
Au PS, quand Valls tape, Bartolone fait la retape

Entendre Claude Bartolone, ce matin sur France Inter, se féliciter de l'ultimatum adressé par Martine Aubry à Manuel Valls était assez déconcertant. Le porte-flingue de Laurent Fabius, qui semble avoir tout oublié des difficultés des « nonistes » à accepter la ligne majoritaire lorsqu'elle concerne l'Europe, est désormais favorable à l'éviction de quiconque prend le PS pour « une auberge espagnole »…
Au-delà de l'inconséquence du bonhomme, on se demande bien ce que ça veut dire, cette histoire « d'auberge espagnole ». S'agit-il d'une référence subliminale aux origines catalanes du maire d'Evry ? On ose à peine le penser : Valls vient tout juste de se faire massacrer pour avoir déploré l'absence de mixité ethnique sur les marchés de sa bonne ville et Bartolone ne s'amuserait tout de même pas à réclamer plus de Gaulois à la tête du parti !
A peine lancé, l'élan de Martine Aubry patine déjà
Allez, pas de procès d'intention de cette nature ! Non, ce qu'exprime manifestement Claude Bartolone, c'est le sentiment que les socialistes ont besoin de se rassembler autour de leur patronne et de ses idées décapantes pour le renouvellement de la pensée de la « gauche de gouvernement ». Hum, le problème, c'est que, dit comme ça, ça paraît encore moins crédible que la première hypothèse.
Après tout, Martine Aubry n'est qu'un leader accidentel, le PS a à peu près autant de chances que le NPA de se retrouver aux affaires dans un avenir proche et l'un des seuls à avoir émis quelques idées nouvelles ces derniers temps, c'est justement Manuel Valls…
Mais bon, la possibilité, pour ce dernier, de tenter sa chance à l'extérieur du parti, vaut bel et bien d'être explorée. L'atomisation actuelle de la gauche et l'existence d'une myriade de chapelles irréconciliables est évidemment un problème en période d'élections, mais c'est peut-être un atout à long terme pour l'innovation doctrinale.
Je n'ai d'ailleurs pas toujours pensé ça, admiratif que j'étais de la capacité des travaillistes britanniques à faire coexister toute la palette du progressisme, « loony left » (terme péjoratif désignant l'extrême gauche en Grande Bretagne dans les années 80) incluse, dans une structure unique tout en permettant à Tony Blair de prendre le volant, le moment venu.
Pourquoi pas un programme commun new-look ?
Mais à ce stade de décomposition, la gauche française a surtout besoin de laboratoires de réflexion et je vois très bien Manuel Valls jouer les Mélenchon en prenant la tête d'une espèce de « Parti de Gauche » social-libéral.
Jean-Marie Bockel, à une certaine époque, aurait sans doute pu jouer ce rôle de trouble-fête iconoclaste ; et sa « Gauche Moderne », inventée ailleurs que dans l'ombre de l'UMP, aurait peut-être pu devenir autre chose qu'un groupuscule sans projet. Manuel Valls, qui n'a pas commis l'erreur de rejoindre l'équipe adverse pour s'installer sur un banc de touche, serait peut-être bien inspiré de ne pas attendre le naufrage du navire socialiste pour prendre le large, histoire de mieux en reprendre la barre à l'occasion d'un éventuel congrès d'Epinay.
C'est une stratégie risquée, c'est sûr, et rien ne dit qu'il soit capable, autant qu'un Mitterrand en 1971, de mettre tout le monde d'accord sur une plate-forme, enfin débarrassée du fatras idéologique auquel s'accrochent sans conviction les Aubry, Fabius et consorts. Mais qui ne risque rien n'a rien, comme dirait Cohn-Bendit -futur Georges Marchais de ce programme commun new-look. Et une auberge espagnole où l'on servirait des saucisses de Francfort, je me demande ce qu'en dirait Bartolone…
Photo : Manuel Valls à l'université d'été du PS à la Rochelle en août 2008 (Audrey Cerdan/Rue89).
A lire aussi sur Rue89 et sur Eco89
Ailleurs sur le Web
- 5510 visites
- Version imprimable
Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89
Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)
Envoyez « RUE » par SMS au 81027 (1,5 € / SMS)
En savoir plusAccrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.
123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque






























5
De Nils Wilcke
Etudiant en histoire | 15H29 | 15/07/2009 |
C'est tellement pathétique de regarder les élucubrations du PS.
Depuis la déculottée de Jospin, ils ne s'en sont pas remis. Il y a un hiatus terrible entre le travail de certains élus au niveau régional et local et les pontes à Paris qui se rêvent dans le fauteuil de « guide suprême » et sabotent les aspirations des militants.
A chaque semaine son nouveau scandale (regardez les révélations de Marie-Noëlle Lienemann sur Arrêt Sur Image ! ), ses petites phrases assassines (il y en a tellement, servez-vous), c'est le grand déballage.
Ségolène Royal, dont je ne suis pas un fan absolu, avait un projet et pouvait rassembler en se prévalant de son bon score à la présidentielle (elle a bien du mérites car ses collègues ne l'ont pas épargné).
Elle a su remettre au centre les questions de la sécurité et du développement, et même du patriotisme que le PS avait laissé à la droite par démagogie depuis vingt ans.
DSK aussi pouvait (et peut toujours ? ) prétendre à la place de chef mais il est parti aux USA, éloigné sur proposition de Nicolas Sarkozy.
Plus le PS parle de projets, d'Idées, de laboratoires de pensée et plus il s'enfonce dans des querelles d'égo et de clochers.
Lamentable.
Et pendant ce temps, l'UMP marche en bon ordre, comme un bon petit soldat.
De Oizo de Passage
Libre | 15H59 | 15/07/2009 |
Après S.Royal, voilà qu'ils flinguent M.Valls !
Vous ne voulez pas du pouvoir ; dormez tranquille, vous ne le prendrez jamais. Comme disait le mec qui pique toutes vos voix, à celui que vous aviez pris pour votre concurent : « vous ne serez jamais élus, car vous etes trop minables pour ça ! »
De InitiativeDharman
Merde in France. | 17H10 | 15/07/2009 |
Et si, comme la France de Sarkozy, la France de « gauche » n'avait que ce qu'elle mérite ?
Et puis, d'ailleurs, beaucoup ici se réclament de gauche : « la vraie gauche », ainsi il y a une vraie pensée unique et une vraie fausse pensée subversive.
Eclairez ma lanterne : qu'est-ce qu'une vraie gauche ?
Je suis impatient de savoir pourquoi la droite et le PS, c'est pareil…
Ayant été tour à tour, chômeur, CES, Rmiste, et enfin travailleur, je vous assure qu'il y une différence certaine et une certaine différence entre la droite et le PS…
N'espérez pas la Lune, vous ne l'aurez pas, contentez vous de mesures sociales, solidaires, fraternelles, justes que la gauche met en place lorsqu'elle est au pouvoir (jusqu'à preuve du contraire).
N'espérez pas et c'est, de toute façon impossible, que demain on va raser gratis.
Il est tout simplement impossible de lutter contre le pouvoir boursicoteur et financier, l'OMC et le FMI, c'est ainsi, c'est pas drôle mais c'est comme çà…
La seule chose qui nous reste, c'est de garder dans nos pays respectifs, nos acquis sociaux et d'essayer, tant bien que mal d'en ajouter d'autres (des acquis sociaux).
Ce que je vois moi, depuis deux ans, c'est une catastrophe sociale nommée Sarkozy et son gouvernement.
Il y a des choses que la gauche ne ferait pas.
D'autres qu'elle ferait car elle y est contrainte par d'autres institutions.
Malheureusement, il ne nous reste plus qu'à sauver les meubles.
Et nous ne sommes pas un pays nordique, nous n'en avons pas la mentalité : nous sommes beaucoup plus individualistes.
Dans ces pays souvent cités en exemple, le niveau de vie est très haut : est-ce de gauche ?
De InitiativeDharman
Merde in France. | 18H04 | 15/07/2009 |
En quoi dire des vérités sur l'état de nos banlieues et notre échec total en matière d'intégration (idée de gauche) fait-il de Manuel Valls un vilain sarkozyste
Je crois moi, qu'il pose un thème auquel la gauche devrait réfléchir sérieusement.
Je crois même qu'au fond de nombreux esprits d'électeurs de gauche, on pense comme çà mais qu'on n'ose le dire…
Avant de donner des leçons aux américains, soit-dit en passant et hors sujet, il serait bon de regarder comment nous intégrons nos minorités.
Que je sache, c'est pas une idée de facho de penser et surtout de dire qu'il y a dans les banlieues des communautarismes et des ghettos qui nous posent problème.
Pourquoi en France est-il interdit de parler politiquement incorrect ?
C'est une idée largement répandue chez la bien-pensance de gauche, largement boboisée des posteurs réactionnaires de la Rue 89 qui, pour la plupart n'a jamais mis les pieds dans une cité ou un quartier….
Obama a dit la même chose, c'est passé comme une lettre à la Poste mais il est d'origine africaine.
Messieurs les donneurs de leçons, dans vos jardinets, à l'heure de l'apéritif, à l'ombre du chêne, en regardant la campagne alentour, ou,bien, dans vos appartements des centre-ville, interdits aux gens de couleur, exception faite des quartiers chauds des grandes villes, méditez quand même les propos de Valls…
Sur ce, je descends de chez moi, vais dire bonjour à l'épicier, et me manger un kebab et peut-être qu'en rentrant, j'irai boire un thé à la menthe sur la place colorée, bigarrée et multilingue, en me disant que oui, il y a peu de blancs, c'est dommage et sans doute pas un hasard : tous des faux-culs les bobos !
De déluge
menuisier | 12H58 | 16/07/2009 |
Je plains les spécialistes, où ceux qui doivent s'intéresser au PS, ses courants, ses arcanes et ses secrets.
Il en va d'eux comme des anciens kremlinologues, dont l'objet d'étude et raison de vivre pour ainsi dire disparut pour toujours avec le Mur, les rendant obsolètes, directement dinosaurisés.
Là, le cadavre bouge encore, mais il faudrait être aveugle pour parier sur lui pour l'avenir (enfin si, on peut parier que tant qu'il restera debout, Sarkozy et Coppé -pour 2017- n'ont pas trop de soucis à se faire pour leur destins personnels et respectifs).
Alors que les « jeunes lions » se déchirent à belle dent, que le sang gicle, que la tripaille d'éléphant tapisse les murs, que l'on se traite de traîtres, de vendu, d'inexistant, bref qu'ils fassent comme d'habitude, MAIS en y allant franco et au fusil d'assaut nom de dieu !
Et n'oubliez pas les vieux : Les dégats colatéraux c'est pas fait pour les chiens.
Pas de quartier, Jaurès reconnaitra les siens.
Et que cet archaîsme grabataire, couvert d'escarres et purulent de haines recuites gagne sa place très vite dans les livres d'histoire du 20 ème siècle.
Pour le 21 ème, ce sera sans le PS, qu'il le veuille ou non.