
Crise économique en Grande-Bretagne : la fête est finie
Les Britanniques sont effectivement dans de sales draps. Mais ils auront au moins pris du bon temps avant de se retrouver au lit avec nous.

Des touristes français hallucinés par le niveau élevé des prix pratiqués par les boutiques londoniennes, ça n'a pas grand chose de surprenant. La capitale britannique est l'une des métropoles les plus chères au monde et même les villégiateurs tokyoïtes, qui ont pourtant l'habitude de verser une semaine de salaire aux chauffeurs de taxis qui les trimbalent jusqu'à l'aéroport de Narita, sont parfois choqués par le coût d'un sandwich au bacon grignoté à Covent Garden…
Mais des touristes français hallucinés par « la faiblesse des prix » des échoppes d'Oxford Street, on n'avait plus vu ça depuis 1992, année de l'expulsion du sterling du système monétaire européen sous les coups de boutoirs spéculatifs de Georges Soros.
De fait, rien ne vaut un séjour de l'autre côté de la Manche pour se rendre compte du changement d'atmosphère que provoque une crise économique majeure dans un pays abonné à la croissance et au plein-emploi depuis quinze ans. Plans de licenciements en cascade, fermetures d'usines, découverte quotidienne de nouveaux cadavres dans les placards des banques, réévaluation massive de la dette publique, effondrement du marché immobilier : la « cool Britannia » blairiste s'est métamorphosée en une « freezing cold Britannia » brownienne dont plus personne ne pense qu'elle se réchauffera un jour.
D'où ces prix qui font saliver les Français en goguette, les bras chargés des emplettes bon marché qu'autorisent, pêle-mêle, la quasi-parité euro/livre, la baisse de la TVA initiée en réponse à la chute de la consommation et la sauvagerie de la concurrence entre les rares chaînes de magasins qui n'ont pas encore mis la clé sous la porte…
Une ambiance locale tendance millénarisme médiéval
Mais la déflation rampante n'est pas la seule surprise qui attend le visiteur en provenance du pays de la déprime chronique. Car si débarquer de Paris à Londres donnait jusqu'à présent l'impression d'avoir ouvert la fenêtre d'une pièce sentant le renfermé, d'être arrivé sur une planète où l'on change de job comme de chemise, d'avoir été transporté dans un monde d'optimisme et de confiance en l'avenir, l'ambiance locale est désormais au millénarisme médiéval.
Impossible de parler d'autre chose que de cette « damn crisis » qui fiche tout en l'air, les projets de déménagement ou de vacances au bout du monde financées à crédit, les achats de bidules électroniques, la vie sociale, les dîners dans les restos branchés… Impossible de ne pas entendre rabâcher que, si Gordon Brown n'est définitivement pas l'homme de la situation, son homologue tory, David Cameron, n'est pas non plus exactement du bon calibre…
Ça va mal, c'est certain, mais ça ira certainement encore plus mal d'ici peu, prédisent inlassablement les Cassandre, c'est à dire à peu près tout le monde. Tiens, même le patron de Starbucks s'y est mis l'autre jour à la télé, déclenchant la colère de Peter Mandelson, ministre du Commerce, en affirmant que la Grande-Bretagne était entrée dans une « spirale » en faisant l'économie la plus problématique d'une Europe déjà bien mal en point. Et que dire de ces banquiers américains, spécialistes de la titrisation de dette immobilière, qui refusent désormais de parier un kopeck sur « Old Blighty » !
Clairement, les Britanniques sont dans la mouise. Et l'on entend bien, ici et là, le long de la Seine, les roucoulements de plaisir de ceux qui n'attendaient que ça. De ceux qui savaient bien, les gros malins, que toute cette croissance, toute cette prospérité, ça n'était que du vent. Que Londres n'était jamais qu'un gros Reykjavik prêt à s'effondrer au premier coup de vent… Un vent qui, assurément, a fini par tourner, imposant aux voisins du dessus de réintégrer le club des pays à taux de chômage élevé, à budgets en déficit, à morosité constante et universelle. « Notre club », quoi !
Mais pour tomber de si haut, il fallait bien s'être envolé, non ? Pour que cette fête de quinze ans se termine, il fallait bien qu'elle ait commencé, non ? « Yes, the party's over ». Mais on n'y a même pas été invité… Zut alors !
Photo : une vitrine de Northampton le 21 janvier 2009 (Darren Staples/Reuters).
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De aurel93
artiste lyrique; intermittent du sp... | 01H12 | 22/02/2009 |
pas de quoi rigoler quand les OS anglais en viennent à manifester contre les travailleurs étrangers. Et puis la prospérité anglaise ce n'était pas que les traders fous aux salaires a 6 chiffres c'est aussi le plus gros effort de dépenses publiques depuis 10 ans pour remettre à niveau les infrastructures l'éducation et la santé, malmenés par Thatcher et ses héritiers.
De clive
09H08 | 22/02/2009 |
Encore un article définitif d'un français qui a tout compris de la Grande- Bretagne en prenant l'Eurostar, pour aller à Londres, dans certains quartiers, et qui donc peut s'abstenir de prendre un autre train (un excellent train britannique en service privé pour le coup) pour aller voir un peu plus loin…
Et pour ce qui est des statistiques…. si vous saviez…le nombre d'heures travaillées est-il supérieur à ici ? Avez vous entendu parler des « travailleurs handicapés ».
Les libéraux (pardon on redit capitalistes maintenant) de gauche peuvent aller faire leur shopping à Londres, c'est super moins cher en ce moment, et continuer à ne se poser aucune question de fond, « systémique ».
Mais c'est vrai que les anglais ont au moins un avantage, c'est la faillite de LEUR système.
De Hugues Serraf (auteur)
Chroniqueur | 10H20 | 22/02/2009 |
Je ne sais pas si j'ai »tout compris » de la Grande-Bretagne, mais disons tout de même qu'en y vivant pas mal de temps (à Londres, mais aussi à Manchester), en m'y mariant et en y séjournant régulièrement pour le travail et pour les vacances depuis mon retour, mes efforts de compréhension ont été un poil plus soutenus qu'une visite de »certains quartiers ».
Que les Britanniques aient pu trafiquer leur stats d'emplois, c'est une évidence. Mais nous le faisons aussi et c'est la raison pour laquelle la comparaison avec un taux de chômage inférieur de moitié au notre restait valide. Les stats sont d'ailleurs publiées « au sens du BIT » pour que l'on ne compare pas des choux avec des carottes.
Mais il y a un moyen de couper court à cette idée que le chômage n'avait pas disparu en Grande-Bretagne, c'est la mesure du taux d'emploi qui fonctionne dans l'autre sens en calculant la proportion de personnes effectivement au travail dans la population générale. Il est de dix points supérieur là-bas : 62% contre 72%.
De ginkoland
Ginkologue | 10H55 | 22/02/2009 |
C'est vrai que le France aurait elle aussi réussi le plein emploi en suprimant le contrat de travail,en multipliant la précarité, en faisant bosser les gens douze heures par jour sans salaire minimum. Tout ça soutenu par une croissance artificielle basée sur un endettement de malade, (l'endettement des ménages Anglais correspond à son PIB). Et détruit son industrie ainsi que son agriculture. Mais pour en arriver ou ? La fete c'est bien beau mais ensuite c'est la gueule de bois…
De Hugues Serraf (auteur)
Chroniqueur | 11H04 | 22/02/2009 |
En arrivant à Downing Street, Blair a créé un SMIC et l'a placé à un niveau supérieur au notre (avant la baisse de la livre). Et personne ne travaille 12 heures par jour en Grande-Bretagne, en tout cas pas pour le salaire minimum puisque les Français travaillent statistiquement davantage que les Britanniques en nombre d'heures annuelles par salarié.
Pour la part de l'industrie dans la formation du PIB, il ne faut pas croire tout ce qui dit Sarkozy à la télévision car il se trompe. L'industrie britannique reste comparable à ce qu'elle est en France (http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/acheter.cgi ? offre=ARCHIVES&type_ite…) même si elle a été éclipsée par la finance ces dernières années et n'est plus aussi dépendante de l'automobile.