Continental à Clairoix : une usine pour l'éternité ?

Qu'un ouvrier se fiche comme de sa première salopette des raisons qui amènent son entreprise à fermer le site qui l'emploie, on le comprend aisément.

Lorsque vous avez des traites à payer, des gosses à nourrir et très peu de chances de retrouver du boulot dans un délai raisonnable, la perspective d'une inscription à Pôle Emploi a tendance à vous rendre assez peu indulgent à l'égard de votre futur ex-patron…


A Clairoix, près de Compiègne, les « Contis » sont en colère. Leur usine fermera ses portes dans deux ans et le sentiment qui domine, au-delà de l'inquiétude, est celui d'avoir été trahi par une direction cynique au moment de l'abandon des 35 heures il y a deux ans.

Mais y a-t-il vraiment eu trahison ? Et la décision de fermer une usine est-elle forcément inacceptable quel que soit le contexte dans lequel elle est prise ?

Continental, comme la quasi-totalité des entreprises de l'univers automobile depuis quelques mois, est en difficulté. C'est logique : lorsque l'on vend moins de voitures, on vend moins de pneus.

Et la firme de Hanovre, qui avait déjà pas mal de problèmes de compétitivité avant que le ciel des subprimes ne nous tombe sur la tête, a vu son activité se réduire encore plus rapidement que celles des petits copains en caoutchouc vulcanisé.

Des marges frôlant les 8% pour un chiffre d'affaires de 24 milliards d'euros

L'an dernier, ses ventes en « première monte », c'est-à-dire les ventes aux constructeurs qui équipent directement leurs autos avant de les expédier chez un concessionnaire, ont baissé de 10%. Sur le marché de la rechange, elles ont reculé de 8% et 2009 s'annonce d'ores et déjà comme une année noire.

Bon, jusqu'ici, pas de quoi faire pleurer dans les chaumières du compiégnois : un groupe international solide, dont les marges frôlent encore les 8% pour un chiffre d'affaires supérieur à 24 milliards d'euros, est parfaitement capable de traverser une crise en serrant les dents.

Des voitures, on en fabrique encore et il faudra bien que les automobilistes désargentés qui n'ont plus les moyens d'acheter une voiture neuve changent les gommes usées jusqu'à la corde de leurs vieilles guimbardes.

D'autant plus que les pneus ne représentent plus qu'un gros quart de son chiffre d'affaires depuis qu'il s'est diversifié dans la conception et la fabrication d'équipements électroniques pour le compte des grands constructeurs…

La direction n'a pas d'autres choix que celui de baisser la production

Sauf que, à y regarder de plus près, Continental n'est pas un groupe si solide. Il vient même de faire l'objet d'une OPA hostile de la part d'une entreprise deux fois plus petite que lui, laquelle est à la limite de la cessation de paiement et tente actuellement d'obtenir l'appui du gouvernement allemand pour le renouvellement de ses crédits bancaires.

Et ce n'est pas tout : non seulement les capacités de production de la division « rubber » (« caoutchouc ») de Continental sont supérieures à la demande et son actionnaire de référence à deux doigts de le revendre par appartements pour se refaire mais, en plus, toutes ses usines de pneus pour voitures sauf une sont implantées dans des zones à faible croissance et à coûts élevés, quand la concurrence s'organise de plus en plus rapidement dans les pays émergents, notamment en Chine.

Forcée de réfléchir au coup d'après, la direction a-t-elle d'autres choix que celui de ramener la production à un niveau plus raisonnable et, pour y parvenir, de fermer ceux de ses sites dont les coûts de revient sont les plus élevés pour se concentrer sur les plus compétitifs ?

Cette logique-là, exposée sans fard, est naturellement inacceptable lorsque l'on s'intéresse aux hommes plutôt qu'aux comptes d'exploitation, bilans et autres parts de marchés. Continental ne pourrait-il pas, simplement, répartir ses volumes sur l'ensemble de ses usines pour donner du travail à tous ?

Au pays des 35 heures comme remède au chômage, ça tombe sous le sens. Et ne peut-il pas se résoudre à perdre de l'argent sur un site dont les coûts sont plus élevés que les standards du marché, puisqu'il en gagne par ailleurs ? La péréquation, ce n'est pas fait pour les chiens…

En revenant aux 40 heures, le management n'aurait pas pu promettre autant

Le hic, c'est qu'une entreprise qui se comporterait de cette manière finirait fatalement par être larguée par ses concurrentes. Quant aux profits qu'elle génère encore, et qui lui sont renvoyés à la figure par Christine Lagarde « herself », ils fondraient aussi rapidement que les pneus que brûlent les salariés de Clairoix sur leurs piquets de grève.

Ah, évidemment, il y aurait bien un moyen de délivrer Continental de ces contraintes absurdes, comme la nationalisation des grands pneumaticiens mondiaux et leur transformation en un immense Kombinat produisant des pneus à des quantités planifiées pour des constructeurs également réunis en un consortium public aux quotas déterminés par un comité de hauts-fonctionnaires.

Las, on a déjà essayé, ça ne marche pas non plus…

En demandant aux salariés de Clairoix, il y a deux ans, de revenir aux quarante heures pour accroître la compétitivité, le management ne prenait donc pas l'engagement de garder l'usine ouverte pour l'éternité.

On voit mal, d'ailleurs, comment il aurait pu faire une promesse pareille ; et encore moins comment les Contis auraient pu la prendre au sérieux. Il promettait en revanche d'investir dans de nouveaux équipements qui, associés à une hausse du nombre d'heures travaillées, permettrait peut-être de combler le différentiel de coût avec les autres sites.

Fin 2008, et en dépit de ces efforts, le différentiel restait pourtant supérieur de 12% à ceux de Sarreguemines -l'autre usine française du groupe.

Comment concilier une dimension libérale et une dimension sociale ?

Pour quiconque accepte, mais il ne s'agit manifestement pas d'un consensus universel, les principes d'une économie de marché laissant les entreprises libres de développer les activités correspondant à leur « objet social » (produire, vendre, etc.), la fermeture d'une usine est un événement concevable.

Tout comme son ouverture, d'ailleurs. Moi, j'accepte ça : c'est ma dimension libérale.

Mais pour quiconque refuse l'idée d'une société où les hommes ne seraient que les instruments de cet « objet social », une fermeture doit obligatoirement se passer dans les meilleures conditions sociales et financières, l'Etat garantissant qu'aucune des obligations légales et morales de l'entreprise ne sera ignorée (indemnités de départ, plans de formation et de reclassement, délais de cessation de l'activité…).

Un Etat dont le rôle est aussi de veiller à ce qu'un territoire ne soit pas dévasté par le départ d'un acteur économique trop dominant, de faciliter un retour rapide à l'emploi et, surtout, de fournir un vrai revenu de remplacement aussi longtemps que nécessaire aux salariés licenciés.

Ça c'est ma dimension de gauche. La même, d'ailleurs, que celle des syndicats de Clairoix qui, parce qu'ils ont depuis longtemps entériné la fermeture de l'usine, se battent aujourd'hui pour un « plan social quatre étoiles ».

233 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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TBBT addict. | 20H39 | 27/03/2009 | Permalien

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. | 17H30 | 27/03/2009 | Permalien

De 12 à 18 mois ! Vous me décevez un peu.. D'autres y parviennent en 53 secondes.

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Aimer la vie, aimer les fleurs, aim... | 17H37 | 27/03/2009 | Permalien

Dans 18 mois, je n'ose imaginer… ; -))

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nc | 17H53 | 27/03/2009 | Permalien

 : -)))

Excellent !

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Aimer la vie, aimer les fleurs, aim... | 18H05 | 27/03/2009 | Permalien

Ah ah, c'est qu'on va lui en faire voir avec nos pancartes à 30 euros. Il n'a pas fini de gesticuler…

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nc | 18H24 | 27/03/2009 | Permalien

Qui ça ? Sarkolas-le-Maudit ou Serraf-le-Minus ?

Je plaisantes : c'est les mêmes.

Comme tu dis : on va leur en faire voir !

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c'est probable mais fort impossible... | 02H13 | 28/03/2009 | Permalien

C'est vrai que vous êtes sympathique…vous n'abondez dans le sens des riverains les plus prolifiques que lorsqu'il s'agit d'articles où vos idées sont (au moins) à demi partagées par l'auteur

Ne vous surestimez pas Hulk, vous ne retournerez rien : vous n'êtes pas assez habile.

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Chroniqueur mondain | 00H39 | 28/03/2009 | Permalien

Mon cher Hugues, dire de façon péromptoir que :

« Je ne pense pas que les gens qui fabriquent des pneus à Clairoix le fassent par vocation et qu'ils soient particulièrement attachés à Continental »,
c'est très, très mal connaitre la vie d'une entreprise.

A grand renfort de réunions, séminaires et autres colloques et symposiums, les cadres et les ouvriers sont « formatés » pour produire et aimer la société dans laquelle ils travaillent

Bien que nous ne sommes plus au temps des Maitres de Forges et des intérêts miniers, ils ne faut pas sous évaluer, voir moquer l'intérêt des ouvriers pour leurs entreprises au nom de la mondialisation, de la nécessaire transformation, voir de la réincarnation industrielle de leurs bassins d'emploi.
Tout le monde n'a pas un bac +10, qui plus est quand il a 45 ans et plus pour faire enfin le métier qu'il a toujours rêvé.
Faire le bonheur des autres à grand renfort d'idées du prêt à penser Sarkosyte et de nécessaires adaptations libérales ne peuven en aucun cas faire avancer le schmilblik en ces temps de crise ou la notion de solidarité devrait être mise en avant avant celle de rupture.
Je continuerais néanmoins à te lire. ne serait ce que pour te critiquer

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Arracheur de dents | 19H56 | 26/03/2009 | Permalien

Votre article n'appelle aucun commentaire argumenté. Une fois fixés les axiomes de la théorie libérale, la seule qui vaille à vos yeux, votre démonstration est parfaitement valide. Vos assertions sont d'ailleurs inférées avec l'humanité d'un ordinateur.

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01H44 | 27/03/2009 | Permalien

aahh…y'a une mouche dans le télépod !

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Prisonnier dans le village global | 20H00 | 27/03/2009 | Permalien

Des fois c'est un cafard …

J » ai aussi connu quelques mantes religieuses .

Mais le pire , c'est quand on ne reconnait pas avec quelle sorte d » insecte l'accident à eu lieu ..

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Ingénieur en informatique scientifi... | 10H53 | 27/03/2009 | Permalien

C'est tout le talent du liberalisme : fixer comme verite immuable un cadre (accepter l'economie de marche liberale par opposition a l'economie planifiee mode URSS) et a partir de ce sillogisme indeverrouillable, il n'y a plus qu'a derouler !

Aucun autre monde n'est donc possible que celui qui martyrise 4 cinquiemes de sa population pour le benefice a court terme d'une infime minorite. Qui massacre son environnement.

Le probleme, c'est que quand ce monde la s'ecroule, soit on remet en cause l'axiome de depart, soit aucun monde tout court n'est possible !

Ou alors, on prend du recul, et on demonte l'ideologie a partir du niveau zero.

Alors je vous conseille l'integrale de Fernand Braudel et surtout les « libres lecons de Braudel » de Francois Xavier Verschave.

Dans la foulee, toujours de Verschave, « De la Francafrique a la Mafiafrique »
http://www.amazon.fr/Fran%C3%A7afrique-%C3%A0-Mafiafrique-Fran%C3%A7ois-…

Ca vous permettra de voir la mondialisation d'un autre oeil.

Portrait de Azza

à Azza Portrait de Azza De Azza

Ingénieur en informatique scientifi... | 15H18 | 27/03/2009 | Permalien

En complement, un article interessant lu sur le Monde

 :

Nous sommes tous des Madoff !
chronique : Nous sommes tous des Madoff !
par Thierry FAYRET, Vice président Brest (PS)
26.03.09

Au beau milieu d'une crise économique mondiale sans précédent, l'affaire Madoff nous offre une clé de lecture décalée, mais non moins instructive des contradictions de nos modèles.

La mécanique globale d'une fraude pyramidale tient d'abord sur une illusion. Celle-ci place chaque acteur volontaire de la pyramide dans la double posture « d'investisseur » et de « bénéficiaire », à la seule condition de participer soi-même à une partie de la construction de l'ensemble. La réalité mathématique de cette mécanique n'est autre qu'une concentration des profits faits sur les « investisseurs », vers le sommet de la pyramide, au détriment des rangs les plus bas. Les acteurs intermédiaires ou de rang bas étant tenus dans l'expectative d'un retour sur investissement… qui ne viendra jamais complètement dans les faits.

De façon plus complexe mais non moins réelle, le système économique mondial actuel repose aussi sur cette illusion. Il place chaque acteur individuel dans une posture où il croit pouvoir tirer profit de son investissement personnel, mais l'ensemble agit comme une énorme machinerie à concentrer les profits vers quelques uns.

Un travailleur français payé 1 500 €/mois gagne envions 10 € par heure travaillée, quand la moitié de la population mondiale vivant en dessous des 2 $/jour verra, son temps de travail valorisé 50 fois moins. Pour un cadre moyen français, le ratio passe à 100, pour un cadre supérieur à 200 et pour le directeur général de Valeo qui tente de partir avec son golden parachute, le ratio passe à plus de 25 000 ! Une heure travaillée de ce brave homme équivaudrait au travail de 25 000 personnes en parallèle ou alors, de plus de 12 années de travail d'un autre ! Evidemment que non. Comme Bernard Madoff, Thierry Morin est simplement au sommet d'un système pyramidal, dont nous sommes tous les couches intermédiaires.

Il existe une différence fondamentale entre ces deux systèmes pyramidaux. Dans le cas de Madoff, la fraude est purement financière, alors que dans le système capitaliste mondial, cette mécanique s'esquive derrière les échanges de biens et de services intermédiaires et transactionnels dans le fonctionnement du système pyramidal, renforçant à la fois l'illusion d'un système raisonné, mais aussi la légitimité de chacun des acteurs à y appartenir.

Des commentateurs disent aujourd'hui du système Madoff : « aucune stratégie d'investissement au monde ne peut générer ce genre de performances » (Charles Gradante, fondateur du consultant Hennessee Group). Mais n'est-ce pas aussi vrai pour la rémunération horaire du l'ex-DG de Valeo et de quelques autres ?

Le 24 mars dernier, Nicolas Sarkozy nous dit dans son discours de Saint Quentin : « Une société égalitaire, c'est le contraire d'une société de liberté et de responsabilité. » Ne se pose-t-il pas lui-même en défenseur d'un vaste système pyramidal ?

La crise est là, bien là, avec son lot de souffrances et de malheurs. Mais que s'est-il passé depuis un an ? Y a-t-il eu une guerre mondiale, un cataclysme, un tsunami ? Rien de tout cela. Dans le monde réel, il ne s'est rien passé. Une banque est tombée et le système, une partie de la grande illusion s'est effondrée avec une perte de confiance généralisée, puis une discontinuité dans les comportements qui affecte de façon tragique l'intégralité de notre économie.

Bernard Madoff et sa fraude pyramidale iront en prison. Nous devrions tirer les mêmes conclusions quant à l'illusion de notre modèle économique et de son système pyramidal déguisé. Chaque être humain doit œuvrer, à égalité, pour son propre développement et non pour faire fructifier outrancièrement le développement d'une minorité, assise en haut d'une vertigineuse pyramide. Cela doit être la leçon de l'après-crise… et de l'après-Madoff !

Portrait de eXistenZ

à Azza Portrait de Azza De eXistenZ

Arracheur de dents | 18H14 | 27/03/2009 | Permalien

« C'est tout le talent du liberalisme : fixer comme verite immuable un cadre (accepter l'economie de marche liberale par opposition a l'economie planifiee mode URSS) et a partir de ce sillogisme indeverrouillable, il n'y a plus qu'a derouler ! »

C'est exactement ce que je voulais signifier.

« Ou alors, on prend du recul, et on démonte l'idéologie à partir du niveau zéro. »

C'est ce que H. Serraf évite soigneusement avec un argumentaire tout aussi manichéen que celui des riverains les plus virils qu'il fustige dans sa dernière intervention. Je cite :

« Ah, évidemment, il y aurait bien un moyen de délivrer Continental de ces contraintes absurdes, comme la nationalisation des grands pneumaticiens mondiaux et leur transformation en un immense Kombinat produisant des pneus à des quantités planifiées pour des constructeurs également réunis en un consortium public aux quotas déterminés par un comité de hauts-fonctionnaires. »

D'où l'absence de dialogue quasi systématique dans ses articles.
QED.

PS. Merci pour les références de lecture, je ne manquerai pas de les lire !

Portrait de Azza

à eXistenZ Portrait de eXistenZ De Azza

Ingénieur en informatique scientifi... | 18H53 | 27/03/2009 | Permalien

L'approche Braudelienne et sa vision multiechelle me seduit beaucoup. D'habitude, je n'aime pas trop les paralleles entre les sciences humaines et la physique, car elles sont souvent hypersimplificatrices, mais en tant qu'ancien thesard sur le sujet de la turbulence des fluides (et son aspect multiechelle), je ne peux m'empecher de voir dans la theorie de Braudel (eventuellement revisitee par Verschave) une description hyperpertinente.

Elle a le merite de reconcilier certains aspects de l'economie de marche, ou de la liberte individuelle au sein d'une democratie avec la critique du capitalisme (ou de la « politique » au sens magouilleux du terme).

on peut en trouver un resume ici :
http://survie.org/On-joue-mieux-avec-un-ballon.html

Par ailleurs, l'approche de Braudel se fonde sur une veritable analyse d'historien. Pas sur un modele theorique fantasme. Ca aide a eviter de dire trop de conneries.

Je ne connais pas suffisement Marx pour porter un jugement, mais il me semble qu'une des limites du Marxisme, comme du capitalisme moderne (avec son ideologie de la croissance) est qu'il se focalise sur la production. Il me semble que c'est une vision biaisee par le contexte du XIXieme siecle avec la revolution industrielle et a l'histoire qui a precede. En gros, on est dans une bataille pour le controle de la production de richesse. C'est valable dans un monde base sur la recherche de la satisfaction des besoins materiels (nourrir, habiller, loger…) et ou le centre de la civilisation, c'est l'usine ou le champ. A leur maniere, les deux systemes capitalistes et communistes se sont fait concurrence sur la quantite de cereales ou de voitures produites. Bref, ce sont tous les deux des systemes de croissance…Horriblement materialistes.

Evidement, ces questions n'ont pas disparues (l'humanite dans sa plus grande part vit toujours dans le denuement), mais de nouvelles problematiques sont apparues : les limites imposees par l'environement et l'augmentation monstrueuse de la productivite. Et ca change beaucoup de choses.

Par ailleurs, Marx ecrivait dans un monde qui n'avait quasiment jamais fait l'experience de la democratie, ou l'instruction etait faible et ou les communications etaient absentes… Ou la democratie directe n'avait materiellement aucun moyen de se mettre en place. Cela a tout de meme bien change.

Verschave ecrivait qu'on n'avait jamais connu de famine dans un pays ou un minimum de normes democratiques sont presentes et entretenues en bon etat de fonctionnement. Il insiste a la suite de Braudel sur l'imperative necessite des contre pouvoirs. C'est avec ces lunettes qu'il s'agirait effectivement je crois de relire Marx.

Portrait de dodu

à Azza Portrait de Azza De dodu

Ménagère surdiplomée | 17H49 | 30/03/2009 | Permalien

En fait c'est une religion révèlée , on place quelques dogmes et…la messe est dite

Portrait de Emma T

à eXistenZ Portrait de eXistenZ De Emma T

TBBT addict. | 16H18 | 27/03/2009 | Permalien

@eXistenZ , tu as posé là exactement le problème.

 : -)) aussi.

Portrait de metallo

à eXistenZ Portrait de eXistenZ De metallo

amiantable | 18H05 | 27/03/2009 | Permalien

Exact existenZ. On peut également dire : la froideur d'une enclume !

Portrait de leo s

à Hugues Serraf Portrait de Hugues Serraf De leo s

noyaudecondensationdanslanébuleused... | 09H32 | 27/03/2009 | Permalien

Serraf, sache que mon voisin a essayé de lire l'article d'un trait mais à chaque fois m'a t'il confié, l'envie de te coller une baffe l'a arrêté en cours de lecture.

Il a recommencé plusieurs fois, narre t'il, et à chaque fois, c'était à un endroit différent.

Que dois je lui répondre ?

Portrait de zorbek

à leo s Portrait de leo s De zorbek

09H53 | 28/03/2009 | Permalien

Qu'il commence d'abord par s'interroger sur ce qu'il trouve choquant dans les propos de Serraf. S'il s'interroge véritablement, il finira peut-être par comprendre qu'il n'y a rien de plus choquant qu'une vérité qui se révèle contraire à un consensus largement partagé.

On peut évidemment s'esclaffer et dénoncer avec le reste du troupeau le « dogme libéral » à partir du « dogme anti-libéral » et tourner en rond pendant des heures. N'empêche qu'à part des vœux pieux et des bonnes intentions, je ne vois guère de réponses apportées aux questions bien concrètes que soulève l'article. Si les Français achètent moins de voitures, et si donc la production de pneumatiques en pâtit, on fait comment pour ne pas amener l'entreprise à la faillite ? On force les Français à acheter de nouvelles voitures ? Ou bien on continue la production comme si de rien n'était et on pond une loi qui oblige l'état à acheter le surplus ?

Ce qui est assez constant dans les critiques des camarades à l'égard de Serraf, c'est qu'ils se croient « hors norme », alors que s'il existe bien une pensée « hors norme » en France, c'est justement le libéralisme qui, pour des raisons culturelles et historiques, fait figure de gros mot de Besancenot à Lepen en passant par Chichi ou même Sarko (qui est loin d'être un libéral). Une sorte de dénominateur commun à tout ce qui ne va pas, une explication fourre tout qui a l'énorme avantage de n'apporter aucune solution concrète mais qui permet de rejeter la responsabilité sur d'autres, genre les anglo-saxons et leur soucis du profit (le entreprises françaises n'ont-elles pas besoin de profit pour assurer leur pérennité ? ), les crève-la-faim du tiers monde qui font baisser les salaires, le dumping social de ces salauds de Chinois qui veulent s'enrichir, ces ingrats d'indiens qui se permettent de critiquer nos subventions agricoles … Mais des solutions concrètes, mis à part le retour fantasmé à un passé glorieux et complètement mythique, je n'en vois aucune.

Plutot que de s'acharner à sauver des emplois qui vont disparaître, je trouve personnellement qu'il vaudrait mieux aider les emplois du futur et rendre moins onéreux la création de nouvelles entreprises…

Portrait de Azza

à Hugues Serraf Portrait de Hugues Serraf De Azza

Ingénieur en informatique scientifi... | 10H42 | 27/03/2009 | Permalien

La mutuelle comme solution aux tarifs abusifs de certains toubibs, une dimension de gauche ? ! ? ! ?

Ben c'est pas gagne !

Portrait de Raslacouette

à eXistenZ Portrait de eXistenZ De Raslacouette

. | 19H36 | 26/03/2009 | Permalien

 : ))

Portrait de jyeden

De jyeden

khmer vert ( age des caverne, bougi... | 19H24 | 26/03/2009 | Permalien

toujours aussi nul
va donc expliquer ça au futur licenciés
ils apprécieront à la fois ton coté de gauche et ton coté libéral
tu dois avoir une petite gache bien pépère pour vaticiner ainsi sur des gens qui vont se retrouver sans rien
c'est indécent
j'avais entrevu un débat à la télé avec un economiste et l'autre guignol de l'express . Tous gens tres bien payés et qui dissertaient sur l'impossibilité d'augmenter les salaires des smicards….
c'est combien au fait l'avantage fiscal des journalistes ?
il n'y a que chimulus qui ose l'avouer

Portrait de Hugues Serraf

à jyeden Portrait de jyeden De Hugues Serraf (auteur)

Chroniqueur | 19H30 | 26/03/2009 | Permalien

Notre déduction est de 7 650 euros avant les abattements standards des salariés « normaux », ce qui la maximise. C'est moins bien que lorsque nous avions 30% non-plafonnés mais bon, ça reste sympa.

Pour autant, vous tombez mal avec moi puisque je suis totalement hostile à ce dispositif et que je me suis largement exprimé contre :

http://hugues.blogs.com/commvat/2005/09/fiscalit_les_ch.html

Mais je ne pense pas qu'il y ait beaucoup de confrères pour dire la même chose, je vous le concède.

Portrait de leo s

à Hugues Serraf Portrait de Hugues Serraf De leo s

noyaudecondensationdanslanébuleused... | 21H55 | 26/03/2009 | Permalien

« Qu'un ouvrier se fiche comme de sa première salopette des raisons qui amènent son entreprise à fermer le site qui l'emploie, on le comprend aisément. “

Serraf, on a déjà vu que t'avais pas lu Le Carré
Là on voit que tu n'as pas lu Mordillat

Pauvre de toi.

Portrait de MisterMagoo

à Hugues Serraf Portrait de Hugues Serraf De MisterMagoo

Haut, bas et fragile | 02H29 | 27/03/2009 | Permalien

On peut supposer que Serraf est tellement vertueux, qu'au delà du fait de s'exprimer contre, il se refuse à déduire (lui qui doit pourtant, au regard de la profession, avoir un salaire aisé) ces 7650 euros de ses revenus annuels…Non ? Oh, quelle surprise !

Quel courage quand même ce Serraf ! Un vrai « libéral de gauche » qui dénonce, avec force, l'iniquité d'une telle situation (de confrères qui, dans la très vaste majorité des cas, sont beaucoup moins confortables que lui, ajouteraient les mauvaises langues mais ce ne sont que de mauvaises langues). La rébellion, pour un « libéral de gauche » est chic ou ne sera pas.

PS : Rappelons que pour avoir sa première carte de presse, il suffit d'avoir eu pendant 3 mois consécutifs, l'équivalent d'une moitié de smic, c'est dire si le métier se porte bien…Article d'acrimed -un genre de site gauchiste que Serraf déteste tant- sur le sujet :
http://www.acrimed.org/article101.html

Rappelons aussi que si beaucoup de journalistes-pigistes -que leur entreprise peine à considérer comme salarié (ce qui devrait pourtant être légalement le cas au bout de 3 collaborations consécutives)- n'avaient pas cette niche fiscale (enfin, ceux qui ont déjà la « chance » d'être payés en salaire), il leur serait tout simplement impossible de vivre de leur métier (déjà que…)

Pps : On attend avec impatience que notre libéral de droite décomplex…oups, je voulais dire « de gauche », s'exprime sur les intermittents du spectacle et leur régime « scandaleux ».

Portrait de jyeden

à Hugues Serraf Portrait de Hugues Serraf De jyeden

khmer vert ( age des caverne, bougi... | 05H35 | 27/03/2009 | Permalien

tu es encore plus nul (ou hypocrite) que je le croyais
la déduction de 30 pour cent n'etai pas justifiée
mais quand TOUTES les deductions forfaitaires ont été supprimées seuls les journaleux ont obtenus cette avantage par leur travail de lobbying.
évidement c'est dégeu
mais etre contre une privilège dont on profite, alos ça dépasse tout en fait de bétise ou d'hypocrisie
comment ça se dit faux cul dans la presse ?

Portrait de Hugues Serraf

à jyeden Portrait de jyeden De Hugues Serraf (auteur)

Chroniqueur | 10H30 | 27/03/2009 | Permalien

Je viens de vous dire que je suis contre cette déduction, dans son ancienne forme ou dans l'actuelle, et de vous renvoyer sur un lien développant les raisons de cette hostilité.

Je ne sais pas comment on dit « faux-cul » dans la presse mais je crois que vous avez vous-même un léger problème de compréhension.

Portrait de Utilisateur désinscrit à sa demande

à jyeden Portrait de jyeden De Utilisateur désinscrit à sa demande

nc | 19H35 | 26/03/2009 | Permalien

Nul ?

Le mot est faible, Jyeden : c'est carrément aussi pourri d'écrire des saletés pareilles quand on se dit de gauche que quand Le Pen fout Jaurès sur une de ses affiches.

L'affiche du FN a au moins eu le mérite de me coller un des meilleurs fou-rire de ces dernières années. Là, j'ai juste envie de vomir.

Le libéralisme est ennemi de la Sociale, qui est la seule idéologie pouvant légitimement se réclamer de gauche.

Portrait de Herrera

De Herrera

Etudiant | 19H27 | 26/03/2009 | Permalien

Résumons donc : premier point, il est possible de laisser migrer les gentils entrepreneurs mi-mi tout plein vers des cieux socialement moins taxés pour satisfaire la fibre libérale.

Mais en même temps, deuxième point, parce qu'on a un coeur gros comme ça, on se dit qu'il faut graisser un peu pécuniairement les « salopettes » des p'tit gars de Continental. Il faut donc hausser un ch'tit peu les prélévements sociaux sur les mêmes entrepreneurs.

Et puis, étant donné les conséquences de cet accès de socialisme, revenir au premier point libéral, et les laisser se tailler. Parce qu'on est libéral, et qu'on ne soupçonne même pas qu'il puisse y avoir d'autres solutions. Car : le protectionnisme, c'est la guerre.

Chaque jour apporte la démonstration qu'on ne peut pas être à la fois social et libéral économiquement. A moins, bien entendu, d'avoir une troisième dimension stupide.

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