
De Gaza au Congo : des poids, une mesure
Si un mort israélien vaut plusieurs morts palestiniens, combien faut-il de cadavres congolais pour un linceul gazaoui ?
C'est un bête entrefilet de quelques lignes, une dépêche AFP que personne ne s'est donné la peine de réécrire ou de compléter. Il est là, tout en bas de la page 6 du Monde daté de dimanche, sous un « vrai » papier sur la crise du gaz Russe qui s'annonce.
271 personnes auraient été tuées depuis le 25 décembre en République démocratique du Congo par les hommes de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA en anglais), un groupe venu d'Ouganda et en route pour la République centrafricaine. Mais il s'agit d'estimations basses et les humanitaires de Caritas parlent aussi de 400 morts.
Moi, je suis comme vous. Je ne ne sais pas grand chose du Congo et de cette Armée de résistance du Seigneur. Et pour cause : personne ne m'en parle jamais. Tiens, je fais un tour sur Libe.fr, histoire d'en apprendre davantage sur les horreurs qui se déroulent dans cette ancienne colonie belge d'Afrique de l'Ouest. Mais je tombe mal : la dernière fois que l'on a mentionné le Congo dans Libé, c'était il y a un mois, lorsque le Pape a lancé un appel à la paix dans le monde pour son message de Noël.
Le Monde en ligne, alors ? Hum, s'il publie cet entrefilet, c'est sans doute qu'il en avait déjà parlé plus longuement, des morts congolais ? Ah, heureusement qu'il est là, mon journal du soir préféré ! Dans ses archives, plusieurs articles évoquent en effet la situation de ces derniers jours et déplorent que l'Europe rechigne à envoyer une force d'interposition au Nord-Kivu.
Mais au Figaro, sur Rue89, à l'Huma, silence radio ou presque…
Mais tout de même, ça m'intrigue. Comment un conflit qui a déjà fait quatre millions de morts en dix ans, et tue encore plus d'un millier de civils chaque jour du fait du chaos alimentaire et sanitaire qu'il entraîne, peut-il être aussi peu couvert ? Comment les 271 victimes de la LRA (hypothèse basse, rappelons-le) de ces dernières semaines ont-elles pu échapper à la vigilance de nos reporters, de nos analystes, voire de nos manifestants ?
Pourquoi des événements aussi tragiques —survenant dans un pays francophone et intimement connectés à un autre drame qui ne devrait laisser aucun Français indifférent—, ne valent plus que ce vague entrefilet, là en-dessous d'un « vrai » papier sur la crise du gaz ?
Ne tournons pas autour du pot. Si cet entrefilet me frappe, c'est surtout parce qu'il contraste avec la manière dont l'opération israélienne à Gaza est traitée ici ; dans nos médias, dans nos rues, sur les blogs… Le monde est une poudrière, il s'y passe tous les jours un tas de choses affreuses et l'on conçoit qu'il serait difficile de s'intéresser à tous ces drames —on a déjà tellement de soucis avec le prix du gaz. Alors les morts du Congo…
Surtout qu'il en y a deux, des Congo ! Et puis l'Afrique, c'est extraordinairement compliqué. Entre les catastrophes naturelles, les épidémies, les chefs de guerre en Land Cruiser à tourelle, tout ça… Comment savoir qui sont les méchants et les gentils ?
D'autant plus que, pour les super-gentils de chez nous, tout ce qui s'y produit d'horrible est de toute manière de la responsabilité de « nos propres » super-méchants. Alors on laisse filer. On oublie de s'y intéresser de trop près.
Lorsqu'il s'agit d'Israël et des Palestiniens, en revanche, les choses se simplifient un grand coup. Nos super-gentils se reconnaissent immédiatement dans la figure de l'opprimé générique qu'est devenu l'habitant de Gaza ou de Ramallah, et distinguent tout aussi rapidement les traits de nos super-méchants sous ceux des faucons de Tel-Aviv.
Et que l'on ne commence pas à pinailler avec ces balivernes géopolitiques faisant intervenir les Egyptiens, les Syriens, les Iraniens, les Saoudiens, l'atomisation parlementaire israélienne, les rivalités Fatah-Hamas, la question libanaise, la question religieuse…
Non. Il y a des méchants, il y a des gentils. Ils ont été identifiés depuis longtemps et tout le monde est d'accord là-dessus. Ça n'est tout de même pas le Congo, merde, où l'on n'y distingue plus un CNDP d'une LRA !
Mais j'insiste. J'aimerais bien comprendre. Moi qui suis pourtant, comme tout le monde, favorable à la création d'un Etat palestinien, sonné par la disproportion de la réponse israélienne aux tirs de roquettes du Hamas, gagné à la cause de civils pris en otage par des enjeux qui les dépassent (habitants de Sderot et d'Ashkelon compris)…
Oui, j'aimerais bien comprendre comment réconcilier tout ça. Comprendre pourquoi l'on s'offusque bruyamment de ce qu'un mort palestinien n'a pas la même valeur qu'un mort israélien tout en ignorant l'absence totale de valeur d'un mort congolais.
Comprendre comment Israël est devenu le méchant idéal ; celui que vous adorerez haïr sans retenue puisque sans risque d'être contredit autrement que par un « sioniste » ; celui dont vous comparerez systématiquement les crapuleries à celles des nazis ; celui qui vous permettra de relativiser la remise d'un prix de l'humour à Robert Faurisson devant 5000 spectateurs hilares dont Jean-Marie Le Pen…
Cette spécificité des réactions à ce qui touche Israël a peut-être des ressorts raisonnables que je suis honnêtement incapable de saisir. Peut-être est-il réellement possible de décréter que le conflit avec les Palestiniens est plus grave, plus intense, plus tragique —bref, plus tout et n'importe quoi que tout et n'importe quoi. Il faudra me le démontrer.
Comme il faudra me démontrer qu'ignorer superbement les morts du Congo (ou du Darfour, ou du Zimbabwe…) pour mieux dénoncer l'opération de Gaza n'est pas la preuve d'indignations étrangement sélectives. Et il ne s'agit pas de questions rhétoriques : on n'en est plus là.
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De Rafa
étudiant | 12H40 | 05/01/2009 |
Je suis absolument d'accord avec votre article. Je pense également avoir un début de réponse au phénomene que vous décrivez. L'hyper-sensibilité de la société francaise au conflit israelo-palestinien vient du fait de la présence des 2 communautés en france, qui rejoue ici ce qui se passe la bas. D'autre part je pense que Israel étant un pays « occidental » dans le sens ou israel fait partie du « monde libre » (dixit Livni), les francais peuvent s'identifier aux israeliens, et le fait qu'un pays soi disant civilisé, une démocratie comme la notre, avec des gens qui on le meme mode de vie que nous, le meme genre de société, puisse se conduire d'une maniere si barbare, heurte certainement les esprits des gens. En comparaison le conflit au congo fait figure d'énieme drame sur un continent maudit, auquel les gens ne font meme plus attention tant ces drames sont fréquents.
De Alex Engwete
Consultant | 14H58 | 05/01/2009 |
J'avais commencé par me tisser une affinité avec votre indignation sur le silence autour de la catastrophe congolaise avant que je ne découvre dans les trois derniers paragraphes où vous vouliez en venir. J'allais même partager avec vous ce que m'avait confié à Nairobi l'un de mes amis pigiste pour la BBC à qui ce noble réseau de diffusion et de répercussion des nouvelles avait demandé de cesser d'envoyer des dépêches sur le Congo si le nombre de morts se chiffrait au-dessous de 50 ! C'étaient des noirs et le cœur des ténèbres, après tout, où la norme, c'est « l'horreur ! L'horreur ! » — depuis Joseph Conrad… Mais je me rends compte avec désillusion que le Congo n'est qu'une balise (prétexte sensationnel) menant vers la chute de votre rhétorique tordue ! Si vous ne connaissez rien du Congo, laissez ses morts tranquilles !
De Mundélé
Blanc en lingala, langue national d... | 16H05 | 05/01/2009 |
Merci pour cet article ! ! !
Merci a rue89 de dire tout haut ce que pas mal de gens pensent tout bas ! ! !
Il y a une autre reponse concernant le deux poids deux mesures
de notre cher gouvernement, ainsi que de la grande majorité de l'occident par rapport au poid d un mort Congolais, a celui d un Israelien ou d un palestinien.
Fait est que la France n est pas tres rose avec cette partie la de l afrique(le reste de l'occident non plus d ailleur) je ne pense pas qu il soit bien vu par le gouvernement que des journalistes europeens ou occidentaux s y aventure de trop pres…
Pour la France, ce serait le groupe Bolloré qui risque d etre impacté… Bolloré etant parmis les plus proches amis de notre president… Je pense que les interrets Bolloré seront assurés.
De plus, il y a un probleme fondamental au congo. Les « gentils » ne sont pas de notre coté ! ! !
En effet, Nkunda represente en partie l occident, pourquoi sinon veut il a tout prix renegocier les contrats que le congo a passé avec la Chine en 2003 ? - Les occidentaux y ont perdu pas mal de plumes… et surtout d argent…
De plus, Nkunda est a la solde des Rwandais, ou, si il n est pas a la solde, il en a au moins le soutiens massif ! ! Or le Rwanda est un allier de premier choix des USAs et du UK dans la region.
Faut il egalement stipuler les fonds qui sont donnés au Rwanda par l ONU et dont une partie est utiliser pour developper l'armée Rwandaise ?
Je ne parle meme pas du fait que le Rwanda exporte massivement des minerais qu il n est pas en mesure de produire…
Le Congo est un pays dont les infrastructures au sein du pays n existent presque pas. Par contre tout y est organisé pour faire sortir les minerais et les matieres premieres du pays(chemin de fer operationnel, routes goudronnées, etc…). Cela n est pas nouveau.
En effet, ce pays a ete « construit » car l angleterre, la france, le portugal, etc… cherchaient a pouvoir traverser la region de maniere neutre sans declencher une guerre occidentale et coloniale dans cette region. Elle devait rester neutre, comme ca tout le monde pourrait en profiter, sauf les congolais eux meme evidement.
C est pourquoi cette region a ete proposé a la Belgique.
Mais le parlement Belge l a refusé. Tour de pass pass : Le congo est devenu la PROPRIETE PRIVE du roi ! ! ! !
Comme ca l affaire etait entendue !
Pour preuve : A chaque fois qu un congolais arrive a kkechose, il se fait tuer.
Lumumba etait le plus connu d entre eux.
Kabila (pere) a ete assassiné car il s est retourné contre ces « amis » Rwandais.
Kabila (fils) va-il suivre le meme chemin ?
Va t il reussir a garder son contrat Cuivre contre infrastructures en interne qu il a negocié avec les Chinois sous le nez de l occident ?
Actuellement il n existe meme pas de route pour lier Lubumbashi a Kinshasa, or ces deux villes sont, a ma connaissance, les plus grandes du pays ! ! ! !
Concernant la MONUC : Une simple question m effleure, si vous voulez une armée efficace, il faut gomer les tensions potenteilles dans ses propres rangs… Pourquoi alors les contingents principaux qui constituent cette force d interposition sont composés de pakistanais et d indiens ? Or tout le monde connait l amour qu ils ont l un pour l autre…
De plus, on aurait pu prendre des populations francophones, mais non, on a pris des anglophones. De plus il est averé que la MONUC a « laisser » a certain endroit la population se faire massacrer par des rebels (Nkunda en l occurence)… Pourquoi ? ? ?
Tout est fait pour que ce pays se balkanise dans l ombre, pour que les plus grandes societes occidentales puissent s y enrichir a moindre cout.
Nous, pendant ce temps, on est tous super contant du dernier jeu sur Consol portable, ou Ordinateur portable, et du fait qu on puisse maintenant avoir la video sur nos telephones…
Cela est tres bon pour la consomation…
PAR CONTRE, savoir que pour cela il faut tuer des millions de gens, que des femmes sont systematiquement violées pour attaquer la société congolaise en son coeur et la detruire (les Bantous sont historiquement des societés matriarcale, sauf en temps de chasse et de guerre) .
Une femme violée est rejeté par son village et se retrouve sur la route sans defence avec ces enfants(car les enfants sont traditinonelement rattaché a la mere, mais pas au pere).
Voila pourquoi le viol est devenu une arme de destruction massive la bas…
Voila pourquoi meme des grands mere et des nourissons y passent.
Une fois que le village est completement desorganisé et brisé, il est plus simple d y avoir une bonne emprise et de pouvoir exploiter correctement les mines dont regorge la region.
D y utilisé la population comme esclavage.
Il est egalement plus simple de recruter des enfants soldats en se servant parmis les residus de famille trouvé sur la route. Ou qui ont fraichement ete massacré.
Et face a ca, c est notre role a tous qui est en jeu, car ce n est pas un congolais qui fixe le prix du Coltan par exemple.
Et comme le Congo possede pres de 80% des reserves mondiales de ce minerai si important dans les telecomunications.
Cela laisse un sombre avenir en perspective.
>>> Surtout si on ne fait rien ! ! ! !
Et pourtant, quel pays ! ! ! ! Quels populations ! ! ! Quels musiques ! !
Sans les artistes de la diaspora congolaise qui rayonnent un peu partout sur la planete, on entendrait peut être meme pas parler du Congo et de ce qui s y passe…
VIVE LE CONGO, VIVE SA MUSIQUE, SA POPULATION, CES CULTURES, SES RICHESSES ! ! !
Comprenez moi, je suis franco-allemand, mais j ai eu la grande chance de grandir a Kinshasa. Je suis tres attaché a ce pays pour toutes ces raisons que l on ne nous dit pas.
Le Congo est un pays tres chaleureux a la base. Et tres pacifiste
en plus - je parle de la population -. Malheureusement, ce qui se passe la bas particulierement depuis le boOom de l industrie de la telephonie mobile et des hautes technologies est equivalent a une immoralité toute satanique. Une hypocrisie sans nom dont nous sommes tous en partie responsable. Tous, sauf la population congolaise de base.
VOILA POURQUOI ON NE PARLE PAS PLUS QUE CA DE CE PAYS, ET VOILA POURQUOI IL FAUT QUE CA CHANGE ! ! ! !
Mundélé
De laguêpe
celibataire | 16H07 | 05/01/2009 |
Par contre vous avez raison, en dénoncant l'hyper orientation des « sujets » vers les palestiniens, comme s'ils étaient les seuls au Monde.
De Pierre Haski
Rue89 | 16H08 | 05/01/2009 |
J'ai soulevé le même point dans mon Making-of sur la gestion des commentaires en temps de guerre de Gaza. Et, de fait, le conflit du Congo est le premier cas de guerre sur laquelle Rue89 a cofinancé le reportage d'un envoyé spécial, lors de la reprise des combats (voir les articles de Lucie Vérinque), nous avons fait des « explicateurs » et des « décryptages », sans jamais susciter le niveau d'intérêt et surtout de débat auquel on assiste actuellement. Et ce n'est pas le nombre de victimes qui est en cause.
Le mois dernier, j'ai même assisté place de la République à une manif de Congolais à propos du conflit dans leur pays. Ils étaient quelques dizaines, coincés entre les cordons de CRS, dans l'indifférence des passants. Samedi, j'ai assisté au démarrage de la manif Palestine, caméras de télé au rendez-vous.
Chacun peut interpréter ce décalage à sa manière, y voir le poids du communautarisme ou celui du racisme. Toujours est-il que ça devrait rendre humble dans l'indignation.
De Shaya
16H17 | 05/01/2009 |
Serraf, ou la tentative d'une propagande virale.
Le silence médiatique ostentatoire maintenu sur les tenants et aboutissants des tragédies qui se jouent quotidiennement sur le théâtre africain est certes nauséabond.
Sur ce point je te rejoins Hugues.
Car si d'un côté des images de minots surarmés et de cadavres infantiles au ventre bombé permettent de soulager devant leur télé les masses dominées de nos glorieuses nations occidentales en faisant passer leur aliénation salariale et consumériste ainsi que le sacrifice exponentiel de leur liberté sur l'hôtel sécuritaire, pour des privilèges comparé à ce qui se joue outre-mer, de l'autre côté l'absence de mise en perspective de ces images et de développement analytique conséquent neutralise toute possibilité de compréhension.
Visible, audible, mais inintelligible : voilà ce qui me semble caractériser le traitement de l'information par le magma médiatique contemporain.
Si le silence que tu fustiges à juste titre sur la situation du Congo est nauséabond, ta tentative de l'instrumentaliser pour édulcorer la responsabilité de la politique israelienne (je ne parle ici ni du peuple juif ni même du sionisme, mais simplement des divers gouvernements successifs) l'est encore plus.
Le procédé de manipulation que tu emploies ne fait pas honneur à Rue 89.
En dépit des précautions que tu prends pour te parer d'impartialité :
« Moi qui suis pourtant, comme tout le monde, favorable à la création d'un Etat palestinien, sonné par la disproportion de la réponse israélienne aux tirs de roquettes du Hamas […] ».
Tu es favorable à la création d'un Etat palestinien. C'est bien. On applaudit la subtile démagogie journalistique, celle qui s'affiche en amont pour pouvoir faire glisser en aval :
« Comprendre comment Israël est devenu le méchant idéal ; celui que vous adorerez haïr sans retenue puisque sans risque d'être contredit autrement que par un “ sioniste ” ; celui dont vous comparerez systématiquement les crapuleries à celles des nazis ; celui qui vous permettra de relativiser la remise d'un prix de l'humour à Robert Faurisson devant 5000 spectateurs hilares dont Jean-Marie Le Pen… »
Israel serait devenu le méchant idéal. Selon toi. En projetant sur l'opinion publique une telle présomption de manichéisme tu révèles ici ta condescendance de journaleux frustré par son « hyper-spécialisation », qui s'essaie à la propagande (pour des raisons que nous ignorons, mais intérêt il doit bien y avoir quelque part). Le dispositif de manipulation est limpide :
A- on ne parle pas des méchants qui tuent des gens en Afrique alors qu'il y en a plein qui font plein de victimes
B- mais on monte sur ses grands chevaux tout de go dès qu'Israel agit et on en fait un méchant idéal, on le compare aux nazis, on abuse quand même un peu
C- le conflit israelo-palestinien n'est pas plus grave que celui du Congo et vous ne parlez pas du second donc fermez vos bouches sur le premier
Israel n'est pas une idée. Israel n'est pas méchant. Israel est une expérience politique digne d'intérêt. Au carrefour d'une multitude de paramètres politiques, géographiques, socio-historiques, théologiques.
Non on ne parle pas du Congo autant qu'Israel. Oui on parle plus des morts palestiniens que des morts congolais. Est-ce pour autant à dire qu'il faut cesser de parler d'Israel qui est encore est toujours la victime de l'antisémitisme mimétique et fanatique des occidentaux ?
Désolé Hugues, mais non, nous ne cesserons pas de parler d'Israel et de fustiger les politiques bellicistes et coloniales que les gouvernements successifs y mettent en place, tout en soutenant le peuple israelien qui ne cesse de se soulever contre ces politiques dites démocratiques. A Tel Aviv il n'y a pas que les faucons sur lequel tu penses qu'on focalise, il y a aussi des milliers de citoyens qui protestent contre les stratégies de son gouvernement qui déclare une guerre très lucrative pour son industrie militaire et très efficaces pour passer sous silences l'échec patant de ses politiques sociales internes. En Israel comme en Armérique du Nord ou en Europe, la démocratie est viciée, ses canaux sont bouchés. L'occident vit en ploutocraie.
Nous sommes solidaires envers les peuples dès qu'ils souffrent pour le plaisir des puissants, que ces peuples soient congolais, israeliens, ou palestiniens.
Cordialement,
Shaya.
De daprezz
17H04 | 05/01/2009 |
je vous ai découvert à l'occasion de votre article sur la Grèce. Etant à moitié grec je me suis dis qu'il y avait quelque chose qui me gênait dans ce papier -notamment la légéreté et l'inexactitude de l'argumentation voulant nous éviter de tomber dans un méchant piège gauchisant- mais que c'était sans doute du à votre méconnaissance de ce pays. Maintenant en lisant cet article je comprends mieux pourquoi quelque chose me gênait. En fait en utilisant un style « regardez je suis à contre courant, je me laisse pas aller à la facilité » vous faites dans le pur style néo-réactionnaire : pas mal le joli tour de passe passe « vous vous indignez plus pour les palestiniens que pour les congolais donc vous êtes quasi antisémites » (Faurisson).
Le fait que la presse ne se penche pas suffisamment sur les conflits en Afrique centrale et leur côté obscur est une chose. le fait de se servir de ce fait pour minorer ce qui se passe en Palestine en est une autre. C'est le lien de cause à effet que je trouve bizarre. La sempiternelle allusion à Dieudonné -rapport avec le Congo ? - est la cerise sur le gâteau qui rend le tout vraiment indigeste.
Plutôt que de parler de Faurisson vous auriez pu en profiter pour essayer de nous éclairer sur ce qui se passe au Congo. Mais est-ce que ça vous intéressait vraiment en écrivant cet article ou bien c'était un prétexte pour le tour de passe-passe ?
C'est du journalisme ça ? ! C'est du beau !
Heureusement que rue 89 a le mérite d'être un espace de débat et de dialogue.
De Justin Vaïsse
Chercheur à la Brookings Institutio... | 17H23 | 05/01/2009 |
Un autre éclairage dans le Washington Post d'aujourd'hui par les études « comportementales » pour comprendre la non-proportionnalité de l'indignation aux massacres (outre la théorie du « mort-kilomètre ») : on remarque plus la différence entre l'obscurité et 5 Watts qu'entre 75 et 100 Watts. http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2009/01/04/AR200901… Extrait : « The first life lost is very precious, but we don't react very much to the difference between 88 deaths and 87 deaths, » [Paul] Slovic said in an interview. « You don't feel worse about 88 than you do about 87. »
De trollinou
(sot émir) | 17H24 | 05/01/2009 |
Le parallèle entre le traitement des évènements à Gaza et au Congo est tout à fait juste, même s'il faut avouer qu'il ne tombe pas de la dernière pluie (un tremblement de terre au Pérou fait généralement couler beaucoup moins d'encre qu'un accident de voiture sur l'A86).
En revanche, et c'est un trait commun à beaucoup de vos articles, c'est qui ce « vous » (« celui que vous adorerez haïr », etc…) ? C'était pas mal parti, vous utilisiez un « on » plutôt neutre, et hop, subrepticement, la prise de distance. C'est moi ou vous avez systématiquement le sentiment de vous adresser à des abrutis ? C'est pas très gentil, même si on est anonymes, hein.
Par ailleurs, pour revenir au sujet, c'est vrai qu'on en parle très peu, du Congo. Mais ce n'est pas votre métier, journaliste (c'est écrit en gras sous votre trombine, en tout cas) ? Pourquoi ne pas consacrer vos prochains articles (de journaliste) à cette guerre ?
Je crois comprendre que vous reprochez à « l'opinion » de s'en foutre. Ce n'est certainement pas faux, mais le débat sur l'oeuf et la poule n'a pas encore été tranché : les gens s'en foutent parce qu'on en parle pas, ou on n'en parle pas parce que les gens s'en foutent ?
De Irfan
17H52 | 05/01/2009 |
Bravo pour cet article très utile, il importe de mettre devant les yeux du public ce qui lui est peu ou pas relayé par les habituels grands médias.
Vous voulez mettre ces morts en balance avec ceux de Gaza, et ceux d'Israël. Certes, c'est intéressant dans l'idée d'une balance du bruit médiatique, de l'écho que veulent donner les grandes rédactions aux conflits : l'idée qu'on ne peut pas relayer tous les conflits, sous peine de faire peur au peuple, et qu'on n'en relaie donc que certains, qui paraissent plus vendeurs.
La haine entre un pays riche et un pays du tiers-monde, entretenue par des religions imbéciles, et soutenues par une guerre qui dure depuis 40 ans, forcément, ça vend. Surtout quand on peut, par des facilités provocatrices, se permettre ensuite de dire dans tel ou tel article d'un grand journal que les guerres gazaouies expliquent les tensions inter-religieuses en France (alors que c'est simplement que les religieux -pas les simples croyants- sont des gros cons, surtout pour les religieux médiatiques). Des Noirs qui s'entretuent dans la misère, ça vend moins, forcément.
Pourtant, je pense que votre question peut aussi se poser autrement : non pas « pourquoi Gaza/Isräel plutôt que le Congo », mais plutôt, comme vous dites que la situation au Congo est alarmante de longue date, « pourquoi pas le Congo » ?
Pourquoi un tel silence ? Ici, il ne s'agit sans doute pas d'intérêts politiques français qui entreraient en conflit avec la déontologie (hum) de nos journalistes. Non, c'est sans doute le peu de correspondants étrangers envoyés là où les gens ont l'habitude de mourir sans compter (alors que les tornades américaines qui tuent 2 personnes, ça, il faut les mettre en premier dans le JT ! ).
C'est de la rentabilité journalistique, on ne fait pas de tort au publicitaire, et on ne parle pas seulement de ce qui est important dans la marche du monde, de ce qui touche beaucoup de gens, ou de ce qui intéresse la rédaction dans sa subjectivité ; mais on parle de ce qui fait acheter un lectorat.
En tout cas, voilà un bel article de votre part, qui vient rattraper les plaintes un peu futiles que vous aviez compilées dans le précédent. Même si votre problématique n'est pas celle qui me semble la plus productive sur cette question, elle est très intéressante, et je comprends parfaitement que, en tant que journaliste, vous vous la soyez posée. Merci de ce témoignage, et de ce questionnement ouvert.
De Toby E
17H57 | 05/01/2009 |
Trop de commentaires pour savoir si cela a déjà été dit :
Pour avoir une idée des raisons de la non-médiatisation de certains conflits, lisez Chomsky. Ou, à défaut, allez au moins voir « Chomsky et compagnie » actuellement en salles.
Même si je sais bien que votre interrogation est purement rhétorique (contrairement à ce que vous dites) et qu'elle a pour seul but d'induire que 400 ou 500 tués palestiniens, c'est pas si grave….
De toukibouki
artiste | 19H46 | 05/01/2009 |
Tout à fait en accord avec votre article. Je m'interroge toujours et encore sur l'imaginaire collectif qui permet à des producteurs d'informations « professionnel » d'ommettre, ou de passer sous silence tel ou tel faits ou dû moins de ne pas se donner la peine de les analyser. Je suis scandalisé par la disproportion de l'offensive israëlienne. Je ne dis donc pas cela pour masquer la gravité de ce qui est en train de se passer dans la ville de Gaza à l'heure ou j'écris mais pour souligner avec vous qu'il semble y avoir des représentations souterraines qui semblent permettre ou masquer la perception de certains conflits. Comment ne pas repenser à la façon dont a été « traiter » par les médias la guerre en ex-Yougoslavie, la crise au Darfour et ce qui se passe actuellement dans la région des Grands Lacs ?
D'où vient cette fatalité que l'on applique si facilement aux problèmes de ces régions comme si ceux-ci n'étaient pas mû par des processus historiques mais par une loi du tallion, voir par une volonté divine ? Ce n'est pas dû seulement à la flemme du journaliste. De même qu'Edward Saïd a parlé d'Orientalisme (et d'un grand état laïcque rassemblant palestiniens et israëliens - no comment…), n'y a t'il pas encore un « Balkanisme » ou un « Africanisme » qui empêche litéralement de percevoir les enjeux politiques de ce qui se passe dans ces régions ?
Qu'en est-il en effet du « réflexe Israëlo-palestinien » de la gauche française ? En effet, on semble mieux s'accorder et s'émouvoir d'un conflit ou les rôles sont définis presque à l'avance avec des bons et des gentils.
Ce qui m'a frappé ces derniers jours, c'est qu'aucun médias télévisuels français ou presque n'ont relayé les informations concernant les positions par exemple d'Azmi Bishara (représentant de l'Alliance nationale démocratique à la Knesset jusqu'à sa démission en Avril 2007) ou bien des groupes pacifistes Israëliens en préférant plutôt les images plus spectaculaires des manifestations pro-hamas.
De RonyBrauman
Médecin, enseignant | 20H27 | 05/01/2009 |
Il est indiscutable que les morts n'ont pas tous le même poids symbolique. La portée politique d'un conflit ne se réduit pas à sa mortalité, même s'il s'agit d'une donnée importante.
D'ailleurs, Hugues Serraf nous dit s'être intéressé au conflit de RDC à partir du moment où la guerre démarrait à Gaza. (Au passage, la LRA est un mouvement ougandais et non congolais et c'est en Ouganda qu'elle fait le maximum de dégâts depuis des années.)
Un autre aspect de cette triste réalité, indirectement confirmé par Hugues Serraf et souligné par Pierre Haski, c'est que les journalistes s'y intéressent plus que les gens en général, y compris d'ailleurs les Africains. La flambée médiatique lors de l'offensive de N'Kunda en novembre dernier ne doit pas escamoter le fait que quiconque veut s'informer sur le conflit de RDC peut le faire dans la presse.
N'oublions pas que la RDC est le théâtre de la plus grande opération de « maintien de la paix », en cours depuis 9 ans. Si elle a échoué, c'est non seulement parce que la tâche est en elle-même ardue mais aussi et surtout parce que les ingérences de l'Ouganda et, surtout, du Rwanda, sont incessantes et dévastatrices.
De Hugues Serraf (auteur)
Chroniqueur | 21H13 | 05/01/2009 |
Alex Engwete,
Non. Vous vous trompez et je n'accepte pas ce procès-là. Je comprends pourtant que vous me le fassiez mais, encore une fois, ce n'est pas mon état d'esprit et je ne me permettrais jamais de jouer à ce jeu hypocrite.
Je ne connais pas suffisamment l'Afrique pour en parler souvent (même si c'est le cas de temps en temps). Je vous suggère pourtant de lire, au minimum, cet article écrit il y a déjà pas mal de temps : http://hugues.blogs.com/commvat/2005/05/quand_lafrique_.html
Peut-être changerez-vous d'avis sur mes motivations.