'école pour rester sous la couette avec des BD et du bouillon de poule.

Le truc, c'était d'ailleurs d'être malade « juste comme il faut » ; suffisamment pour échapper à la compo de calcul, mais pas assez non plus pour souffrir pour de bon.

Ben oui : tout le monde est aux petits soins, le frangin et la frangine sont instamment priés de ne pas vous gonfler et, si vous avez du pot, vous vous débrouillerez bien pour vous faire offrir un recueil trimestriel du Journal de Spirou - ces gros volumes à couverture cartonnée qui éliminent la frustration des histoires à suivre d'une semaine sur l'autre…

Adulte, en revanche, je déteste être malade. J'ai l'impression d'être un vieillard que ses organes vitaux s'apprêtent à lâcher les uns après les autres et il me vient tout un tas d'idées sombres sur ma propre finitude.

Pire, personne n'est là pour prendre mon malheur en charge et entendre mes lamentations grotesques si, comme la semaine dernière, mes gosses barbotent sur les bords de l'Atlantique, ma moitié est en déplacement du côté d'Oxford et ma moman se repose à huit cents kilomètres de ma paillasse pendant que je me tords de douleur.

En Angleterre, je me serais immédiatement retrouvé sous Tamiflu

On préférerait pourtant ne pas être trop isolé lorsqu'on est convaincu, comme c'est mon cas, que cet « ignorantus » de toubib s'est montré incapable de distinguer la terrible grippe H1N1 d'une vulgaire angine !

Preuves de l'incompétence du mercenaire invité à mon chevet suite au départ en vacances de mon rebouteux référent : la rédaction d'une ordonnance à rallonge (pas moins de cinq remèdes distincts) et, surtout, la prescription d'un antibiotique sans test de diagnostic préalable !

Alors, hein, virale ou bactérienne, cette pseudo-angine ? On ne le saura jamais même si, discipliné, j'ai gentiment accepté d'ingurgiter mon amoxicilline quatre fois par jour au nom du fameux principe de précaution.

De l'autre côté de la Manche, pour autant, je me serais immédiatement retrouvé sous Tamiflu. La Sécu britannique propose en effet, sur un site Web ad-hoc, une sorte de quiz au terme duquel (et en cas de succès ! ) un code permettant d'aller chercher son kit anti-grippe charcutière à la pharmacie du coin vous est remis.

Alors j'imagine qu'un antibiotique inutile en lieu et place d'un rétroviral pour cheval de trait à l'agonie, c'est un moindre mal ! « Mais tout de même », demanderiez-vous si vous pouviez seulement en placer une, « pourquoi êtes-vous si convaincu d'avoir passé quelques jours en compagnie du virus de la grippe porcine plutôt qu'avec un banal streptocoque ? Par snobisme ? »

« Si ça marche comme un canard et si ça parle comme un canard »

C'est possible. Mais c'est aussi qu'au moment d'établir un diagnostic, je suis comme le docteur House de la téloche : « if it walks like a duck and if it talks like a duck » (« si ça marche comme un canard et si ça parle comme un canard »), il y a de fortes chances pour que ce soit un canard plutôt qu'une tronçonneuse électrique.

Voici les symptômes de la désormais célèbre grippe latino-américaine, et comment ils se comparaient à ma propre condition pendant ma mini-crise sanitaire :

  • Fièvre (j'ai passé la semaine à osciller entre 38,5 et 40°)
  • Toux (m'en parlez pas, ça résonne encore dans mes tympans délicats)
  • Migraine (si je n'avais pas été seul et abandonné, j'aurais enfin pu prononcer en contexte le célèbre « Pas ce soir, j'ai mal à la tête »)
  • Fatigue (tu parles : j'étais épuisé, vidé, anéanti…)
  • Sensation de froid (sous mes six couvertures, je tremblais encore comme une feuille morte)
  • Douleurs musculaires et articulaires (un véritable écorché vivant pour expo de Gunther von Hagens)
  • Diarrhée (je ne vais pas vous faire un dessin, non ? )
  • Mal de gorge (c'est bien en examinant mon gosier en carton qu'il a parlé d'angine, hein, le type ? )
  • Nez qui coule (les chutes du Niagara en plus coloré)
  • Perte d'appétit (j'ai perdu trois kilos dans cette histoire. Et, non je n'en avais pas besoin ! )

Mais bon, une semaine plus tard, me revoici d'attaque ou presque. Je ne suis pas encore totalement à bloc et je vais attendre quelques jours avant d'attaquer le Ventoux à vélo mais, tout de même, ma grippe porcine à moi, son taux de survie est à 100%.

De quoi réjouir les ultra-gentils qui vont répétant que toute cette histoire n'est jamais qu'une nouvelle machination sarkozyste permettant de camoufler, simultanément, l'augmentation des inégalités en France et les vraies maladies sérieuses qui touchent les pauvres gens du Sud…

Ah, mais non, ça ne colle pas, ça ! Parce que les ultra-gentils qui pensent comme ça, ils auraient certainement préféré que je ne m'en relève pas, de la fameuse grippe de la mondialisation néolibérale... Bah, ses contradictions, faut vivre avec ou en mourir. Atchoum alors !

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  • Zibel
    Zibel
    (inquiète depuis le 6 mai 2007)
    • Posté à 20h02 le 29/07/2009
    • Internaute
      (inquiète depuis le 6 mai 2007)

    Pov » chouchou, fallait essayer miel/ lait/rhum (ou un bon grog) avant toute chose, même si moman n'était pas là pour le préparer !

    Ceci étant, deux éclaircissements : une gorge d'angineux n'a pas du tout la même tête (si j'ose dire) qu'une gorge de grippé. Et je suppose que votre toubib, même remplaçant, a tout de même fait quelques stages durant ses études.
    Les symptomes que vous listez sont présents dans la grippe à des fréquences trèès diverses (diarrhée, mal de gorge et nez qui coule, c'est surtout chez les enfants).
    C'est vrai qu'on peut avoir la peste et le choléra, et qu'un ulltra-libéral de gauche ne serait pas à ça près, mais bon...

    Quant à la distribution de tamiflu larga manu, c'est pas mieux que des antibio à tour de bras (mais pour une angine, les antibio, c'est incontournable la plupart du temps). Le risque de développements de résistances par le virus est plus que réel (déjà un cas de résistance à Hong Kong, je crois).
    Comme dit l'autre : les antibiotiques, c'est pas automatique... le tamiflu, cest superflu !

    Pour un gaillard, jeune, dynamique, en bonne santé (et vitupérateur) comme vous l'êtes, moi je vous aurais laissé mariner dans votre jus (pardon : laissé vous soigner tout seul).

    Au fait, je suppose que, convaincu comme vous l'étiez d'avoir ce fichu virus, vous avez appliqué le principe de précaution et pensé à protéger les autres en respectant les préventions d'usage et en mettant un masque ? Non ? Ca alors... ça m'étonne du libéral (de gauche) que vous êtes^^

    Bonne convalescence !

  • A.V.
    • Posté à 20h58 le 29/07/2009

    A travers ton récit qui force un peu le trait d'humour, on sent l'hypocondriaque incurable. Haut les cœurs, Hugues ! Ta souffrance, c'est ta certitude d'exister. Elle s'arrête avec ta désintégration.
    Au fait... le streptocoque est plus méchant que le H1N1. Les rosbifs ont tout faux.

  • admirateur-
    • Posté à 23h24 le 29/07/2009

    A l'époque on pouvait aussi lire « le petit nicolas » sans que personne ne vous prenne en grippe ; Ca nous faisait rire aussi.
    demain, certains pourront dire : sur rue 89, du temps de la bachelot-grippe, j'ai lu les chroniques du « petit hugues », c'était à mourir de rire (parfois)

  • Pseudo
    • Posté à 09h11 le 30/07/2009

    « J'ai l'impression d'être un vieillard que ses organes vitaux s'apprêtent à lâcher les uns après les autres et il me vient tout un tas d'idées sombres sur ma propre finitude. »

    Je vous rassure tout de suite, c'est pas du tout le symptôme de la grippe ça.

    C'est juste le symptôme d'un petit rhume chez un homme . : -)

  • moulinette
    moulinette
    Peintrice Illustrateuse
    • Posté à 09h55 le 30/07/2009
    • Internaute
      Peintrice Illustrateuse

    Moi aussi, j'aimais bien être « patraque » quand j'étais petite, et moi aussi, j'aimais bien les albums spirou reliés... Merci de ce souvenir commun, je commence la journée en ayant 9 ans. C'est cool !

  • topperheadon
    • Posté à 13h24 le 30/07/2009

    Très bon article qui nous rappelle que c'est juste une grippe. Je suis entouré de collègues en pleine psychose qui sont à deux doigts de passer les pc dans des autoclaves !

    Et moi, quand j'étais p'tit, c'est le Super Picsou Géant qui me servait de garde malade, avec les Raptou, Le vengeau Masqué et bien sur Riri, Fifi et Loulou !

  • Jaycib
    • Posté à 14h23 le 30/07/2009

    Correction souhaitée : « It QUACKS like a duck, etc. » et non pas « talks ». Les canards ne parlent pas, sauf dans les dessins animés et les BD.

    Autrement, ben oui, vous avez été malade une bonne semaine et vous vous en êtes tiré, y a pas de quoi en faire un drame ou même une tribune. La solitude ? Tous les malades la connaissent bien, surtout les malades chroniques. En France, il y a des centaines de milliers de gens qui sont exposés au risque de septicémies fulminantes potentiellement mortelles. Elles sont globalement prévisibles sans que l'on sache la date d'avance. C'est une épée de Damoclès pendant en permanence au dessus de la tête des gens.

    Ecrivez-nous une nouvelle tribune le jour où vous aurez décelé de la PEUR dans le regard de votre/vos médecin(s). Ce jour-là, vous saurez ce qu'est la vraie solitude.

  • Hugues Serraf
    Hugues Serraf répond à Jaycib
    Auteur(e) de l'article
    • Posté à 15h02 le 30/07/2009

    Correction refusée. Il s'agit d'une expression très courante, avec le premier comme avec le second verbe. A la limite, on pourrait préférer « quack » (charlatan) dans le contexte médical de ce papier, mais c'est une autre histoire. Coin coin tout de même...