Intégristes réhabilités : le virage réac du Vatican se confirme

Le prêtre intégriste Guillaume de Talouarn dit la messe devant l'église Saint-Nicolas-du-Chardonnet occupée par des sans-papiers, en 2003 (Charles Platiau/Reuters)

Ça pourra surprendre, mais je m'intéresse parfois à l'actualité de l'église catholique. Ou disons plutôt que je m'y intéresse lorsqu'elle déborde de la fameuse « sphère privée » pour mieux se répandre dans la non moins fameuse « sphère publique ».

A cette aune, le retour des brebis égarées intégristes dans le giron romain vaut largement d'être commenté. D'abord parce que les brebis prodigues sont toujours aussi égarées qu'il y a vingt ans, mais surtout parce que la démarche de Benoît XVI s'inscrit dans une perspective de plus en plus réactionnaire.

Car j'ai du mal à gober qu'il s'agisse vraiment de rassembler tous les catholiques dans un souci « d'apaisement » : les seuls supporters de l'OM sont plus nombreux que les amis de Monseigneur Lefebvre (150 000 sur un peu plus d'un milliard de catholiques à travers le monde) et cette main tendue aux nostalgiques de l'avant-Vatican II ira davantage dans le sens de la discorde que dans celui de l'harmonie…

Un panthéon politique hébergeant les plus magnifiques crapules du siècle

A ceux qui s'intéressent encore moins que moi à ce genre de choses, rappelons ainsi que la poignée de fondamentalistes préférant le latin au français n'est pas qu'une association de défense et promotion des traditions folkloriques.

L'abbé Laguérie, lorsqu'il ne baptise pas les rejetons de Dieudonné, ne joue pas du biniou dans le bagad de Lann-Bihoué ! Non, les tenants de la Fraternité Saint-Pie X sont d'authentiques fanatiques dont les références religieuses tendent plus vers la consumation des pécheurs dans les flammes de l'enfer que vers les causeries de Saint-François d'Assise avec les petits zoziaux. Pour ne rien dire d'un panthéon politique hébergeant les plus magnifiques crapules du siècle, de Franco à Pétain, de Salazar à Le Pen.

Tiens, même le petit moustachu autrichien, dont les méfaits seraient largement surévalués par la propagande judéo-maçonnique, est susceptible d'y faire une, hum, apparition

Les critiques peu crédibles du discours de Ratisbonne

Toutes choses égales par ailleurs, les intégristes auxquels il est question de rendre le bénéfice de leur baptême sont comparables aux barbus lanceurs de fatwas à travers le monde ou aux fondamentalistes en redingotes noires assurant que la Shoah n'était qu'une punition bien méritée.

La grande différence, c'est que ces derniers ne représentent qu'eux-mêmes, ni l'islam ni le judaïsme ne possédant une structure centrale donnant le ton. En ayant l'oreille du big boss, les lefebvristes auront donc bien plus d'influence sur les croyants qu'un mollah éructant ses imprécations dans le désert.

Il y a deux ans, au moment du fameux discours de Ratisbonne, je m'étais agacé du sophisme des critiques de Benoît XVI, qui lui reprochaient de ne pas se faire plus subtil pour évoquer les rapports entre la foi et la raison.

Je n'ai pas changé d'avis et je ne vois toujours pas en quoi le pape serait infondé à citer, sans les reprendre à son compte, les propos d'un empereur byzantin du XIVe siècle… Un mouvement religieux, même important, même central dans la culture et l'histoire de mon pays, n'est jamais qu'un mouvement religieux et ce qu'il impose à ses fidèles ne nous regarde pas.

Au-delà de la messe en latin, des tendances antisémites et homophobes

Mais que ce mouvement offre une place légitime à sa frange extrémiste, une frange extrémiste dont le projet est susceptible d'avoir un impact sur la vie de ceux qui n'en ont qu'une (de vie) -et ce n'est plus du tout pareil. Le prêtre qui tourne le dos à ses ouailles pendant la messe et s'exprime en latin, c'est son problème et le leur.

La remise au goût du jour de la « perfidie des juifs » dans la liturgie ou la propagation de l'idée que les homosexuels sont à l'espèce humaine ce que la déforestation est à l'environnement, en revanche, c'est notre problème à tous.

Benoît XVI est un pape intelligent, un intellectuel plus qu'un émotif et je ne crois pas qu'il soit dans l'improvisation avec cette affaire de réintégration. Pas plus que Jean-Paul II ne l'était en canonisant le fondateur de l'Opus Dei…

Bon, c'est sûr, l'église catholique est un gros machin ultra-politique et il a bien fallu que les intégristes soient d'abord excommuniés avant d'être réintégrés. De même, c'est bien parce qu'il y a eu un Vatican II qu'il y a aujourd'hui des gens pour lui faire un sort.

Faire et défaire, c'est toujours faire, hein ? Mais nous sommes en 2009 et, pour le moment, c'est au retour en grâce dun négationniste Richard Williamson (je ne vais quand même pas lui donner du monseigneur ou lui serrer la pince…) qu'il nous est donné d'assister.

Vivement le prochain concile, qu'on change un peu de cycle. Celui-ci commence à me fatiguer.

Ailleurs sur le Web
Pétition : Pas de négationnistes dans l'Eglise, sur LaVie.fr

Photo : le prêtre intégriste Guillaume de Talouarn dit la messe devant l'église Saint-Nicolas-du-Chardonnet occupée par des sans-papiers, en 2003 (Charles Platiau/Reuters)

2 commentaires sélectionnés

Portrait de Vicardo

De Vicardo

thésard | 13H35 | 27/01/2009 | Permalien

Sur le caractère scandaleux de la décision de Benoît XVI, je rejoins votre analyse. C'est, à mes yeux, la plus grosse erreur de son pontificat. Sur le fond et, plus encore, sur la forme. Il est déjà grave d'avoir cédé aux conditions posées par Ecône (le siège des intégristes), à savoir la libéralisation de la Messe d'avant Vatican II et la levée des excommunications. Il l'est plus encore d'avoir maintenu la seconde décision face aux provocations d'Ecône : affirmations négationnistes de Williamson et réserves réitérées sur Vatican II.

Y voir un virage réactionnaire de l'Eglise catholique me semble exagéré. Non que je considère Benoît XVI comme un représentant de l'aile gauche de l'Eglise catholique. Mais je ne pense pas que cette décision trahisse un virage à droite par rapport à sa ligne.

Je ne m'explique pas plus que vous l'obstination de Benoît XVI à parvenir à réintégrer ces quelques schismatiques fanatiques. L'unité des chrétiens est certes un sujet important auquel le Pape ne saurait se dérober, mais la priorité est-elle là plutôt qu'au dialogue avec orthodoxes et protestants ? Je constate simplement que sa volonté de trouver un accord paraît si forte qu'il est prêt à de graves concessions. J'espère qu'il n'ira pas plus loin.

Vous avez raison de noter les accointances nauséabondes d'Ecône avec l'extrême droite. Mais je tendrais à considérer qu'aux yeux du Pape, le problème est réellement une question d'unité de l'Eglise, ce qui lui fait négliger de façon inquiétante les autres dimensions du problème.

En d'autres termes, je ne pense pas que Benoît XVI nourrisse des sympathies particulières à l'égard des positions politiques d'Ecône, mais plutôt qu'il a choisi d'aller de l'avant malgré cela.

Sans se préoccuper du fait que la confusion des deux niveaux est facile hors des murs du Vatican.

Portrait de Rueaka

De Rueaka

Chercheur | 14H52 | 27/01/2009 | Permalien

Juste un commentaire sur les « fatwas ». Le mot a pris un sens très négatif mais il s'agit en fait d'un terme technique désignant un équivalent pour l'islam de « l'arrêté (ministériel/préfectoral…) »
Il y en a des loufoques (sur Mickey Mouse par exemple) des affligeantes (condamnation à mort) et des eclairées (sur le droit des femmes).
Plus précisément une fatwa est l'interprétation faite par un théologien des textes religieux dans un contexte précis (que doit faire un musulman dans *cette* situation). Les musulmans qui avaient choisi l'emetteur de cette fatwa comme guide spirituel se doivent alors de suivre cette fatwa. Evidemment le nombre de personne concernée est très différent si l'emetteur est Khomeiny ou un mufti dans un petit village africain.
Bref un tour sur Wikipedia permet de se faire en premiere approximation une idée plus nuancée que la traditionelle association d'idée fatwa=intégrisme (mais bien sûr l'équation fatwa=religion peut déranger en soi).

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