08/07/2009 à 13h13

Lance Armstrong, le meilleur et forcément le méchant

Hugues Serraf | Chroniqueur


Lance Armstrong au départ de la 5e étape du Tour de France, mercredi au Cap d’Adge (Charles Platiau/Reuters)

Si le cyclisme était un peu plus comme le catch, Lance Armstrong serait le méchant masqué, celui que tout le monde adore détester par principe. La brute sans cœur dont la seule présence sur le ring est une insulte à la tradition et au bon goût. On peut comprendre : le Texan est en décalage complet avec la mythologie gauloise du vélo.

D’abord, il gagne et ça, au pays de Poulidor, c’est toujours un peu louche. Ensuite, il se concentre sur le Tour de France au lieu de passer son temps dans les critériums de province sponsorisés par le garage Trucmuche ou la boucherie Tartempion. Mais surtout, il aborde la course reine en professionnel, avec les moyens techniques et financiers d’un pilote de F1 ou d’un basketteur de la NBA.

Le dopage comme art de vivre

Pas pour lui, l’improvisation sympathique et la découverte en touriste des difficultés du parcours le jour de l’étape. Non, le Tour de France, c’est une affaire de « big boys », de spécialistes, de stratèges et, oui, de médecins… Car, personne n’en doute, le septuple vainqueur de la Grande boucle fait régulièrement appel à la science pour améliorer ses performances.

Mais dans un sport où le dopage est un art de vivre depuis plus d’un siècle, est-ce vraiment LE problème ? Evidemment non. On s’extasie d’ailleurs (et avec raison) sur l’incroyable carrière de Jeannie Longo qui, à 50 ans, continue d’enchaîner les victoires tout en glosant sur la « VO2 max » hors-normes d’Armstrong et en fouillant ses poubelles à la recherche de seringues usagées. Si ça n’est pas un paradoxe, c’est au minimum du Canada Dry...

A vrai dire, je n’aime pas particulièrement le dopage même si j’ai souvent fantasmé sur l’organisation, en parallèle des courses classiques, de compétitions pour dopés officiels, financées par les grands labos et permettant à la vitesse moyenne du Tour de se rapprocher de celle des 24 heures du Mans. Les deux spectacles seraient tout aussi excitants, les générations de coureurs dopés se succédant simplement un poil plus rapidement.

Reconnaissons la dimension héroïque du personnage

Mais quiconque est déjà monté sur un vélo qui ne soit pas qu’un Vélib doit être capable de comprendre qu’une lampée de corticoïdes ne vous mettra jamais au coude-à-coude avec Ullrich ou Pantani. Et doit pouvoir, dans la foulée, saisir qu’un gars qui se relève d’un cancer des testicules métastasé au cerveau et aux poumons, monte sur un vélo et remporte sept fois l’épreuve physique la plus difficile au monde est un héros. Un vrai héros. Comme dans les films. Un héros qui passe à travers les balles, saute du haut des immeubles, libère les otages, bla bla bla…

C’est d’ailleurs ce qui est le plus terrible, cette incapacité du public français à reconnaître la dimension héroïque du personnage. Ce refus de trouver formidable qu’un homme à ce point méprisé, attaqué, sali, puisse avoir envie, à 37 ans, fortune faite, de reprendre le chemin des cols avec deux cents autres types à vélo, deux cents autres types tout aussi chargés en substances illicites mais manifestement un poil moins obstinés, un chouïa moins déterminés -un peu moins forts, quoi.

Bien malin qui dira, à ce stade, si Lance Armstrong est effectivement en mesure d’ajouter une nouvelle victoire à son palmarès. Il est certainement bien parti mais la concurrence est rude. Mon pari à moi, mon souhait même, c’est qu’il se retrouve en maillot jaune sur les Champs-Elysées le 26 juillet. Et si la capacité de Bruce Willis ou de Han Solo à se tirer de toutes les mauvaises passes et à embrasser la nana à la fin du film peut servir de précédent, je suis particulièrement confiant. Go for it, Lance !

Photo : Lance Armstrong au départ de la 5e étape du Tour de France, mercredi au Cap d’Agde (Charles Platiau/Reuters)

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  • Autist Preaching
    Autist Preaching
    Bourioul
    • Posté à 13h37 le 08/07/2009
    • Internaute 75415
      Bourioul

    Pour conclure sur le sujet, Indurain a également écrasé ce sport, il a lui aussi été soupçonné de dopage et lui aussi ne s’intéressait qu’au Tour. Pour autant, il n’était pas un objet de détestation comme Armstrong. Bizarre, non ?

    Et ne ressortez pas l’argument éculé de l’anti-américanisme français ! En cette période d’Obamania et de Jackson Fever, ce serait plutôt malvenu !

    Non, Armstrong est exécré parce qu’il a, depuis des années, fait preuve d’arrogance envers ses adversaires, les instances de son sport et le public français. Il paie juste le prix de sa suffisance.

  • ZonZon la MouChe
    ZonZon la MouChe
    ni dieu ni maître !
    • Posté à 14h11 le 08/07/2009
    • Internaute 53182
      ni dieu ni maître !

    Ouep c’est vrai quoi. On peut dire ce qu’on veut mais on ne peut rien reprocher à Amstrong (et aux autres). IL est clean :

    (image philippetastet.com)

  • guerzit-
    guerzit-
    Incomprenant majeur
    • Posté à 14h18 le 08/07/2009
    • Internaute 28472
      Incomprenant majeur

    Hugues, une fois de plus vous montrez votre originalité et votre indépendance d’esprit... C’est agréable de lire autre chose que les brulots convenus qu’on nous serre à volonté...

    Nan je rigole il est nul à chier votre article...

  • Charles Mouloud
    Charles Mouloud
    Bras gauche de la Vénus de (...)
    • Posté à 14h28 le 08/07/2009
    • Internaute 12542
      Bras gauche de la Vénus de (...)

    Il est trop fort Lance, et il finira sûrement sur le podium.

  • Hugues Serraf
    Hugues Serraf répond à nahera
    Auteur(e) de l'article Chroniqueur
    • Posté à 14h55 le 08/07/2009
    • Internaute 26641
      Chroniqueur

    Je faisais référence aux personnes qui ne sont pas souvent montées sur un vélo et vous faites peut-être partie de la bande.

    Imaginez-vous réellement qu’il suffise d’avoir une équipe « bossant pour vous » pour gagner une course ? Et croyez-vous sérieusement qu’il ne soit pas nécessaire « d’en chier » avant d’embrasser la fille sur un podium d’étape ?

  • BrunoC
    BrunoC
    ( ° ) ( ° )
    • Posté à 15h43 le 08/07/2009
    • Internaute 49016
      ( ° ) ( ° )

    La longévité de Longo serait plutôt une preuve de son honnêteté. S’injecter de l’EPO / des amphèt’ / Hormones / ... pendant aussi longtemps, c’était la mort assurée. A l’âge qu’à Longo aujourd’hui, Bobet et Anquetil étaient déjà quasi dans la tombe.
    Mais bon, elle est française, elle n’a pas eu de cancer elle ne peut pas être une héroine.

    Hugues, je pense qu’à travers cette critique du « public français », comme d’autres pourfendent les maux « bien français », le déclinisme national en croyant se positionner hors (et forcément au dessus) du lot, vous ne faites que mettre en lumière vos propres lacunes et votre mal-être (pas content d’être français ?)

  • Françaisehélas
    • Posté à 15h57 le 08/07/2009
    • Internaute 28448

    Personnellement, ce que je ne supporte pas chez ce personnage, c’est ce qui fait justement sa grandeur, c’est à dire qu’il gagne sans arrêt.
    Ben oui, c’est bête, c’est revanchard, c’est être envieuse et aigrie, mais c’est comme ça.
    C’ était pareil pour Mickaël Schumacher, que tout le monde connaît, et pour Rodrigo Pessoa, que vous connaissez un peu moins sans doute et qui a une époque raflait une bonne partie des concours de sauts d’obstacle grâce, entre autre, à un cheval hors du commun.

    C’est cette supériorité, « juste » ou non, qui me fait toujours ésperer que « cette fois-ci, il va se planter... Enfin. » Ce n’est pas de la méchanceté, je ne pense pas, mais ça donnerait un petit côté plus humain au personnage... Après, il peut gagner s’il veut, mais qu’il se plante une fois, siouplaît...

    Là, on dirait Robocop. Personnellement, je ne peux pas apprécier la victoire d’un robot. Dopé ou pas, ce n’est pas le débat, de toute façon, quand on voit les autres ! Mais lui est carrément inhumain tant il est supérieur aux autres.

  • A déménagé le 9-8
    • Posté à 18h10 le 08/07/2009
    • Internaute 5710

    Bon, allez, 3ème tentative de censuration :

    Forcément que Jannie Longo n’a pas eu de cancer des testicules. ça ne prouve rien, là.

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