Une transat, ça ne se raconte pas, ça se vit, alors partez !

Lionel face aux dernières minutes

Le dilemme a animé le bateau toute la journée : aller faire une photo devant la statue de la Liberté, ou passer une bonne nuit dans un vrai lit ? Passer à Manhattan prend du temps, et la marée n'attend pas…

C'est finalement un coup de téléphone qui nous a sauvés :

« Il est hors de question que les gars passent une nuit en mer devant le port pour une simple photo. Ils rentrent, mangent un steak et vont se coucher ! »

Chacun s'isole, pour profiter des derniers instants en mer

Le téléphone raccroché, place aux sourires. Des vrais sourires, nés de la simple idée d'avoir un oreiller sur lequel poser sa tête. Cette annonce, c'est aussi la confirmation qu'il ne nous reste que deux heures en mer.

Chacun semble s'effacer, se mettre dans son coin, essayer de profiter des quelques derniers miles. La côte se profile au loin. L'odeur de la terre revient, les tours se dressent à l'horizon et les oiseaux volent par milliers.

L'amérique !

Arrivés au ponton. Amarres amarrées. Premier pied posé à terre et, oh miracle, ça ne bouge plus ! Première vraie sensation étrange d'un retour à terre.

Notre comité d'accueil a eu la bonne idée de nous ramener un pack de Budweiser [bière américaine, ndlr], et déjà, nous racontons notre périple. S'ensuit la douche tant attendue, le plat sans riz/thon ni pattes/maïs, la soirée improvisée dans un pub irlandais.

« Je vous laisse une heure MAXIMUM pour être sur la bateau ! »

Et la nuit. Dans un vrai lit, plus de trois heures. Goûter à tous ces plaisirs terriens après plus de sept jours d'abstinence est partie intégrante de la traversée, sans elle, nous n'aurions pas autant savouré ces « simples et bons moments ».

Mais le retour à terre n'a pas que des bonnes surprises, spécialement aux Etats-Unis… Je vous laisse comme exemple l'extrait d'un dialogue du lendemain matin, 8heures entre Yann et un garde-côtes :

- « Donc, comment fait-on pour la régularisation ?
- On arrive dans cinq minutes sur la bateau.
- Heu, oui, mais la, on est à l'hôtel… [et vu la soirée d'hier, l'équipage n'est pas en mesure d'être réveillé en quelques minutes mais ça, il ne l'a pas dit]
- Mais comment pouvez vous être à l'hôtel sans être passé par les douanes ?
- Oui, mais on pensait venir directement à Manha…
- Ne pensez rien du tout ! Je vous laisse une heure MAXIMUM pour être sur la bateau ! »

On est finalement arrivé à trois, deux heures après, devant deux garde-côtes visiblement très énervés. Le tout s'est terminé en visite du bateau et signatures d'autographes sur posters… C'est ça l'avantage d'avoir un beau bateau…

« Fin et suite » du blog…

C'est donc la fin de ce blog, Une belle aventure que j'ai essayé de partager au maximum. Ce n'était pas facile, dans le gros temps, d'aller se poser à l'intérieur, une main sur le clavier, l'autre sur la poignée. C'était bien plus tentant de profiter à fond de la traversée sans penser aux articles et aux photos.

Mais l'objectif était de partager, et je pense qu'il a été tenu, grâce à vos commentaires, mails et nombreuses visites.

L'aventure se termine pour moi, mais le bateau, lui est en « stand by » à New-York, attendant la bonne « fenêtre météo » pour tenter de battre le record de l'Atlantique. Il tentera aussi à la fin de l'année de battre le record du monde. J'essaierai de vous donner des nouvelles du bateau de temps en temps sur ce blog !

Il faut vivre les couchers de soleil, les fous rires, les heures à la barre, les surfs

Mais pour conclure définitivement, cette partie « convoyage », je vous livrerai une réflexion, construite sur le parcours :

« Une transatlantique, ça ne s'écrit pas, ça ne se photographie pas, ça ne se filme pas. Une transatlantique, ça se vit. »

Avoir des images, des textes, des films est toujours un bon moyen d'imaginer la vie du bord. Mais il faut y être 24h/24 pour la comprendre, pour s'en imprégner.

Il faut être malade les vingt premières heures en se disant qu'il reste huit jours à tenir. Il faut lutter des heures contre le sommeil lors des quarts. Il faut aussi vivre les couchers de soleil, les fous rires, les heures à la barre, les surfs. Jamais une transat ne se fera par procuration.

Alors, avec ce blog, j'espère vous avoir donné envie de partir, et je vous souhaite, à tous, de pouvoir traverser cet océan un jour.

Nouveaux records

Photos : à bord de Groupama 3 (Loic Dorez), le multicoque en route vers de nouveaux records (Yvan Zedda).

2 commentaires sélectionnés

Portrait de VinceDeg

De VinceDeg

étudiant | vincedeg.nolizard.org | 22H00 | 05/07/2009 | Permalien

Je crois comprendre à peu près ce sentiment… la transat » doit être l'expérience ultime, mais tous les amateurs d'expéditions nature ont des expériences similaires, une bonne randonnée d'une semaine en autonomie permet dejà de s'en approcher ! Ceci dit, vous m'avez donné envie de faire du bateau, de traverser un océan, qui sait ? Un jour…

Pour ma part, je voyage à vélo pendant presque un an à travers l'amérique latine, généralement seul, parfois accompagné. Il y a eu certains moments tellement forts, seul au milieu de nulle part, hors de la civilisation, à juste avancer… Ce n'est pas en permanence, souvent je voyage par les grandes routes, allant de ville en village, j'ai aussi pris des bus, mais je retiendrais, dans ce genre de passages nature et isolé, le tour de la péninsule Valdès, la traversée des pampas désertiques et venteuses de la Patagonie argentine, cette arrivée complètement folle sur Santiago où je m'étais lancé à moi même le bête défi de 600 bornes en trois jours, le passage dans les andes boliviennes par les petites routes…

Dans ces passages là, c'est un quotidien de défis, où la nourriture, l'eau, leurs stocks respectifs prennent une importance monstre, où on dort sous les étoiles, où on pousse ses limites physiques, on est fatigué, on vit au présent. Et puis, vers la fin, on rêve à une bonne douche chaude, un lit dans une quelconque auberge de jeunesse, une grosse bouffe qui remplit bien la panse accompagnée de bière bien fraiche… Et d'un coup, c'est l'arrivée dans la ville, à vélo, après des jours dans la nature. On traverse la banlieue, il y a des voitures partout, il faut respecter des feux rouges, c'est tellement incongru, on a l'air d'un ovni, sale, fatigué, sur un vélo chargé de sacoches ! Mais c'est le retour au stress, petit moment de détresse, il faut faire gaffe, ne pas se faire voler, attention au traffic, et puis on n'a pas de plan de la ville, pas d'adresse non plus. Qu'est ce qu'on fait en premier : restau ou on trouve un hôtel ? Ok, hôtel, on pousse nos vélos crasseux dans la réception toute proprette, un peu hagards, oui, bien sûr, mon passeport pour l'enregistrement, je vais vous le trouver… D'un coup, on exhume les fringues de ville et c'est l'hallucination d'être de retour dans une vie « normale ». Un anonyme parmi d'autres, les gens n'ont aucune idée de ce que l'on vient de vivre…

Et puis même si on raconte, ce n'est pas la même chose. A la limite, on a droit à cette espèce d'admiration, certes flatteuse, mais qui ne correspond pas au sentiment de fierté intérieur. Le truc, c'est soit que les gens ne comprennent pas, soit ils idéalisent et vous donnent une stature de personne extraordinaire, alors que le truc, c'est que l'on est juste quelqu'un de normal, n'importe qui peut faire la même chose, et c'est ça ce qui est fou. Par exemple, juste là je me suis un peu tué pour l'arrivée à Medellin, le dernier jour j'ai envoyé 130 bornes avec trois énormes montées, dont une de 45km à 5% qui m'a pris 5-6h sous un soleil de plomb, mais c'est irracontable… Alors je vous reprends mot par mot. Donner des images, des récits sur un blog permet d'approcher la réalité, mais elle sera toujours déformée. Il faut être monstrueusement fatigué et souffrir à chaque côte les premiers jours, et se dire qu'on a des milliers de kilomètres pendant des mois devant soi. Il faut lutter contre la fatigue, la chaleur, le froid, le vent, la faim, avoir des emmerdes techniques au pire moment au pire endroit. Il faut vivre les levers de soleil seul dans la montagne, les incompréhensions avec les locaux, etc. Si vous ne pouvez pas vous payer une transat », vendez votre caisse, achetez vous un vélo, foutez quelques fringues dans des sacoches et partez. N'importe qui peut le faire. Vous ne saurez pas ce que vous verrez dans les heures qui viennent, ni où et comment vous dormirez le soir, vous vous verrez avancer sur la carte par vos propres efforts, vous vous sentirez bien. « Un voyage à vélo, ça ne se raconte pas, ça se vit, alors partez ! »

Bon, pouf pouf, je repars là tout de suite de Medellín, hop c'est les 150 dernières bornes de la cordillère des Andes, pis d'ici 5 jours à peu près l'arrivée à Cartagène sur la côte des caraïbes ! (oooh plaisir)

Portrait de HK

De HK

Anthro-politologue & Analyste Fonct... | 16H00 | 06/07/2009 | Permalien

Revenant récemment d'une transatlantique de 21 jours,
je dois dire que tes réflexions me rappellent de beaux souvenirs, que nulle photos ou videos (et pourtants j'en ai prise) n'arriveraient à me rappeller.

L'expérience reste quelque chose qui doit se vivre.

Même si ce n'est pas pareil en une semaine qu'en trois, et sur un monstre que sur un petit bateau
Certains ressentis sont forcement pareil :
le fait de lutter contre le sommeil, de se rationner, de perdre cette notion du temps si particulière en bateau..

Essayez un peu de montrer une video d'une durée de 30sec représentant la coque d'un bateau sur les flots à quelqu'un qui n'y était pas…et imaginez-vous pendant des jours et des nuits à regarder la même image, sans que cela paraisse long..

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