
Ententes cordiales et renvois d'ascenseurs
Si l'ascenseur social est en panne, les fabricants de monte-charge ne connaissent pas la crise.

Croyez-le ou non, il n'existe dans le monde que quatre sociétés capables de renouveler le parc d'ascenseurs de mon immeuble : l'Américain Otis, l'Allemand Thyssen, le Suisse Schindler et le Finlandais Koné. Quatre, ce n'est pas beaucoup, surtout pour un immeuble qui n'est pas exactement un méga-complexe à la Parly 2, tout juste une « résidence » moyenne de 250 appartements.
Et alors que le marché de l'ascenseur est en pleine effervescence, compte tenu de l'introduction de nouvelles normes impliquant, avant 2018, le remplacement ou la rénovation majeure de la presque totalité des cabines de France, on imagine que la concurrence est rude entre ces quatre-là…
On l'imagine, mais on se trompe. La concurrence, ce concept au nom duquel des entreprises s'affrontent pour obtenir un marché, ne fait pas partie du lexique des fabricants de monte-charge à l'heure du boom -surtout à l'heure du boom.
Les représentants des copropriétaires, associés au syndic, c'est-à-dire la boîte à laquelle nous rétrocédons un pourcentage de toutes les dépenses qu'elle nous convainc de faire, ont pourtant rédigé un appel d'offre impeccable, propre à faire rougir n'importe quel Gérard Dallongeville.
Mais ça n'a pas ému Koné, le Finlandais, qui n'a même pas daigné répondre à toute une série de sollicitations. Une opération d'un peu plus d'un million d'euros ne fait manifestement pas vibrer ses forces commerciales, qui ont d'autres chats à fouetter à coups de câbles d'ascenseurs.
Chez l'Helvète Schindler, on répond. Mais avec une proposition totalement hors-sujet, apparemment susceptible de convenir à des immeubles de grande hauteur et sur la base d'une technologie ultra-avancée dont la Nasa raffole… Avec nos 10 étages par bloc, inutile de dire que cette offre est difficile à retenir. Un peu comme si le gestionnaire du parc de vélos de La Poste se voyait proposer des Ferrari au moment de renouveler les bécanes de ses facteurs.
D'autant plus que tout ça nous amène à une facture de 50% plus élevée que celles des deux derniers candidats de cette StarAc du septième ciel ! Toutes les tentatives de conduire Schindler à proposer quelque chose de plus en phase avec le cahier des charges seront d'ailleurs vaines : ce sera les ascenseurs de la tour de Burj Dubai ou rien.
On l'a compris, le Suisse, comme le Finlandais, de nos cages d'ascenseur, il ne veut pas entendre parler ; il nous le fait simplement savoir de manière un poil plus polie que son homologue nordique.
Reste les deux larrons dont on a déjà suggéré qu'ils étaient plus raisonnables : Otis le Yankee et Thyssen le Teuton. Leurs offres à eux sont, à un pouillème près, rigoureusement identiques et il ne nous reste plus qu'à arbitrer entre leurs factures clonées.
« Mais ça a tout d'un marché bidon, s'exclame un copropriétaire qui sort manifestement d'un déjeuner avec Adam Smith. Quatre acteurs seulement, un marché forcé par la mise en place de normes obligatoires, une entreprise qui ne soumissionne même pas, une autre qui propose une solution délibérément décalée et deux finalistes dont les prix sont identiques… C'est dingue ! »
« Oui, renchérit un autre de mes voisins, c'est complètement scandaleux ! Refusons de nous laisser avoir et repoussons ces travaux qui, de toute façon, ne sont pas obligatoires avant 2018 ! »
« Impossible, rétorque le directeur du cabinet-conseil que le syndic a mandaté pour nous aider à choisir entre ces deux offres à raison d'une commission supplémentaire : si vous attendez, vous paierez encore plus cher car les prix augmentent de 15 à 20% par an dans ce secteur et on peut même prévoir que vous n'aurez plus qu'une seule offre la fois suivante… »
Ah, dans ce cas… Une pièce d'un euro, admirablement dotée de deux faces, permet alors de finaliser ce choix cornélien : pile c'est machin, face c'est truc.
« De toute manière et avec l'un ou l'autre, prévient le spécialiste en se marrant presque, les délais de construction du devis seront dépassés, il faudra attendre que des pièces introuvables soient usinées et vous resterez sans ascenseur pendant deux mois minimum… »
Bon, c'est face alors. Point suivant à l'ordre du jour ?
Photo : sur un chantier à Singapour, en mai 2006 (Reuters)
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De Waldeck
Naufragé en Sarkoland | 10H20 | 13/04/2009 |
Bravo Hugues !
Vous découvrez ( enfin ) le vrai visage du libéralisme, où la concurrence est bidon, les marchés sont biaisés, et nous…baisés…
Tout cela, nous les anti-libéraux, cripto-gauchistes, nous le savions depuis longtemps, vous, vous ne le découvrez qu'en lisant votre C.R. d » A.G. de copropriété.
Vous avez mis le doigt sur le fond du problème (hormis celui de la vétusté réelle des ascenseurs et du risque réel d'accident sur le quel surfent nos « entrepreneurs » ).
Mais c'est valable partout : exemple, sur les autoroutes où Leclers et Carrefour devaient faire baisser le prix des carburants par leur seule présence !
Et pendant ce temps là, on nous explique que l'inflation diminue et qu'il est extrême urgent de baisser le taux des livrets « A », responsables majeurs de la crise actuelle !
Serraf, docteur ?
De Hugues Serraf (auteur)
Chroniqueur | 10H41 | 13/04/2009 |
Je n'ai rien découvert du tout avec cette histoire. Et je ne savais pas que la constitution d'un oligopole visant à mettre un marché en coupe réglée était la preuve que le libéralisme ne fonctionne pas.
Dans mon esprit de libéral de gauche, il appartient justement à un État régulateur d'empêcher la mise en place d'oligopoles et de rebattre constamment les cartes pour leur rendre la vie impossible.
En tout état de cause, je me console en imaginant que, dans un modèle marxiste, j'aurais droit à un ascensoriste unique qui serait de toute manière incapable de répondre à la demande et dont les cabines seraient constamment en panne parce que les quotas de production de câbles (fabriqués dans l'usine A) seraient déconnectés des quotas de production de portes (fabriquées dans l'usine B). Sans préjudice d'une production régulièrement interrompue par l'effort du complexe militaro-industriel dans le cadre de la lutte contre l'impérialisme capitaliste…
A moins, évidemment, qu'il n'y ait pas d'ascenseurs du tout parce qu'il s'agit d'un élément de confort bourgeois dont il faut apprendre à se passer.
Mais, puisque vous proclamez à nouveau la faillite du libéralisme, que proposez vous concrètement en lieu et place de la concurrence à la suite d'une histoire démontrant que c'est, précisément, l'absence de concurrence qui pose problème ?
à Hugues Serraf
De I.P
Flat4 | 10H50 | 13/04/2009 |
Dans mon esprit de libéral de gauche, il appartient justement à un État régulateur d'empêcher la mise en place d'oligopoles et de rebattre constamment les cartes pour leur rendre la vie impossible.
Vous croyez vraiment que l'état français a un quelconque pouvoir sur ces compagnies ?
à I.P
De Hugues Serraf
(auteur)
Chroniqueur | 10H53 | 13/04/2009 |
L'Etat n'a pas à avoir du pouvoir sur les sociétés elles mêmes, mais il est tout puissant en ce qui concerne leur environnement fiscal et réglementaire -- lequel oriente à terme leurs méthodes et leur stratégie.
à Hugues Serraf
De I.P
Flat4 | 12H26 | 13/04/2009 |
Tout puissant au niveau de la France peut-être, ça ne fait pas lourd dans leur CA global à mon avis.
Souvenez d'Apple qui préferait couper iTunes en France plutôt que de se plier à je ne sais plus quelle loi qui devait passer il y a un an ou deux.
à Hugues Serraf
De leo s
noyaudecondensationdanslanébuleused... | 11H04 | 13/04/2009 |
On commence à s'approcher de la réalité du problème,
qui tout compte fait n'est que celui du logement.
A l'origine du livret A, la necessité de financer le logement social.
Le gouvernement vient de « rebattre les cartes. »
Ainsi le cREDIT aGRICOLE dans sa concurrence libre et non faussée avec la cAISSE d'éPARGNE va mettre cette banque en justice pour entrave au marché.
Oublions les branches immobilières du crédiagricole et la main qu'il a sur le foncier pour ne pas compliquer l'affaire.
Cette vaticination (traversée par Dalongeville ( ? ? ? ) ne sert en fait qu'à essayer de nous rebattre les oreilles sur les vertus de la main invisible du marché qui de fait le tient au collet contrairement à Corneille, qui esprit libre pouvait écrire sans perdre la face.
à Hugues Serraf
De Le Putsch
Konopsoproctotrype putatif | 13H59 | 13/04/2009 |
Ce que vous décrivez comme « modèle marxiste », M. Serraf, n'est en fait qu'un traditionnel modèle capitaliste d'Etat d'accumulation centralisée et planifiée, a contrario du capitalisme libéral d'inspiration plus anglo-saxonne qui est diffus et imprévisible (d'où l'impossibilité pour l'entrepreneur de déterminer seul la demande effective).
Ce que Marx dit, c'est que l'aliénation provient du système d'accumulation en lui-même. Le fait même d'accumuler aliène, et ces régimes qui se sont proclamés marxistes n'ont été que le fait de princes conservateurs, comme tous les princes. L'accumulation, c'est vouloir exister par le fait de s'assoir sur son tas d'or, qu'importe qu'on le fasse pour se prouver qu'on est élu par Dieu ou au nom de la libération future de son peuple. L'accumulation procède de la domination et est au fondement de la politique en tant que rapport de force, elle en est le mode le plus universellement adopté.
M. Serraf, vous vous dites de gauche (soit), mais vous semblez persuadé que malgré tout, il ne peut y avoir de moteur pour l'homme que ses passions les plus basses (en l'occurrence, l'avidité). Ne faudrait-il pas commencer par élever votre niveau de confiance en l'homme pour envisager ensuite d'autres modes d'organisation de la société que celui qui divise les intérêts des hommes, les aliène et produit de l'anomie en masse sous prétexte de les libérer des chaînes du besoin ?
[c'est beau, dit comme ça. *_*]
à Le Putsch
De Jaycib
Désagrégé de l'Université | 16H00 | 15/04/2009 |
La grande majorité des marxistes considèrent que l'URSS ne pratiquait pas le « capitalisme d'Etat », notion introduite dans le débat (interne à la gauche) par l'Américain Schachtman dans les années 30 (et constamment combattue par Trotsky), mais qu'il s'agissait d'un pays socialiste « dégénéré ». La Chine actuelle, en revanche, répond peut-être à la définition du capitalisme d'Etat, mais beaucoup considèrent qu'il s'agit plutôt d'une simple dictature. Les dictatures, on le sait, s'accommodent très bien du libéralisme économique (on l'a bien vu avec l'Espagne de Franco ou le Chili de Pinochet).
Hugues Serraf est plutôt du genre social-démocrate à tendance droitisante (du type Valls). Tous les sociaux-démocrates ne partagent pas ce point de vue, loin de là.
à Hugues Serraf
De Jaycib
Désagrégé de l'Université | 15H20 | 13/04/2009 |
Si vous lisez n'importe quel rapport annuel d'Otis (ou plutôt d'United Technologies, la maison mère également actionnaire principal de plusieurs sociétés industrielles, dont Pratt & Whitney, moteurs d'avion, Sikorsky, hélicoptères, etc., qui n'ont rien à voir avec les ascenseurs), vous remarquerez que les quatre entreprises que vous citez ont le quasi monopole des ascenseurs dans le monde aujourd'hui, avec des variantes de parts de marché suivant les pays. Votre immeuble est évidemment l'objet d'une entente illicite (répartition des marchés), et il appartient à votre syndic de porter plainte devant la Direction générale de la consommation, de la concurrence et de la répression des fraudes à la demande de la copropriété, mais je ne garantis pas le succès d'une telle action, d'autant moins que le syndic n'est sans doute pas complètement ignorant de telles ententes en ce qui concerne d'autres immeubles qu'il gère ! Il semble même « faire l'article » au nom de la bande des quatre, si je vous suis bien. On peut se demander si l'entente n'inclut pas le versement de pots de vin au syndic. Ce ne serait pas la première fois qu'un syndic français est pris la main dans le sac (ou le ressac : comme la marée, un ascenseur monte et descend). Le vôtre figure sûrement sur la liste de Schindler…
à Waldeck
De envert94
Le ras le bol de la grande distribu... | 10H56 | 13/04/2009 |
http://anti.grande.surfaces.over-blog.com/
vous avez vraiment cru que les prix allaient baisser uniquement par la venue de Carrefour et Leclerc ? …
Pour eux le prix de l'essence les autouroutes sont de la marge toute faite…
Ils se sont mis au niveau des pétroliers pas l'inverse…
à envert94
De Waldeck
Naufragé en Sarkoland | 14H56 | 13/04/2009 |
Non, bien entendu, cher envert94, pas plus que la multiplication des opérateurs téléphoniques…
De leo s
noyaudecondensationdanslanébuleused... | 10H33 | 13/04/2009 |
« Une pièce d'un euro, admirablement dotée de deux faces, permet alors de finaliser ce choix cornélien … »
C'est vrai qu'une relecture attentive de notre grand classique (mais non, pas Serrrafin, Corneille) la chute de chacune de ses pièces (mais non, de théatre) n'est pas le fruit d'un aléa.
nb :
la pièce d'1 € de lampion étant dotée de deux faces, 0 chance qu'il tombe sur pile.
à leo s
De leo s
noyaudecondensationdanslanébuleused... | 10H38 | 13/04/2009 |
A Singapour
pour l'ag de co-propriétaires
la solution est plus aisée
surtout si un seul est contre.
De affreuxjojo
14H33 | 13/04/2009 |
Mr Hugues Serraf
Entre le tout marché et le tout marxiste, vous ne semblez pas admettre qu'il peut exister (et qu'il a existé) des système mixtes, des compromis. Pour les néo-libéraux pas d'alternative, c'est le libre marché ou le goulag. D'ailleurs, une fois de plus, les critiques du libre marché qui ne fonctionne pas émises dans les commentaires vous amènent de façon automatique à émettre de façon symétrique la critique du communisme qui a échoué.
Historiquement après l'utopie communiste (le parti des travailleurs établit par le moyen de la dictature du prolétariat une société socialiste, puis par la disparition progressive des classes sociales et par le dépérissement de l'état, le communisme est installé naturellement) nous sommes tombés depuis dans l'utopie néo-libérale : l'état perd progressivement son pouvoir économique (privatisations, défiscalisation, dérégulation), la main invisible du marché régule offre et demande, dans ce libre jeu l'individu fait souverainement les choix conformes à ses intérêts personnel, la somme des jeux de ces intérêts personnel conduit à une société d'abondance et de liberté individuelle.
Nous sommes passé d'une construction intellectuelle abstraite et simpliste décrivant une société idéale à une autre. Mais si Marx et Friedman sont évidemment antagonistes rien n'interdit de faire des parallèles entre ces deux utopies totalisantes.
Ces deux théories idéalistes sont devenues des discours de pouvoir. La nomenclatura soviétique a usé et abusé du discours communiste pour accaparer tout les pouvoirs et toutes les richesses d'une société. Pour cette nomenclatura le communiste fut une indéniable et éclatante réussite.
La caste possédante des sociétés capitalistes occidentales à largement utilisé le discours néo-libéral pour orienter l'économie dans un sens exactement conforme à ses seuls intérêts. La privatisation de pans entiers de l'économie (énergie, transport, santé, communications) précédemment nationalisé, lui a permis de s'ouvrir de nouveaux marchés lucratifs. Les dérégulations économiques, la défiscalisation ont permis d'améliorer substantiellement les taux de rendement des capitaux investis. Pour cette caste la réalisation de l'utopie néo-libérale est une réussite éclatante. Aujourd'hui aux Etats-Unis 1% de la population détient 25% de la richesse, 10% en détient 70%. La caste possédante dispose par ailleurs de relais énormes en terme de pouvoir. Le ministre du budget est systématiquement issus du secteur bancaire privé. Aucun président ne peut être élu s'il n'a reçu des fonds financiers importants (ce qui donne un net avantage au programmes favorables à la finance). Dans une logique de tout marché, l'information et la culture étant considérés elles aussi comme des marchandises, les médias peuvent appartenir à des groupes privés qui ne manque pas d'imposer à la population une propagande économique et politique conforme à leurs intérêts. Ces médias imposent par exemple l'idée ( que vous relayez vous même) que la croissance économique des trente dernières années est le fruit des orientations néo-libérales, alors que les trente années précédentes ont connu une croissance à la fois plus forte, plus régulière et mieux distribuée dans un système mixte conciliant entreprises privées et secteur nationalisé puissant (banques, énergies , infrastructures, santé, formation, éducation, protection sociale, transports et communications).
« L'idéologie dominante est l'idéologie de la classe dominante » (Marx).
Sous l'ancien régime la monarchie et l'aristocratie se sont imposé par l'idéologie religieuse. Pendant l'ère communiste une petite caste (qui a acquis à la faveur d'une révolution la maitrise des moyens de production) s'est imposée par le discours Marxiste (ce que n'avait pas prévu Marx). Aujourd'hui la classe possédante impose ses vue par le discours néo-libéral.
Cela a fonctionné assez bien depuis trente ans (pour cette classe sociale). La crise actuelle remet largement en cause cette idéologie néo-libérale. L'histoire de ce marché des ascenseurs est un phénomène secondaire en importance mais parfaitement révélateur. Une fois de plus le marché se montre tel qu'il est : faible pour les forts et fort pour les faibles. L'illusion que le marché serait vertueux, intrinsèquement régulateur et conforme à l'intérêt général ne résiste pas à l'épreuve des faits. Le marché ne fonctionne ainsi que dans quelques cas limités. L'idéologie néo-libérale en a pourtant fait abusivement une vérité universelle. C'est une vue de l'esprit, une illusion, une utopie qui, pour l'essentiel, ne se réalise pas
De Waldeck
Naufragé en Sarkoland | 15H00 | 13/04/2009 |
En Belgique, ils pensaient régler le problème de la sécurité des ascenseurs en plaçant dans la gaine une cabine à chaque étage…
De leo s
noyaudecondensationdanslanébuleused... | 17H18 | 13/04/2009 |
Chronique panne d'escalier :
tribune inaccessible.
Ascenceur pour le ras des paquerettes.
Seuls les prix montent
si j'ai bien compris.