
Petite approche talmudique de l'antisémitisme
Si s'inquiéter de l'antisémitisme relève, soit de la paranoïa, soit de la stratégie, quel moyen reste-t-il aux juifs de s'inquiéter de l'antisémitisme ?
Lorsqu'un juif s'inquiète de l'antisémitisme, deux reproches distincts lui sont couramment adressés -parfois simultanément. On peut l'accuser d'être paranoïaque, c'est-à-dire d'être tellement à l'écoute de ses propres fantasmes qu'il n'est plus capable d'observer sereinement la réalité ; on peut aussi lui faire observer qu'il est parfaitement conscient de l'inanité de son inquiétude et qu'il cherche seulement, dans le cadre d'une stratégie hautement sophistiquée, à dédouaner l'État d'Israël de ses turpitudes…
Enfin, ça, c'est lorsque la question de l'antisémitisme est évoquée hors du contexte confortable de l'extrême droite. Qu'un groupe de skinheads vandalise le carré juif d'un cimetière et le tollé est considéré comme convenable. Pas par tout le monde, évidemment -les skinheads n'ont pas que des ennemis- mais disons que la réprobation est alors quasi-universelle. Maintenant, que le même juif évoque « l'antisémitisme des banlieues », c'est-à-dire l'antijudaïsme culturel de la tradition islamique coloré de références mal-digérées à la question palestinienne, qu'il s'offusque des propos négationnistes tenus par un chef d'Etat musulman, et les choses prennent une autre tournure. Cet antijudaïsme-là, parce qu'il fait intervenir trop de paramètres complexes, parce qu'il rend confuses les notions de victimes, d'opprimés, d'oppresseurs, etc. n'est plus aussi légitimement dénonçable. Mais j'y reviendrai.
Sur le reproche de la paranoïa (et il est évident que je ne m'adresse pas ici à ceux qui, quoi qu'il arrive, considèrent que les juifs sont une engeance maléfique et corrompue dont il convient de se débarrasser), qu'est ce qui peut bien pousser un type comme moi, à l'aise dans ses baskets laïques, à peu près aussi concerné par la nourriture casher qu'un moine bouddhiste par une côte de bœuf bien saignante, à réagir au moindre signal douteux ?
D'abord, la conscience d'appartenir, nolens volens, à un groupe humain que l'histoire à singularisé pour son malheur. Je ne vais d'ailleurs pas redérouler ici la genèse et les formes diverses de l'antisémitisme à travers les siècles : je l'ai déjà un peu fait dans un autre article et, puisqu'il est acquis que je ne m'adresse pas à des fans d'Alain Soral, je partirai du principe que le lecteur sait deux ou trois choses de la discrimination et des persécutions subies par les juifs à peu près partout où ils sont (ou ont été) présents. Donc : la conscience d'appartenir à un groupe humain régulièrement transformé en bouc émissaire par les pouvoirs religieux et/ou politiques, dont l'émancipation et les droits civiques, dans ce pays, dans mon pays, appartiennent à l'histoire récente et qu'un plan d'extermination industriel a bien failli faire disparaître de la planète il y a quelques dizaines d'années.
Mais tout ça, c'est du général. Car il y a aussi du particulier dans cette histoire. Du particulier tout frais, comme la suppression de la nationalité française de mes parents -alors enfants- pendant la guerre, leur expulsion de l'école publique et leur accueil subséquent par une école catholique. Du particulier comme leur sauvetage in extremis de l'envoi dans les camps de la mort par l'arrivée des Américains en Algérie -où ma famille avait la chance de se trouver en 1942. Du particulier comme les pogroms ayant provoqué la fuite, à travers toute l'Europe, de mes arrières grands-parents maternels russes. Du particulier comme l'exil forcé, en 1962, de juifs pour la plupart favorables à l'indépendance algérienne et installés dans les pays du Maghreb depuis, au minimum, 1492…
Est-il vraiment inconcevable, dans ce contexte d'une double mémoire générale et particulière, d'être attentif à tout ce qui peut ressembler à un signe avant-coureur d'une situation dix fois, cent fois répétée ? Pas au point de rechercher les opportunités de se ronger les sangs, bien entendu, mais bien assez pour ne pas se satisfaire d'une tirade sur la violence banale de notre terrible société ultralibérale lorsqu'une synagogue brûle à Marseille, que des tombes sont retournées à Carpentras où qu'un Ilan Halimi est torturé et assassiné à Paris. « Mais l'antisémitisme dont vous parlez n'existe plus, voyons, assurent pourtant, et elles sont authentiquement sincères, les bonnes âmes. Ces démons ont été largement exorcisés. L'Allemagne nazie, Vichy, l'affaire Dreyfus, tout ça, c'est de l'histoire ancienne ! Allez : cette fois-ci, c'est la bonne ! » Sans doute, mais je n'en constate pas moins que si le passé est tautologiquement le passé, ni les Français juifs, ni les Allemands juifs n'auraient pu croire une seule seconde, en 1930, à ce qui devait leur arriver dix ou douze ans plus tard. Non, l'inquiétude n'est pas de la paranoïa. L'inquiétude, même mesurée, même contrôlée, est un réflexe. Supprime-t-on un réflexe ? Et un réflexe de survie, par-dessus le marché ?
Mais je voudrais en venir à ce second reproche, à l'idée que les juifs brandissent la question de l'antisémitisme par stratégie, cherchant à déconsidérer le discours antisioniste par assimilation à son pendant antijuif. Manifestement, c'est le cas de certains : que ce soit en France ou en Israël, cet amalgame est parfois pratiqué, permettant de disqualifier une opposition légitime au sort fait aux Palestiniens. A contrario, les antisémites authentiques utilisent d'ailleurs un mécanisme identique pour maquiller leur haine des juifs en combat politique — manœuvre à la source des fameuses alliances rouge-brun qui empoisonnent l'atmosphère et neutralisent le débat.
Les juifs de la diaspora, c'est un fait, sont majoritairement attachés à Israël. Mais ils n'ont pas envie d'y vivre, puisqu'ils n'y vivent pas. Ils n'acceptent pas non plus la présence de colons en Cisjordanie, puisqu'ils sont pour la plupart favorables à la création d'un État palestinien et se placent dans la perspective d'une paix négociée. Au final, et à l'exception de ceux d'entre eux qui assignent à Israël une dimension mystique, ils gardent de ce pays grand comme un timbre-poste l'idée d'un ultime refuge en cas de malheur — l'adresse d'un vague cousin qui pourra toujours vous accueillir s'il faut à nouveau faire sa valise, en quelque sorte… Donc, oui, fatalement, tout débat sur la résurgence — réelle, supposée, exagérée — de l'antisémitisme en France intègrera l'existence d'Israël en toile de fond même si l'argument d'une « tactique », au sens de l'élaboration consciente d'un antisémitisme imaginaire, est un procès d'intention sans fondement, sinon écœurant.
Un vrai problème, c'est la nature nouvelle de l'antisémitisme en France, et l'effacement progressif de la figure lepéno-célinienne au profit de « l'antisémite arabe ». Bon, j'ai bien conscience de friser l'inacceptable en parlant d'un « antisémitisme arabe ». D'abord parce que les petits malins se précipiteront pour expliquer que les Arabes étant eux mêmes des sémites, ils ne sauraient développer ce genre de phobie : je les laisse se documenter sur l'origine d'un concept qui n'a pas grand chose à voir avec les divisions linguistiques des populations moyen-orientales (ça leur donnera l'occasion de se promener sur Internet). Ensuite, parce qu'il n'est pas politiquement correct de rappeler que les Arabes, figures victimaires par excellence dans la cosmogonie progressiste moderne, peuvent aussi être des méchants.
Je réfute d'ailleurs par avance toute accusation de racisme à l'égard des « Arabes » : il y a assez de sépharade algérien en moi pour qu'une telle option me soit de toute manière interdite. Je maintiens tout de même que le statut du juif dans le monde arabo-musulman, sa qualité de dhimmi -d'être humain de deuxième ordre- a laissé des traces. Mais j'ai lu suffisamment de Benjamin Stora ou d'Abdelwahab Meddeb pour faire la part des choses entre la valeur intrinsèque des personnes et les casseroles culturelles qu'ils trimbalent collectivement. Cet antisémitisme, ou si l'on préfère, cet antijudaïsme, n'est évidemment pas consubstantiel à l'Islam et au monde arabe, mais il y est présent. Partout. Tout le temps. Transporté dans le contexte de la France contemporaine, où les musulmans sont effectivement et objectivement en souffrance, cet antijudaïsme ancestral, magnifié par l'identification des jeunes des cités aux lanceurs de pierres de Gaza, est une vraie préoccupation. Et ni les militants de la cause palestinienne (j'en suis), ni ceux de l'insertion de jeunes déboussolées dans une société fermée (j'en suis aussi), ne rendent service à qui que ce soit en faisant le choix de l'aveuglement.
La spontanéité avec laquelle la gauche, justement, prend la parole pour nier l'existence de cet antisémitisme au fil des faits-divers et des, hum, « conférences sur les droits de l'homme » est l'une des plus grandes blessures de juifs qui, non seulement, subissent concrètement cette réalité à Sarcelles ou à Créteil (1), mais s'identifient instinctivement aux valeurs de progrès qui leur sont renvoyées à la figure comme antinomiques de ce qu'ils sont. L'incroyable et absurde retournement, qui a vu les communautés noires et juives américaines, indissociablement et historiquement liées par le combat pour les droits civiques, séparées par le fanatisme révisionniste des Farrakhan et consorts pourra d'ailleurs — et douloureusement — servir de précédent à ce phénomène (2).
Mais c'est compliqué tout ça. C'est difficile à réduire à deux trois idées simples comme on les aime dans les journaux, dans les meetings ou même sur les blogs. Les juifs sont, à bon droit, attentifs à ce qui est susceptible de leur tomber dessus, même s'il est certainement plus facile de porter une kippa qu'un prénom arabe dans la France d'aujourd'hui. Du coup, qu'un jeune soit laissé pour mort dans le caniveau, même un petit con, même un membre présumé du Bétar, parce qu'il est juif, qu'un Dieudonné fasse acclamer Faurisson au Zénith, qu'un Ahmadinejad fasse passer ses obsessions pour de l'humanisme et c'est l'inquiétude qui pointe. Une inquiétude alors disqualifiée par ceux qui refusent d'y voir autre chose qu'un repli communautariste -éventuellement mâtiné d'un poil de sarkozysme- au nom de réflexes idéologiques que le réel ne vient jamais bouleverser.
La question reste donc posée, et tant pis si elle agace le contempteur du juif « passant son temps à se plaindre » alors que d'autres l'ont remplacé au premier rang des victimes : quel est le moyen légitime de s'inquiéter de l'antisémitisme ?
----------------------------------------------
(1) Il s'agit du type de communes populaires où résident la majorité des juifs de France, au contact direct de ceux qui fantasment paradoxalement sur leur statut de nantis. Des quelque 600 000 Français juifs, 60% sont des sépharades originaires d'Algérie, de Tunisie ou du Maroc et appartiennent fréquemment à des milieux d'employés, d'ouvriers, d'artisans ou de petits commerçants.
(2) L'importation en France des discours de ce genre par des mouvements de type Tribu Ka, qui fabriquent de toutes pièces un prétendu contentieux entre Noirs et juifs, est d'ailleurs alarmant même s'il reste marginal. Ce contentieux est essentiellement construit sur l'idée que les juifs seraient responsables de la traite négrière (une imbécillité historique). Le mythe de la « concurrence mémorielle », selon laquelle les juifs empêchent la reconnaissance des souffrances des noirs pour conserver leur statut de victimes spécifiques est par ailleurs devenu le fonds de commerce de gens comme Dieudonné…
- 8296 visites
- Version imprimable
Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89
Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)
Envoyez « RUE » par SMS au 81027 (1,5 € / SMS)
En savoir plusAccrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.
123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque
























8
De Ludik69
toxico de l'info | 14H06 | 22/04/2009 |
Le jour ou l'on pourra critiquer le gouvernement israélien sans passer pour un antisémite notoire, je pense que ça sera un belle avancé pour tout les juifs de la planète… Cela évitera de justifier des guerres indéfendable, de justifier des colonisations au 21 ème siècles et surtout de critiquer sont alter-ego d'ennemie.
De expat
15H34 | 22/04/2009 |
Le probleme c'est que ce genre de presentation parait tout a fait rationel au premier abord.
Par contre il y a beaucoup de generalisation absurde, comme de pretendre que le peuple juif (qui n'est pas un peuple ou une race, mais un assemblage heteroclyte de gens ayant (eu) en commun une religion) a ete singularise par l'histoire pour son malheur, en fait le seul cas ou un antisemitisme irrationnel a cause un tres grand nombre de victimes est la 2e guerre mondiale. Maintenant on peut faire des comparaisons deplaisantes, combien de morts en Chine entre la colonisation europeennes, l'invasion japonaise et la revolution. Que dire des massacres de la revolution bolchevique, de la Terreur ? Les armees, les pillards, les ecorcheurs, etc…
Pretendre que les juifs de la diaspora tiennent a Israel mais sont contre la colonisation de la Cisjordanie est une absurdite, nous pouvons tous les lire dans les journaux, sur les forums, les blogs etc… qu'il n'y a pas de blocs juifs de ce genre, en fait il y a des juifs religieux qui sont anti-sionistes pour des raisons religieuses et surtout pour des raisons morales, et il y a les cretins (pendant de vos antisemite) qui ont une morale elastique, teinte de paranoia, et il y en a plein d'autres qui s'en foutent.
L'histoire juive officielle est une belle piece de propagande qui finalement vous a beaucoup desservi, la tradition antisemite populaire existe pour des raisons simples, elles sont injustes mais l'attitude tribale ne fait rien pour les arranger, ni pour les changer.
vos parents ont perdu leur nationalite, c'est un crime, malheureusement ca n'efface pas le fait que tout les jours depuis au moins 60 ans, des palestiniens perdent leur maison et sont deportes, perdent leur nationalite et n'ont nulle part ou aller, vous vos sentez mieux ? Moi pas !
De NELEPHANT
16H38 | 22/04/2009 |
Expat,
J'ai une bonne nouvelle pour vous !
Le peuple français n'existe pas non plus !
Légende que la prise d'Alésia !
Construction que la fracture du vase de Soissons !
Contes pour enfants que le sacre de Reims, la prise de la Bastille, la Fête de la Fédération !
Poudre aux yeux idéologique que la devise « Liberté, Egalité, Faternité ! » ( Et là, on est dans le dur , vous savez ? le complot maçonnique….)
L'identité d'un peuple n'est pas une notion sur laquelle on puisse intervenir : elle procède d'une mémoire, d'une culture, d'un ensemlble de gestes et d'actes qui en forment le ciment . Dénier la capacité d'être un peuple à une fraction de l'humanité est déjà le début de la discrimination … que cela vous plaise ou non .
A ma connaissance, Israel est le seul pays où la locution « sale juif » désigne seulement un juif qui aurait besoin d'aller prendre une douche .
De Di
mère déchlorurée (papotable) | 16H48 | 22/04/2009 |
Avant d'être juif, vous êtes d'abord français non ? Après tout, ce n'est qu'une religion, comme toutes les autres ! Faut pas voir de l'antisémitisme partout et sans cesse crier à l'antisémitisme à tout va, sinon vous risquez fort de faire devenir « antisémite » des tas de gens qui à priori ne le sont pas du tout. Puisque le peuple Juif a tant souffert pendant la 2° guerre, alors faites en sorte qu'aucun autre peuple ne subisse JAMAIS plus ça. Levez-vous pour le condamner lorsque vous voyez des immigrés maltraités, ou des sans-papiers traités comme du bétail. AUSSI et SURTOUT lorsque ce sont des juifs qui massacrent d'autres peuples (comme pour Gaza). Faut pas rester à pleurer sur le passé, faut agir pour le futur. Pour l'humain. Pour TOUS les humains. Avant tout, nous ne sommes pas des juifs, des chrétiens, des musulmans et autre, nous sommes des humains. Faut arrêter, je crois, de mettre les gens dans des catégories. La planète est trop petite pour ça.
Comme tous ici je suppose, je n'étais pas née pendant la 2° Guerre. Mais j'ai pleuré toute les larmes de mon corps en voyant depuis mon enfance des centaines de films sur toutes ses horreurs. Le premier livre que l'on m'ait offert à la pré-adolescence était « Le Journal de Anne Frank ». Maintenant, je trouve que tout ça suffit, il faut tourner la page, arrêter de pleurer sur son sort et faire en sorte que de telles horreurs n'arrivent plus jamais, mais à N'IMPORTE quel peuple. Regardez bien autour de vous et vous verrez bien qu'aujourd'hui, en France par exemple, ce ne sont pas du tout des juifs qui sont maltraités ou qui subissent le plus le « racisme ». L'Histoire nous montre aussi que beaucoup d'autres peuples (et d'autres religions) ont énormément souffert. Certains, (je pense aux Indiens d'Amérique) peut être encore plus.
De Hugues Serraf (auteur)
Chroniqueur | 17H15 | 22/04/2009 |
Di,
Là encore, je crois que nous ne parlons pas de la même chose. Où voyez-vous que je passe ma vie à parler de l'antisémitisme ? Ce n'est absolument pas le cas. C'est même assez rare. J'en parle aujourd'hui, voila tout.
Et d'où vient l'idée que le fait d'en parler m'empêche de m'indigner du racisme en général ? Ou l'idée que j'en trouve partout, chez tout le monde ? Il n'y a rien de tout ça dans mon texte.
Juste une question qui me semble légitime : peut-on parler de ce phénomène sans se voir taxer de crypto-sionisme ou de paranoïaque délirant. Mais j'aurais pu ajouter, « peut-on en parler sans se voir reprocher de ne pas immédiatement parler de tout ce qui va mal dans le monde par souci d'équilibre ? ». Ou même, « peut-on en parler sans se voir reprocher d'en parler ? »…
De freakfeatherfall
back to the primitive - fuck all yo... | 18H09 | 22/04/2009 |
et puis les baskets laïques ça nous change un peu des baskets naïques…
De Hugues Serraf (auteur)
Chroniqueur | 21H07 | 22/04/2009 |
Ludik69,
Le jour où l'on pourra évoquer la question de l'antisémitisme sur un site tel que Rue89 et que le fil de commentaires ne sera pas quasi exclusivement détourné par la question israélo-palestiennienne, il s'agira également d'une belle avancée.
L'idée générale, si je comprends ce qui est dit ici, est que l'antisémitisme « traditionnel » n'existe pas (ou disons, n'existe plus) et que c'est la situation au Moyen Orient qui pose problème, les juifs étant ultimement responsables de ce qui leur tombe de temps à autre sur la figure parce qu'un conflit se déroule à des milliers de kilomètres et qu'ils ne se lèvent pas tous les matins pour désavouer le gouvernement israélien sur leur balcon.
C'est intéressant dans la mesure où il a toujours existé une bonne raison d'avoir un problème avec les juifs, selon qu'ils aient tué le Christ, qu'ils dévorent des petits enfants pour leurs terribles rituels, provoquent la fin du monde capitaliste en inventant le bolchevisme ou précipitent la fin du collectivisme salvateur avec leurs banquiers cupides.
Aujourd'hui, c'est Israël. C'est le sionisme. Et manifestement, s'il n'y avait plus Israël, il n'y aurait plus d'antisémitisme. C'est con, mes aïeux auraient dû penser à ne pas tuer le Christ et à ne pas manger des petits enfants en inventant le bolcho-capitalisme : ils se seraient évités bien des soucis.
Et tout ça écrit par un juif qui manifeste contre la guerre à Gaza et milite contre toutes les formes de racisme mais obtient au moins une réponse à ses interrogations : il n'est effectivement pas possible de s'inquiéter, que dis-je, d'évoquer la question de l'antisémitisme sans passer pour un paranoiaque ou un agent du Mossad.
Je n'en suis pas pour autant à penser qu'il faut craindre une résurgence de l'antisémitisme, mais force est de constater que les préjugés ont la vie dure et qu'il faut effectivement faire avec.
De Larueestaucoin
15H01 | 23/04/2009 |
Il est toujours surprenant pour moi de lire dans les commentaires péremptoires de tant de lecteurs ignorant les faits essentiels, que les Juifs sont une religion, point barre.
Oui, ils en sont une, et ne sont et n'ont jamais été uniquement cela.
Le terme de nation était depuis longtemps appliqué aux Juifs, alors même qu'on leur niait l'accès aux droits nationaux élémentaires. C'est d'ailleurs la première nation européenne, puisque pour les autres on parlait de peuple Chrétien ! La carte de l'Europe a beaucoup bougé depuis ce qu'on appelle les Temps Modernes, et l'émergence de l'État Nation.
Bien sûr avant les nazis, le seul critère d'identification pour un Juif était le fait d'avoir son origine religieuse prouvée. Mais, honnêtement, l'antisémitisme n'a jamais trouvé la barrière de la religion suffisante, vu que de nombreux « conversos » se sont vus persécuter dans les pays qui n'aimaient pas ces Chrétiens-là.
Les Français, qui se croient universels et ne voient pas que leurs catégories de pensées sont franco-françaises, s'appuient souvent sur des jugements sartriens (qui prouvent l'ignorance crasse du philosophe Sartre sur la question) selon lesquels, le Juif, c'est le regard de l'autre qui le crée. C'est comme si l'on disait que le genre, c'est seulement une création de l'esprit, et qu'il n'existe pas de différences entre les sexes sur le plan biologique et historique. Déconstruisons, certes, mais respectons les faits avant de le faire.
Donc, pour qu'un débat sur les Juifs soit honnête, et pour qu'on arrête de nous parler d'un état juif qui serait automatiquement religieux par définition, je rappellerai que je suis Juif, athée, laïque et israélien, et qu'il y a des arabes israéliens. Ainsi, Israël n'est pas un état religieux, d'ailleurs même s'il le devenait, que les détracteurs balaient d'abord devant les Républiques Islamiques de notre planète, et celles qui ne l'étant pas ont pour loi la Sharia. Et qu'on se demande pourquoi certains pays ont une religion d'état et une religion obligatoire pour les héritiers du trône (en Europe, moderne et démocratique).
En outre, comme de nombreuses minorités ethniques, les Juifs ont, par groupes plus ou moins importants, une histoire commune, un art spécifique, des pratiques culturelles propres, soit liées aux langues parlées qui leur étaient spécifiques (ghettos d'Europe et du monde arabe), soit à leur cuisine spécifique etc. La plupart des Juifs, pas tous, cela s'entend, ont également des valeurs héritées de la civilisation juive (eh oui, ça c'est tout simplement toute une série de débats juridico éthiques sur des tas de questions entre communautés, qui de la Bible au Talmud -brûlé plus d'une fois par nos amis chrétiens- en passant par les responsae des rabbins, ainsi que la littérature juive de toutes les époques (hébraïque, araméenne, judéo -espagnole -arabe ou -allemande et j'en passe).
Il est toujours permis de déconstruire, mais comme auparavant, je le répète, il faut connaître les faits.
Quant à l'invention du peuple juif dont certaines personnes égarées dans l'antisémitisme ambiant semblent vouloir se gausser, il n'est pas plus inventé que ne l'est la Francitude, la Oumma ou la Nation Arabe, sans parler des entités panturque, panslaves et pan pan sur le cucu. Il suffit de lire les livres des spécialistes pour le comprendre. L'arabité, c'est quoi par rapport à des populations araméophones de Mésopotamie de Syrie du Liban et d'Iran ? C'est quoi par rapport aux Coptes, Berbères et autres Kurdes de toute notre belle région arabisée.
Moi, né en France, d'un père français dont deux oncles sont tombés pour la patrie, j'ai eu un grand père et un grand oncle exterminés par les bons soins de la Police française agissant pour les nazis. Et cela n'a pas empêché un rom et deux enfants d'immigrés, l'un écossais et l'autre italien, de me dire de retourner dans mon pays. Ce que j'ai fait pour mon plus grand bonheur et celui de mes enfants.