Impossible d'uriner au ciné UGC : la révolte des pisseurs en colère

L'affiche du film "Les vécés étaient fermés de l'intérieur" (DR)Je l'avoue, je ne déteste pas les méga-complexes dont UGC s'est fait une spécialité. Les fauteuils y sont confortables, les écrans taille XXL et la programmation fait voisiner un film d'auteur azerbaïdjanais avec un blockbuster hollywoodien.

Question atmosphère, on est bien loin du petit cinoche d'art et d'essai du Quartier latin mais, après tout, rien ne vous empêche de gratter quelques accords avec « Johnny Guitar » au Champo un soir et d'aller espionner « OSS 117 » aux Halles le lendemain.

Le Cinécité du Forum des halles, c'est un peu le navire amiral du réseau UGC. Dix-neuf écrans (sans compter les sept salles de l'annexe Orient-Express), des bornes d'achat automatiques, des comptoirs à bonbecs un peu partout…

Et quiconque s'est un jour laissé tenter par le gobelet géant de Coca Zéro (sur lequel l'établissement marge infiniment plus que sur la billetterie) s'en sera rendu compte : à une ou deux exceptions près, il n'y pas de toilettes dans les salles…

On pourra me reprocher en commentaire d'aborder un sujet aussi trivial quand la planète est à feu et à sang (après m'avoir accusé d'apprécier les multiplexes capitalistes, de consommer du Coca impérialiste et d'utiliser une caisse automatique génératrice de chômage), mais j'assume.

Rejoindre les toilettes après la séance, c'est miction impossible

Donc, au Cinécité des Halles, il vaut mieux, comme pour un voyage scolaire en autocar, avoir pris ses précautions avant le début du film. Car à l'heure du générique de fin, c'est un trio de cerbères en uniforme qui viendra vous empêcher de refluer vers les pipi-rooms planquées derrière les comptoirs à M&Ms.

« Non monsieur, pas par ici ! La sortie, c'est de l'autre côté », assène fermement l'ouvreur déguisé en steward Air France au spectateur que les clowneries de Jean Dujardin ont peut-être fait pisser de rire, mais qui n'en a pas moins besoin de se soulager avant de remonter sur son Vélib'.

« Hum, très bien… Mais moi, j'aimerais bien aller aux toilettes quand même, si ça ne vous ennuie pas… » Tu parles ! Autant pisser dans un violon : « Désolé. Vous pouvez retourner dans le hall après la sortie mais, ici, on ne passe pas… »

La première fois qu'un truc pareil vous arrive, citoyen modèle que vous êtes, vous obtempérez en grommelant avant d'attaquer les trois kilomètres de couloirs souterrains mal éclairés qui mènent à la sortie.

Faire valoir ses droits imprescriptibles de propriétaire de vessie

Mais une fois dehors, c'est-à-dire à huit étages de distance du hall du cinoche, vous commencez à vous demander si on ne vous a pas pris pour un vulgaire visiteur de province. (Quoi ! Il fréquente les multiplexes, boit du Coca et méprise la province par-dessus le marché ! Mais il n'a vraiment aucune conscience…).

Qu'importe, vous décidez d'aller jusqu'au bout de cette histoire et de tenter le trek vers l'entrée du cinéma, histoire d'y faire valoir vos droits imprescriptibles de propriétaire de vessie. En vain : là encore, on ne passe pas.

« Non monsieur, je ne peux pas vous laisser entrer dans le cinéma sans ticket pour la prochaine séance », indique un clone de l'ouvreur qui vous avait déjà interdit de toilettes -à moins qu'il ne s'agisse du même type ayant cavalé comme un dératé jusqu'à l'entrée.

Vous insistez bien un peu, mais rien n'y fait. Il ne vous reste plus qu'à repartir la queue basse (ok, elle était facile celle-là), en pestant contre l'inhumanité de cette société ultranéolibérale.

« C'est quoi ce cinéma où l'on a pas le droit d'aller aux toilettes ? »

La fois suivante, pour autant, vous vous êtes préparé. Et vous avez décidé de passer outre les interdictions de l'ouvreur en chemise blanche et pantalon bleu :

- « Mais monsieur, vous n'avez pas le droit ! Faites le tour !
- C'est ça, vous m'avez déjà fait le coup. Et de toute manière, je n'ai pas envie de vous demander la permission d'aller aux toilettes…
- Mais monsieur, c'est le règlement !
- Le règlement, c'est de mettre des toilettes à la disposition des clients…
- Ah monsieur, c'est comme ça ! Et si vous ne respectez pas les règlements, il ne faut pas aller au cinéma ! Qu'est-ce qui se passerait si tout le monde faisait comme vous ? »

Si tout le monde faisait comme moi ? Eh bien il deviendrait possible d'aller pisser quand on veut, ce qui me paraîtrait plutôt positif, comme on dit chez les fabricants de pellicules 35 mm.

Et d'ailleurs, « tout le monde » semble justement avoir envie de faire comme moi, ma rébellion n'étant pas passée inaperçue et provoquant même celle de toute une troupe d'objecteurs de conscience urinaire :

- « C'est vrai, ça, qu'est ce que c'est ce cinéma où l'on n'a pas le droit d'aller aux toilettes !
- Ouais, c'est dingue : il faut supplier et on vous envoie balader ! »

Un petit pas vers le toilettes, un bond en avant pour l'humanité

Un vieux monsieur très remonté brandit même sa canne en direction de l'ouvreur : « Mais vous croyez que je peux me retenir, à mon âge ! » Nous sommes maintenant à la limite de l'émeute et les trois serre-files, débordés, sont bien forcés de s'écarter pour laisser passer la horde de pisseurs en colère.

Clairement, quelque chose de plus grand, de plus fort qu'une simple réaction de clients mécontents vient de se produire. Plus jamais, nous ne nous laisserons interdire de faire pipi par un management inique et inaccessible aux impératifs de la physiologie humaine !

Plus jamais nous n'accepterons de nous soumettre aux diktats d'un architecte travaillant à l'économie pour l'implantation de ses tinettes, comme à ceux du manager chargé d'optimiser les flux de cochons de payants pour réduire l'intervalle entre deux séances !

Un petit pas vers les toilettes pour les cinéphiles, un grand bond en avant pour l'espèce humaine…

Mais bon, je vous laisse, j'ai un truc urgent à faire. Comment ça, il faut que je fasse le tour ?

Illustration : l'affiche du film « Les vécés étaient fermés de l'intérieur » (DR)

136 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Portrait de Brédala

De Brédala

Out of order ! | 10H08 | 25/06/2009 | Permalien

« Faire valoir ses droits imprescriptibles de propriétaire de vessie »

Vous vouliez peut-être dire :
Faire valoir ses droits incompressibles de propriétaire de vessie.

Portrait de tlaloc

De tlaloc

Retraité | 11H08 | 25/06/2009 | Permalien

Dans les bistrots il y a de moins en moins de toilettes alors qu » l'étranger y compris dans les pays de l'est de gros efforts ont été fait.

Portrait de Artemisia.G

De Artemisia.G

Lulucarabine | 11H19 | 25/06/2009 | Permalien

Je pense que ce sujet est important parce qu'il révèle le mépris profond de ces méga-hyper-super UGC pour leurs clients qui ne sont bons qu'à payer un prix absolument indécent pour une place de cinoche (si ce n'est pas une provocation au téléchargement illégal et au piratage, ça ! ).

Cela me rappelle cette excellente comédie musicale américaine de Hollman et Kotis ( « Urinetown ») qui tacle le capitalisme et sa bureaucratie inhumaine à travers le sujet brûlant de la marchandisation de nos besoins naturels. Dans cette ville cauchemardesque dominée par une multinationale qui a fait son beurre grâce à des toilettes privés payants, il faut payer pour uriner, que l'on soit riche ou pauvre, et si on a le malheur de ne plus avoir un sou en poche et d'uriner sur le trottoir, on finit au cachot. Cette satire me paraît malheureusement de plus en plus juste… Luttons pour la liberté de pisser !

Portrait de dijou

à Artemisia.G Portrait de Artemisia.G De dijou

Esclave d'une SSII | 14H15 | 25/06/2009 | Permalien

En plus dans la comédie musicale à laquelle tu fais référence la compagnie qui exploite les chiottes publiques s'appelle UGC (Urine Good Company) : )))

Portrait de Sam de Toulouse

De Sam de Toulouse

assez anard | 11H57 | 25/06/2009 | Permalien

Une petite précision : quand on parle d'un film issu d'Azerbaïjan, l'adjectif est « azeri », pas « azerbaïjanais ».
Quand au fond de l'article, si tu veux un acceuil sympa dans un cinéma, faut pas aller dans un multiplex ! C'est un peu comme l'histoire du mec qui trouve scandaleux que les produits qu'on lui propose chez Leader Price soit pas de la même qualité que ceux du magasin bio, mais à prix discount.
Faut voir à pas se foutre du monde, non plus !

Portrait de francisbrasilis

De francisbrasilis

internaute | 14H36 | 25/06/2009 | Permalien

C'est marrant comme article, ça m'étonne beaucoup. Vous n'avez vraiment pas eu de chance. Je suis tombé personnellement sur des employés beaucoup plus humains.
L'autre jour aux halles, j'ai demandé à une employée d'UGC ou se trouvaient les toilettes les plus proches, elle m'a indiqué les toilettes du cinéma, ça m'a surpris, je n'allais pas voir de film, je passais juste me renseigner sur les horaires. Les toilettes se trouvent avant la zone ou l'on déchire les billets, ce qui fait qu'elles sont accessibles même aux non-clients, je trouvais ça plutôt bien.
Le jour suivant j'y suis retourné pour voir un film, après être sorti de la salle je suis retourné aux toilettes sans problème, mais bon, j'ai pas essayé de sortir de la salle par l'entrée aussi. « Faire le tour » c'est quand même pas la fin du monde, c'est juste une garantie que des petits malins n'iront pas voir un deuxième film à l'œil, je ne trouve pas ça choquant.
Par contre, je trouve bizarre de vouloir aller aux toilettes au milieu d'un film. Bien sûr, je compatis et il ne me viendrait pas à l'idée d'empêcher quiconque de faire ses besoins mais c'est quand même pas compliqué d'y aller avant.
Le ciné, c'est pas la télé, Un film se regarde sans interruption pas respect pour ses concepteurs, que ce soit de l'art ou pas. Sortir de la salle obscure nous coupe du film. Ce que j'aime au cinéma c'est qu'il nous oblige à nous investir personnellement comme aucun autre médium. On peut survoler un livre en écoutant de la musique d'une oreille distraite, au cinéma en revanche on est volontairement prisonnier du regard de l'autre, c'est l'un des derniers endroits (avec le théâtre) d'où on ne peut pas zapper.
Je sais, je sais, je parle comme si je faisais de la rétention anale.

Portrait de Virgule de Guillemet

De Virgule de Guillemet

avec un s ! | 15H09 | 25/06/2009 | Permalien

C'est une provocation à l'arrosage de moquette, ça. Ils prennent des risques.

Portrait de NING

à Virgule de Guillemet Portrait de Virgule de Guillemet De NING

18H14 | 25/06/2009 | Permalien

UGC et Ryan Air , même combat !

Portrait de aïtos

De aïtos

18H39 | 25/06/2009 | Permalien

M'en fous, ne vais que rarement dans les complexes, trop de films de chiottes.

Portrait de Tassin

à Medecine Man Portrait de Medecine Man De Tassin

Inquiet | 11H09 | 26/06/2009 | Permalien

Merci pour cette découverte !

Portrait de ceecee

De ceecee

employée | 19H15 | 25/06/2009 | Permalien

Rigolo votre article…

Ceci dit, quand on voit le prix d'une place de cinéma, et ce traitement honteux des clients, il n'est pas difficile de comprendre pourquoi les gens téléchargent les films plutôt que de payer pour aller les voir… Au final, qu'il paye ou pas, il n'y a toujours que le consommateur qui trinque… Et puis eux ils n'y sont pour rien sur la baisse de revenus des majors, nan nan nan…

Portrait de watashi_baka

De watashi_baka

... | 08H29 | 26/06/2009 | Permalien

Hum
juste par curisosité c'est quoi l'interet des salles UGC
C'est cher, facilement deux fois le prix d'un salle d'art et d'essais (qui OK touche des subvention)
On y entend le bruit des mangeurs de pop-corn et de bonbons pendant tout le film et ça c'est horrible.
Si on a pas de chance on a une bande de gamins bruyant dans un coins.

Bref dans ces conditions là je préfère me callé dans mon canapé avec un bon bouquin, du Thé vert, et de la musique.

Portrait de Tassin

à watashi_baka Portrait de watashi_baka De Tassin

Inquiet | 11H10 | 26/06/2009 | Permalien

En plus y'a peu de bons films !

Portrait de mexicano

De mexicano

urba | 11H11 | 26/06/2009 | Permalien

ppfff M.Serraf par pitié n'écrivez donc pas « tout ce qui vous passe par la tete »

c est ennuyeux
les raisonnements sont un peu courts : les caisses automatiques tuent l'emploi ? qui les produit et en assure la maintenance alors ? d'autres robots ?
le coup du pépé qui leve sa canne en proclamant son incontinence ca sent l'anecdote créée de toute pièce
quant au sujet…no comment

Portrait de egide

De egide

Littéral | 13H03 | 26/06/2009 | Permalien

Il est urgent de créer une haute autorité afin de réprimer l'incontinence urinaire illégale dans les complexes des grands groupes de diffusion cinématographique.

La maximisation de la valeur passe forcément par les couts moindre de l'entretien des toilettes des salles géantes.
Les mictions ne sont pas gratuites ni libres !

Trop de pisseurs tuent la valeur.

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