Obama a-t-il téléchargé illégalement le discours de Sarkozy à Dakar ?
Moi, je suis comme Jean Daniel : à une envolée lyrique maladroite près (« l'homme africain » et son « entrée dans l'histoire »), j'ai du mal à lire le discours de Nicolas Sarkozy à Dakar autrement que comme une tentative de remise des pendules à l'heure dans la relation franco-africaine…
Qu'un président français débarque au Sénégal pour évoquer l'horreur de l'esclavage et insister sur les pillages de la colonisation est déjà frappant ; qu'il en vienne à exalter les immenses ressources humaines et économiques d'un continent invariablement présenté comme incapable de survivre sans perfusion de l'hémisphère nord est carrément inédit.
C'est sûr, on peut très bien n'y voir qu'une posture, une manière nouvelle de maquiller les crapuleries à venir de la « Françafrique », mais il est absolument impossible d'y trouver la moindre matière à repentance — n'en déplaise à Ségolène Royal.
A mille lieux du baratin misérabiliste et complaisant auquel nos leaders ont habitué les foules africaines, l'omniprésident — oui, le terrible amateur de Rolex et de semelles compensées — vient expliquer aux Dakarois que la colonisation comme explication de tous leurs malheurs, c'est une impasse ; qu'il va falloir qu'ils se prennent en main, qu'ils en ont les moyens, et que la France sera à leur côté tout au long du chemin. Une objection ? Un bémol ?
Las, la montre suisse, les talonnettes et le conformisme antisarko ont tellement pollué le débat qu'il est devenu impossible de lire ce discours pour ce qu'il est. J'irai même jusqu'à dire qu'il est devenu impossible de le lire « tout court », à en juger par le nombre de commentaires émis par des gens qui ne l'ont manifestement même pas survolé.
Mais voici que Barack Obama, dont on ne connaît pas la marque de la toquante et qui n'a pas besoin de siège réhausseur au cinéma, atterrit à Accra pour y tenir un langage rigoureusement identique — et les mêmes qui s'étranglaient de rage sont à court d'adjectifs pour exprimer leur admiration !
Fustigeant le tribalisme et les archaïsmes, refusant de voir l'Occident accusé de la destruction de l'économie zimbabwéenne, n'ayant pas de mots assez durs pour dénoncer la corruption et le mépris de l'Etat de droit, désespérant des conflits en cascade, Obama fait son Guaino jusqu'à la lie :
« Des pays comme le Kenya avaient un PIB par habitant supérieur à celui de la Corée du Sud lorsque je suis né, remarque-t-il avec amertume. Ils ont été méchamment dépassés pendant que la maladie et la guerre ravageaient des parties entières du continent ».
C'est évident, face aux défis qui attendent l'Afrique, se demander si Sarkozy, président blanc d'une ancienne puissance coloniale, avait moins le droit qu'Obama, président noir d'une ancienne puissance esclavagiste et ségrégationniste, de dire les choses aussi crûment n'a aucun sens.
Et l'on voudrait plutôt se féliciter du consensus qui prévaut désormais, à Paris et à Washington, sur la nécessité d'une nouvelle façon d'accompagner l'Afrique dans son développement. N'empêche, si Hadopi n'avait pas été retoquée par le Conseil constitutionnel, Obama n'aurait sans doute pas pu télécharger le discours de Sarkozy aussi facilement…
A quoi ça tient, hein, la géopolitique !
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espère malgré tout
espère malgré tout
Le problème n'est pas tant ce qu'ils ont pu dire que les idées qu'ils mettent derrière. Connaissant l'oiseau qu'est Sarkozy, sa vision de l'Afrique est probablement est à des milles de distance de celle d'Obama.
Ceci dit, il y a aussi une question de ton. Sarkozy prend le ton du moralisateur paternaliste, alors qu'il n'est pas amateur ni même grand connaisseur de l'Afrique. Son ton ne peut pas passer favorablement auprès de l'opinion publique africaine.
Obama, lu, connait l'Afrique, et il l'aime. Le ton qu'il adopte est celui d'un homme qui voit ce continent souffrir et qui souhaite réellement qu'il y soit remédié. Pour l'opinion publique, ça passe beaucoup mieux parec qu'ils se sentent respectés, et non pas grondés.




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