
Vos questions sur la vie à bord d'un trimaran à records
C'est un bel exemple de victoire à la Pyrrhus : Groupama 3 a bien failli battre son propre record de traversée de l'Atlantique nord avec un temps de 3 jours et 18 heures pour aller de New York au Cap Lizard. Mais un peu plus tôt ce dimanche, Banque Populaire V portait la marque à 3 jours et 15 heures, battant au passage le record de distance parcourue en 24 heures (907 miles, soit 1 680 km).
Il y a quelques semaines, le jeune journaliste Louis Villers accompagnait l'équipage de Groupama 3 lors du convoyage jusqu'à New York. Il a raconté cette expérience sur Rue89 dans le blog « Traversée à grande vitesse ». Depuis le bateau, il avait notamment répondu aux questions indiscrètes des riverains sur la vie à bord.
(De nos archives) J'ai reçu ces derniers jours un certain nombre de messages de lecteurs curieux de connaître un peu plus l'univers du bord. Je vous remercie votre intérêt et prends donc le temps, puisque c'est l'objectif de ce blog, d'y répondre en direct du bateau. Pour info nous arriverons mercredi soir tard ou jeudi matin à New-York, et pour l'instant, il n'y a pas de vent !

Vous êtes-vous lavés ?
Pas vraiment. Quelques membres de l'équipage, comme Olivier, ont profité de l'accalmie d'hier pour se passer un coup de lingette. J'ai pour ma part enlevé mardi la « polaire moulante » que je portais depuis le départ. Ça fait du bien…
Mais je ne me laverai qu'à l'hôtel, jeudi. Tout le monde a besoin d'un bon shampoing, et d'enlever son caleçon. Un bon rinçage va aussi être nécessaire pour enlever tout le sel que nous avons sur la peau et dans les cheveux.
Etes-vous pressé d'arriver ?
A la fois oui et non. Personnellement, je suis conscient de la chance que j'ai de naviguer sur ce bateau, et je ne veux pas que ça s'arrête maintenant.
Mais je m'aperçois que j'ai de plus en plus envie d'un environnement calme, d'un lit douillet qui ne bouge pas, de prendre un douche, de dormir une nuit entière et d'avoir des vêtements secs. Je serai donc content d'arriver, mais triste de finir.
Avez-vous eu des disputes à bord ?
Aucune. Je suis impressionné par la cohésion de l'équipage. Il n'y a eu aucune tension, le groupe a toujours été volontaire, disponible, attentif. Je pense que c'est à cela qu'on reconnait un bon équipage. Bien sûr, autour du monde et en record, il y a des tensions, mais tous sont visiblement capables de les accepter et de les gérer.
Les marins ont-ils suivi le blog ?
Les marins eux-mêmes, non, car ils étaient à bord, et je les tenais régulièrement au courant de ce que j'écrivais. Je pense qu'ils iront y faire un tour en arrivant à terre. En revanche, la plupart d'entre eux ont communiqué l'adresse du blog à leurs filles, femmes ou petites copines.
J'ai eu le droit plusieurs fois cette semaine à des phrases du genre « tiens, ma copine a aimé l'article sur la bouffe ». C'est pourquoi l'équipage a joué le jeu.
Je vous laisse deux photos qui vous donneront une petite idée de mon « bureau ». La première, sur le pont, la deuxième, à « l'ordinateur vidéo » devant Fred Le Peutrec, qui étudie la météo.


Avez-vous le temps de lire ?
Pas tellement, car pendant nos temps libres, nous essayons de dormir ou de discuter. En revanche, chaque membre de l'équipage a apporté un bouquin, voici une liste non exhaustive des ouvrages embarqués :
- Lionel Lemonchois : « Tamata et l'Alliance », de Bernard Moitessier
- Olivier Maingy : « L'Odyssée américaine », de Jim Harisson
- Ronan Le Goff : « Gomora, l'empire de la Camorra », de Roberto Saviano
- Louis : « Cher Amour », de Giraudeau et « Le Petit Prince ».
- Loïc Dorez : « New York », du National Geographic
- Bernard Stamm : « Antilopes, dodos et coquillages » de Stephen Jay Gould
- Yann Riou : « La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette » de Stieg Larsson
- Gaël De Kerangat : il nous assure en avoir pris un, mais ne se souvient plus où il est.
Mais même sans bouquin, je n'ai pas eu le sentiment de m'embêter. De l'extérieur, on
pourrait penser qu'il n'y a plus rien à faire une fois les voiles
réglées. C'est faux, car il y a toujours des manœuvres, de la cuisine ou
du bricolage.
Au final, comme nous fonctionnons par tranches de trois heures, tout passe assez rapidement. J'avais en plus de cela la
mission d'écrire un article par jour et de filmer…
Comment faites-vous vos besoins ?
Pour uriner, tout se passe sur le pont. Quand les conditions ne le permettent pas (trop de vagues, trop de pluie, pas en ciré), nous allons à l'arrière du bateau ou se trouve un sceau. Et croyez-moi, quand ça bouge, c'es une véritable partie de gymnastique !
Pour les besoins plus imposants, ça se passe aussi sur le pont quand les conditions le permettent. Sinon, pareil, à l'arrière du bateau, dans des sacs plastiques biodégradables et à 20 centimètres de ma bannette (lit)… Je pense pouvoir reconnaitre l'ensemble de l'équipage rien qu'à l'odeur… Voici donc une photo des toilettes du trimaran.

Vous-êtes vous beaucoup vu tous ensemble ?
C'est très rare de se croiser tous en même temps à cause du système des quarts. Ce matin, comme il n'y avait pas de vent et qu'il faisait beau (pour une fois) nous étions presqu'au complet à discuter sur le pont. Mais rapidement, certains sont allés dormir ou lire.
Nous avons aussi beaucoup manœuvré cette nuit à cause des orages, et je crois bien qu'à un moment, nous étions aussi presqu'au complet.
C'est dur physiquement ?
Il y a des phases de manœuvre qui sont assez sportives. Mais elles ne durent jamais plus de vingt minutes. Je pense qu'à la longue (je ne parle pas d'une transat) naviguer sur ce genre de bateaux est plus usant psychologiquement que dur physiquement.
Vous avez rencontré des objets flottants non identifiés (ofnis) ?
Nous avons touché deux fois un Ofni. Sans doute des animaux. Nous savons que nous avons touché un quand nous entendons deux chocs, le premier sur la dérive [appendice situé au milieu de la coque, ndlr], le deuxième sur le safran [situé à l'arrière, ndlr]. Sinon, nous n'avons croisé que deux bateaux l'autre nuit, vers 3 heures du matin, sans doute des bateaux de pêche.
Quelle est votre vitesse moyenne ?
Nous n'avons pas calculé notre vitesse moyenne. Disons qu'elle devrait tourner autour des 20-22 nœuds. Nous nous sommes fait des journées sans descendre en dessous de 26-27 nœuds. Au près, en revanche, comme le premier jour et aujourd'hui, nous avons du mal à dépasser les 22 nœuds.
A demain !

Photos : Olivier en train de se laver, Louis Villers avec sa caméra sur le pont, le cybercafé du bord, le coin toilettes de Groupama 3, des « poupées » de winch bien arrosées.
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De nathlablonde
blogueuse | 00H16 | 01/07/2009 |
Un gros bisou à tout l'équipage à Francky, à Fred, à Ronan et à tous les autres, plus communément appelés « les carottes »…
Il est tard et je prends connaissance de tes réponses…très bonne initiative que de proposer ces questions-réponses aux internautes, il faut démocratiser ces Nav en équipage que le public connaît moins.
Un grand merci à toi pour tes articles, qui nous ont régalé jour après jour.
Pas toujours facile de porter le numéro 10…mais tu te débrouilles comme un chef, Je te souhaite une bonne fin de traversée. Nath La Blonde.
ps : .. je devine qui a caché la tablette de chocolat !
De leo s
noyaudecondensationdanslanébuleused... | 12H50 | 01/07/2009 |
belle pub pour
groupama
à leo s
De guerzit
Incomprenant majeur | 16H41 | 01/07/2009 |
Les photos sont cadrées à merveille, je vous le concède…
à guerzit
De Vampirella
Eternelle | 17H26 | 01/07/2009 |
Cette fois-ci, on ne voit pas le ventre du bateau en l'air, tel un gros poisson mort !
à guerzit
De Yann Guégan
Rue89 | 17H08 | 02/08/2009 |
Quelle mauvaise foi ! Je trouve qu'on voit peu le logo du sponsor, et je vous assure (pour avoir travaillé quelque temps dans un hebdo sportif) que c'est pas facile, sur ces bateaux, de prendre une photo sans.
J'ajoute que Louis a, bien évidemment, travaillé en toute indépendance par rapport au dit sponsor.
à Yann Guégan
De leo s
noyaudecondensationdanslanébuleused... | 20H28 | 02/08/2009 |
« c'est pas facile, sur ces bateaux, de prendre une photo sans.(le sponsor) »
mon voisin prétend justement qu'ils sont fait pour ça.
De Vampirella
Eternelle | 17H25 | 01/07/2009 |
Elles sont bien belles, ces photos.. Cela nous donne un peu de fraîcheur !
A quand un équipage constitué de riverains sur un poisson volant nommé Rue89 ? Juste pour voir s'il n'y aura jamais de disputes…
C'est peut être cela le secret : embarquer sur un navire, et ô miracle… tout le monde s'entend bien ! Sauf ceux qui se font jeter par dessus bord à la faveur de la nuit ou lors d'une tempête… mais ils ne rentrent pas dans les effectifs !
De leo s
noyaudecondensationdanslanébuleused... | 16H36 | 02/08/2009 |
Groupama devance Banque Populaire
bon
à savoir
à leo s
De Yann Guégan
Rue89 | 17H09 | 02/08/2009 |
Non, c'est l'inverse, Banque populaire V a été plus rapide que Groupama 3. Merci de bien lire avant de commenter.
à Yann Guégan
De leo s
noyaudecondensationdanslanébuleused... | 20H15 | 02/08/2009 |
Auquai
je confondais avec le tour de France
quand Saxo Bank a devancé Rabobank.
De A.V.
tamagotchi89 | 17H18 | 02/08/2009 |
Concernant la question 1 (« vous êtes-vous lavés ? »), avez-vous conscience que votre sport serait beaucoup plus populaire si vous preniez un peu plus soin de vous au lieu de mater le chrono ?
A propos de la question 6 (« Comment faites-vous vos besoins ? »), que se passe-t-il en cas d'épidémie de gastro à bord ? Vous battez-vous à coups de sceau sur la gueule ?
Enfin, vous dîtes que vous pouviez reconnaître l'équipage rien qu'à l'odeur mais que vous vous êtes rarement croisés à cause des quarts. A la fin de la traversée, était-ce le fun de pouvoir mettre un visage sur une odeur ?
De General Subverciòn
kouign aman délocalisé | 19H03 | 02/08/2009 |
moi je suis super content que Chouchou ait renfloué la Banque Populiste pour pouvoir continuer à sponsoriser des bateaux qui ne servent tout compte fait que de placards publicitaires…sinon faudrait quand même préciser à quoi ça peut bien servir d'autre tout ce fric foutu en l'air pour des records à la con dont tout le monde se fout (ou peu s'en faut),…
à General Subverciòn
De picheloure
rien | 20H12 | 02/08/2009 |
Beaucoup de sociétés parrainent des voiliers de course afin de substituer les images de l'aventure, l'espace, la liberté, à leur image industrielle pas forcément connue et comprise du grand public.
Du côté des navigateurs, les records permettent de faire avancer la technologie dans la recherche et les améliorations techniques, permettant par exemple d'obtenir une meilleure sécurité sur les bateaux de pêche, une meilleure conception du matériel, ou d'obtenir un bon rapport qualité/prix pour le grand public.
Sans oublier que le sport-performance à la voile génère une activité économique avec tous les sous-traitants (conception, réparation navale, architectes, organisateurs etc …), les métiers liés à la mer, et toutes les activités associées (loisirs, équipements etc …)
à picheloure
De leo s
noyaudecondensationdanslanébuleused... | 20H32 | 02/08/2009 |
Perso
j'habite dans une copropriété gérée par Foncia.
Avec le fric qu'ils prélèvent
feraient meiux de bien ramasser les poubelles
plutôt que de se payer un bateau, son équipage, et les campagnes de pub qui vont avec.
Parce que ici, les poubelles,
c'est nous qu'on écope.
à General Subverciòn
De Yvon
21H24 | 02/08/2009 |
je suis à la banque populaire et ça me gonfle de voir ces bateaux soi-disant technologiques qui font avancer le schmilblic…Dès qu'ils ont un problème, ils chialent et appellent les secours.( que nous payons bien sûr ).Faites-le votre tour du monde et plantez vous au Cap Horn qu'on en parle plus !