
Un truc en moins à faire avant de mourir : un concert de Léonard Cohen
Si je trimbalais la liste des choses essentielles à accomplir dans une vie d'homme dans mon portefeuille, j'aurais désormais la possibilité de la raccourcir d'une ligne. Je n'ai pas encore traversé l'Ouest américain à cheval, ni relié Paris à Marseille à vélo ou couru les cent kilomètres de Millau, mais j'ai tout de même assisté à un concert de Leonard Cohen !
C'est moins sportif, OK, mais c'est presque aussi fort compte tenu du challenge que ça représentait.
D'abord, le type est vieux : 73 ans. Charles Aznavour a beau entamer sa quinzième tournée d'adieu, plus un chanteur avance en âge, plus il se rapproche de la faucheuse et donc d'une sérieuse remise en question de ses dates de concerts. Ensuite, le songwriter de Montréal n'avait plus vraiment l'intention de se produire sur scène : sans la malhonnêteté de Kelley Lynch, son agent (Cohen est totalement ruiné et avait besoin de se refaire), il n'aurait probablement jamais repris la route.
Mais surtout, c'est bien la première fois de ma vie que je me débrouille pour être au courant de son passage dans mon fuseau horaire suffisamment à temps pour me procurer un billet ! Et à en juger par le nombre de malheureux qui battaient le pavé, hier soir devant l'Olympia, à la recherche d'une hypothétique place à vendre, j'ai le droit d'en être fier.
Leonard Cohen, le plus proche de la tradition française du barde à guitare
Il est pourtant difficile d'expliquer en quoi assister à un concert de Leonard Cohen est une telle aventure humaine. Après tout, je connais un tas de gens pour lesquels le bonhomme n'est jamais qu'un mystique dépressif à la voix monocorde et, à la limite, ils ont raison.
Le truc, c'est qu'il est aussi un poète majeur, un mélodiste hors-pair et qu'il se sert de sa voix de basse comme un Brassens -ce qui n'est pas exactement une insulte.
Tiens, d'ailleurs, la comparaison avec le vieux Georges n'est pas si hors-de-propos et Leonard Cohen est sans doute le chanteur anglophone le plus proche de cette tradition française du barde à guitare. Celui qui n'a pas peur de parler d'amour avec des mots de plus de trois syllabes et ne s'interdit pas de se promener du côté de la foi et de la philosophie.
Autant que Brassens, d'ailleurs, Cohen est musicalement très sous-estimé par les « sachants », comme dirait Ségolène Royal, qui réduisent son travail à quelques accords sans génie. Rien n'est plus faux, évidemment. Et s'il fallait une nouvelle preuve de la sophistication de ses rythmes et de ses arrangements -au-delà de la quinzaine d'albums produits sur une quarantaine d'année de carrière-, le concert d'hier en ferait partie.
Alternativement désespéré en phase terminale et plein d'espoir pour l'humanité
Bon, personnellement, j'aurais été tout à fait capable de lâcher mes quatre-vingt euros pour un one man show avec bande enregistrée, même si les excellents musiciens et les formidables choristes qui tenaient compagnie au maître valaient d'être écoutés pour eux-mêmes (mention spéciale à Javier Mas, le joueur de luth venu donner un petit tour arabo-andalou à certains classiques coheniens). Ces derniers auraient tout de même eu du mal à mettre leur talent au service de mélodies sans intérêt…
Anglophone du Québec, juif fan de Jésus, bouddhiste-zen à ses heures, souvent cynique mais tout aussi fréquemment fleur bleue, alternativement désespéré en phase terminale et plein d'espoir pour l'humanité, Leonard Cohen est une espèce de contradiction ambulante dont on ne voit pas bien qui prendra la suite le moment venu.
J'ai bien pensé à postuler, mais je chante faux et je n'ai pas de goût pour la vie dans les monastères ou les chapeaux de gangsters. Et de toute manière, je n'aurais pas eu le temps d'organiser la moindre répétition entre la préparation de mon périple à travers le Colorado ou de ma descente sur Marseille à vélo.
Clairement, il faut se méfier des listes de choses à faire avant de passer l'arme à gauche ; c'est des trucs à rester frustré sur son lit de mort…
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De Brividi
Scribouillarde mais pas que | 12H21 | 26/11/2008 |
Ca vous va mieux de causer de Cohen que du PS ; -)
De NiqueColas
Méprisant de la raie publique | 12H22 | 26/11/2008 |
On est content pour toi, Hugues .
Et à par ça , toujours pas d'article à écrire ?
à NiqueColas
De Tophee
en haut a gauche | 12H58 | 26/11/2008 |
Et oui, apres hugues au restaurant, on a maintenant hugues au concert.
J'attends avec impatience Hugues a la piscine, Hugues prend l'avion, etc…
C'est fou ce qu'ils ont une vie passionnante, les Hugues.
à Tophee
De compte supprimé 22
Lecteur écriveur | 13H13 | 26/11/2008 |
Peut-être, mais il ne parle pas de son nombril.
à compte supprimé 22
De parti
punishment park | 13H27 | 26/11/2008 |
vous allez vous faire traiter de pédant si vous continuez…sacré sérafin lampion, plus ça va, plus tu nous éblouis…
à Tophee
De Thorgal46
Informaticien dans le Lot | 13H40 | 26/11/2008 |
Oui, que des bonnes idées…et après la piscine on finira par Hugues au frais !
(c'est nul mais j'me fais rire moi même, désolé)
à Tophee
De Hugues Serraf
(auteur)
Chroniqueur | 14H32 | 26/11/2008 |
Oui oui, ça va venir. Enfin, pour l'avion, de moins en moins tout de même rapport à mon empreinte écologique…
De jyeden
khmer vert ( age des caverne, pierr... | 12H22 | 26/11/2008 |
pourquoi le « vieux » Georges ?
Brassens est mort maintenant
il n'etait pas si vieux quand il est mort
quel age a un mort ?
celui de ses débuts, de son age mur ou celui de la date du décés
face à tous ceux qui trainent dans le showbizz, Brassens rest toujours jeune
Nom de Dieu ! !
De Gringo
| 12H29 | 26/11/2008 |
Ca avait l'air vraiment bien ce concert… Mais, perso, ça ne m'aurait pas consolé d'avoir raté Tom Waits (plus jeune OK, mais tout aussi rare en Europe) cet été.
à Gringo
De dulconte
Mordu par un fachogarou | 12H43 | 26/11/2008 |
Sans vouloir retourner le couteau dans la plaie, j'ai vu Tom Waits au Grand Rex en 2000 c'était FABULEUX.
J'aime bien Cohen, mais il ne fait pas parti de ma short list des concerts à voir. Tom Waits par contre : ).
à dulconte
De Gringo
| 12H50 | 26/11/2008 |
AAAAArrrrrrrgggghghghhhh… J'agonise ; -)
Il parait que Tom Waits c'est TOUJOURS fabuleux (à l'inverse d'un Dylan très inégal par exemple). Mais bon, j'y crois encore, he'll be back.
à Gringo
De dulconte
Mordu par un fachogarou | 13H49 | 26/11/2008 |
Image, un piano qui tombe en rade le Tom se met au piano, improvise discute avec le public jouant un minimum afin de permettre au technicien sous le piano de résoudre les problèmes de micros ou je ne sais quoi. Quinze minutes de pur bonheur et de complicité, absolument génial.
A la fin du concert 20 minutes de standing ovation, mais il n'est pas revenu sur scène cet enfoiré : ).
De compte supprimé 22
Lecteur écriveur | 13H11 | 26/11/2008 |
« Autant que Brassens, d'ailleurs, Cohen est musicalement très sous-estimé par les “sachants”, comme dirait Ségolène Royal, qui réduisent son travail à quelques accords sans génie. Rien n'est plus faux, évidemment. »
Oh que oui. Interrogez un peu les chanteurs à guitare sur les crampes chopées pour y arriver sans se vautrer.
(Au passage : Sainte Christine Boutin veut obliger les SDF a accepter de se faire ramasser. Dame patronnesse à scapulaire un jour, dame patronnesse à scapulaire toujours.)
De caro
délinquante avérée | 13H12 | 26/11/2008 |
il y a 10 ans, Léonard Cohen avait déjà parfois un joueur de houd dans ses musiciens. Vidéo à l'appui, même si elle n'est pas fameuse
Léonard Cohen, pour moi, une des voix les plus émouvantes que je connaisse. J'aurais été à Paris, j'aurais couru à son concert.
à caro
De Lohiel
non-officiel89.forumactif.net | 14H03 | 26/11/2008 |
Je l'ai rencontré… c'est un homme d'une attention aux autres, d'une présence, d'une douceur… un vrai regard posé sur vous, incroyablement humain et tendre. Il est inoubliable, il m'a reconstruite après une enfance dévastée, comme ça, en quelques instants, peut-être une demi-heure, en me parlant et en m'écoutant.
Par la suite, j'ai beaucoup écrit en pensant à lui, par lui et pour lui… et j'ai appris l'anglais pour mieux sentir la splendeur vertigineuse de sa poésie.
Il a tout changé juste en me tendant la main alors qu'il était une star internationale et moi une gamine perdue.
…ça, c'est du lourd : -) !
à Lohiel
De Numerosix
Prisonnier dans le village global | 15H33 | 26/11/2008 |
Ouais ! Sur que la , ça rigole plus : -) !
De sûrderien
paresseux | 13H27 | 26/11/2008 |
Il est émouvant c'est sûr . Mais quelqu'un peut m'expliquer le sens de Suzanne ? Ou du partisan ?
Tonton Georges est mille fois plus profond . Mais la magie de Leonard est la mélodie plus sa voix et son
mysticisme .
à sûrderien
De Waldeck
Naufragé en Sarkoland | 14H34 | 26/11/2008 |
Quant au « Partisan » :
Il s'agit de « The Partisan », parfois appelée « The song of the French partisan ».
Cette chanson est en effet une adaptation de la « COMPLAINTE DU PARTISAN », écrite à Londres en 1943 par Emmanuel d'Astier de la Vigerie (surnommé « Bernard » dans l'armée des ombres ») et Anna Marly pour la musique.
Je vous propose d'écouter en RA le commentaire historique sur cette chanson, dit par Claude Dauphin.
Intro par Claude Dauphin, Real-Audio G2
Extrait du LP « L'encyclopédie sonore : Les chants de la Résistance et de la Libération » ; Librairie Hachette 320 E 847.
Cette chanson rescapée de la DCA est devenu une chanson populaire dans les années 50.
Elle est désormais moins connue que le presque homonyme « Chant des Partisans » de Kessel et Druon. Cette dernière fut notamment « relancée » par le discours d'André Malraux de 1964 (transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon de Paris).
Finalement, Leonard Cohen redonna vie à « La complainte… » en 1969, avec sa version (« The partisan »), où il a mêlé la version anglophone de Hy Zaret à quelques vers originaux, chantés directement en français.
Hy Zaret fut le premier à déposer un copyright (via l'éditeur Raoul Breton) pour la chanson de Marly et D'Astier ; il avait entendu « la complainte » sur les ondes de la BBC ; il est probable que cette dernière n'a pu lui fournir que le nom de la chanteuse, Anna Marly, venue dans les studios anglais pour l'enregistrement, D'Astier ayant d'autres chats à fouetter que déposer un copyright.
C'est donc probablement pour cette raison que le crédit fut longtemps réservé à Zaret (la traduction anglaise) et Marly (pour les paroles françaises et la musique).
Au final, et comme on peut le voir dans la version la plus récente que je connaisse, celle d'Anna Prucnal, la vérité est :
La complainte du Partisan :
paroles : Emmanuel d'Astier de la Vigerie dit « Bernard »
musique : Anna Marly
The (song of the French) Partisan
paroles : E. d'Astier de la Vigerie, adaptation Hy Zaret
musique : Anna Marly
Ed. Raoul Breton.
Chants de la Résistance
à Waldeck
De sûrderien
paresseux | 15H14 | 26/11/2008 |
WALDECK
O.K Mais ce texte (mélodie et arrangement superbes )
donne impression d'incohérence .La cause en est peut-être les manip qu'il a subi. Je veux simplement dire
que Léonard est très loin des « deux oncles » de la
« guerre de 14-18 » de « mourir pour des idées “ de
” la tondue “ et de la ‘ supplique
Salut ,et marche à l'ombre
De Numerosix
Prisonnier dans le village global | 14H12 | 26/11/2008 |
Mais quelqu'un peut m'expliquer le sens de Suzanne ?
Ha ben si t'as pas compris c'est que t'as jamais vécu ça , surderien .
Un jour , ça va te tomber sur la gueule ..Et tu voudras rester avec elle meme si tu sais qu'elle est à moitié folle ..Et tu comprendra ce que ca veut dire de n » avoir plus peur de voyager les yeux fermés ..
à Numerosix
De sûrderien
paresseux | 14H21 | 26/11/2008 |
o.k
Succinct comme explication . Merci quand même
à sûrderien
De Numerosix
Prisonnier dans le village global | 14H47 | 26/11/2008 |
Suzanne t'emmene
Ecouter les sirènes
Elle te prend par la main
Pour passer une nuit sans fin
Tu sais qu'elle est à moitié folle
C'est pourquoi tu veux rester
Sur un plateau d'argent
Elle te sert du thé au jasmin
Et quand tu voudrais lui dire
Tu n'as pas d'amour pour elle
Elle t'appelle dans ses ondes
Et laisse la mer répondre
Que depuis toujours tu l'aimes
Tu veux rester à ses côtés
Maintenant, tu n'as plus peur
De voyager les yeux fermés
Une flamme brûle dans ton cœur
Il était un pêcheur venu sur la terre
Qui a veillé très longtemps
Du haut d'une tour solitaire
Quand il a compris que seuls
Les hommes perdus le voyaient
Il a dit qu'on voguerait
Jusqu'à ce que les vagues nous libèrent
Mais lui-même fut brisé
Bien avant que le ciel s'ouvre
Délaissé et presqu'un homme
Il a coulé sous votre sagesse
Comme une pierre
Tu veux rester à ses côtés
Maintenant, tu n'as plus peur
De voyager les yeux fermés
Une flamme brûle dans ton cœur
Suzanne t'emmène écouter les sirènes
Elle te prend par la main
Pour passer une nuit sans fin
Comme du miel, le soleil coule
Sur Notre Dame des Pleurs
Elle te montre où chercher
Parmi les déchets et les fleurs
Dans les algues, il y a des rêves
Des enfants au petit matin
Qui se penchent vers l'amour
Ils se penchent comme ça toujours
Et Suzanne tient le miroir
Tu veux rester à ses côtés
Maintenant, tu n'as plus peur
De voyager les yeux fermés
Une blessure étrange dans ton cœur
Lyrics : Suzanne, Graeme Allwright [end]
à Numerosix
De sûrderien
paresseux | 15H03 | 26/11/2008 |
6
J'aime Léonard et depuis toujours . On ne peut pas ne pas l'aimer .
Mais c'est beaucoup mieux qu'il chante en Anglais .
Parce qu'entre nous Suzanne , est un peu hermétique . Non ? Quant à Graeme ,évidemment il fait partie de mon panthéon .
So long
De Waldeck
Naufragé en Sarkoland | 14H29 | 26/11/2008 |
Bien, Tophee !
-« Et oui, apres hugues au restaurant, on a maintenant hugues au concert.
J'attends avec impatience Hugues a la piscine, Hugues prend l'avion, etc…
C'est fou ce qu'ils ont une vie passionnante, les Hugues. »
Fédérateur le gars Léonard, il prend pas de risque notrugues !
De sûrderien
paresseux | 15H22 | 26/11/2008 |
P.S
Pensée pour François Bérenger
De Le Yéti
yetiblog.org | 15H28 | 26/11/2008 |
80 (quatre-vingt) euros le concert d'une heure trente ! ! ! Purée, z'ont du flouze au PS !
à Le Yéti
De Hugues Serraf
(auteur)
Chroniqueur | 15H32 | 26/11/2008 |
Oui, nous sommes la gauche caviar. Cela dit, c'était plus près de trois heures et c'est seulement une fois par vie.
à Hugues Serraf
De Waldeck
Naufragé en Sarkoland | 18H03 | 26/11/2008 |
Mais non, Hugues, ne boude pas ton plaisir, d'autant plus que nous partageons cet engouement pour Cohen, tu n'as pas à t'excuser pour ton (bon) goût.
Mais ne nous le refais pas trop souvent le coup du Vaticinateur/Fédérateur…
De Vincent Mérand
Internaute | 15H53 | 26/11/2008 |
Eh Caro-délinquante avérée, la vidéo est super mais elle date de … 20 ans, pas 10 ! Ah the wind the wind is blowin'…
à Vincent Mérand
De caro
délinquante avérée | 21H18 | 26/11/2008 |
exact, faute de frappe. Ca m'apprendra à ne pas me relire : -))
Pire que Darcos ? lui ne sait pas faire une règle de trois et moi, incapable de faire une simple soustraction ? hou lalala !