Un « Ben Gaudin » maire de Marseille ? Chiche !

Ahmed Aboutaleb, maire de Rotterdam, immigré marocain (Rovert Vos/Reuters)

Le Pen semble avoir fait un bide, l'autre jour, en présentant l'arrivée d'un « Ben Gaudin » quai de l'Hôtel-de-Ville comme une perspective effrayante. Mais il serait dommage de mettre le manque d'intérêt du public ou des médias pour cette énième provocation minable au seul crédit de la ringardisation terminale du borgne…

C'est certain, il n'y a plus grand monde pour prêter attention au chef d'un parti d'extrême-droite longtemps présenté comme le chien dans le jeu de quilles de la politique française : le populisme a changé de camp et le tribun à la mode s'appelle désormais Besancenot, charge à lui de faire vibrer les salles à coups de slogans aussi binaires que faciles à comprendre.

Mais ce qui rend le bide lepéniste vraiment intéressant, en fait, c'est la comparaison qu'il force à établir entre Marseille, grande cité portuaire en déclin, et Rotterdam, grande cité portuaire en développement.

La deuxième ville des Pays-Bas vient justement de se doter d'un maire d'origine marocaine, Ahmed Aboutaleb, au grand dam des lepénistes du cru. Ce travailliste, plus blairiste que fabiusien, est en effet une excellente incarnation du multiculturalisme à l'européenne, une sorte de Barack Obama batave.

On se prend à rêver qu'un cousin d'Aboutaleb remplace les Gaudin-Guérini

Ancien ingénieur, un temps journaliste, il est le cauchemar de ceux qui prédisent en s'arrachant les cheveux le remplacement progressif des grands blonds en sandales par des petits bruns en babouches.

Car qu'Aboutaleb, un musulman pratiquant, défende la laïcité avec la même ardeur qu'un membre du Grand-Orient de chez nous n'émeut guère ces derniers : leur allergie est une allergie « générique », pas « spécifique ». Et l'échevin rotterdamois natif de Beni-Sidel pourrait bien se convertir au protestantisme et se shooter à la tulipe que ça n'y changerait rien.

On se prend pourtant à rêver qu'un cousin d'Aboutaleb, installé sur l'Huveaune plutôt que sur la Meuse, s'avise de prendre le relais des Gaudin et autres Guérini dont Marseille est la propriété depuis que Gaston Defferre leur en a confié les clés.

Un cousin d'Aboutaleb auquel les petits arrangements entre amis, les connivences avec des syndicats archaïques et les amitiés avec un patronat préhistorique seraient, comment dire, « étrangers ».

Marseille n'a pas besoin de changement, mais d'un bouleversement

Un Aboutaleb à la fois pro-business et social, conscient des atouts de sa ville mais sans indulgence pour les pratiques d'un autre âge.

L'un de ces diplômés d'école de commerce d'origine maghrébine et tentés par la politique qui, lorsque le sterling valait encore quelque chose, avaient plus de chance de décrocher un poste en or à la City qu'un stage non rémunéré à la Régie des transports marseillais (RTM).

Marseille n'est pas une ville qui a besoin de changement : c'est une ville qui a besoin d'un bouleversement. Clairement, le remplacement de Jean-Claude Gaudin par Jean-Noël Guérini est à peu près aussi susceptible de revitaliser le Rotterdam français que l'arrivée de Christian Poncelet à la résidence des Hespérides de Neuilly a de chances d'offrir une seconde jeunesse à ses compagnons de belote.

Alors un Aboutaleb, euh, un « Ben Gaudin » sur le Vieux-Port, n'en déplaise au borgne, il faudra trouver autre chose pour terrifier les Marseillais…

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Photo : Ahmed Aboutaleb, maire de Rotterdam, immigré marocain (Rovert Vos/Reuters)

4 commentaires sélectionnés

Portrait de padiran

De padiran

Chroniqueur mondain | 17H44 | 10/02/2009 | Permalien

Après avoir vu le duel télévisé entre Gaudin et Guérini, putaing et peuchère, ça vole pas haut !
Avec Le Pen (M. Brun) il ne manque plus qu'un autre vieillard cachochyme pour faire une belote.
Un Ben Gaudin, pourquoi pas ? Mais il en faudra de l'audace aux partis politiques locaux pour mettre en tête de liste une personnalité qui ne soit pas issue de la nomenclatura locale.

Portrait de Waldeck

De Waldeck

Naufragé en Sarkoland | 18H20 | 10/02/2009 | Permalien

Bien vu, Hughes !

Je suis étonné que d'autres n'aient pas abordé cette nouvelle saillie du Pen sous cet angle, car qu'il le veuille ou non, et de manière inéluctable le brassage, la mixité, l'intégration, appelons ça comme on veut, conduiront à ce résultat, qui n'est pas - forcément - négatif.

Ceux qui prédisaient un châtiment sodome&gomorien à la capitale, suite à l » élection de Delanoë en ont été pour leurs frais, tout comme l'élection pourtant bien improbable d » un Noir à la tête des USA a été digérée en quelques semaines.

il n » y a donc plus à s'offusquer des délires et fantasmes du Cyclope, du moins dans leur contexte exclusivement lepénien !

Portrait de Gibert Because-Youno

De Gibert Because-Youno

Kaléïdoscopique | 01H59 | 11/02/2009 | Permalien

Tout de même monsieur - je crois que d'autres l'ont déjà dit - celui qui a récupéré les billes de Le P, et les a fait fructifier, avec l'aide de son camarade de classe Boutefeux, c'est le petit nerveux, pro très très pro-business soit dit-en passant, (et soit dit en repassant, je ne vois pas de plus bas populisme aujourd'hui que le libéralisme manageurial anti-service public, pro-business) celui qui vient d'aller faire coucou aux irakiens (dommage que nulle chaussure…) pendant que la France chancelle. Besancenot, j'ai dû mal écouter, mais je ne l'ai jamais entendu appeller à la ratonnade, ni faire de porte-à-porte négationiste dans les chaumières…

Je ne dis pas que c'est la panacée, Besancenot, mais quand on l'écoute (à la radio, avec Elkabach par exemple), il résiste habilement aux pièges que la douce-hargneuse famille des journalistes libéraux lui tendent, sans se démonter, en posant clairement ses arguments, et sans pour autant les traiter de rouquin, ni d'ailleurs, et c'est tout à son honneur, crier au complot médiatique (une des marques du populisme… Celui qui crie le plus fort contre la presse, pas suffisament à sa botte à son gout, c'est - quoi ? encore lui ? Ben oui : Sarkozy)

Portrait de Hugues Serraf

De Hugues Serraf (auteur)

Chroniqueur | 09H13 | 11/02/2009 | Permalien

Je n'ai jamais dit que Besancenot prenait la suite de Le Pen au plan idéologique, mais qu'il en reprenait le rôle de tribun binaire aux idées simples.

Le Pen était effectivement dans le registre raciste et excluant quand Besancenot fait appel à la gentillesse, à l'universalisme et au SMIC à 3 000 euros (enfin, pour la gentillesse, il faut le dire vite tout de même puisque les militants de base de la Ligue ont parfois des accents moins marketing quand ils parlent de ce qu'ils feront aux gens comme moi pour le Grand Soir). Mais au final, on est dans le même refus de la complexité et dans la même approche démagogique de la politique et de l'économie.

D'autre part, et je ne suis pas le premier à le dire même si je le dis depuis longtemps, le NPA va désormais jouer le même rôle auprès du PS que le FN auprès de la droite. Un trublion convaincu d'être « l'original plutôt que la copie », empêchant d'avancer et, surtout, de gagner des élections. La symétrie est parfaite, le mécanisme est identique.

On reproche souvent à l'UMP d'être devenue une sorte de FN soft. Je ne suis pas totalement d'accord, mais je pense que le ministère de l'Identité nationale est tout de même un signe de cette perméabilité aux idées de l'extrême-droite. Si Besancenot parvient, après avoir gêné le PS électoralement pendant les trois ou quatre prochains mandats de Sarko-Copé-Bertrand, à le faire régresser au point de nous donner un Benoît Hamon président et un ministère de la collectivisation des biens de production, vous verrez à quel point j'avais raison (mais je ne nous le souhaite pas, évidemment).

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