09/04/2009 à 22h38

Dylan au Palais des Congrès : Wight is Wight, etc.


Mercredi soir, je suis allé applaudir Bob Dylan au Palais des Congrès. Je n'y ai pas rencontré Nicolas Sarkozy qui était venu la veille mais c'était formidable quand même.

J'aime bien raconter que mon tout premier disque était un album de Bob Dylan — « Desire » pour être précis. J'aime bien le raconter, mais c'est faux. Ou plutôt pas complètement vrai. Mon tout premier disque, c'était le 45 tours de Nicolas Peyrac « So far away from LA ». Pas franchement honteux pour un gamin de 11 ou 12 ans ayant tanné sa mère pour qu'elle le lui offre après en avoir été saturée sur RMC, mais avouons qu'on était assez loin de Dylan. Presque autant que de LA, en fait…

D'ailleurs, pour être tout à fait honnête, « Desire » n'est même pas mon deuxième disque ! Non, mon deuxième disque c'est « Dolanes Melody », un tube de variétoche à la trompette signé Jean-Claude Borelly. Celui-ci, je crois que c'est à ma grand-mère que je l'avais demandé (je ne sais pas si ma mère serait allée jusque là). Le Dylan n'est donc que mon troisième disque, mais parce que c'est tout de même le premier que je me sois acheté avec mon propre argent de poche, il est bien, d'une certaine manière, malgré tout, mon premier disque si vous voyez ce que je veux dire.

Du coup, encore aujourd'hui, j'ai un attachement très particulier à cet album bourré de hits majeurs, « Hurricane » en tête. Ok, ce n'est pas le meilleur, ce n'est pas le plus fort. Ce n'est même pas le plus dylanien puisqu'il est largement co-écrit avec Jacques Levy, un prof de fac auteur de comédies musicales à ses heures. Mais bon, je vous l'ai peut-être déjà raconté, « Desire » est un peu mon premier disque ! Mieux, c'est grâce à lui que j'ai vraiment commencé à écouter de la musique -du rock, du blues, de la pop- et que j'ai fini par planquer le Jean-Claude Borelly quand j'avais des copains à la maison (mais pas le Nicolas Peyrac qui, semble-t-il, n'était pas totalement inacceptable bien qu'un poil incongru sur mes étagères, entre un Creedence Clearwater Revival ou une Patti Smith).

J'en suis convaincu : si j'avais joué d'un instrument, au lieu de sécher systématiquement mes cours de guitare pour aller faire des conneries avec mon gang, j'aurais probablement fait « du Dylan ». Enfin, ça aurait été « du Hugues » mais les spécialistes -ceux qui assurent que Desire n'est pas l'album le plus personnel de Dylan- disserteraient sans doute sur la filiation naturelle entre mes premiers albums et les siens, en dépit de nos backgrounds radicalement différents, lui dans le Minnesota, moi dans les Bouches-du-Rhône ; lui rencontrant Woody Guthrie, moi tombant sur, euh, je ne sais pas moi, Francis Lalanne dans un bar du Vieux-Port en 1984. Mais je n'ai pas fait de musique. Je me suis contenté d'en écouter et le monde du rock ne s'en est pas plus mal porté (en tout cas, il ne s'en plaint pas).

Ah, du Dylan, c'est sûr, j'en ai avalé jusqu'à faire pleurer les voisins de rage. Heureux propriétaire d'à peu près tous ses disques, j'ai progressivement transformé ma collection de vinyles en CD avant de passer au MP3, histoire de rester dans le vent (« blowing in the wind ? »). Pour autant, j'avais beau avoir écouté du Dylan sur tous les formats d'enregistrement, en live, ça, je n'en avais jamais eu l'occasion... Vous savez ce que c'est : ce genre de type ne passe par Paris qu'une fois tous les dix ans et, généralement, vous n'êtes au courant des dates de concerts que lorsque tout est complet. Mais il semble que mon ange gardien ait l'oreille musicale, ces temps-ci : tiens, pas plus tard qu'en novembre dernier, je me suis débrouillé pour aller entendre Leonard Cohen, autre grande idole à moi, à l'Olympia.

Ce coup-ci, j'ai pu passer deux trop courtes heures dans un fauteuil du Palais des Congrès de la Porte Maillot, à juger de ce que Mr Zimmerman avait encore dans le ventre à bientôt 70 ans. Résultat des courses : ça marche encore, même s'il faut parfois attendre le milieu d'une chanson pour la reconnaître, entre ces arrangements déconcertants et cet accent nasillard et non filtré par un producteur de studio. Même Like a Rolling Stone, cet hymne à la déchéance de ceux qui n'ont plus de maison vers laquelle rentrer, ça m'a pris un moment... Mais pour le reste, nickel : musiciens impeccables, public enthousiaste, sièges confortables. Presque trop confortables, d'ailleurs, ces gros fauteuils rembourrés, s'il faut vraiment trouver quelque chose de négatif à dire au sujet d'un concert sans accroc. Car le palais des Congrès, cet auditorium pour assemblée générale d'actionnaires d'Arcelor-Mittal, est-il le lieu idéal d'une étape parisienne pour l'auteur de North Country Blues ? Sans doute pas.

En tout cas, c'est un endroit qui convient à Nicolas Sarkozy qui, je l'apprend du Figaro au moment de trouver une chute, assistait au concert de la veille avec Carla. Il est vraiment fort, l'hyperprésident : parce que débarquer dans un papier consacré à Bob Dylan, il fallait le faire. Allez, the times, they are a-changing !

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  • Le Yéti
    Le Yéti
    yetiblog.org
    • Posté à 22h44 le 09/04/2009
    • Internaute
      yetiblog.org

    « Je... Mon... Moi... »

    Si on compte dans ce billet (comme dans vos précédents)
    le nombre de je ou j' (27) ;
    de mon ou ma ou m' ou me ou mes ou moi (23) ;
    on est proche de l'indigestion carabinée.

    Ça vous arrive, M. Serraf, de parler d'autre chose que de vous ?

    • tox
      tox répond à Le Yéti
      http://www.dessins-tox.com
      • Posté à 22h56 le 09/04/2009
      • Internaute
        http://www.dessins-tox.com

      Oui, ça lui arrive ! certaines fois il parle aussi beaucoup de lui !

    • eXistenZ
      eXistenZ répond à Le Yéti
      Arracheur de dents
      • Posté à 23h25 le 09/04/2009
      • Internaute
        Arracheur de dents

      Son premier 45t c'était Nicolas Peyrac et apparemment son premier jeu de construction c'était l'égo.

    • Naradamuni
      Naradamuni répond à Le Yéti
      • Posté à 00h51 le 10/04/2009

      Clone de son p'tit Mètre en-talonné ?

  • Brédala
    Brédala
    La V2 Maria ...
    • Posté à 22h54 le 09/04/2009
    • Internaute
      La V2 Maria ...

    ça y'est M. Serraf, vous attaquez votre auto-biographie !

  • Pseudo
    • Posté à 22h59 le 09/04/2009

    Moi, mon premier disque c'était un disque de Babar. : -)

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 23h15 le 09/04/2009
    • Internaute
      Chroniqueur Grolandais

    Dylan est avant tout un des meilleurs interprètes de « protest song “
    Le ‘ protest song ’ a toujours été populaire aux États-Unis. Des artistes comme Woody Guthrie ou Pete Seeger l'ont fait connaître à un large public. Le ‘ protest song ’ américain est une véritable chanson de révolte moderne. C'est une chanson engagée, souvent accompagnée d'une ou plusieurs guitares, et qui traite volontiers des sujets politiques ou sociaux courants. L'éventail des sujets traités dans les textes de ces chansons est très vaste.

    Blowin” in the Wind de Bob Dylan est sans doute le point de départ d'une acceptation du “ protest song ” auprès des médias, la première chanson de révolte moderne à être diffusée a une échelle planétaire. Tirée d'un chant d'esclaves, un negro spiritual, qu'il arrange avec génie, cette chanson sera reprise par les 250 000 manifestants de la Marche sur Washington de Martin Luther King.
    Réduire M. Zimmerman à des souvenirs sur NPeyrac et J.C. Borelly, le tout agrèmenté de “je”, et de “moi”, c'est du Sarkosy dans le texte

  • Adéménagé le 3 janvier 2011
    • Posté à 23h57 le 09/04/2009

    N'est pas Lester Bangs qui veut.

    Hugues, lui, carbure à la drogue de droite :

    Elle défonse et fait dire n'importe quoi,
    Mais en restant sinistre.

    Un peu comme Raffarin total explose quand il se prenait pour Johnny :

    Lien

    Hyper crédible.

  • A déménagé le 1-6
    • Posté à 23h55 le 09/04/2009

    ça c'est la classe...
    Lien

  • Numerosix
    Numerosix
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 23h58 le 09/04/2009
    • Internaute
      Prisonnier dans le village (...)

    Sarko , allez écouter Dylan ? Il a pas du comprendre les paroles..

    En plus, il a meme pas écouté, il s'est forcé d'y aller pour faire plaisir à sa chieuse, qui s'emmerde.

    Yes, « n » how many ears must one man have
    Before he can hear people cry ?
    Yes, « n » how many deaths will it take till he knows
    That too many people have died ?
    The answer, my friend, is blowin » in the wind,
    The answer is blowin » in the wind.

  • EulChe
    • Posté à 00h37 le 10/04/2009

    Ben moi le premier disque que j'ai voulu c'était antisocial de Trust, mais je ne crois pas que ça vaille la peine d'en faire un article... Par contre je comprends mieux pourquoi j'ai autant de mal avec vos écrits.

    Ah, sinon j'ai aussi été voir les Ogres de Barback hier et c'était formidable, plein de générosité et tellement loin du monde libéral que vous prônez à longueur de mots... vous devriez essayer, ça revigore...

    • Utilisateur désinscrit à sa demande
      • Posté à 00h59 le 10/04/2009

      Ça serait un milliard de fois plus intéressant que tu nous fasses un article sur ton premier choc auditif avec Antisocial, que l'autre crypto-sarkolâtre avec son cul planté dans un fauteuil mou écoutant l'archifoutu Dylan, à qui on pardonne même d'être devenu cupide, nul à chier, con comme un manche et polytaré depuis plus de trente ans, parce qu'il a chanté quelques unes des chansons les plus fabuleuses de l'univers.

      • Numerosix
        Numerosix répond à Utilisateur désinscrit à sa demande
        Prisonnier dans le village (...)
        • Posté à 01h14 le 10/04/2009
        • Internaute
          Prisonnier dans le village (...)

        Ha, merci, Cyp . Ce que tu viens d'écrire sur Dylan , il fallait que ce fusse écrit ..

        La légende qu'il serait resté s'il s'était viandé pour de vrai dans son accident de moto en 66 , juste après « Blonde on Blonde » le premier double album concept de l'histoire du rock

        Alors que ses concerts depuis 30 ans, c'est vraiment à chier .

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