
Vivre selon la Bible, le défi d'un pratiquant mais pas croyant
Manger casher ou faire Kippour ? Eviter le bœuf le vendredi ou se confesser ? Faire le ramadan ou visiter la Mecque ? Pour l'aventurier de la religion intégrale, c'est le menu, rien que le menu, mais tout le menu…
A quelques jours de Yom Kippour (cette année, c'est le 9 octobre), je recommande vivement le bouquin de ce journaliste new-yorkais ayant choisi de vivre, un an durant, en suivant les préceptes de la Bible. Tous les préceptes. Et des deux Testaments, par dessus le marché…
A vrai dire, ce type d'expérience n'est pas totalement original : les exploits de quidams décidant de ne rien acheter de neuf (pour promouvoir la décroissance) ou de chinois (pour soutenir l'industrie locale) pendant quelques mois auraient même tendance à se multiplier outre-Atlantique.
J'ai pourtant le sentiment que la démarche d'Arnold Jacobs est un peu plus impliquante que ces gimmicks pour consommateurs « responsables ». Bon, le gars avait bien quelques arrières pensées assez prosaïques en s'embarquant dans l'aventure : il en a tiré un livre qui est en train de devenir un best-seller et en avait déjà écrit un autre sur sa tentative de lecture des trente-deux volumes de l »Encyclopedia Britannica.
Pour être un « bon juif », il ne suffit pas de manger casher, loin de là
Mais la manière dont il place les religieux de tous poils en face de leur inconséquence est assez réjouissante.
Pour être un « bon juif », par exemple, il ne suffit pas de manger casher, de se rendre à la synagogue pour les fêtes majeures et de respecter les dix commandements : ça serait trop simple. Il convient en fait de suivre un corpus de règles et de contraintes complexes, allant de l'interdiction de mélanger viande et lait dans un même repas à celle de porter des vêtements en fibres mélangées (laine ou coton mais pas laine et coton).
Ces consignes sont évidemment plus faciles à respecter que celles qui incitent à éviter les rapports sexuels pendant les règles et à lapider le coupable d'adultère ; l'on apprend pourtant que notre ami s'en est tiré avec les honneurs sur ce dernier point, en jetant du gravier sur un type qui lui avait avoué avoir trompé sa femme…
Le « bon chrétien », d'une certaine manière est plus chanceux. S'il doit lui aussi s'imposer tout un tas de règles directement héritées du judaïsme, il doit à Jésus (rendons à César ce qui lui appartient) de ne plus se casser la tête avec la « cacheroute », soit les interdits alimentaires que s'imposent les juifs (pas de porc et de fruits de mer pour l'essentiel).
« Ce n'est pas ce qui entre dans la bouche qui rend l'homme impur. Mais ce qui sort de la bouche, voilà ce qui rend l'homme impur », devait en effet expliquer le fils de l'Homme au chroniqueur gastronomique du Jerusalem Times (Matthieu 15 : 10).
La leçon, c'est que personne n'est vraiment capable de vivre selon la Bible
Pour autant, et d'après l'ami Arnold Jacobs, qui s'est débrouillé pour réconcilier Ancien et Nouveau Testaments pour l'occasion, ce sont quelque 700 instructions, recommandations et prohibitions qu'il lui a fallu suivre tout au long de son calvaire (sic), son existence entière étant absorbée par sa pratique religieuse.
Et encore : s'étant rendu compte de l'impossibilité concrète d'observer toutes les règles de manière vraiment stricte, il s'est rapidement construit un système permettant de n'en appliquer certaines que certains jours…
C'est d'ailleurs tout l'intérêt de l'expérience, cette décision consciente d'assouplir le régime ici et là. Personne, ni le rabbi de Loubavitch ni Benoît XVI, n'est vraiment capable de vivre en accord parfait avec la Bible.
Et même si quelques règles étranges font parfois l'objet d'explications rationalisantes grotesques (le porc serait interdit pour des raisons d'hygiène et de conservation, et la circoncision préserverait des infections), elles n'en sont pas moins le moyen imaginé par les prêtres pour prendre le contrôle du quotidien de leurs ouailles et renforcer l'esprit de groupe.
L'époque de la « religion cafétéria », disent les « pharisiens scandalisés »
Par voie de conséquence, juifs, chrétiens et, très probablement, musulmans, se débrouillent comme ils peuvent pour faire entrer leur routine religieuse au chausse-pied dans leur mode de vie, appliquant telle règle, mais pas telle autre, observant ce jeûne, mais pas celui-là, patati et patata.
« La religion cafétéria », s'exclament les fondamentalistes scandalisés rencontrés par Arnold Jacobs. Les « pharisiens scandalisés », rectifierait le chef de cuisine cité plus haut…
Mais parce qu'il n'existe manifestement pas d'autre façon de pratiquer une religion que cette approche « à la carte », la pratique religieuse tout court a-t-elle un sens ? Pas la foi, bien sûr, ou même le désir de se retrouver dans un lieu spécifique pour y tailler le bout de gras avec le Seigneur, mais la pratique pure et simple, le rituel, l'usage, le folklore, you name it !
Le livre d'Arnold Jacobs démontre qu'il est possible de pratiquer sans croire ; croire sans pratiquer doit donc pouvoir se faire. Ah, on peut également ne faire ni l'un ni l'autre, évidemment…
► L'année où j'ai vécu selon la bible d'A. J. Jacobs - éd. Jacqueline Chambon - 448p. 23€.
► A lire aussi : Un défi, 365 jours pour le tenir… et en faire un livre
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De Dust
Rêveur | 11H08 | 01/10/2008 |
Et vivre un an sans dire de conneries c'est possible ?
Je pense que Monseigneur l'évêque de Rome Joseph R. en ferais un très bon livre !
à Dust
De jimmyb
08H45 | 02/10/2008 |
Un an ! Là vous êtes dur, heu, à moins d'être muet, et encore, on peut parler avec les mains.
De Numerosix
Prisonnier dans le village global | 11H10 | 01/10/2008 |
Excellent , mais il n » y a pas que la religion : essayez de faire tout ce qu » on vous preconnise de faire à la télé, par exemple
http://www.dailymotion.com/relevance/search/jean%2Byanne/video/x40t7z_je…
De Vieux taxi
retraité | 11H15 | 01/10/2008 |
J'aimerais des précisions sur les femmes impures … les érections nocturnes… les boissons gazeuses et le couteau à peler les joncs…
à Vieux taxi
De mar_le
informaticien | 11H24 | 01/10/2008 |
En est-il besoin ?
érection nocturne+femme impure = pelage de jonc
Reste à caser l'eau pétillante.
PS : qu'il est bon de ne croire en rien
à mar_le
De comptesuprimé30
hestia | 11H42 | 01/10/2008 |
allez je vous aide : c'est la femme fontaine
à comptesuprimé30
De mar_le
informaticien | 21H41 | 01/10/2008 |
Quoi ? Ca pétille ? Je vous avoue ma méconnaissance de cette particularité physiologique.
à mar_le
De steed1
prosateur à mi-temps | 13H12 | 01/10/2008 |
facile, vous connaissez la blague du type qui se sert un verre un perrier après une branlette et qui dit « après les filles, champagne ! »
à Vieux taxi
De Yann Guégan
Rue89 | 08H30 | 02/10/2008 |
Les deux premiers thèmes sont largement traités dans le livre, que, comme Hugues, je conseille chaudement.
De l´axe du bien
11H17 | 01/10/2008 |
lu en diagonale, en anglais : bof.
De Claude PELLETIER
Retraité dans son jardin | 13H36 | 01/10/2008 |
Une seule ligne. C'est dur de lire votre phrase en diagonale … Isn't it !
De Gosseyn
11H31 | 01/10/2008 |
Petit paradoxe du judaïsme quotidien.
Pour le shabbat, l'interdiction de travailler comprend l'interdiction d'utiliser des appareils électriques, et donc, pour le cas que je vais développer ici, les digicodes et interphones, mais aussi les boutons des ascenseurs.
Je me rend souvent dans le 19e arrondissement de Paris pour passer la soirée chez un couple d'amis. Comme vous le savez grâce aux faits divers estivaux, vivent dans ce quartier de nombreux juifs pratiquants.
Donc un vendredi soir (début du shabbat), je croise un homme devant la porte de la résidence qui ne s'ouvre que par un digicode. Il est obligé d'attendre qu'un quidam, non juif ou juif non pratiquant, entre dans l'immeuble pour pouvoir enfin entrer avec lui.
Bien volontiers, je lui rend ce service. Je lui propose également de prendre l'ascenseur avec moi. Ce qu'il a refusé.
En effet, il ne pouvait pas profiter de l'ascenseur même si un autre actionne, donc « travaille », les boutons. Pourtant, lui demandais-je alors, il m'avait laissé actionné le digicode à sa place, me faisant effectuer ce travail pour lui.
Il m'expliqua que la différence était qu'il y avait un autre moyen de monter à son étage, les escaliers, mais pas d'autres moyens de rentrer dans l'immeuble.
à Gosseyn
De Tophee
en haut a gauche | 11H49 | 01/10/2008 |
Je connais une personne qui a pour voisins une famille juive ultra-pratiquante. Souvent, un membre de cette famille viens lui demander son aide pour allumer la lumière pendant le sabbat, car, pensent-ils, ils npn pas le droit de le faire eux même. Mais bénéficier de la lumière électrique, oui. Mois cela me fais bien marrer, car pour être un bon Juif, apparemment on a pas le droit d'appuyer sur un bouton le vendredi soir, mais faire chier ses voisins, pas de problème…
à Tophee
De DBL8
Retraité | 12H01 | 01/10/2008 |
j'en connais qui utilise des bougies OU lampe à pétrole.
La liste peut être longue à énumérer ce qu'ils demandent pour être en conformité avec « leur » Bible.
à Tophee
De hoshiko
18H04 | 01/10/2008 |
Ah les Shabbat Goys !
Ce voisin est drôle : il ne veut pas « créer l'étincelle de vie » (= allumer la lumière), mais il ouvre (et certainement ferme) sa porte pour aller chez les voisins. Donc il pousse et/ou tire, ce qui est aussi interdit pendant Shabbat…
J'ose espérer qu'il frappe à la porte au moins (et ne sonne pas avec une sonnette électrique ! ).
hoshiko, morte de rire…
à hoshiko
De pablico
18H25 | 01/10/2008 |
cet « anachronisme » est dans chaque religion.
en effet les dogmes et lois de ces religions datent de plusieurs millénaires, et ils sont statiques, donc bien sur il y a anachronisme avec le monde moderne, qui n'avait pas été prévu il y a plusieurs milliers d'années. (comme quoi les dogmes ont été écrit par les hommes et non par Dieu qui est censé, lui, de connaitre l'avenir)
si se sont des hommes qui ont écrit les dogmes, ont peut les faire évoluer..non ?
et on en arrive à des situations aberrantes…
faut pas se moquer, mais juste constater.
à pablico
De hoshiko
19H32 | 01/10/2008 |
Tout à fait d'accord avec votre argumentation, mais laissez-moi le droit de me moquer, quand même, s'il vous plaît !
: )
à pablico
De Thi0u
Etudiant en Statistiques et Traitem... | 20H53 | 01/10/2008 |
Veuillez m'excusez mais on a tout a fait le droit de se moquer de la bêtise humaine…
à Thi0u
De pablico
21H46 | 01/10/2008 |
quand on côtoie les gens religieux, on a beau faire et dire, on ne les changera pas, surtout par la moquerie.
Si un jour ils changent, c'est de leur propre gré, et dans une grande douleur.
si l'on veut leur passer un message non religieux il faut surtout poser beaucoup de questions, et ne jamais donner de réponses surtout athées, ou agnostiques.
cela ne marche pas à tout les coups, les très religieux sont souvent sourds… presque « autistes'.
mais ceci vaut aussi pour les non religieux, essayez donc de convertir un homme de droite aux idéos de gauche, et vice et versa… impossible.. comme des religieux..
à Tophee
De Strelok
Humain | 08H36 | 02/10/2008 |
Question idiote : comment leur religion peut leur interdire d'utiliser des appareils électroniques, puisque ça n'existait pas lorsque la bible a été écrite ?
à Strelok
De jimmyb
09H05 | 02/10/2008 |
En fait, c'est par assimilation, outils ->appareils implique travail donc interdit. Ils avaient même reproché à Jésus d'avoir guéri un tel jour, et lui se moquait d'eux à ce propos, lorsqu'il a pris l'exemple de la vache tombée dans un puits qu'ils se seraient empresser d'aller repêcher et les a traiter d'hypocrites, ce qui est vrai.
Mais les chrétiens ont aussi leurs interdits qu'ils ne respectent quasiment plus dans leur immense majorité, comme le carême. La volonté derrière tout cela, c'est de créer un esprit de groupe, de communauté, une différence et plus il y a d'interdits, plus il est facile de virer un adepte ou de le condamner pour ne pas avoir respecté sa religion. Aujourd'hui, on s'en fiche un peu, mais n'oublions pas qu'à une certaine époque, cela vous envoyez au mieux en prison, au pire au bucher. Aimez-vous les uns les autres…
à jimmyb
De sefero49
Soldat mugissant | 17H32 | 02/10/2008 |
Et toutes ces règles « débiles » permettent aussi à ces « croyants » de ne pas se poser trop de questions sur la réalité de leur religion.
à Gosseyn
De Gargamel
11H53 | 01/10/2008 |
Un mien ami m'a expliqué quelques « trucs » pour les pratiquants, en particulier en Israël. Il y a(urait) ainsi des ascenseurs qui visitent sans arrêt chaque étage pendant Shabbat. Ainsi, il n'est pas besoin d'appuyer sur un bouton (travailler) pour atteindre son étage.
Certains équipements électroménagers seraient aussi adaptés : la petite lumière du réfrigérateur reste allumé même quand la porte est fermée. Ainsi, ouvrir la porte du frigo n'allume plus la petite lampe et n'est plus considéré comme un travail.
Ouf !
Je me réserve mon opinion quant à ces archaïsmes, de quelque religion qu'ils soient.
à Gargamel
De A.V.
tamagotchi89 | 13H53 | 01/10/2008 |
Moi, j'étais tellement heureux à la fête du Chabbat que j'allumais des pétards. Un jour, le rabbin en a eu marre et m'a viré de l'office du vendredi en me traitant de républicain.
à Gargamel
De hoshiko
18H07 | 01/10/2008 |
Pareil que mon post au-dessus : ouvrir la porte du frigo, c'est tirer donc interdit donc ils sacrifient à la modernité…
Respecter de nos jours des règles écrites quand les gens vivaient dans des tentes, etc… faut arrêter !
à hoshiko
De jimmyb
09H08 | 02/10/2008 |
Faudrait des frigos plus modernes, tu dis « Sésame ouvres-toi » et tu peux becqueter, enfin sauf si comme un con tu as mis ça dans le tiroir, ouarf !
à Gargamel
De Ishtar
21H50 | 02/10/2008 |
Et tirer la porte de l'ascenseur c'est autorisé ? Et celle du frigo ? Retient -on l'idée de travail ? Dans ce cas pourquoi mettre de côté le fait d'utiliser l'ascenseur et le frigo ? Appuyer sur un bouton est un travail,ouvrir le frigo non.Etrange
à Gosseyn
De Network 23
identité perdue dans mes papiers | 12H45 | 01/10/2008 |
… et vous n'avez pas fini de vous étonner des « petits paradoxes » du Code fiscal et du droit, dans quelque Etat que vous soyez…
à Gosseyn
De AK47
Deviant | 13H06 | 01/10/2008 |
Ayant aussi vécu dans le XIX pendant un certain nombre d'années, j'ai également eu à subir ces demandes d'assistance, essentiellement pour les digicodes en effet, et je me suis toujours refusé à ouvrir.
Je refuse car à mon sens, il faut assumer ses croyances et les contraintes qui vont avec, bien sur je me suis fait traité d'antisémite…allez donc !
Simplement, en ce qui me concerne DIEU n'existe pas et je ne crois en aucune religion (opium du peuple …).
S'il existe pour d'autres, que ceux-ci s'adressent à lui ou à un de ces sbires … que ce soit pour ouvrir une porte, guérir un panaris, ou ramener une brebis égarée.
J'ai plutôt tendance à penser que toutes ces croyances divines n'ont amené que guerres soumissions et barbarie, soit l'exacte contraire de ce qui est « prêché ».
Et oui ! Ni dieu, ni maitre.
à AK47
De Ikdievsip
simple particulier | 16H33 | 01/10/2008 |
C'est marrant ça décidément j'ai moi aussi vécu quelque temps dans le XIXème, et je n'ai jamais vu de personne portant une kippa attendre bêtement devant un digicode. Si ça avait été le cas, je n'aurais en tout cas pas hésité à lui ouvrir (peut-être par charité chrétienne me direz-vous, mais c'est là un mal que je m'efforce de combattre).
Je suis d'accord sur le fait que vouloir à tout prix se soumettre aux préceptes d'une religion confine souvent à des comportements absurdes, mais il me semble inutile de faire comme tophee et toi à vouloir montrer comme exemples des cas qui à mon avis sont plutôt extrêmes et isolés, surtout que c'est souvent des « c'est quelqu'un qui m'a dit… »
En ce qui me concerne je me méfie tout autant de ceux qui ne vivent que guidés par leur foi que de ceux qui posent comme dogme le rejet de toute forme religieuse.