42 voix d'écart : si ça se trouve, j'aurais pu faire gagner Royal
J'ai été harcelé, toute la semaine précédant le vote sur ces fameuses motions alphabétiques, par une tripotée de militants m'incitant à prendre part au vote. Enfin, parler de harcèlement est sans doute une exagération liée à mon enfance marseillaise : un SMS, trois coups de fils, un ou deux mails, c'est plus de la retape standard que de l'acharnement en règle...
« Mais je ne peux pas voter », avais-je expliqué à chacun de mes interlocuteurs. Je fais partie des fameux adhérents à 20 balles de la primaire pré-présidentielle et je ne suis pas à jour de mes cotisations... »
« No problemo », avaient alors répondu, avec une remarquable unité dans le contexte du socialisme français, les tenants officiels des différentes motions : « Il te suffira de t'acquitter de tes cotisations juste avant de mettre ton bulletin dans l'urne et tu pourras alors apporter ton soutien à Bertrand, Ségolène, Martine ou Benoît... » (Barrez la mention inutile, il y en a forcément, non ? )
Je l'avais déjà signalé ici, je n'ai pas donné suite. Plus par flemme et apathie, d'ailleurs, que par absence de conviction. Et encore moins par souci d'économie puisque mes différents camarades m'avaient assuré de pouvoir continuer à contribuer au même tarif discounté !
« Ah non, désolé, tu ne peux pas voter ! »
Mais à l'heure de désigner le patron, ou plutôt la patronne, il n'était plus possible de rester sur la touche. On allait voir ce qu'on allait voir, et il ne serait pas dit que le dernier des social-libéraux français n'imprimerait pas sa marque au scrutin.
« Ah non, désolé, tu ne peux pas voter ! », s'est pourtant exclamé, hier soir, le camarade chargé de vérifier la validité de mon adhésion. « Les gens qui ont, comme toi, adhéré juste avant la primaire pouvaient effectivement participer au vote en payant leurs cotisations au dernier moment, mais uniquement si leur première adhésion est postérieure à la tienne ».
De fait, il y a bien une date à partir de laquelle -ou depuis laquelle, les explications fournies par le gars n'étant rétrospectivement pas si claires- les adhérents à 20 euros étaient autorisés à prendre part au vote en se mettant à jour pour 2007 et 2008. Et loin de moi l'idée de contester la règle : après tout, il en faut bien une, de règle... On n'est tout de même pas à l'UMP !
La prochaine fois, promis, je choisis le prélèvement automatique
Ce qui me chiffonne, pour autant, c'est que les différents militants aient pu se procurer mes coordonnées pour me contacter (car il fallait bien que j'apparaisse comme adhérent quelque part au niveau de la section pour qu'il s'en donne la peine). Et ce qui me turlupine, c'est qu'ils m'aient assuré que je serais bien en mesure de voter sur la base de ma première inscription.
Vraisemblablement, les ségolistes avaient tout intérêt à ce que les gens comme moi viennent voter en masse, présumant (avec raison) qu'ils pencheraient en faveur de la Belle du Poitou. Le reste du parti, en revanche, préférait probablement limiter la casse en écartant les « supporters » au profit des militants authentiques.
L'on pressent d'ailleurs que la bataille de la date butoir a été aussi âpre que celle du congrès de Reims et il n'est pas impossible que certains soldats perdus n'en aient pas totalement entériné le résultat, d'où ma propre confusion...
N'empêche, à 42 voix d'avance à peine pour Martine Aubry, on se dit qu'il existait bien, là-dehors, une poignée d'affreux dans mon genre qui auraient pu faire la différence. C'est d'ailleurs une bonne leçon : si le PS explose et qu'émerge un vrai grand parti post-social-démocrate emmené par, je ne sais pas, moi, Manuel Valls, je promets de cotiser par prélèvement automatique.
► A lire aussi : La crise au PS minute par minute
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Je suis dans le même cas. Ci-dessous le mail que j'ai adressé ce matin à Libération.
« Comme d'autres ont un rêve, moi ce matin j'ai un sérieux doute.
Inscrite au PS depuis 2006 (ah, les fameux adhérents à 20 euros), je n'ai pas pu voter lors des trois scrutins qui viennent de se tenir : vote sur les motions, puis les trois motions restantes, puis le scrutin entre les motions portées par Martine Aubry et Ségolène Royal. Et pourtant, j'ai payé ma cotisation, même pas le soir du vote mais trois semaines avant. Je pensais être prévoyante ! Raison évoquée, avec gêne, par le secrétaire de section alors que je m'apprêtais à faire la queue pour voter : j'ai beau avoir re-payé en octobre 2008, mon précédent paiement datait de mars 2006, avant le 31, et donc, au 31 mars 2008, cela faisait plus de deux ans que je n'avais pas payé….et, donc, j'ai été radiée par la Fédération de Paris. J'étais donc très en colère ce soir-là, je l'ai dit au secrétaire de section, mais je n'ai pas fait un scandale, après tout suis-je vraiment légitime, moi qui ne vient qu'à quelques réunions.
De jour en jour, cependant, je m'étonne un peu plus et, ce matin, avec 42 voix d'écart entre Martine Aubry et Ségolène Royal, vous imaginez mon état.
Combien sommes-nous dans mon cas ? Je n'ai lu à aucun moment mention de cette règle dans la presse (seuls commentaires lus ici ou là : vous pouvez voter si vous payez le soir du vote). Peut-on me la confirmer ? J'ai demandé par mail des précisions au secrétaire de section sur les dates précises d'adhésion et de paiement dont dispose la Fédération de Paris à mon égard, pas de réponse. Je précise que le secrétaire de section ne connaît pas mon vote (pour Ségolène Royal – à ce stade, vous l'aurez compris) et que, jusqu'à présent, je l'ai toujours trouvé extrêmement scrupuleux sur la démocratie interne. Ce dont je doute, ce sont les pratiques de la fédération en matière de radiation. Je n'ai jamais été avertie de cette règle avant le soir du vote (et pourtant, je reçois chaque jour bien des mails du PS et de chaque courant dans ma boite…) et, comme par hasard, ma date d'adhésion correspond à la période d'entrée des “ adhérents à 20 euros ” dont tout le monde pense qu'ils sont entrés au PS en rangs serrés, en procession comme à la messe, pour voter Ségolène Royal. J'ai reçu maints appels les jours précédents les votes de militants tentant de me convaincre de voter pour tel ou tel… et même le bulletin de vote !
Je précise que je suis rentrée au PS pour pouvoir voter DSK, que ses points de vue et ses soutiens m'ont finalement fort peu enthousiasmée et que j'ai donc finalement soutenu et voté Ségolène Royal au sein du PS puis à l'élection présidentielle.
Je ne suis pas une groupie de Ségolène Royal, je ne suis pas du tout de culture chrétienne, je suis farouchement attachée à la laïcité et à la justice sociale, je suis aussi farouchement européenne (car notre culture est commune, pas en soutien au libéralisme de l'actuelle commission), je suis très politisée et de longue date... et mon esprit critique est aiguisé. Autrement dit, les procès récurrents faits à ceux qui soutiennent Ségolène Royal finissent par me hérisser sérieusement.
Les Peillon, Valls, Filipetti, Bianco me paraissent une équipe intéressante et franchement à gauche. Il est plus qu'urgent de changer le PS et les manigances faites pour empêcher Ségolène Royal d'aboutir après qu'elle soit arrivée en tête aux deux premiers scrutins sont proprement ahurissantes. Bien qu'écrivant à Libération je conseille à cet égard la lecture du Canard Enchainé post-Congrès de Reims…
A l'heure qu'il est, alors que la crise financière, sociale, économique, écologique, géopolitique est très préoccupante et pèse lourd sur les épaules de bien des gens, il est plus que temps que la direction du PS s'y intéresse, réfléchisse, agisse, avec le mouvement social. Où est le PS pour les sans papiers ? Où est le PS pour l'Europe ? Où en est le PS pour le logement ? Quelle politique écologique ? Où est le PS pour l'école ? Comment sortir de la logique des ghettos sociaux tant de jeunes ? Sur tout cela, il faut agir.




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